‹ Le vicomte de Vormeuil [pseud.]: ou, Confidences d'un lieutenant général àChapitre 3 sur 32 · MÉMOIRES · texte numérisé non relu

MÉMOIRES

DU

VICOMTE DE VORMECIL

Au mois de juillet 1818 , on lisait dans quelques journaux de la capitale un article ainsi conçu :

Nécrolofiie.

Le roi vient de perdre un de ses plus fidèles et honorables serviteurs. Le vicomte de Yormeuii, issu d'une des plus nobles familles du royaume, lieutenant-général, commandeur de Tordre de Saint-Louis, ancien colonel du régiment dc...(l) avant la révolution, a terminé hier une carrière glorieusement remplie. Après s'être distingué à la té(e de son régiment dans ta guerre d'Amérique, avoir contribué à la prise dTfork-Town, il rentra en France, et fut promu, quelques années plus tard ^ au grade de maréchal de camp

(1) On ne désigne pas ici le régiment ni le vrai nom du vicomte, aGn qu'il ne soit pas reconnu de quelques lecteurs encore ses contemporains ; mais le fond de l'histoire est vrai.

cl d^inspccieur de riDfanierie. Comme une grande partie de la noblesse française, il se rendit auprès des frères du roi, et fit eu qualité de capitaine les campagnes de 1792 et 1793 dans Tarmée des princes, et dans celle de Condé. Il passa à Sainl-Domingue, avec rautorisaiion de S. A. B. Monsieur^ au commeucement de ildk^ pour tenter de conserver cette importante colonie au roi, et veiller aux intérêts de sa femme, riche propriétaire dans cette île. Ses connaissances militaires et administratives le firent bientôt distinguer; il obtint sous le gouvernement anglais l'emploi le plus honorable. Ses sages conseils contribuèrent à rétablir Tordre et la sécurité dans une partie de la colonie. Après son évacuation, en 1798, il passa à la Jamaïque, et partit pour Londres en 1799. De retour en France, à la paix d*Amiens, il rejoignit sa vertueuse épouse et vécut dans la retraite en attendant de plus heureux jours. Au i*etour de S. M. Louis XVIII, ce prince récompensa la fidélité du vicomte de Yormeuil en le nommant lieutenant-général de ses armées, commandeur de Saint- Louis. S'il eut vécu deux mois de plus, il allait être élevé à la dignité de pair de France. Il sut se montrer digne de ces faveurs accordées à une réputation si méritée. Une cruelle maladie, qu'il a supportée avec le courage d*un guer* rier et d'un chrétien résigné, vient de l'enlever, encore dans la force de l'âge, à sa famille désolée, à ses nombreux amis, et aux malheureux, dont il était le consolateur et le soutien.

Trenle années s*étaieiU écoulées depuis que rarlicle nécrologique qu'on vient de lire avait été publié. Nous étions en 1848, peu de temps après la promulgation de la République une et indivisible. Le fils du vicomte de Yormeuil , retiré dans ses terres, avait quitté Paris; il gémissait, dans la solitude, des maux qui Trappaient si douloureusement sa patrie, et s'occupait à soulager les nombreuses infortunes répandues autour de lui. Il résidait avec son fils atné dans un ancien manoir de ses pères. Là, estimés de leurs voisins, la tourmente révolutionnaire leur semblait moins douloureuse.

Dans une des longues soirées d'hiver de Tannée 18&9, son fils Alfred lui dit : — Vous m'avez souvent parlé de mon grand-père ; j'ai lu l'article nécrologique qui fut inséré dans les journaux le lendemain de sa mort, mais vous n'avez pas encore tenu la promesse si souvent faite de me raconter les particularités les plus importantes de sa vie. Il me semble que vous pourriez commencer ce récit si intéressant pour moi, pendant que rien ne (rouble vos souvenirs.

— Vous avez raison , mon cher Alfred , je vais tenir ma promesse. Non-seulement je vous raconterai la partie la plus importante de la vie de votre grand-père, mais je vous ferai aussi connatlre les cruelles années de mon enfance et de ma première jeunesse , passées dans la révolution. Ecoutez-moi donc, ^ songez que je vous reproduis la vie de votre grand-père telle qu'il me l'a racontée : c'est lui qui va parler.

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