CHAPITRE XXIII
Les pricces français. — M. Rives chef de la police. — Le prince de Condé. — Louis XVIII. — Le marquis d'Agoalt. — Aventure à Londres. ~ Monseigneur le duc de Berri. — Départ de Londres. — Arrivée é Portsijioulh.
Je m'étais imaginé; en quittant ma famille et la France, faire un voyage de peu de durée. Mes réclamations me paraissaient si fondées, que je pensais pouvoir tout terminer en six semaines ou deux mois de temps au plus ; mais je n'avais pas songé aux longueurs, aux délais, à tous les incidents qui pouvaient arriver. Enfin, au lieu de deux mois, j'en restai plus de huit en Angleterre; je la quittai, il est vrai, après avoir atteint mon but. Au reste, ce séjour prolongé dans un pays que je connaissais, dont je parlais la langue, et où j'avais beaucoup d'amis et de connaissances, ne fut pas pour moi une vive contrariété. J'y serais resté volontiers plus longtemps, si j'avais eu ma famille auprès de moi. Comme j'étais forcé d'attendre le règlement définitif de mes affaires, je m'arrangeai pour passer mon temps le plus agréablement possible. Ainsi, j*allais de Londres dans ks manoirs de quelques seij^neurs anglais qui, depuis bien des années, avaient témoigné à mon père une sincère amitié. Je retrouvai à peu près les mêmes Français que j'avais laissés l'année précédente dans la capitale de la Grande-Bretagne ; ils y
menaient une vie douce et tranquille, grâce au traitement qu'ils continuaient de recevoir du gouvernement anglais. Louis XVIII résidait toujours à Hartwell, avec Madame, duchesse d'Angouléme, et son époux; il avait, dans ce moment, autour de lui M. le comte de Blacas, qui remplaçait le marquis d'ÀTaray, parti mourant pour Madère; monseigneur Tarchevèque de Reims ( de Talleyrand-Périgord ), le duc de Grammont, le comte de Pradel, son secrétaire intime, homme discret, prudent, et d'un mérite distingué; M. le vicomte d'Agoult, premier écuyer de Madame; le chevalier de Rivière, et quelques autres gentilshommes. Madame la comtesse deChoisy, damQ d'hon-* neur de Madame, duehesse d'AQgouIéme, épousa» peu de temps appèfi, M. le vicomte d'Âgoult. Monseigneur le duc de Berri allait et venait d'Hartwell à Londres, mais il résidait plus habituellement avec son puguste père, alors fixé à Londres. Monseigneur le prince de Gondé habitait Wenstead, belle maison à six milles anglais de la capi^ taie. Monseigneur le duc de Bourbon, comme le duc de Berri, allait et venait d'un lieu à l'autre; mais il résidait habituellement aussi à Londres. La proximité de la ville à Wenstead permettait aux Français d'aller toutes les semaines faire leur cour à monseigneur le prince de Gondè, qui les accueillait avec la plus grande cordialité. Cet ex^ cellent prince ne pouvait se consoler de la mort de son infortuné petit*fils. M. le duc de Bourbon oberchait en vain des distractions dans la vie la plus active. La chasse seule pouvait faire trêve à sa cruelle douleur. Les sei* gneurs les plus distingués d'Angleterre, en l'attirant chez eux pour chauer, lui montraient» par là plu« tou**
chante sympathie, h part qu'ils prenaient à 3esi malheur», Qui croirait que moi^ simple individu, ne me mêlant pas de politique, je fusse traqué par la police de Napoléon à Londres ! Je m'imaginais qu'étant reconnu Amé-* ricain en France je devenais au moins bien libre de mes actions en pays étranger. Déjà, à plusieurs reprises, quelqu'un que je ne veux pas nommer, toujours regu à merveille par Monsieur, frère du Roi, était venu me voir. Je ne le connaissais pas, et ne pouvais m'expliquer le but de ses fréquentes visites. Un jour, il me dit ; << Pourquoi ne vous feriez-vous pas présenter à S. A, R. Monsieur? Il daigne m'accueiilir avec bonté, et, si vous voulez, j'aurai Thonneur -de vous présenter à cet excellent prince, qui, je le sais, aimait beaucoup M. votre père. » Etonné de cette offre, ne me sentant nullement, je le répète, disposé en faveur de cet officieux personnage, je lui répondis que si, en effet, je désirais avoir l'honneur d'être présenté à Monsieur, je m'adresserais naturellement à M. le comte François d'Escars, son capitaine des gardes, ami intime de mon père. «Pans un cas pareil, ajoutai-je, ce serait manquer au comtCi le voyant sans cesse, que de me faire présenter par un autre que lui. »
En conséquence, je remerciai M. de son offre. Cela
ne Tempêcha pas cependant de continuer, moins fréquemment, il est vrai, ses visites.
Pourtant, je pensais sérieusement à ma présentation par une autre voie. Comme je voyais le comte François d'Escars à peu près tous les jours chez madame la comtesse de Luppé, je lui parlai de mon désir. Il me dit qu'il
le communiquerait à Son AUqssq Royale, et quç le len-
demain il me rendrait la réponse. Le jeudi suivant fut le jour fixé ; mais, le mardi matin, ravant-vcille, je reçus un billet de M. Rives, directeur général de la police; il me priait de passer chez lui à midi. Je connaissais beaucoup ce digne et respectable homme, qui me témoignait toujours un vif intérêt. Je me rendis chez lui à l'heure indiquée ; dès qu'il m'aperçut, il me dit :
— Je suis bien aise de vous voir, pour vous faire quelques questions; elles ne sont pas sans importance.
— Allons, répliquai-je, commencez-les, je vous écoute.
— Auriez-vous le projet de vous faire présenter à S. Â. R. Monsieur?
— Quelle singulière question I Et pourquoi pas?
— Vous êtes bien le maître de vos actions; je trouve tout simple, très-convenable même, que vous ayez un semblable désir; mais alors vous comptez donc rester en Angleterre?
— Je ne le puis, ayant mon père, ma mère, ma femme et mes enfants en France. Je me propose d'y retourner quand j'aurai terminé ici mes affaires.
— C'est différent ; mais, s'il en est ainsi, permettezmoi de vous dire que vous commettez une grave imprudence.
— Gomment donc? Expliquez-vous.
— Vous le voulez ; eh bien I apprenez que vous êtes suivi par des agents de la police française qui me sont inconnus; j'en ai la certitude, vos démarches sont épiées. Vous retournerez en France, et, à votre arrivée, vous saurez, malheureusement, que votre visite au prince y sera connue de la police; alors vous serez persécuté. Ainsi
vous voilà averti. Je vous ai prié de passer chea moi pour vous donner cette information.
Je remerciai M. Rives, lui dis mon intention de con«* férer de cela avec M. le comte d'Escars, et que probablement l'audience du prince n'aurait pas lieu à mon égard. Le soir, je fus chez madame de Luppé, et fis part au comte de ma conversation avec M. Rives. Son avis, aussitôt, fut dé ne pas compromettre mon père, qui se trouvait toujours sous la surveillance de la haute police eh France. « Au reste, ajouta-t-il, je vais aller chez Monsieur, et demain, à neuf heures, vous recevrez un avis' de moi. » Cet avis arriva. Son Altesse Royale jugea comnié. le comte d'Escars : suivant elle, il y avait assez dé royalistes français compromis, pour ne pas en faire augmenter le nombre. Il fut donc décidé que je ne serais pas présenté, officiellement à Monsieur. Mais j'avais Thonneur de le voir souvent, ainsi que M. le duc de Berri, dans les lieux publics, et particuUèrement au jeu de paume. Là, bieû souvent, j'ai eu celui de causer longtemps avec eux sans avoir à redouter la police française. .
Je vais, mon cher Alfred, vous raconter une anecdote assez intéressante sur Louis XYIII, M. le prince de.Gondé» et le marquis d' Agonit. Cette histoire a été consignée, en 1843, dans un journal de province, auquel je l'avais envoyée; c'est mon bien, ainsi je le reprends.
Je dînais à peu près tous les jours, en 1811, dans un hôtel situé DukcrStreet, Manchester-Square ; il était ténu par un Français; nommé Morin. Je remarquai bientôt, assis à une pc^tite4able, un homme d'uû âge mûr, dont le maintien calme et réfléchi, joint à un air de dignité, an-
nonçait uno personne distinguét-. Pi^hdattl longtemps, nous nous bornâmes à nous saluer réciproquement, sans qu'aucun mol s'échangeât entre neus^ Enfin, j'appris que j'aTais à cdté de moi M. le marquis d'Agoult, ancien major des gardes françaises, fameux par son arrestation de M. d'Ësprémesnil peu de temps avant la rétolulion. II parait qu'il sut aussi qui j'étais, car un jour il m'interpella par mon nom, pour me demander si je comptais bientôt retourner en France. La conTersation entre nous fut courte ce jour-là. Le lendemain, on me dit qu'il s'était adressé à mon cousin^ M. de la Laurencie, évêque de Nantes» pour saroir quelles étaient mes opinions et ma discrétion» Satisfait, sans doute, sur ces deut points, il se montra déplus en plus eommunicatif ; Au bout d'un mois, le marquis d'Agoult s'habitua tellement à moi, qu'il semblait airoir un besoin presque habituel de me Toilr^ Quand la conversation fut devenue plus intime, je m'é^ tonnai de la variété des connaissances de ce gentilhomme émigré, qui me piiraissait auparavant si froid et si réservé. Art militaire, politique, langues anciennes, littérature^ histoire, belles4ettres, il parlait de tout atec un charme inexprimable. Màis^ ce qui me frappa lé pltts^ était sa connaissance parfaite de là France moderne et de la feùsse politique toujours suivie par les cabinets étrangers. Il ne se faisait pas illusion sur la possibilité du retour du Roi en France; il avouait que le mariage de Napoléon avec une archiduchesse d'Autriche rendait, à ses yeux, cette chance bien difficile. Cependant, il était aisé de voir qu'il n'avait pas encore perdu toute espéfatiee. Il s'absentait pendent-plusieurs jours tous les mois, et allait
les passer à Hàrtwell, auprès de LotoW XVIIT, qui Tattendail à cette époque fixe. Ce monarque éclairé goûtait la conversation du marquis, et savait apprécier ses tastes éonhaissaticeé; Je i\ï9, au rëtoui* de M. d'Agoult, (j[ue le Roi s'6ccu{iaîl déjà, à cette époque, d'utl gouvemômëiit approprié auk besoins de là France tiouvélle. La conversatioil étaut tombée, entre eux, sur un sujet traité pat* nous line semaine auparavant (sur la possibilité du retour des Bourbons en France), le Roi avait dit ces paroles très-remiat-qùables : <t J'avoue, ihoh cher d'Agoùlt, que cet événement devient de plus en plus moins probable; inais le temps peut amener de grandes choses. Le génie àetif et turbulent dé Napoléon pourrait bien aussi nous servir uii jour. Ainsi, Soyons résignés à tout^ et lié perdoiis pas mal à propos Tcspérance. Les jours se suivent et ne Se tressetnblent pas. Tant qil'uh Bourbon vivra, il hiA tfa'ii se souvienne de cet adage. » Ces mots de Louis XlTIII m'ont toujout's frappé. Je conitnetiçai à espérei", cobimé lui, à la fin de Tannée 1812.
Je vis un jour le marquis d'Agoult ai^rWër três-àffligê d'Hartwell. Louis XVIII comptait foire Uïle tisîté à monseigneiir lé prince de Gondé, qui ne demeurait qu'à éix milles dé Londres. Tous les Français se préparaient à venir offrir leurs respectueux hommages âtl Roi. et Je ne pourrai y aller, thé dit le ttiarqilis d'AgoUlt. — Et pourquoi dotté^ lui demandai-je? — L'entrée de cette auguste maison m'éfet ihterdite depuis longtemps. J*aî eu lé ihalheùr, âvailt la i^êVolution, d'avoir une discussion trèsvivè àvéd monseigneur le prince dé Cohdé. Ce digne et valeureux prince, me croyant offensé, daigna botisentir à
se mesurer avec moi. Nous nous battîmes à l'épée. J^étais très-irrité; j'eus le tort inouï de dépasser les bornes qui m'étaient prescrites par le respect et les convenances. Le combat terminé , ses témoins me donnèrent tort à leur tour. Je crus^ avec raison, avoir encouru la disgrâce du prince, et je n'ai plus eu Thonneur de le voir depuis. Cependant, je ne tardai pas à sentir mes torts, produits par l'emportement qui distinguait autrefois mon caractère. Ah ! que je me suis repenti souvent de ma conduite ! » En achevant ces derniers mots, des larmes roulaient dans les yeux du marquis d'Âgoult.
Deux jours après, je le vis arriver à l'hôtel avec un visage rayonnant. « Voyez, me dit-il, le billet que j'ai reçu ; je ne sais qui me l'a écrit, mais je reconnais bien le Roi à cette preuve de bonté et de sensibilité. » Je pris le billet, et lus à peu près ces lignes : «c On nous ordonne, monsieur le marquis, au nom du Roi, de vous inviter à vous rendre à Wenstead, chez monseigneur le prince de
Gondé, etc Vous y trouverez un ami qui se chargera
de vous introduire auprès de Son Altesse Sérénissime. On compte sur votre obéissance. ^
Le marquis d'Agoult m'engagea à venir le surlendemain à l'hôtel, pour me faire part de son entrevue avec M. le prince de Gondé. Je fus exact à l'heure indiquée; le marquis y était déjà. «Écoutez, me dit-il d'une voix émue, écoutez ce que le Roi a daigné faire pour moi. J'arrivai, je vous l'avoue, à Wenstead avec un battement de cœur inexprimable. Dès que je parus dans le vestibule, M. de *** vint me prendre et me conduire à l'appartement du Roi. « Venez, d'Agoult, me dit Sa Majesté, tout
A est prêt, vous êtes attendu. )> Elle me prit par la ma[n» et nié conduisit chez monseigneur le prince de Gondé! Dès que la porte s'ouvrit, ce guerrier vénérable courut au-devant du Roi, qui lui dit : «c Tenez, mon cousin, «t voilà le marquis d'Agoult ; il brûlait, depuis plus de «t vingt ans, du désir de vous offrir ses hommages. » J'alkis parler, me précipiter, quand le prince m'adressa ces touchantes paroles : ce Monsieur le marquis , oublions ,' «( oui, oublions une ancienne et bien fatale querelle. Hâ- « tons-nous de l'oublier, en songeant aux maux de notre c( patrie, à ses longs malheurs, et à la perte dé tant de « royalistes fidèles. Les chagrins cruels qui sont venus « m'accabler à la fin de ma carrière, tout doit vous im- « poser la loi de me pardonner ce que vous appeliez au- «. tréfois une offense de ma part, comme j'ai oublié dece puis bien longtemps vos faibles torts envers moi
«'Venez, mon cher d'Agoult, embrassons^nous, êtres- « tez à diner avec nous ; Sa Majesté y consentira sans a doute ?^.,... i» A ces mots, je tombai, vivement ému, aux genoux du prince; je pris sa main, que je baisai avec des; transports de reconnaisîsance ; il me releva, m'embrassa encore, et me plaça à c6té de lui à table. C'est le Roi, le. Roi seul, qui, voyant ma douleur, a voulu me faire rentrer dans les bonnes grâces du prince, de ce prince auquel je serais heureux de consacrer désormais ma vie. Jugez combien la reconnaissance doit ajouter à l'amour que le Roi m'inspire ! »
Le marquis était vivement attendri; des larmes tombaient sur ses joues, pendant qu'il me racontait cette toucbantQ bonté du Roi, et ce trait si admirable de mpn-
seigneur le prince de Goadé. Depuis ce moment ^ \\ eut l'honneur de lui faire sa eour presque toutes les semaines. Hélas ! il ne devait pas jouir longtemps de cette félicité, Ç(ir j'appris que ce loyal sujet du Roi était mort en l'an*
née 1812 ou 1813. Je me trouvais alors à Y le fus
virement affligé de sa perte; je suis convaincu» s'il lui avait été donné de revoir le retour de LiOuis XYIII en T'rance, que ce monarque lui eut confié up poate disr« tingué : ses talents et ses vastes oonnaisaancea le lui eusl^nt fait remplir d'une maniàfe remarquable.
Mes réclamations auprès du gouvernement anglais m'occupaient beaucoup, et» malgr4 tous mes aoiaa» elles ^ n'amenaient pas de solution. Cependant^ j^avaia dos mo«* monta de loisir que j'employais en visitant la société anglaise et Arançaise; j'allais souvent le aoir» à pied» quand il faisait beau temps» dans une maison oà je me plaisais beaucoup» située à peu près au milieu de BoU born-Street. Il m'arriva» dans ce lieu» une aventure 2iase% plaisante» mais qui faillit un moment mal taurner p«^nr moi. Un pbarqiaoien de cette ville avait imaginé de grands bocaux en verre» divisés en beaucoup de compartiments; il les remplit d'eaux de, différentes couleurs» et plaça derrière des lumières» afin qn% leur reflet produisit un prisme éclatant à l'œil des spectateurs. Vraiment ces bocaux et leur contenu étaient admiiiablea
à voir, par la variété et l'éclat des couleurs. Une fo^ile immense s'arrêtait devant cette pharmacie pour les com templer. Je fis comme tant de gens, je m^arrèéai» et admirai. Il y avait très-près de là qne place de fiacres. Il est présnmable que» pour mieut conleaiplev les bocaux»
je remuiiti h tète de coté. Un cocher» ^'ims^ginaigt ifoir mi signe de m^ V^^U q^i^<^ 1^ statiq^, longe le tr-ottoi^ ^q fnilieu de la foul^, «bat 1^ iparche-piçd, el, m% ^i ; <x4»ir', lii^ çoack \s rea^ a (Monsieur, 1^ voiture g^% prête ], Je «e fis pas «ttentiop à ces paroles, ne pe^s^çit p^g qu'eUtM mo fuissent ^idr^^séeçi, Ypyapt que je ne r^pQB^aif pas, \\ réitéra aoq ayi?», c^ me twc^^^nt le bras. Je lui î'4pwdifl aussitôt qu'il sf^ i^éprenait; jf^ Tassvtrai ne pa(^ Vf^^eir ^p* pel^* « Je ^Qus demanda p^rdpp, tous ni'9v^?i feit uil signe 4e têtje, e( tous me do^uere?; un «ebilliqg pour fi^oif* quittç 1^ sifitipq* » Importuné d^ cet bommfi, j^ le pi^iaî dc^ me laisser tranquille, et dçf rç^Qu^per d'^ù U ^enaiU Le drôle» quoiqwe je parlassei anglais, s'aper^^l, à^ mcm aci^ntt q^e j'étais étranger; il me f^aisit m ^}h\% m m'appelgnt Frfmh dog ( chie^ de| Friu^ç^js). Je lui m^i de me lâcher, pu qu^ i'^I]ai«^ lui easseir mi^ e^ai^ $ur h dos; il me l^çha, mais appela l^ femle à sou eeepup^. Déjà j'éiais e^tauFé, ix^nacé même» et je me repentais de ne pas £|^ir dopne \^ sebilling à f^e misérable. Sa j'a^s pu me deut^r d^ ee t^um^Ue^ à eoup sûr je me «eraia exèeuté de bonne gMteeî m9^is. dans le premi<^r moment^ je refiiaaî d'être pri^ pQUr dupe. Ce eodier'done e^oitait la foule contre moi i preasé, entçuré, intendant déjà d^e mots grossiers, je erus que j'allais éprom^er un niauirais trai^ temeat, quand tout à eoup je m'aTÎsai de haranguer om anglais eette masse finimée de spectateurs : « Messieurs {gmtlsmm^ ee qui est beaucoup plus expressif), leuB dift-je» je ^ims prie de m' écouter et d'être mes juges, i Ce début comment i ealmer une partie de mon audi^ taire. OaelqueMiiis citèrent : « Laissons le Frangais s'ei*
pliquer. » Alors, reprenant : «Messieurs (toujours gent^ lemen), j'étais à regarder, comme tous, ces superbes bocaux. II est possible que, pour mieux voir par-dessus Tépaule d'un de vous, j'aie remué la tête; mais je vous jure ne pas avoir appelé cet homme, qui, quand je lui parlais poliment, a eu l'audace de me prendre au collet. Gentlemen^ ce n'est pas pour ménager un schilling que je vous parle ainsi; pour en conserver cent, je ne trahirais pas la vérité. «Vous ne voudrez pas sans doute, gentlemen, souffrir qu'un étranger inoffensif soit insulté impunément an milieu de vous. Au reste, en vous affirmant sur l'honneur que je n'ai pas appelé ce cocher, je mé soumets à votre jugement. Dois-je, messieurs {gentlemen), donner ou refuser le schilling demandé si injustement par cet homme grossier? Prononcez !» A ce mot de gent^ /^m^n, plusieurs fois prononcé, je m'aperçus qu'il avait produit un grand effet sur la foule. Plusieurs voix, aussitôt, s'écrièrent : a Peu importe que ce monsieur soit Françaii^ ; nous, ne souffrirons pas qu'on insulte un étranger honnête devant nous. Non, monsieur, ne donnez pas le < schilling. » Ces quelques voix élevées en ma faveur, s'u- ^ nissant au doux mot de ^en^/é^ml^n, produisirent soudain un élan général. Je fus applaudi , on décida que je ne devais rien donner; alors plùs^de trente mains se levèrent sur le malheureux cocher. A moitié assonimé, il regagna tristement sa station. Quant à moi, après avoir remercié mon auditoire, je me dérobai, au milieu du tumulte, aux applaudissements de la foule. On m'a fait raconter plus de vingt fois cette histoire en anglais', et vous ne sauriez craire combien elle a^eii de succès daïis les salons de Londres*
J'ai fait souvent cette remarque : le peuple de Paris est plus poli envers les étrangers que celuide Londres. Un An* glais demandera un renseignement, paraîtra embarrassé, aussitôt on s'empressera de lé' lui donner, on le remettra sur son chemin, s'il s'égare. Là prononciation d'un étranger, s'il ne parle pas parfaitement liotre langue, pourra faire rire un homme du peuple, à Paris, mais jamais il ne l'appellera chien d'Anglais ou ckien d'Allemand. Ma réflexion, mon cher ami, ne s'applique qu'aux gens de la basse classe, car je sais qu'à Londres les marchands sont aussi polis dans les magasins et les boutiques, qu'on l'est' à Paris. Si, dans mon histoire du cocher, je suis parvenu à disposer la foule en ma faveur, c'est que j'ai eu le bonheur de flatter son amour-propre. Il ne faudriait pas toujours espérer avoir, à Londres, le même bonheur dans une contestation publique,- quand on est étranger. Il m'arriva, quelques jours après, d'attraper un homme assez grossier auquel je m'étais adressé jpoliment. Je me trou- > vais dans la Cité, par un brouillard assez épais, et, quoi-' que je connusse le quartier, je ne pouvais découvrir la* rue de Mincing-Loewe, où demeurait M. J. Hankey, le correspondant de mon père. Je rencontre un homme du ' peuple, assez bien, mis pourtant; je m'adresse à lui en/ anglais, le priant de m'indiquer la rue.: s'apercevant, à ma prononciation, que je suis étranger, il me répond d'un ' ton très-rude : « / d'ont speakfrerich » (Je ne parle pas le français). Sans alors m'émouvoir, mettant la main dans ; mon gousset, je lui réponds : aSince it is^ so be se gbod ta aecepi aguineai» (Puisqu'il en est ainsi, ayez la bonté > d'dccëpter une guinée). Mon homme^'av^ncë aussitôt pour '
la recevoir; alors je lui dis : « Vous entendei donc mon anglais, à présent? Adieu, mon ami, je tous quitte satisfait.» Cependant, mes affairet avançaient) je prévoyais 1^ possibilité de les terminer dans quelques semaines, et je songeais à effeotuer mon retour en Franee, aprèa dix mois d'absence. Si mea réclamations n'avaient pi|s été toulea admises dans le moment, j^idlais obtenir ce que jo Kgardais comme la partie la plus essentielle; le reste ne pou? vait être réglé qu'à la paii^, et rien ne l'annonçait encore. Mes amis, sachant mon désir de retourner en France, me prièrent de me charger de lettres; j'y consentis, et promis de les flaire parvenir àleur destination, pourvu qu'elles me fussent remises non cachetées. Je voulais les lire» non par curiosité, mais pour m'assurer qu'aucun mot de politique n'y serait inséré. La police; en FraneOt était ombrageuse : malheur a celui sur qui on aurait trouvé
une lettre capable de compromettre t Mes conditions
étant bien faites, il m'arriva plus de soixante lettres la veille et l'avant^veille de mon départ. Je sus, par le comte de Ciermont-Lodève , mon ami , que n^onseigneut le duc dci Berri désirait me voir* me charger d'un mot pour M. Pror venchère, son ancien instituteur, et me faire verbalement quelques reeemmandations^ £q conséquences comme jo ne pouvais pas, par prudence, me rendre ouvertement chez lui, il me donna rendes^'vous au jevi de paume^ Après avoTr fait qi^elques parties avoc lo comte do PrévaU \^ prince vint tout naturellement s'asseoir dans la galerie» parmi les spectateurs. J'y étais; il me vit, se plaça i cftté de moi, me renût sa lettre, me donna ses inatruetions, et causa qneh|iie tompa avec moi* Je fiiia oBtr^mfmml tour
ché de sa bonté; je ne me laasai pas d'admirer la faeilUé de aon éloeution et sa manière saine de juger tout ce qui ' se passait en Europe.
Tandis que je ?ous parle de M. le duc de Berri, il faut que je vQus fasse connaître à quel point ce digne princQ appréciait la valeur française. On croyait généralement qu'il devait se réjouir des revers éprouvés par nos armées, en ce que» s'ils continuaient» il aurait une chance de voir sa famille remonter sur le trône de France; mais, depuis un grand nombre d -années, il avait su apprécier les mo-^ tifs qui dirigeaient les puissances étrangères; il ne voyait en ellea que des ennemis de la France» disposés h Thumilier. L'illusion causée par le traité de Pilnits n'eiistait plus parmi la famille royale. M. le duc de Berri» en 1811» se trouvait cbes un seigneur anglais d'une grande dia^ tinction» et qui prêtait au prince des sentiments^, eicu* sables dans un Anglais en guerre avec la France. Il arriva qn^vsQt déjeuner ce seigneur avait reçu une lettre d'un de ses amis, officier dans l'armée du duo de Wellington. CàM^ lettre annonçait qu'un corps de troupes françaises venait 4'essuyer un échec en Espagne. Alors ]or4 *** ae mit à la lire tout haut, en pesant sur ces mots : « Les Français ont lâché pied; ils ont fui dans le plus grand déaprdre. » U prononça ces paroles avec eiàltation» peur. sant qu'elles seraient agréables à un prince exilé de France. A peine eut-il achevé, que M. le due de Berrî, d'un ton grave et animé, s'écria :
-^ MiIor4, oh vous trempe ^ les Français ne ftiienl pas, ila ne lâchent jamais pied dans une afikire.
-^ MoBseigaeiir, Je lia ea qu'on me mand*; le ter
moin de TafTaire, je le connais, il peut ot doit être cru.
— Les troupes françaises, comme celles des autres nations, peuyent être repoussées, battre en retraite, abandonner même le champ de bataille, mais elles ne fuient jamais; elles n'ont jamais fait preuve de lâcheté, j'ose vous Tafifirmer, roilord.
— Je croyais, monseigneur, vous être agréable, en vous communiquant cette nouvelle, qui se lie, suivant moi, à vos futurs intérêts; car ce n'est que par la défaite de l'armée française que vous pouvez espérer de rentrer un jour dans vos droits.
— Sachez, milord, que j'y renoncerais à ce prix. Ma famille n'attend rien de vos efforts; elle connaît, depuis trojp longtemps, la politique des puissances étrangères vis-à-vis la France. Je suis Français avant tûiit, je resterai tel dans l'exil, et je ne puis désirer, la défaite des troupes de mon pays, quoique je désapprouve fort la guerre entreprise par Napoléon contre l'Espagne, et que je déteste sa tyrannie.
— A votre aise, monseigneur; faites des vœux pour l'usurpateur de la couronne de vos pères, moi je reste Anglais, et désire le succès de nos armes.
-"- Je ne fais pas de vœux pour Napoléon ; mais je ne puis m'empécher de trouver, milord, que vous auriez pu, par délicatesse, vous dispenser de lire devant moi une lettre contenant de telles expressions, car elles me blessent profondément.
. Le duc de Berri dit ces derniers mots avec véhémence. Lord ***, piqué, répondit d'une manière trop vive pour un homme bien élevé, et qui possédait un tel hôte chez
lui. Il s'ensuivit une altercation qui fit entrevoir nue rencontre probable désirée par le prince. Elle aurait eu lieu inévitablement; M. le duc de Berri se sentait disposé à mettre Tépéè à la main pour soutenir Thonneur des armés françaises, quand des amis officieux , calmes, s'interposèrent pour terminer ce différend. Lord ***, revenu à lui, finit par avouer qu'il avait eu tort de lire cette lettre avec une exaltation capable de blesser Son Altesse Royale comme Français; il loua même ses nobles senti-* ments, fit enfin des excuses dignes et convenables, qui rétablirent la bonne intelligence entre lui et le prince. J'ai su que lord *^, lié davantage depuis avec le duc de Berri, ne se pardonnait pas d^avoir pu l'offenser involontairement dans sa qualité de Français, à laquelle il tenait autant qu'à la vie. .
Enfin, ayant appris le départ prochain d'un parlementaire de Portsmouth pour Morlaix, je- fis les démarches nécessaires pour y obtenir un passage. Le ministre des États-Unis voulut bien me charger de dépêches pour Paris, afin de ne pas m'exposer à être retenu peut-être pendant quelques jours en arrivant. Je pris congé de mes amis, partis pour Portsmouth; mais, au lieu de pouvoir m'embarquer dès mon arrivée dans cette ville^ j'y fus retenu pendant plusieurs jours par les vents contraires.
Ici, je dois faire un aveu. L'excellent abbé Garon m'avait fait dire qu'il m'enverrait plusieurs lettres pour France; je promis de m'en charger volontiers, pourvu que je pusse en prendre lecture. Ces lettres ne m'arrivèrent pas à Londres; mais le lendemain je reçus un paquet énorme à Portsmouth. Ayant tout mon temps à moi,
jf me mis à lire tout ce qu'il renfermait. J'aroue que je ne pus conceToir cette idée de me charger de lettres aussi imprudentes. Mt Tabbé Garon ne les arait sûrement pas lues; ou on ttait abusé de sa bonne foi, ou bieti résolu de me compromettre » Lès auteurs de ces écrits^ signés seulement d'initialeêj s'étaient imaginé sans doute s'expHmer avec finesse^ dérouter peut'^tre la police^ ou me tendre même un piège» en écritant ainsi : «c Mon chei^ ami^ prenez courage» la plbie aûiène toujours le beau temps après elle, — Le règne des méchants ne peut pas toujours durer. — Une belle fleur» couchée par terre» peut se relerer soudain» malgré qu'elle soit abattue. — Nette père à tous jouit de la santé la plus parfaite; il est toujours soigné par sa chère et admirable Antigène. — La yigne refleurira bientôt. — Ne vous fiez pas à tant de prespéirités; leS jours d'infortutie sont peut*étre à la Tétlle de. fondre sur lui. •— Les mbrchandises» en baisse» remonteront» je le crois» l'année prochaine^ — Dites a mes amis d'avoir bon courage» etc.^ etct^s Je ne tous dis pas la oentiètne partie de ces billeTCsées; elles deyaiént mener à l'arrestation immédiate de l'innocent qui en hurait été porteur. Ces nuages transparents^ si faciles à percer, ne pouvaient tremper un homme fin comme M» Desmarest» à la police de PariSé En conséquence» ramassant tout ce que contenait le paquet envoyé par l'abbé Garon» ou de sa part^ je le jetai au feu.
Séi