CHAPITRE XVIl
Céjwrt di) Rai. — ArrÎTé» de Hpppléqp. — Jlfispp du Roi. — Atti- (udf 4cs puissances. — Çuerre déclarée, r— Champ de Mai. — I^igny. — Waterloo. — Départ de Napoléon. — Capitulation de Paris.
Je ww »} p^iptf mpn çikf^f imi» la France entière s»luant ii?ea jptQ lar^^ur 4^ Ta^gusit^m^ision ^e Pourl^pn; jt fiUP fti 4it qu'elle h^wIp poutbH, m §1 «jars iPt4i sauver notre malheureuse pairie, hor^ d^ém à^ fi^ <lé~ fendre, si les étrangers eussent voulu la démembrer, parce que Napoléon n'avait pu rendre la guerre nationale, et cependant vous voyez comment une administration incapable, sans fermeté, honnête, mais trop confiante, se laissa enlacer, puis renverser par une conspiration habilement ourdie, qu'elle aurait pu prévenir. Elle avait été avertie et ne sut rien omp è ohep . La nation entière surprise, non préparée à la résistance, se soumit au pouvoir qui avait régné si longtemps sur elle. Sa soumission se fit sans secousse, par l'art avec lequel on lui persuada d'abord que le pays ne serait pas troublé, et qu'enfin des libertés réelles lui seraient accordées. Le retour de Napoléon fut uniquement le fruit d'une conspiration militaire, méditée des l'abdication de Fontainebleau, et conduite sous les yeux des ministres de Louis XVIIL Tandis
- «laque netpe malhevreux Roi, la oœup «ppitaiié, êi pr4» voyant tes nouveaux malheurs qui allaient frapper la patrie, B^acheminait agr Lille, que sa maison militaire le suivait à marohes l^rcées, Napoléon s^avan§ait sur Paris à la tête déjà d'une nombreuse armée. Il y fit son entrée le ^ mars au soir; on dit qu'il se glissa ftirtivement, de nuit, dans ee palais, qu'on crut qu'il ne devait jainais revoir. Il y fut reçu avec de grandes acclamations par une foule de courtisans et de serviteurs dévoués^ qui Tatten* daient dès le matin. Ses soldats le portèrent en triomphe dans ses appartements, mais il put s'apercevoir, dés le lendemain, qu'hormis la joie de ses partisans, la capitale entière présentait l'aspect le plus morne Qt le plus triste; l'inquiétude était peinte sur tous les visages. Pour tenter de ramener la confiance, Napoléon s'empressa da déclarer que la paix serait maintenue, qu'il était à peu près d'accord avec l'empereur d'Autriehe, que l'impératrice et son fils allaient revenir, et qu'enfin des libertés réelles, une constitution libérale, seraient incessamment accordées à la France. De l'argent répandu dans les ftiubourgs attira près de lui une classe, nombreuse du peuple qui le suivit partout, pour tâcher, par ses cris de s Vive l'Empereur ! d'exciter l'enthousiasme et faire renaître la confiance perdue.
Si, d'un côté, le Roi de France éprouva des défeetions douloureuses, de l'autre, il reçut des preuves d'un grand dévouement. L'école de droit surtout se fit remarquer par sa loyauté et sa fidélité. Dès qu'elle sut }a marche de Napoléon sur Paris, elle prit tout entière les armes, et le Roi eut soudain un magnifique régiment de seise à
dii-huit cents jeunes hommes d'élite, qui choisirent pour leur colonel le brave et intrépide baron de Druault. 11 marcha à leur tète, formant Tarrièregarde de la maison du Roi, et conduisitson héroïque phalange jusqu'en Belgique, où le Roi fut contraint de se retirer. Au bout de deux mois, celte brillante et si dévouée jeunesse pouvait rivaliser avise les meilleures troupes sous le rapport du cou* rage et de Tinstruclion militaire. On la vit revenir brillante d'ardeur et de dévouement avec Louis XVIII, au mois de juillet 1815.
Le vénérable prince de Goddé ne quitta Paris que le 90 mars au matin. On eut une peine infinie à lui pcr^suader que Napoléon serait le soir même à Paris. 11 ne pouvait croire que la monarchie fût dans un tel péril. M. le duc de Bourbon partit pour tâcher de faire soulever la Vendée en faveur du Roi. Cette espérance eût été fondée, je veux dire qu'elle aurait pu se réaliser, si ce grand mouvement attendu avait été préparé d'avance; mais la Vendée, surprise, comme le reste de la France, ne se trouvait nullement préparée à une prise d'armes. Quant à moi, je ne comptais pas sur un grand résultat, sur un résultat immédiat de l'arrivée de M. le duc de Bourbon dans la Vendée.
Louis XVIII fut reçu, à Lille, par le duc de Trévise, avec tous les honneurs dus au roi de France ; dans le premier moment il crut pouvoir répondre de la fidélité des troupes. La maison militaire, composée des six compagnies des gardes du corps, des quatre compagnies des chevau-légers et gendarmes, de dix-huit pièces d'artillerie bien attelées, des élèves de l'École de droit, des
'^'^'i^^m^^^^^^^^^^lg^ng^^^mmm^mmKr^
grenailiers à cheval, des Geiit*Siitsses, et de quelques tok>ntaires» marchait, sans presque prendre de repos, vers Lille, pour rejoindre le Roi. Le projet était de lui confier la. défense de cette forteresse, et d'en faire sortir adroitement la garnison. Maître de ce point important, le Roi devait adresser une proclamation à son armée et à ses fidèles sujets, les engageant à venir se rallier à lui. On espérait pouvoir opérer ainsi une grande manifestation royaliste sur tous les points du royaume à la fois. Mais le réaultat ne répondit pas à ce$ brillantes espérances. La trahison avait marché vite. Au bout de deux jours, la garnison se montra insubordonnée, des cris séditieux furent poussés même devant le Roi. Le duc de Tiévise, sous prétexte de grandes manœuvres à exécuter, essaya de faire sortir quelques régiments de la forteresse, ils re- Aisèrent d'obéir a ses ordres. Enfin le danger devint tel, qu'il fut impossiblede le dissimuler ait Roi. Le maréchal se crut obligé de l'avertir que, s'il ne quittait pas sur-lechamp la ville, il ne répondait plus de la sûreté de sa persc^ine. Le malheureux Louis XYIU se vit donc forcé, avant Tarrivée de sa maison militaire, de quitter Lille^et de se diriger vers la Belgique. Le duc de Trévisé, vivement ému, le cœur profondément affligé, l'accompagna avec respect jusqu'à la frontière.
I^a maison militaire arriva enfin, presque exténuée de fatigue, mais toujours pleine d'ardeur, à Béthune. Monaieur et monseigneur le duc de Bcrri marchaient à sa tête ; elle était commandée par le maréchal duc de Raguse. Que l'on juge de sa douleur quand elle apprit que Louis XVIII venait de quitter Lille, 4e partir pour la
Mfîqutf^ «t Hu*i\ n'était plus peieible d'oecuptlr cette forteresse ad nom du Hoi(..i Elle sut que la trahison aTëit paralysé partout les mesures prises pour former en France un contre de gbUTernement royal. En attendant deii nouvelles du Roi^ Béthune fut oceupée miiitairementi Mais à peine ohacun étsit^il à Son poste ^ que la nouTelle de la iharohe du général Exeelmans^ ayeé un eorps ilom* breUi de treupeSf auquel detait se joindre la garnison mutiilëe de Lille, arriva. Un conseil de guerre, tenu inimédiatemcntf décida qu'il était impossible de réiiister i cette masse réutiié de combattants^ ayant une place im-^ portailtë comme Lille sur sa droite. La retraite vers la Belgique flit décidée. Elle se fit en prenant des chemins de traverse affreux^ par Étoire, où rartillerie embourbée se perdit; Quelques corps de la maison du Roi passèrent là fhmtière; les élèves de TÉcole suivirent tous leur intrépide colènel qui les conduisit au Rdi^ et la majeure partie de la maison militaire^ oflpressée de doUleuf » ftit licenciée à Béthune»
Monseigneur le duc d'Angouléme excita iin entheu^ siasme général dans le Midi. Secondé par le éomtb d'E^« fcars et le brave comte d'Ambrugeàc, colonel dtt 10* ré" gimentde lignoMl rallia à lui beaucoup de Volohtail^s et obtint des succès. Il se disposait ft i^cmparcr dd VmU Saint-Esprit, position trèe-fortë, qtifttid Irt tt^ahison vînt auséi, deoe côté, paralyser tous ses effbrté; Napoléon, Redoutant une levée en masse dans le Midi, avait diHgédfeS eol*ps nembk'eui de troupes, aul ordres des gènéràui Gilly et Grodtîhy. ^ Ils convergèrent autour du prince et di sa petite «rmée, les i^etCilànt dans Un rayon étroit, et
pâftflnfetit éitflli â fàltë ïiâitfe là déâeHidil ti U iètciifâgeméiil dâHs Sa fâiblê àrhiéé. Le !0* de Hgtté feëtll, malgfé la défeôtîôh dôsi troupes au Poht-SaltiUËfepfit, resta fidèle jusqu'au âei*i)ler illôiliéfat. Mstlâ ^uèl téktïU (ai pôUVaiétil âtôit* quelques èticdè d&Hhi h ihaàâë énorme qui ëbrVétlâit de tôUâ éôiéô pb\it ènVëlôppei' U ptiàcel Totiloûse aVàît élê i'ét)rî§, lA f)élit6 âtméé rôjàlé n^avàit plus de t)oiiits d^âpptii. Morisëigfieuf lé dtic d'Ângouléme, eii voyant avec sâhg-frôid sa poàitidn, fot convaincu que là réslslàhce n'était [iluë possible, ëi, pour sauver ses défenéèurs {idéleg, é^îlef l'ëffbsioft idûtilè dli sang, il ccmsentit à lillë ôapitutàliôii qui pôUVfait fîlettf e sa vie en danger. Il resta tiii thotnent ûh potiVôif du géiléf al Gilly, noblement résigné â êoû soft. Cépendâfit Kàpolëoii se détermina â saiiclionDeh là câpltulâtiôii, et lé prihdé eut la liberté de s'émbarquéi^ pou^ l'Ëâpâgffë; Madàiiiô là duchesse d^AngoUlêmé c^ut qtiélqùé tëmpà qtiMlé poui"rait résister àfiordeàui. Cette fiobtë Ville lul donna dëà preuves touchantes dé âdélité. tJne gafdé hatidhalé inipoâatite s^àrmd pôuf ëa défëUâé, et là garnison pàfUt d'abord voUloif ôbéii* à §â Voix. Mais là Irahisori éllltroduisit là comme elle té fit partout, tlês quë ëettë gâf'ft)son apprit la marche dii géfiéraî ClàuSèl âVëc ùfi ëdrps nombreux d'armée, elle doiitiâ dés signes d'insUi*rectiôiî ifiquiétahts. Màdàine eèéayâ inutilêUietit de la ramener à ses devoirs, à l'observance de seë sërrilcnls, prêtés volontairement au Roi; elle êiit la dôuldUrêuse conviction qtiMlè s'entendait avec lë^ tfdiipès dd géiiéràl Clàiiâèl, afHtées déjà à la Baàtide, en face de Bordeaux. La priifcêSse pouvait comptëf encore, Il efet Vràl, Sûf l'àââîètàîlcê
de la garde nationale; mais, sondant le danger de la lutte, son inutilité, frémissant à l'idée du sang qui serait versé sans espoir de succès, elle releva la brave garde nationale de ses serments, l'engagea à se soumettre, à espérer des temps plus heureux, et s'embarqua pour l'Angleterre, au milieu d'une population consternée. Marseille enfin venait, à la fin d'avril, de voir le drapeau tricolore flotter de nouveau sur ses murs Ainsi Napoléon occupait, à cette époque, paisiblement toute la France.
On savait» au congrès de Vienne, les tentatives, les complots tramés en faveur de Napoléon, mais on les redoutait peu pour deux raisons : la première, parce que la France ne consentirait jamais à retomber sous son joug, et la seconde, parce que le ministère français, informé de ces desseins, saurait en empêcher l'exécution. Cette manière de juger les complots formés dans l'intérieur du royaume, et particulièrement à Paris, semblait juste. La police devait être informée par le commissaire du gouvernement qui résidait à Tîle d'Elbe de tout ce qui s'y passait, et son devoir était de^ surveiller avec soin tous les conspirateurs à Paris. Le congrès fut donc consterné en apprenant l'audacieuse entreprise de TEmpereur. Elle lui parut, dans le premier moment, un acte de folie, car beaucoup de ses membres, ayant vu Tannée précédente l'enthousiasme causé par le retour de S. A. R. Monsieur et du Roi, furent persuadés que la nation entière volerait à la défense de Louis XMIL Mais, quand le congrès apprit le départ de ce monarque, la défection de l'arméç, et l'arrivée à Paris, sans combat, de Napoléon, il s'émut, se prononça contre cette violation de la convention con-
due à Fontainebleau, et déclara, le 30 mars, que les puissances alliées auraient raison, par les armes, de cette trahison. En conséquence, les armées de TAutriche, de la Prusse et de la Russie, furent remises sur le pied de guerre.
Napoléon ne vit pas sans inquiétude cette résolution prise par les puissances; il tenta de les diviser, en envoyant un plénipotentiaire habile à Vienne, chargé de lettres affectueuses pour son beau-père. Ces lettres exprimaient le désir de vivre en paix avec TEurope entière ; elles affirmaient que son retour s'était effectué par le vœu unanime de la France; et, pour le prouver, il citait son entrée à Paris, deux cent vingt lieues qu'il venait de parcourir sans qu'un seuï coup de fusil eût été tiré. Son espoir fut trompé. Deux semblables tentatives échouèrent; le plénipotentiaire français fut renvoyé sans que l'empereur d'Autriche prît connaissance -des lettres. Napoléon alors essaya de se tourner vers l'Angleterre, où il savait qu'un parti nombreux était opposé à la guerre. Cette puissance ne s'était pas encore prononcée. Des débats très-vifs s'engagèrent dans les deux chambres du Parlement britannique pour savoir srla Grande-Bretagne s'allierait encore à la Prusse, à l'Autriche et à la Russie contre Napoléon. La question fut résolue affirmativement. Bientôt, lord Wellington fut chargé du commandement en chef des armées anglaise et hollandaise, en Belgique.
Napoléon alors vit qu'il ne pouvait éviter k guerre, et il s'y prépara résolument. Les efforts qu'il fit pour se créer, en quelques mois, une armée formidable, prouvè-
r«Qt qu'il n'avait rien perdu de son audace et de sa prodigieuse activité. Mais, comme il voulait rendre la guerre populaire» il jugea prudent de ne pas la commencer avant de s'engager solennellement adonner un vrai gouvernement national à la France. Il voulut jouer, au mois de mai, le rôle d'empereur constitutionnel, convoquer les mandataires de la France en assemblée générale pour proclamer la constitution libérale qui devait régir désormais l'empire, et en jurer lui-même l'observance. Cette réunion immense eutlieuauGbamp-de-Mars. La nouvelle constitution promulguée fut jurée, et on y inséra le fameux article additionnel qui excluait à jamais la famille de Bourbon du trône de France. Les députés de la chambre des Cent-Jours ne durent leur élection qu'à la minorité des électeurs. La majorité, effrayée, interdite^ ne se rendit pas aux collèges électoraux. Il resta aussi avéré que l'acte additionnel ne fut pas signé par la centième partie des Français qui avaient le droit de manifester leur opinion. La guerre donc allait recommencer. La proclamation des généraux étrangers à leurs armées» la nouvelle déclaration des puissances, la résolution du Parlement anglais, tout annonçait qu'elle allait éclater dans quelques jours. Napoléon, au lieu d'attendre l'invasion projetée sur tous les points à la fois par ses ennemis, résolut de les prévenir, de les attaquer, avant que leurs forces fussent réunies pour l'accabler. C'est sur les Prussiens qu'il veut faire tomber ses premiers coups. S'il parvient à les vaincre, comme il l'espère, à les séparer des Anglais, il tombera sur ces derniers, les poussera en désordre sur leurs vaisseaux, et prouvera à l'univers en-
lier que le duc de Wellington, leur chef, leur hérod, n'est pas capable de lutter avec lui. C'est donc sur la Belgique qu'il dirige son armée par des marches forcées; il quitte alors Paris et arrive devant Charleroy en même temps que les Anglais et les Prussiens, qui méditaient rinvasion de la France. Confiants dans leur nombre, ne s'effrayant pas de cette démonstration, ils croient que Bonaparte veut prendre une position défensive pour couvrir ses frontières, garder cette position entre ses places fortes, et ne paraissent pas alarmés de la rapidité de ses mouvements. La sécurité du duc de Wellington, le 14 juin, était si grande, que sa cavalerie avait été dispersée dans des cantonnements éloignés les uns des autres. Lui-même se trouvait à Bruxelles, où il avait établi son quartier général» Le feld-maréchal Blûcher, à la tête de l'armée prussienne, était tranquillement du côté de Namur; il avait seulement, par prudence^ porté un corps détaché vis-à-vis Charleroy. Du reste, les deux armées n'étaient séparées que par une distance de huit à dix lieues, et pouvaient se réunir en une marche faite chacune de son côté.
Napoléon avait formé son plan. Pousser les Prussiens jusqu'au Rhin après les avoir battus, et tomber inopinément sur Wellington; couper, en un mot, les deux armées l'une de l'autre, tel était son but, et il ne doutait pas de l'atteindre. Quoiqu'en marchant sur Blûcher il prêtât le flanc à l'armée anglaise, la célérité de l'exécution, la rapidité de l'attaque devaient lui assurer le succès. Tout à coup le canon se fait entendre, les Prussiens apprennent que Napoléon a surpris Charleroy et dispersé le corps
qui couvrait cette ville. Le maréchal Blùcher s'empresse alors de réunir ses colonnes éparses, et prend position, le 16 juin, sur les hauteurs de Ligny. Aussitôt une action terrible s'engage entre les deux armées. Napoléon, bouillant d'ardeur, précipite ses vaillantes troupes sur Ligny, clef de la position des Prussiens. Le combat devient acharné sur ce point, et la victoire semble souvent dou* teuse. Dans une charge de cavalerie, le vieux général prussien, Bliicher, fut renversé et relevé par ses soldats. Enfin, après une longue lutte, l'armée française victorieuse força les Prussiens à battre en retraite de tous les côtés. Ils se retirèrent après avoir éprouvé de grandes pertes, mais non une déroute complète comme le crut Napoléon. Bientôt ils rencontrèrent une forte division de leurs troupes, sur laquelle ils se reformèrent à quelques lieues du champ de bataille. L'Empereur, dégagé sur sa droite, donne ordre au général Grouchy de poursuivre les débris de l'armée prussienne, et se dispose avec la sienne à tomber sans différer sur les troupes anglaises, belges et bruns wickoises. Le maréchal Ney avait été envoyé sur la position des Quatre-Bras, qui fut défendue avec valeur par quelques 'régiments écossais: ils s'y firent écraser. Le duc de Wellington, averti à temps, employa toute son activité pour réunir son armée dans la forte position du Mont-Saint-Jean, où Napoléon avait espéré le surprendre dans la journée du 17 juin; mais des pluies continuelles, des chemins rompus , et la résistance des Écossais , ne lui permirent d'arriver devant les Anglais qu'à la nuit; il se vit donc forcé de remettre son attaque au lendemain. Toute sa crainte était que les ennemis lui échappassent
dans la nuit; aussi, quand il les vit le lendemain matin, 18, dans leurs positions, il s'écria avecexaltation: Enfin, je les tiens, ces Anglais! — Le duc de Wellington, dans cette nuit du 17 au 18, reçut des renforts, concentra ses troupes, et résolut d'attendre l'uttaque, comptant sur le secours des Prussiens, avec lesquels il communiquait par des officiers d'ordonnance détachés.
Les détails de la bataille du Mont-Saint-Jean ou de Waterloo sont connus; vous en avez lu, mon cher ami, plusieurs relations, ainsi je serai bref sur ce point. Il suuit que je vous dise qu'elle fut des plus sanglantes, que Napoléon y fit preuve de beaucoup de sang-froid et souvent de vues profondes, que nous fûmes au moment de la gagner; que déjà même une grande hésitation se montrait dans les colonnes anglaises, hésitation qui pouvait amener une sérieuçe défaite, quand l'arrivée d'un corps prussien de trente mille hommes paraissant sur notre droite, au moment où la position du Mont-Saint-Jean, attaquée pour la seconde fois, allait, dit-on, être enlevée, nous força de rétrograder et détermina la déroute générale de notre armée. L'ennemi nous enleva des colonnes entières, prit une partie de notre artillerie, et nous suivit jusqu'à nos frontières, sans qu'il fût possible de tenir nulle part tant la désorganisation devint générale. Je n*ai jamais commandé d'armée en chef, mais, depuis cette terrible bataille, j'ai causé avec plusieurs de nos généraux habiles et des généraux étrangers. Tous reprochent à Napoléon d'avoir fait donner trop tôt sa cavalerie, de l'avoir fait écraser sans résultat par l'artillerie anglaise, en sorte qu'il se vit privé de cette arme si essentielle pour cou-
\rir sa retraite dans la plaine de Genape, où son infanterie Tut si exposée. Ces officiers généraux lui reprochaient aussi d'avoir engagé la bataille avant de savoir au juste où se trouvait le corps d'armée du général Grouchy, qui ne pouvait réellement, comme cela a été prouvé depuis, arriver que vers les dix heures du soir, le 18 juin, auprès de Napoléon. Il est avéré qu'en poursuivant, comme il en avait reçu Tordre, deux corps de Prussiens qu'il supposait être l'armée' entière défaite, Blùcher put gagner, en se dérobant adroitement, une marche sur lui ; il devait conséquemment arriver au secours des Anglais avant que Grouchy eût pu rejoindre l'Empereur. D'ailleurs, Wellington, qui combattit vaillamment, il faut l'avouer, attendait les Prussiens, communiquait avec eux, et n'aurait pas hasardé la bataille, qu*il fut au moment de perdre par leur retard, s'il n'eût pas été assuré de leur concours. Enfin, cette bataille perdue eut pour Napoléon des résultats désastreux. Au désespoir, entouré par les fuyards, un de ses officiers dévoués le força de se retirer sur Avesnes, d'où il partit en toute hâte pour Paris. On avait paru compter, dans la journée du 18, sur la défection d'une partie de l'armée belge. Elle resta fidèle au prince d'Orange, qui fut blessé en la conduisant au feu.
Il aurait fallu à Napoléon une armée de réserve dans les environs de Laon. Là, les débris de nos troupes se seraient ralliés; le général Grouchy arrivait avec ses vingt-cinq ou trente mille hommes; une guerre défensive s'établissait, et la capitale n'était pas menacée. Dans cette campagne, comme dans la précédente. Napoléon devait succomber faute d'une réserve imposante. Il n'aurait pu
se la créer, dans la circonstance fâcheuse où il se trou* vait, ayant des ennemis au nord, au sud, à Test et & Touest; car la Vendée, alors soulevée, occupait une forte division de ses troupes. Par son activité prodigieuse, il était parvenu à se présenter devant les Prussiens et les Anglais avec une force assez imposante pour les attaquer le premier; mais, sur les autres points, une stricte défensive devenait obligatoire.
Notre malheureuse armée ne put donc tenir nulle part; .elle se mit en retraite, et arriva en désordre dans les environs de Paris, où elle se trouva renforcée par le corps intact du maréchal Grouchy. Dès qu'il eut appris l'affreux désastre de Waterloo, il fit sa retraite parallèlement aux colonnes de troupes alliées, et arriva avant elles devant Paris. C'est seulement sous les murs de la capitale que la réorganisation put s'effectuer. Nous avions environ encore de soixante-dix à soixante-quinze mille hommes pour faire face à plus de deux cent mille ennemis qui s'avançaient enorgueillis de leur victoire, et disposés, cette fois, à faire peser sur la France le joug des vainqueurs.
Quand la nouvelle de la perte de la bataille de Waterloo arriva à Paris, chacun fut frappé d'une profonde stupeur. On chercha d'abord à atténuer les effets désastreux de ce triste désastre; mais quand le maréchal Ney, d^une voix grave et solennelle, déroula le tableau de nos malheurs, signala les dangers qui nous menaçaient, enfin dit toute la vérité, les partisans de l'Empereur se montrèrent vivement effrayés. On sut bientôt l'arrivée de ce chef malheureux à KÉlysée-Bourbon ; là, entouré de ses
généraux les plus dévoués, il s'occupait des moyens de soutenir la lutte qui allait se renouveler, et il espérait même réparer, venger ses revers. Soudain il se manifesta dans la chambre des représentants une vive opposition contre lui. D'un côté, les partisans de TËmpire voulurent pousser les choses au dernier point, organiser une levée en masse, et livrer une bataille sous les murs de Paris. Napoléon, abattu, mais non sans espérance, se promettait encore la victoire, et la possibilité, par la paix, de conserver sa coifronne. D'un autre côté, la majorité des représentants lui était devenue hostile. Les mots d'abdication, de déchéance, étaient prononcé^ ouvertement. Fouché, le ministre de la police de l'Empire, lui suscitait des embarras. Il était en correspondance avec le duc de Wellington, et se montrait assez disposé à abandonner l'Empereur. Au milieu de cette anarchie, une grande, partie de la population des faubourgs s'étant armée, professait des opinions anarchiquesçépublicaines, et menaçait de se livrer au pillage. Pendant cett^ désorganisation affreuse, l'ennemi s'avançait sans rencontrer d'obstacles; il arrivait sous les murs de Paris quand cette ville était en proie à la discorde la plus dangereuse. L'armée seule conservait une attitude calme; elle se montrait prête à engager le combat, s'il était jugé nécessaire, même contre des forces supérieures. Par moments le parti de l'Empereur paraissait l'emporter; des groupes de soldats dévoués le demandaient à grands cris, et voulaient être conduits par lui seul à l'ennemi. Napoléon parut plusieurs fois au moment de se rendre à leurs désirs, il y était en outre poussé par ses partisans; mais
— 2oo —
soudain Fouché paraissait pour modérer celte ardeur. Les chambres lui devenaient plus hostiles depuis que les généraux alliés, au nom de leurs souverains, avaient déclaré qu'ils ne traiteraient pas avec Napoléon. Or, la frayeur, et la nécessité surto.ut, commandaient la paix, pour peu qu'elle ne fût pas trop déshonorante. Enfin, il fallait traiter avec tout autre que TEmpereur, ou combattre sous ses ordres. Dans le premier cas, c'était son abdication ou sa déchéance'; et dans le second, l'Empire en cas de victoire, ou les malheurs les plus grands, si la défaite suivait le combat. L'armée, sous les ordres du prince d'Eckmulh, attendait avec calme la résolution qui serait prise par les chambres, même dans le cas où elles l'emporteraient sur les partisans de l'Empire. Après des pourparlers, des contestations très-vives, les chambres, effrayées du danger, et Fouché les aidant par ses paroles, se déterminèrent à prononcer la déchéance de l'Empereur, et même à le faire consentir à abdiquer. Il se résigna à subir son sort; mais, pour prouver que son sacrifice était complet, il demanda en grâce de. se mettre à la tête des troupes comme général, de marcher à l'ennemi, de le combattre, assuré de le repousser, et de rentrer après dans la classe des simples citoyens. Cette proposition n'étant pas acceptée, il se retira à Saint-Cloud; mais Fouché sut bientôt l'en faire partir pour la Rochelle, en lui disant qu'il ne répondait pas de sa vie, s'il retardait encore son départ de quelques jours.
Louis XVIIL, après le gain de la bataille de Waterloo et la marche rapide des alliés vers Paria, ne doutait pa« que cette fois la coalition, irritée, ne ménagerait pas la
France; il Toukit, comme en 1844, se jeter entre les armées étrangères et son peuple, afin que par sa présence il pût adoucir les maux qui menaçaient la patrie. Il s'em* pressa d'entrer en France après l'armée anglaise. La Tille de Cambrai le reçut avec enthousiasme dans ses murs. C'est de Cambrai qu'il data sa proclamation qui réveilla Paris quand elle y fut connue; elle était empreinte de la plus douce modération, dans les circonstances où Ton se trouvait après de si grands malheurs. Il fit un court se* jour dans cette ville, et partit espérant arriver à Paris en même temps que les alliés; mais les débats des chambres, rincertitude du parti que prendrait Napoléon, les négociations entamées, tous ces motifs le forcèrent, ainsi que les fidèles serviteurs qui raccompagnaient, de s'arrêter quelque temps à Roye.
Les royalistes se montraient enfin; mais les révolutionnaires, les ennemis de la légitimité, redoutant d'être forcés de subir la loi, de voir Louis XVHI rentrer dans la capitale, qui désirait son retour, dépéchèrent des envoyés auprès des généraux anglais et prussiens pour leur demander tout autre monarque qu'un prince de la maison de Bourbon. Ces patriotes aimaient mieux, dans leur fureur, voir un étranger sur le trône que le descendant de tant de rois qui avaient fait la France ce qu'elle était. Cette demande déloyale fut repoussée avec mépris. Enfin, Fouché, convaincu qu'il n'y aurait que désordre sans le retour de Louis XVIII, parvint à modérer l'exaltation des fédérés, tous armés, prêts au pillage, et demandant à grands cris \é combat, afin de pouvoir piller Paris. Il voulait le retour du Roi, mais il le voulait à certaines
conditions, et se promettait de diriger-les affaires eomme il l'entendait. Alors , agissant à découvert, il vit le prince d'Eckmnlh, lui persuada qu'une résistance désespérée de la part de Tarmée ne pourrait mener qu'à une catastrophe; qu*en cas de revers, Paris, pris d'assaut, se trouverait perdu ; qu'il valait mieux, par une capitulation honorable qui lui laisserait plus tard la faculté d'agir, sauver la capitale, et il lui conseillait, vu Tétat des esprits, de traiter avec les généraux alliés. Le prince d'Eckmulh, en bon Français, sonda les dangers qui s'offraient à ses yeux, et, ne voulant pas prendre sur lui les conséquences d'une lutte si inégale, consentit à évacuer Paris, à se retirer librement derrière la Loire, où il attendrait les événements. Malgré quelques avantages partiels obtenus par nos troupes dans les journées des 4 et 5 juillet aux environs de Versailles, la capitulation eut lieu ; l'armée, le 7 au matin, évacua la capitale, et le§ troupes alliées y firent leur entrée. La capitulation portail le respect aux propriétés, et que nul ne pourrait être recherché pour ses opinions.
Le Roi était venu coucher, le 6 juillet, au château d'Arnouville. Là, il attendait le résultat des promesses que Fouché lui avait fait parvenir. Beaucoup de royalistes s'échappèrent de Paris pour voler au-devant du Roi. Je fus du nombre, et j'eus le bonheur, mon cher ami, de vous trouver parmi les défenseurs du trône. Votre séjour en Belgique avait été connu ; H devint la cause d'une rigoureuse surveillance à laquelle je fu5 soumis pendant les Cent-Jours. Fouché, enfin, arriva le 7 au château d'Arnouville; il vit le Roi, et l'assura qu'il pourrait effectuer
le lendemain son retour dans sa capitale; mais il Youlaii y mettre des conditions auxquelles le Roi refusa de se soumettre. Suivant le ministre de la police, il fallait, pour que la rentrée de Louis XVIII fût pacifique, reprendre la cocarde tricolore, supprimer les gardes du corps et les compagnies rouges de la maison militaire; il fallait, en un mot, suivre en tout le programme dicté par celui qui prétendait rendre au Roi sa couronne. Louis XVIII, devant nous tous, rendit justice au zèle que Fouché lui montrait. Il le reconnut; mais il refusa positivement et de la manière la plus formelle de renoncer au drapeau de ses pères et de supprimer sa maison militaire. «J'aimerais mieux, monsieur le duc d'Olrante, dit-il d'une voix sévère, être ramené à Hartwcll plutôt que de souscrire à de telles conditions. » A peine ces nobles paroles furent-elles prononcées, qu'un sentiment général d'approbation se manifesta parmi les personnes qui entouraient le Roi. Quelques royalistes, séduits par Fouché, partagèrent eux-mêmes l'avis du monarque. Le ministre; s'inclinant, promit que Sa Majesté pourrait le lendemain faire son entrée paisible dans Paris, et qu'elle y serait reçue au milieu d'acclamations générales.
Fouché retourna le soir à Paris pour préparer la journée du lendemain. Il parvint à calmer, et même à disperser les fédérés, qui pendant quelques jours avaient fait trembler la capitale. S'il ne put contenir le zèle des représentants, assez déhontés pour avoir offert la couronne de France à un prince étranger, il les avertit qu'ils étaient désormais sans pouvoir, et les prévint qu'ils ne pourraient se réunir le lendemain dans le lieu de leurs
séances; mais eux, sans tenir compte de cet avis, se pro* mirent d'arriver de bonne heure au corps législatif, et là, de braver, comme mandataires de la nation, le pouvoir d'un simple ministre. Le lendemain, ils marchèrent pour exécuter leur projet; mais, arrivés devant le Palais- Bourbon, ils trouvèrent un fort détachement de la garde nationale, le drapeau blanc déployé, qui leur en défendit l'entrée. Eperdus, frappés de stupeur, ils coururent rédiger une protestation emphatique qu'ils signèrent, pour qu'elle fût connue de la postérité.
Le 8 juillet au matin, toute la garde nationale de Paris avait repris la cocarde blanche; le drapeau blanc flottait sur les Tuileries. Chacun, avec joie, s'apprêtait à recevoir Louis XVIII, arrivant aux barrières escorté 4es Français fidèles qui l'avaient suivi sur la terre â*exit.