CHAPITRE XV
Naissance du roi de Rome. — Espagne.— Guerre de Russie en 4843.
— SucCôs de Napoléon.— Moscou abîmé. —Retraite désastreuse.
— Campagne de 4843. — Victoires des Français. — Leipsick. — La France envahie.— Réflexions.
Uannëe 1811 fut la dernière heureuse pour Napoléon. Il lui naquit un fils, pour lequel il s*empressa de créer le titre de roi de Rome, car il avait réuni cette ville •célèbre à son empire, et donné le nom de vice-roi d'Italie au prince Eugène Beaubamais, appelé par lui auparavant son fils adoptif. Il entreprit, dans cette année, un voyage en Hollande, avec l'impératrice, et partout il reçut l'adulation des peuples qui devaient l'abandonner trois' ou quatre ans après. En paix avec l'Autriche, la Prusse et la Russie, il fit des efforts inouïs, dans les années 1810 et 1811> pour subjuguer TEspagne. Plusieurs fois il crut y parvenir, car ses généraux remportèrent d'éclatantes victoires et menacèrent de rejeter les Anglais dans leurs vaisseaux ; mais ces succès se trouvèrent ensuite mêlés de revers. La persévérance de l'Angleterre et le patriotisme des .Espagnols lui arrachèrent presque toujours le fruit de ses victoires. Les Anglais, repoussés, battus sur un point, reparaissaient sur un autre. La supériorité de leur marine les servit à merveille. Étaient-ils forcés d'abandonner une des provinces de l'Espagne, ils
s'émbaf quàient, et fdtidaietil âiir le^ derrières d'un de no6 ëorpe d'armée, coupaient nos communications, et noue obligeaient , à notre tour, de rétrograder. On irit l'armée anglaise , attaquée , battue , se retirer vers reitrémité du Portugal. Poursuivie sans relâche, on crut qu'elle al* lait <}Uitter Lisbonne et se rembarquer honteusement. Déjà oh pousi^àit AeÉ cris de joie dans l'armée dn maréchal Masséna ; maii le duc de Wellington tint ferme dans les lignes de Torres-Yedras , position inexpugnable. Là, il attendit que la saison tint nous forcer à la retraite, par la difficulté dei communications, qui nous empêcherait de recevoir des vivres dans un pays désolé par la guerre. Tandis que la mer lui permettait de pourvoir aux be* soins de ses troupes, les nôtres, privées de tout , furent obligées de se retirer et 4le regagner le centre de l'Espagne. Wellington alors avança de nouveau, fit sa jonction avec plusieurs divisions espagnoles, et parvint à reprendre Madrid, où le roi Joseph se croyait à jamais établi. Je ne prétends pas retracer ici tous les faits d'armes de cette cruelle guerre, qui dura sept années ; j'ai voulu seulement vous signaler l'étrange erreur de Napoléon , qui r regardant le peuple espagnol comme dégénéré, crut qu'il le soumettrait dans une seule campagne. Je le répète, la guerre dTspagne, entreprise par lui sans nécessité, par ambition, fbt la première cause de sa perte.
Hais il devait en commettre une encore bien plus grande au commencement de Tannée 1812, en se brouillant avec la Russie. On peut raisonnablement supposer, même encore aujourd'hui, que, si la paix de Tilsitt avait duré seulement deux ou trois années de plus, Tempereur
Napoléon, redoublant d'efforts, faisant d'amples sacrifices de troupes et d'argent, serait parvenu à subjuguer l'Espagne, malgré les secours de l'Angleterre ; mais soutenir à la fois la guerre dans la Péninsule, et la porter^ sans motif réel , en Russie, était un acte de folie.
Déjà, en 1811, Napoléon se plaignait d'infractions de la part de la Russie au système du blocus continental. Cette puissance souffrait par la difficulté qu'elle éprouvait d'écouler les produits de son sol , et par la rareté du numéraire. Les classes élevées murmuraient de l'état de gène dans lequel elles se trouvaient. L'empereur Alexandre, toujours disposé à vivre en paix avec la France, toujours même admirateur de Napoléon , craignit pourtant que ces murmures, partant de la classe élevée, ne finissent par produire une révolution dans ses États; en conséquence, fermant les yeux, il laissait établir un commerce indirect d'échange avec l'Angleterre. Il se croyait d'autant plus autorisé à le faire, que Napoléon lui-même violait les conditions imposées par lui, en autorisant le commerce de la France avec l'Angleterre, par ce qu'on appelait les bâtiments à licences^ qui lui procuraient le monopole des denrées coloniales et de l'Inde. Le prince de Ponte-Gorvo , de son côté, nommé prince royal de Suède, et qui dirigeait tout à Stockholm , était devenu réellement Suédois. 11 s'aperçut très-vite que la Suède souffrait de l'interruption de son commerce avec l'Angleterre, et, malgré les remontrances réitérées de Napoléon , il tolérait un libre échange entre la Suède et la Grande-Bretagne. Il était donc facile de prévoir que ce royaumeferaituu jour alliance avec la Russie, si la guerre
éclatait. Un seul moyen pouvait être utilement employé, à la fin de 1811, pour éviter une rupture. Napoléon savait ou devait savoir la vraie cause de la gène qu'éprouvait la Russie. Son change subissait une dépréciation fatale ; le numéraire avait disparu , et la gène de la noblesse devenait de jour en jour plus extrême, par le défaut de débouchés et la difficulté des transports. Un seul moyen , dis-ge, pouvait arrêter Alexandre au moment de secouer le joug imposé par le blocus continental ; c'é^ tait de lui envoyer 60 ou 80 millions en espèces, qu'il aurait pu distribuer à la grande propriété souffrante de ses Etats. Ce moyen aurait pu être employé sur-le-champ ; car Napoléon, à cette époque, regorgeait d'or; les caveaux des Tuileries en étaient pleins. Alexandre, ainsi secouru, pouvait fermer encore , pendant un an ou dix-huit mois, ses ports aux Anglais, et permettre ainsi à Napoléon d'employer toutes ses forces à réduire l'Espagne, et peutêtre y eût-il réussi dans ce court espace de temps. Mais il était décidé que Bonaparte parlerait en maître, tant il se croyait sûr d'en imposer à l'empereur de Russie. Aussi des notes d'abord assez pacifiques s'échangèrent entre les deux cours; bientôt^ elles prirent un ton d'aigreur, devinrent ensuite hostiles, et, dans un moment d'humeur, d'amour-propre froissé. Napoléon se décida à la guerre. Le chef du gouvernement français s'y prépara d'une manière formidable. Il rassembla une armée d'environ six à sept cent mille hommes, composée en grande partie de ses vaillantes troupes, de celles de la confédération du Rhin , et même de celles qui restaient à la Prusse. Il entraîna à sa suite son beau-père, l'empereur d'Autriche ;
U prinee de 8ehwartiemberg commandait un corps autriohieo. Avec toutes ces forces réunies^ il espérait m finir avec la Russie en une seule campagne. Dans son exalta*tion y il s'était écrié : « La guerre marchera de front en Espagne, en Portugal et en Russie. Le drapeau tricolore flottera sur les mufs de Lisbonne, de Madrid et de Moscou, et l'empereur Alexandre sera puni de sa dé-^ loyauté. » Le début de cette campagne de 181S surpassa toute attente. Les armées françaises et alliées arriférent dans le plus bel ordre devant le Niémen , traversèrent ce fleuve sans obstacle ; les Russes se retiraient i mesure qne nous avancions dans la Lithuanie. Ils tinrent pourtant à Smolensk, mais ce fut pour éprouver un échec très*grave, après avoir fait la plus vigoureuse réaistance. Napoléon , ivre de ses succès, résolut alors, voyant ses enneipis toujours reculer, de les suivre avec activité pour les fprcer à une bataille générale qui le rendrait maître de Moscou et finirait la guerre. Au lieu de séjourner pru^v tiemment à Minsk, à Witespk et Smolensk; au lieu de réorganiser le royaume de Pologne, placer sur le trtoe le brave prinee Poniatowski , demfindé par tous les Polo^ nais, et se créer ainsi des milliers d'auxiliaires, il endort les Polonais, leur fait des promesses vagues qui les dér ceurageot, les empêchent de se lever en mass^ pourleaou-» tenir, et se n^ct à poursuivre les Russes. Il les poursuit , quand il apprend que la Russie vient de conclure la pai% avep la Turquie, et qu'une forte armée di^ponibU PQ«lt opérer sur sa droite sans être contenue par le prinpe (ja^ Schwartsemberg, qui agissait mollement avec un c^rpa d'arjnée d'ailleurs peu nQmbr«tt)(. £a|in, il attf^int Iw
RttMeaprètdela rivière la Mogkowij» leur IWre une bataille twrible qui dura jusqu'à la fin du jour et où, malgré des prodiges de valeur de leur part, ils furent entièrement défaits, et abandonnèrent Tidée même de défendre la ca-^ pîtale de leur empire. Napoléon hâte sa marche et s'emt pare de Moscou sans coup férir* L'armée russe, se sépa«« rant en deui , s'était retirée vers le sud et le nord d^ Moscou , pu elle reçut promptement des renforts. Rien n'égale la joie de Napoléon ^ quand il se voit vainqueur sur tous les points et maUre de Moscou. Il s'imagine avoir frappé le grand coup qu'il méditait , et voir arriver sous peu un messager porteur de propositions de paix de la part de l'empereur Alexandre.
Vous eonceves , mon cher ami , que je vous retrace très-rapidement quelques traits principaux de cette cam-« pagne mémorable. Je vous le répète, je n*ai pas la pré* tention de me poser somme historien ; toutefois je puis vous dire, et vous Tavei pu voir vous-même, que la joie fut immense à Paris quand on y apprit les succès de l'Eni« pereur. J'avoue qu'ils m'étennèrent , et que je ne les au* rais pas crus aussi rapides. Cependant, cette marche hardie, je dirai même aventureuse, me fit réfléchir au résultat définitif de la campagne, si la Russie pouvait prolonger encore pendant quelques mois la lutte. Je voyais souvent plusieurs anciens officiers généraux. Munis de bonnes cartes, nous suivions avec anxiété tous les mouvements de l'armée. Nous frémissions à la vue de cette longue ligne d'occupation sur une seule route, n'ayant sa droite appuyée que par le corps autrichien , situé à une grande distance, et qui n'avançait pas. Il dous paraissait
qu'une division russe pourrait percer dans rînterralle et inquiéter la gauche de l'Empereur. Il fallait donc, disions-nous , que Napoléon fut assuré de faire trembler Alexandre, de le décider à s'humilier promptement, pour s'aventurer aussi loin de ses États, et sans avoir formé d'autres magasins que ceux établis en Lithnanie. L'exemple de Charles XII nous revenait 3ans cesse à l'esprit, et , quoique les circonstances ne fussent pas les m^mes^ que nous n'eussions pas la prétention d'être prophètes, ces succès même si vantés nous alarmaient pour l'avenir.
Enfin, on était dans la joie à Paris. Le fameux décret sur les spectacles, daté de Moscou , prouvait , disait-on , combien l'esprit de Napoléon était tranquille sur l'issue de la lutte engagée. On trouvait que les plus petits détails l'occupaient même au milieu de ses grandes conceptions. La paix , cependant , n'était pas sollicitée par le souverain de la Russie ; des pourparlers insignifiants ne menaient à rien; le temps s'écoulait, la saison s'avançait, . quand tout à coup la ville de Moscou devint la proie des flammes. Ce projet, conçu d'avance, fut exécuté peu de temps après le départ du général russe Rostopchin, gouverneur de la ville, d'après l'ordre qu'il en avait donné. Il leiut avec un ensemble et un patriotisme sans exemple. Tout avait été sacrifié à l'idée de priver l'armée française des ressources immenses qu'offrait la ville. Dans un instant le feu , mis dans trente endroits divers, consuma vivres, provisions, liqueurs, magasins, bâtiments ; il ne resta rien pour nous abriter. Une partie du château du Kremlin resta seule debout.
Napoléon, après cet immense désastre, voulut cepen-
dant encore prolonger son séjour au milieu de ces ruines, quand il ne pouvait y faire vitre ses troupes ; il s'imaginait toujours avoir frappé de terreur l'empereur Alexandre. Mais enfin , voyant que l'ennemi se renforçait, que l'armée de Turquie était en marché, qu'aucune proposition ne lui était faite, il se décida à opérer sa retraite, après avoir fait sauter le Kremlin. Il l'opéra par la route de Smolensk, déjà si dévastée, parce qu'il craignait d'être plus inquiété s'il prenait par sa gauche. La retraite se fit d'abord en assez bon ordre ; mais, au bout de quelques jours, le temps devint affreux, une gelée des plus fortes, arrivée plus tôt que de coutume , rendit cette retraite difficile ; elle fut désastreuse vers Smolensk et Witespk. Enfin , après des pertes immenses en hommes , en chevaux et en artillerie, notre malheureuse armée, poursui* vie par les Russes, arriva sur les bords de la Bérésina , qu'elle traversa avec la plus grande peine. Cette armée, si belle il y avait quelques mois à peine, n'offrait plus, quand elle toucha la Pologne, que de tristes débris qui surent cependant encore s'ouvrir un glorieux chemin. A la vue de nos désastres, imparfaitement rendus dans le 29* bulletin , publié par ordre de Napoléon , le corps prussien commandé par le général Yorck fit sa jonction avec les Russes, dont il désirait en secret les succès. Nos généraux , sur la Dwina, furent obligés de battre en retraite, et Riga, dit moment menacé, se trouva à l'abri d'une attaque.
La puissance de Napoléon était encore grande ; et, cependant, la folle tentative d'un ancien général enfermé dans une maison de santé faillit l'ébranler. Je veux par-
1er du généFtl Mallet, qui fit croire à la mort de TEmpe^ reur, et qui , à Taide d'un faux séuat^S'Ccufliulie , dicta des ordres aux troupes» s'empara du préfet de police, du commandant de Paris, et serait peut-être parvenu à cauier les plus grands embarras à rtapoléon» alors en retraite, s'il n'eut pas perdu de temps. A quoi tiennent souvent les destinées d'un empire! Le malheureux Mallet, arrêté» fut fusillé sans qu'on ait pu savoir encore quels étaient son plan et ses vrais complices.
La Pologne, trompée» ne s'arma pas pour notre défense; elle resta triste spectatrice de nos désastres. L'Empereur ne s'y arrêta pas ; il partit aussitôt pour Paris» afia de lever d'autres troupes, de se créer de nouvelles ressources» pour châtier» la campagne suivante, dos en* nemis qui» disait-il» n'avaient dû leurs succès inespérés qu'à la rigueur de la saison. Néanmoins ces ennemis s'emparèrent de presque toute la Prusse» la firent se lever en masse pour venger ses échecs, et nous forcèrent à une pénible défensive sur l'Elbe et la Saalle pendant le reste de l'hiver.
Napoléon» de retour à Paris» déploya une activité pro^* digieuse pour Caire tête à ses nombreux ennemis ; car la Prusse, si longtemps humiliée» s'étant levée en masse, déclara son alliance avec la Russie* Il créa les gardes d'honneur» troupe d'élite qui lui rendit les plus grands services dans la campagne de 1815." Il mobilisa cent douze mille hommes du premier ban de la garde nationale» rappela sous les armes tous les anciens militaires, et» eo^ime l'argent ne lui manquait pas» il parvint à for« xmt une armée encore redoutable» et se disposa à fondra
de nouveau» aT^Gûtte, sur des Yainqueurs, di«ait4], saiM cesse infatués de sucoàs dus seulement à un froid rigou*' reui arrivé plus tôt que de coutume. Napoléon, qui plus tard accusa la nation de ne pas Tavoir secondé, la trouva pourtant disposée k le soutenir» car de tous Us côtés oq volait aux armes, yartillerie, arme si puissante, fut augo montée par celle de la moHne, qui accourut à sa voix. Enfin» au grand étonnement de a^s ennemis» il se mon» tra» au commencement de 1B13» en état de continuer la lutte» en prenant même le premier l'offensive. Il quitta Paris plein de confiance, déclarant qu'il allait rejeter les Russes au delà du Niémen, et punir la Prusse de sa dé* loyauté. Cette fois» il se proposait de la conquérir» e|. d^ placer sur le tr6ne vacant de Frédéric peut-être un des princes de sa famille. Il part, et obtient uitsuccès d'abord peu important à Weissenfeldt; bientôt il atteint les aU liés i Lutsen» remporte la victoire, les poursuit» et gagpe la bataille de Lutien presque sans cavalerie. Il poursuit ses succès» s'empare de Dresde» et est encore vainqueur à Bautsen et à Wrunohen ; c'est dans cette bataille que Duroc perdit la vie. Ces victoires, remportées coup sur coup, étonnèrent les Russes» qui croyaient Napoléon abattu par ses revers. Frappés de stupeur» ils proposé* rent un armistice que le vainqueur eut le tort d'accepter après son triomphe. Il donna ainsi le temps è ses ^ppe^ mis de faire arriver des renforts capables de leur rendra la confiance et d'établir leur supériorité numérique, Na** poiéon consentit à l'accorder parce qu'aussi > de ion côté» il attendait des réserves qui devaient remplir ses cadreu et opérer sur sa gauche. |Iambourgi ocMpépar \w aUiéf»
fut repris par le maréchal Davoust. Enfin, pendant Far< mistice, un congrès pour traiter de la paix se tint à Prague; l'empereur d'Autriche, encore neutre dans cette guerre, fut choisi pour médiateur eiitre la France, la Prusse et la Russie. Napoléon, fier de ses victoires, ne voulut pas souscrire aux conditions proposées; il prétendit dicter les siennes, et indisposa tellement son beau* père, que François II déclara qu'il joindrait ses armes a celles de la Russie et de la Prus«e. Le général Moreau, revenu depuis peu des États-Unis, parut au quartier général des alliés en même temps que Bernadette, prince royal de Suède. L'armistice rompu, la guerre re« commença avec une nouvelle ardeur. Deux corps d'armée s'avancèrent pour s'emparer de Berlin ; mais ils furent repoussés avec perte par Bernadette. Enfin Napoléon, ayant réuni vers Dresde une force imposante, défend cette ville, attaquée par les alliés ; une bataille terrible et sanglante se livre sous ses murs le 17 août. Au moment où Moreau donnait un conseil salutaire aux généraux alliés, il est frappé d*un boulet qui lui emporte les deux jambes. Il mourut le lendemain.
Napoléon, instruit de cet événement, parait ivre de joie; il repousse les attaques consécutives des alliés, et les force à la retraite. L'armée russe, battue mais non dis* persée, gagnait la Bohême, quand le général Yandamme, ardent à la poursuite, la rencontra près de Gulm. Il s'en* gagea avec sa troupe dans des défilés ; pris en tète et en queue, il fut obligé, après quelques heures de combat, de mettre bas les armes avec tout son corps d'armée. Ce grave échec sur la droite de Napoléon compensa le gain
de la bataille de Dresde» et l'obligea même à abandonner cette ville, où il laissa le maréchal Gouyion Ssiini-Cyr avec une forte garnison; puis, voulant concentrer ses forces, rallier le corps du maréchal Mortier, il choisit pour ligne de défense les environs de Leipsick. Les alliés» renforcés, supérieurs en nombre, le suivirent dans cette marche, et, le 17 septembre, se livra une des plus sanglantes batailles qui aient eu lieu en Europe depuis des siècles. Elle dura trois jours consécutifs. Peqdant les deux premiers, la victoire sembla indécise; Tarmée française suppléa par la valeur au défaut du nombre, et, malgré la défection des Saxons et des Bavarois, elle ne put être entamée. Enfin, le troisième jour, Bernadette, à la tète de trente mille hommes, accourut sur le champ de bataille, et força Napoléon à la retraite. Elle fut désas* treuse par la précipitation que Ton mit à faire sauter un pont sur TEIsler, rivière très-encaissée, où se noya le brave prince Poniatowski, qui venait d'être fait maréchal de France sur le champ de bataille. Tout ce qui se trouva en deçà du pont, accablé par dos forces supérieures, ne put échapper à l'ennemi, qui fit un grand nombre de prisonniers et s'empara d'une partie de l'artillerie. Mais notre armée, qui se retirait alors forcément vers Mayence, euJt à s'ouvrir un passage au milieu d'un corps considérable de Bavarois qui, l'ayant devancée, Tattcndait à Hanau. Il n'y avait pas à hésiter; il fallait enfoncer l'ennemi, ou ne pas revoir la France. Napoléon, à la vue du danger, électrise ses soldats; la charge sonne .tous à la fois se précipitent sur les Bavarois, les mettent en complète déroute, et ouvrent le passage de la France, que les; alliés croyaient
fcmé« La cafâkrié d» la ^tàê 0t ks gifles d'hMMiir» eenuBandés par le général de France, se eoaTrirent de gloire dana eette bataille. Enfin rarmée, horriblemenl décimée, arrita à Mayence; elle aurait pn s'y r^oaer, si vne affrense épidémie ne fftt venne s'abattre snr elle et éelaircir encore ses rangs.
En Espagne, nons sTions épronré nn crael refera, le 17 JQÎn, à Yîttoria. Le roi Josepb fat an moment d'être pris par les Anglais; il lenr échappa par miracle. On prétend qne eette bataille, qni décida à pen prés dn scurt de l'Espagne, qni bannit k jamais Joseph de Madrid, anrait pn être gagnée, si on eût vouln écouter les conseils dn maréchal Jourdan , arrivé à Tarmée comme major général. A la nouvelle de ce désastre immense, le maréchal Soolt partit aussitôt pour l'Espagne, afin d'y rétablir nos affaires. Ainsi, en Allemagne et en Espagne, l'étoile de Napoléon commençait à pâlir. Cependant , à son retour à Paris, l'Empereur ne semblait pas encore découragé. Dans une proclamation adressée aux Français, il disait : a J'appellerai les Français de la Normandie et de la Bretagne au secours de ceux de la Lorraine et de l'Alsace. n Peu cependant s'empressèrent de voler à la défense de la patrie menacée. Les mauvaises nouvelles arrivaient coup sur coup. Dantzick, après l'héroïque défense du général Raap, avait capitulé le 1** décembre. Dresde s'était rendue le 11 novembre, après quelques succès obtenus par le maréchal Gouvion Saint-Gyr; mais ils ne purent em<> pécher des forcer considérables de bloquer la ville et de lui enlever toute espèce de ressource. Les alliés débordaient comme un torrent partout à la fois. La Westphalie,
sans défense» tU fttir le roi lèrftmè. Les RUisei pénétraient en Hollande» et tous les habitants de ce royaume se soulevaient à la teix du prinee d'Orange. A la an de cette année^ les elliés passèrent le Bhin Sur plusieurs points» pénétrèrent à Genève» traversèrent la Sttisse, et foulèrent le territoire français» qui leur était inconnu de^ puis tant d'années.
J'ai beaucoup causé avec des mililailres instruits, qui prétendaient qu'à la fin de cette campagne de 4815, corn-" mencée si glorieusement par Napoléon» il avait fliit des fautes capitales en stratégie. Etalté par ses premiers triomphes» surtout par sa victoire de Dresde, il crut avoir inspiré de l'effroi à ses ennemis» et, plein de con* fiance» il étendit trop ses divers corps d'armée. Ces mi^ litaires, discutant devant moi» soutenaient que» si l'Em^ pereur eût évacué Dresde» au Heu d'y laisser un corps de vingt-cinq mille hommes, quand il opérait sur Leipsick son mouvement de toncentration à la vue de ses innom*^ brables ennemis, il fût probablement resté vainqueur le troisième jour de la bataille. Quant àmoi» militaire moins fameui» mais prudent» je Ut>uvais que Napoléon laissait de trop nombreuses garnisons dans les places fortes; je trouvais» enfin» qu'il disséminait environ quatre-vingt mille hommes qui, autour de sa personne» auraient été d'un grand secours. Le point principal pour lui était de forcer les Russes et les Autrichiens à la retraite» de les défaire complètement en rase campagne. Le pays» perdu en apparence» aurait été bien vite repris» s'il fût resté vainqueur. Voyant que ses affaires allaient mal en Espagne» il ne put s'empêcher de rappeler auprès de lui la
phis grande partie de ses vieilles bandes; enfin, il se détermina trop tard à renvoyer Ferdinand YII à ses peuples, qui combattaient pour lui depuis sept années. Il eut beau insérer, dans le traité qu'il fit avec ce malheureux prince, prisonnier i Yalençay, qu'aussitôt sa rentrée dans son royaume il s'engageait à faire évacuer les armées anglaise et portugaise, le prince promit tout, pour recouvrer sa liberté; mais, eût-il même voulu tenir sa promesse, il était trop tard. Sa justification à son retour à Madrid se produisait en quelques mots : « Mes peuples, qui se sont sacrifiés pour moi depuis tant d'années, ne veulent pas ratifier ce traité, à présent qu'ils sont vainqueurs. » Si Napoléon eût rappelé son frère une année plus tôt, il eût rendu alors la couronne à Ferdinand aux mêmes conditions; il est possible que les Espagnols eussent tenu les promesses faites par leur roi pendant la toute-puissance encore de Bonaparte. Les Anglais alors se seraient trouvés dans un grand embarras; mais, à la fin de décembre 1813, après de si grands revers, des conditions pareilles étaient inexécutables.
A la vue du territoire français et hollandais envahi de plusieurs côtés, Napoléon tenta de ranimer l'esprit public enFrance, de rendre, enfin, la guerre nationale, et d'exciter, comme en Prusse, une levée en masse. Il fit en conséquence partir sur-le-cbamp vingt-trois sénateurs pour, comme il le disait, ranimer l'esprit public. Il termina l'année 1813 par la dissolution du corps législatif, qui lui parut hostile en ce qu'il avait osé invoquer la paix comme le salut de la patrie. M. Laine, rapporteur de la commission qui devait présenter une supplique à l'Empereur, fut
très-maltraité par lui dans la réception du 1*' janvier 1814. Cependant les flatteurs se firent encore voir à cette époque désastreuse. Malgré nos revers, des courtisans, ayant foi dans la fortune de TEmpereur, et attendant tout de lui, ne doutaient pas qu'il surmonterait bientôt toutes les difficultés. Avec son génie ardent, sa forte volonté, il parvint encore à se créer une puissante armée. Il mit en activité toute la garde nationale de l'empire, s'en déclara le commandant; vit successivement, à Paris, tous les chefs des légions, leur recommanda avec attendrissement de veiller sur sa femme et son fils; nomma Marie-Louise régento de l'empire pendant son absence, et, ayant rassemblé tous ses moyens d'attaque, il quitta Paris en promettant la victoire.
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CHAPITÏIE XV!.
Campa^poie de 1814. — Sneeés étonnant». — RélleiîeBS. — Refera. — Prise de Vwtïê, -* Relonr df S. À. R. Nomleiir ol de Louk IVIIi. ^ QeuTPememeni du roi. t^ Sw toM. ^rr NfPQléQii jiétmdiif) M f e^ie«t i Piurâ»
J'arrive à deux années, 4814eti8iB, dont la généra^ tion actuelle ne perdra jamais le aouvepir, et qui bi|ii^ quent dans Thistoire. Nous avions perdu tentes nos m^ ciennes conquêtes; le territoire français était envahi de toutes parts ; des armées nombreuses marchaient triomphantes, et nous allions commencer une défensive qui s'annonçait devoir être malheureuse. Néanmoins, il faut l'avouer, Napoléon n'eut pas l'air un moment de douter du succès ; il était persuadé non-seulement qu'il chasserait ses ennemis de France, mais qu'il les rejetterait promptement, en désordre, de l'autre côté -du Rhin, et reconquerrait ensuite les pays perdus. Soit que cette opinion fût une conviction réelle de sa part, ou un aveuglement produit par sa trop grande confiance en luimême, il s'avança vers l'ennemi avec beaucoup de résolution, à la tête d'une puissante armée, pour lui porter les premiers coups. Une affaire très-vive s'engagea à Brienne, où il les. rencontra. Après diverses attaques, vigoureusement repoussées par les alliés. Napoléon pourtant eut la gloire de la journée. Il venait de recevoir des
renforts d*Espagne. De vieilles troupes aguerries accouraÎ6Bt à sa Toix; il les employa sur«>}e-chainp, et parvint un moment sinon à repousser Tennemi, mais à le tenir eH éeheOy malgré ses forces prodigieuses. Le succès aurait peut-être enfin eouronné ses efforts ; mais il ne pouvait se tpeuver partaut. Tandis qu'il contenait les Prussiens, les Russes ^'avançaient sur Paris par Reims et la Brie. Napoléon, averti du danger, fait une contre-marche rapide, passe par des ohemins de traverse regardés comme împra-» tieablêi, fond sur plusieurs colonnes russes trop éloignées les unes des autres, les surprend, les bat successivement à Sézanne, à Ghampaubert, à Yieux-Maisons, à yauehamps, à Étoges^ force la grande armée à un mouvement rétrograde, après avoir fait, en deux ou trois jours, plus de douze mille prisonniers, qu^il s^empressa d'envoyer à Paris comme, des trophées de sa victoire. Cependant, tandis qu'il obtenait ces succès, Tarmée autrichienne, sous les ordres du prince de Schwartzemberg, s'avançait sur Paris par Nangis. Napoléon apprend cette marohe hardie, et, par un mouvement rapide, il l'atteint, ladéAiit, la jette en déroute sur Montereau, Fy suit, s'empare de cette ville après un combat très-vif, pousse à Troyes, qui était occupé par les souverains alliés, et les ferea à choisir en arrière un autre refuge. Ces victoires étonnantes, si inattendues, frappèrent, dans le premier moment, de stupeur Tempereur de Russie, le roi de Prusse, l'empereur d'Autriche et tous leurs généraux. Des milliers de prisonniers ftircnt encore dirigés sur Paris, et Pon commença par croire au retour de la faveur de la fortune, qui n'avait abandonné Napoléon qu^un mo-
ment. Déjà les journaux déiroués au pouvoir expirant affirmaient qu'ayant un mois pas un étranger ne foulerait le sol de la patrie. Il est certain que ces victoires, habilement gagnées, portèrent les souverains alliés à ouvrir des conférences pour la paix à Ghâtillon. Un congrès se tint dans. cette ville, et M. de Gaulincourt s'y rendit pour représenter TEmpereur. Toutefois, la guerre se poursuivit toujours, avec des succès variés et peu importants, pendant quelques semaines; mais les alliés, revenus de leur étonnement, recevaient des renforts, tandis que Napoléon ne pouvait pas réparer ses pertes. Il lui aurait fallu une armée de réserve; et comment la former, quand il était o|)ligé de couvrir à la fois les frontières d'Espagne, l'est et le nord de la France 1 La levée en masse, rêvée un moment par lui, ne s'effectuait pas; et avec sa belle armée, déjà diminuée par les combats et les fatigues, il lui devenait impossible de courir sans cesse des bords de la Marne et de la Seine à ceux de l'Âube. Cependant, les succès qu'il avait en si peu de temps remportés le rendirent exigeant à Ghâtillon. M. de Gaulincourt y parla avec hauteur au nom de son maître; il se croyait en état d'imposer des conditions au lieu d'en recevoir : ainsi, fiiute de s'entendre, les négociations traînaient en longueur, tandis que la guerrQ se continuait toujours. Quelques glorieux combats avaient eu lieu pour nos troupes, à la fin de février, aux environs de Lisy, contre le général Kleist, qui avait fait un nouveau mouvement offensif; mais nous éprouvâmes un échec, au commencement du mois de mars, à Bar-sur- Aube. Le maréchal Blûcher, repoussé, concentra ses forces, parvint à s'emparer du
pont de Soissons et à se rapprocher des renforts qu'il attendait. Notre armée, croyant l'avoir atteint, livra, à Graône, une bataille sanglante, mais qui n'eut aueun résultat définitif; deux corps russes seuls y prirent part, et firent leur retraite en assez bon ordre. L'affaire la plus sérieuse fut celle dirigée par Napoléon en personne contre la forte position de Laon, occupée par l'ennemi. Le combat devint terrible sur ce point, et, malgré la valeur de nos troupes, les alliés maintinrent leur position et nous forcèrent à la retraite. Napoléon se vengea de cet échec sur le faible corps de troupes commandé par Tinfortuné général de Saint-Priest, à Reims; il le dispersa. M. de Saint-Priest perdit glorieusement la vie dans ce combat.
Nous étions au mois de mars, et les conférences tenues àChâtillon venaient d'être rompues, parce que, disait-on, l'Empereur n'avait pas voulu adhérer à des conditions honteuses pour la France ; il tenait, hélas ! ce même langage, quand il aurait pu traiter si honorablement encore après sa victoire de Dresde. Il s'opérait, à cette époque, un grand mouvement de concentration parmi les troupes alliées ; des marches et des contre-marches annonçaient un nouveau plan arrêté. Enfin, le 20 mars. Napoléon, instruit de ces mouvements, se- présenta devant la forte armée ennemie près d'Arcis-sur-Aube. Un combat terrible, dans lequel l'artillerie joua un grand rôle, s'enga* 'gea. Nos troupes ne purent passer la rivière; les alliés présentèrent des masses formidables, et il fallut songer à la retraite. Lyon venait d'être pris par le baron de Buhna ; nous étions, enfin, pressés de tous les côtés à la fois.
bans ce moment suprême» Napoléon laisse à défendre les approches de Paris à des divisions trop faibles aux ordres des maréchaui ducs deTrévise et deRaguse; il croit que^ séparés, ou réunis, ils maintiendront les cnoemÎB à distance» tandis que lui, par un coup hardi et décisif, il va se porter sur leurs derrières, traverser leurs colonnes^ rallier à lui les garnisons de Metz» de Verdun» de Thionville, opérer une levée en masse dans les Vosges» et re** jeter la grande armée alliée de l'autre côté du Rhin. En conséquence, il se dirige d'Ârcis sur Saint-Dizier, pousse devant lui quelques corps qu'il croit être le centre principal de ses adversaires ; ces colonnes fuient à son ap^ proche, l'attirent, et, pendant ce temps» les Russes et les Prussiens, réunis au nombre de cent vingt mille hommes» marchent résolument sur Paris. Les ducs de Trévistt et de Raguse sont les seuls qui puissent s'opposer^ avec des forces très-inférieures, à cette masse de combattants. Ih luttent avec courage et persévérance à la Fertfé-Gaudier$ mais ils sont obligés de battre en retraite sur Meaux et Lisy. Un nouveau combat a lieu le 26 mars; les alliés
avancent de tous les côtés pour les enveloppeTi et ils
s'empressent alors, avec les débris de leurs troupes, d<a venir couvrir Paris^ Le 29, les alliés étaient en vue de la capitale, qui n'offrait de défense sérieuse que du rtté de RelleviUe, de Ménilmontant et de Montmartre; ces points étaient garnis de batteries servies par les élèves de VÈcole polytechnique. La rive droite de la Seine n'était susceptible de défense que parle faible mur de l'ot^roîd^ Paris. On n'évaluait pas à plus de vingt-cinq à treatemttte hommes les deux corps d'armée des marèdiaux^^^adle
nationale {)arisièhhé^ asseè bombl^eusé et biètt équipée» he paraissait ]^às ti^-disposée à hubir leé hdt*r«ur« d'une pf i^é d'asiàiit , et ne pouvait gnèi^ isotftpttè)' (|Ue sur th)iiï t)U quatre hiill6 honimes de cette milice prêts à lutter sérieusement contre un ennemi foimidâble.
Dèi$ le 2B, Joseph BotiapâHë et Tiiupéràtritë Marie- Louise surent le danger qui les méUaciératt le lendit maîii. ils ft'empresftêréht de quittisriâ jbapitàle avec toute leur suite, dé ttfttferser Versailles et dtè se diriger àur Blois, ôA ils côbiptaietit établir le siège du gouTeMeiuetit« L^s gr^Uds dignitaires et les tourtiéànil suirirent cette retraite, qui jeta la terreur dans Paris et refroidit le Ééii àë la garde hationalë, qu'en laissait livrée à ell<à*ttiême. Le 3Ô mars, une àtlaqUe Airmidablë commença ters r^^t de Paris. Lèb hâUtëUrb de MénilmuiltaUt et dé Bei^^ lèVillè lUr^ènt assaillies par des IflasMS étiormeft qui, soU-' Teiit repoUssées, revenaient A la charjge. LàdéfeniBe^ peudant quelques heures, fut si briUâtite, le feu déd élèves dé rÉéoIé polytechnique était si biëU sertie qu'eu crut, Ver^ deUi heures, Us alliée isur le poiutde i^e #etifer. OU prôd^uià nièU^e qUe të roi de Prusse avait éM tué ou fait prïsohnie^t Uiâis feen ftUttTelléis ëe déUieutirent bientôt; L^ii àriiiéiéè i*U«seèét prussieUhés yeh^ieut d'entrer eH ligne et ifeUVéVer lés batteries; elles débordaient daUt» les plaine^ s6\ïé Montmartre, et 'menaçaient déjà tes ba^ Hères. tJUé fo\At dé blessés arrivaient bur leH bôUlevardS^ me heure dé plus, PbHs était peul^tre éUlevé de Viv« fôreé. !fapoléi6h Ue paraissait pas. La défthse âvàtt été hénAt^uév U^âi^ elle ne puuvait plus èe prulohgér. Ihïis tttt im t}% cltotset»^ 1«5 déUi iuârééhAUx^ pour «i«¥ir ï^^
ris, proposèrent une capitulation honorable, qui fut acceptée dans la soirée même. Les troupes avaient la liberté de se retirer avec armes et bagage»; les propriétés devaient être respectées, X et nul ne pouvait être inquiété pour ses opinions.
L'Empereur ne tarda pas à s'apercevoir que l'armée principale de ses ennemis, loin de fuir devant lui, s'était décidée à marcher sur Paris. A Tinstant même, il revint sur ses pas par des marches forcées, espérant que la capitale, tenant pendant deux jours seulement, il parviendrait à la sauver. Il lui fut impossible, après avoir gagné Fontainebleau, de ne pas accorder un instant de repos à ses troupes, exténuées de fatigue; mais, dans son impatience, il se jeta dans une petite voiture, arriva à la Gourde-France le 31 au soir, où il apprit que Paris était occupé depuis le matin par ses ennemis. Profondément affligé, il s'empressa de retourner à Fontainebleau pour agir suivant les circonstances.
Enfin, le 31 , l'armée alliée prit possession, avec le plus grand ordre, de la capitale de la France. On vit que ce n'était pas, comme le bulletin de la veille Tavait encore affirmé, une simple avant-garde perdue qu'il fallait repousser, mais une armée formidable, bien disciplinée, et de fait victorieuse, arrivée pour renverser le pouvoir de Napoléon. Les souverains alliés entrèrent à la tête de leurs troupes, les maintinrent dans la plus sévère discipline, et firent preuve de la plus grande modération. Ils n'exigèrent aucune contribution, se montrèrent afTables, modestes dans le succès, et se bornèrent à déclarer qu'ils ne traiteraient désormais ni' avec Napoléon ni avec aucun
membre de sa famille; mais qu'en même temps ils laissaient aux Français le choix du gouvernement qui leur conviendrait, et n'exigeaient aucune contribution de guerre.
Dès que cette déclaration fut connue et publiée, le conseil municipal de Paris s'assembla, et ne craignit pas, par l'organe de M. Bellart, de se prononcer en faveur du retour de la maison de Bourbon. Le sénat se réunit aussitôt, et déclara Napoléon et les siens déchus delà couronne, sans s'expliquer, toutefois, sur le nouveau mode de gouvernement à établir; il releva les citoyens de leur serment de fidélité à TEmpereur. Il était alors le seul corps constitué; mais quatre-vingts députés présents à Paris sanclionnèrent ce décret. Aussitôt, un gouvernement provisoire fut constitue; il se composa de cinq membres : du prince de Talleyrand, du duc d'Alberg, de l'abbé de Montesquieu, du général Bournonville et du vicomte de Jaucourt. M. le baron de Vitrolles devint secrétaire du gouvernement provisoire.
A l'entrée des souverains alliés, beaucoup de cris de vive le Roi ! vivent les Bourbons ! avaient été proférés. Des rubans blancs, des cocardes distribuées par l'élite de la société française, par des dames élégamment mises, étaient soudainement ramassés par la foule et mis aux chapeaux. Les royalistes, dans ces derniers jours, redoutant moins la police, avaient manœuvré avec une entente parfaite qui produisit un grand effet dans la journée du 31 , au point que l'empereur Alexandre, ému de ces nombreuses acclamations, s'était écrié : «Demandez-les (les Bourbons), vous les aurez ! »
Deùt jours lavant la prisô de Paris, J^àssîslàis déjà à des rJuniorts secrètes, où je rencontrai, pleins de zèle, le vicomte Sosthënes delà ftocheFoucanld, le due déFitz4ames, le comte Charles de Damas, le comte de Ghastellux, le baron de Vilrolles, etc., et une foule d'honorables royalistes. Nous convînmes de nos tnesûres pour là journée dttSl mars, et tous nous times notre devoir. L*élan avait été dotiné, il continua les jours suivants. Néanmoins, rien n'était encore décidé. Nous nous compromettions beaucoup ; car, si on eût traité encore avec Napoléon, ou ih'ètne si là régenSce avait été admise, tous les hommes de l'Eittpirê reparaissant, nous aurions pu payer cher nos dêtnortèlralions pubîitjUes. Nous en avions ton exemple déhs rittfbMWhê M. de Gauh, cjflii fui fusillé à Trôyes pour âvoîr pris là cocarde blanche. Dans ma Conviction iïitiilie, taon cher artâî, je crois que Tempereur Alexandre et le roi de PrUs^è étaient personnellement disposés en fâVeur dû retour de Loulfe XVîII ; mais Tettipéreur d*Atttriche, à cause de sa fille, inspirait qnelqUeâ crainteis, el on lie connaissait pas encore le fond de la pensée de TAngleterre. Ensuite je savais, malgré la déclaration des alliés de ne pas vouloir traiter avec Napoléon et aucun membre de sa famille, que deà négociations potir la régéttcé se suivaient àvct activité, et que le gouvernement provisoire lui-même héâitait à se pt^ononcer. Cependant, beiaiiboup de soumissions arrivaient de tous les tôtés. Le dnt de Raguse fil la sienne, dès qu'il apprit lé décret de dftthéâhce : jtlsque-là, quoiqu'on ait cherché à le calomnier, H resta fidèle à l'Empereur. Cette soumission, qu'il apprit à Fontainebleau quand il Ise disposait,^ malgré
Tavis de plusieurs de ses maréchaux, à marcher sur Paris avec son armée, bien inférieure en force à celle des alliés, abattit son courage ; mais les négociations pour la régence ne se poursuivaient pas moins. On crut même encore, le 4 avril, qu'elle allait être proclamée; une in* finité de personnes , alarmées^ quittèrent la cocarde blanche ; le conseil municipal de Paris et notre comité royaliste se trouvaient très-compromis, il faut l'avouer. Néanmoins, nous ne nous effrayâmes pas de ces dangers. Enfin, les souverains, se rendant au désir du gouverne* ment provisoire, du conseil municipal, et à celui de presque toute la population parisienne, déclarèrent d^une manière positive à Napoléon qu'il fallait combattre ou abdiquer. Les maréchaux Ney et Macdonald lui firent sentir le danger de sa position, l'inutilité de ses efforts» et il se décida enfin à signer son abdication et à se rendra à l'ile d'Elbe, qu'on lui donnait en toute souveraineté* Dès que cette résolution fut connue, le sénat, le goover* nement provisoire et les membres présents du corps lé^ gislatif s'empressèrent de déclarer que Louis XYUI était rappelé au trône par le vœu des Français. L'impératrice Marie-Louise avait quitté Blois avec son fils, pour retourner auprès de son père, et ensuite à Vienne.
S. A. R. Monsieur avait suivi la marche des alliés; il s'était arrêté un moment à VesouL Dès qu'il sut la disposition des esprits en sa faveur, il s'approcha, et vint coucher, le 11 avril, à Livry. La cocarde blanche avait été spontanément reprise; la garde nationale de Paris venait de reprendre aussi l'ancien drapeau de la France, et 1« petit-fils d'Henri lY, en attendant le retour de son frère.
encore en Angleterre, devait faire le lendemain son entrée solennelle à Paris, comme lieutenant général du royaume. Monseigneur le duc d'Angoulême, son fils aine, était à Bordeaux depuis le 12 mars ; il y avait été reçu avec enthousiasme, et le drapeau blanc flottait déjà sur cette ville depuis plus d'un mois. Le duc de Berri, débarqué à Jersey, y attendait le moment favorable pour entrer en France.
Beaucoup d'historiens modernes de mauvaise foi ont osé dire, mon cher ami, que les Bourbons avaient été reçus avec répugnance ; qu'ils étaient arrivés à la suite de l'étranger, et que jamais ils n'auraient régné sans leur assistance. Je crois dévoir protester contre ces calomnies, car j'ai vu tout le contraire. Si Napoléon, quand il pouvait encore si aisément traiter à Dresde, et même à Châtillon, eût écouté les propositions des alliés, personne en France, le voyant assis sur le trône du consentement de l'Europe, n'eût songé au retour de Fauguste maison de Bourbon. Notre culte pour cette glorieuse famille ne se serait jamais éteint; nous aurions laissé à la Providence le soin de la replacer sur le trône de ses ancêtres, et, si telles avaient été un jour ses vues. Napoléon, malgré sa puissance, aurait, par ses fautes, son ambition, sa tyrannie, lassé son peuple, qui depuis tant d'anncesse sacrifiait pour lui. Mais, dans l'état où il avait mis notre pauvre patrie, si resplendissante depuis tant de siècles, et qui avait dû à ses rois sa force, son homogénéité, je maintiens que Louis XVIII seul pouvait la sau • ver. Sans lui, l'exigence des étrangers vainqueurs aurait ' été extrême; sans lui, ils eussent peut*étre songé à la
démembrer, à l'amoindrir, car leur v^ngeance était extrême,, et ils pouvaient rendre la nation entière responsable du joug de plomb que Napoléon n'avait cessé de faire peser sur eux. La Prusse arrivait indignée; Louis XVIII, roi légitime, se jetant entre son peuple et elle, la calma à Tinstant. Enfin, le principe de légitihaité parut si puissant aux monarques étrangers, que, quand il fut invoqué et reconnu par la France, les armes leur tombèrent des mains. Croyez-vous que si Napoléon eût été vaincu à Fontainebleau et fait prisonnier; si la France, aux abois, n'eût eu d'autre ressource que la soumission, la Russie, la Prusse, l'Autriche el l'Angleterre se seraient conduites comme elles l'ont fait en 1814? Nul n'osera l'affirmer, pas même ceux qui depuis se montrèrent si hostiles à la maison de Bourbon. Alors presque toute la France, si heureuse d'obtenir une paix honorable, de voir ses nombreux et si inutiles sacrifices finis, s'applaudit du retour des Bourbons, qu'elle n'avait jamais entièrement oubliés. Eux seuls pouvaient lui conserver les glorieuses conquêtes faites depuis Henri lY, quand Napoléon n'avait pu conserver les siennes après avoir donné
des rois à l'Europe Il tomba du pouvoir par ses
propres fautes.
Au reste, le 12 avril 1814 répondit à toutes ces calomnies. Monsieur, frère du roi, avait couché à Livry, la veille, chez le loyal comte Charles de Damas. Les préparatifs pour son retour à Paris se firent tout à coup spontanément. Paris entier, toutes les maisons de la capitale, depuis le re2*-de-chaussée jusqu'au grenier, étaient cou*' vertes de drapeaux blancs. Une grande partie de la po-
pulation s^éehelonnait de la barrière à LWry; des milliers de citoyens à pied et à cheval s'étaient rendus à ce château» stationnant dans les environs pour voir, pour contempler plus tôt le prince que te ciel renvoyait à la France pour finir ses malheurs. J^en appelle à tous ceux qui ont été témoins de ce beau jour ! qu'ils disent si S. A. R. Monsieur, frère du roi , représentait , au milieu de la joie générale, un prince imposé par Fétranger, un prince
revenu dans les fourgons des Cosaques Jamais police,
et il n'y en avait pas alors, n'eût pu commander et payer cette.fête, improvisée par plus de six cent mille cœurs. J'arrivai comme vous, mon ami, à Livry, et vous savez que Monsieur voulut bien se souvenir de moi et me faire le plus gracieux accueil.
Le gouvernement provisoire cessa S l*arrivée de Louis XVHl à Paris; elle eut lieu le 3 mai, et produisit le même enthousiasme que celle de son frère. Il entra ayant dans sa voiture S. A. R. madame la duchesse d*Angoulême, la vertueuse fille de Louis XVI, le vénérable prince de Condé et son fils, le duc de Bourbon; S. A. R. Monsieuretleducd'Angoulême, celui-ci, arrivédepuis peu de Bordeaux, étaient à cheval à chacune des portières de la voiture. Une légère alta({ue de goutte avait forcé le Roi de séjourner quelques jours à Gompiègne ; une immense quantité de Français s*y rendit. Lei? maréchaux de France, un nombre considérable d'officiers généraux y coururent pour lui prêter serment de fidélité. Je ftis du nombre. Le Roi daigna, vous Pavez vu, se souvenir de moi, et mV dresser des paroles très-flatteuses. Il avait co\iché la veille au château de Saint-Ouen. C'est de là qu'il adressa aux