CHAPITRE XXV
Madame, duchesse d'Angoalême. — firighton. — M. de la Roeliejaquelein. — 'Départ de Loadres. — Retour en Belgique. — Un officier anglais. — Waterloo. — Retour en France. — Entrée du Roi dans Paris. — Promesse du duc de non tenue.
A mon arrivée à Londres, je fus présenté à Madame^ duchesse d'Angoulêmc , et lui remis les dépêches dont j'étais porteur. Cette noble princesse me reconnut, et daigna m'accueillir avec la plus grande bienyeillance. Elle m'interrogea sur notre retraite vers la Belgique, sur la manière dont le Roi et les princes étaient à Gand, beaucoup sur nos cantonnements à Alost et près de cette ville. Je lui dis que je serais fort peu de temps en Angleterre, et la priai de me donner de ses dépêches pour le Roi. J'obtins sa promesse; elle me dit seulement de la prévenir la veille. Je trouvai chez le correspondant de mon père de quoi garnir un petit portemanteau que j'achetai, car j'étais arrive à Londres avec ce que j'avais seulement sur moi. Un peu mieux équipé, je me rendis en toute hâte à Brighton, où j'eus le bonheur de trouver ma femme et mes enfants en parfaite santé. Je restai quelques jours auprès de vous; ces jours de bonheur, après une aussi douloureuse séparation, me parurent bien courts. Il arrivait à chaque moment, dans cette ville, des Français qui fuyaient le joug de Napoléon. Je vis dé-
barquer M. Dambray, chancelier de France, le marquis de Yilledcuil et sa famille. On aurait dit que Brighton était habitée, au commencement du mois de mai/ par des Français; on ne voyait qu^eux dans les rues. Enfin, je fus obligé de m'arracher de^ce lieu paisible, de me séparer de nouveau de vous tous, car, sur ma permission de quinze jours, dix déjà venaient de s'écouler, et il fallait que je fusse rendu aune époque fixe dans nos cantonnements. Monseigneur le duc de Berri, lui-même, m'avait engagé à ne pas dépasser cette permission, à la veille, peut-être, de grands événements; la guerre, en effet, venait d'être décidée par le parlement d'Angleterre. Nos adieux furent bien pénibles. Je vous laissai, mon cher Alfred, ainsi que votre sœur et votre frère, aux soins d'une mère chérie, et d'un oncle qui devait également veiller sur vous tous.
Dès que je fus rendu à Londres, je fis prévenir Madame, duchesse d'Angoulême, par le vicomte de Montmorency, son chevalier d'honneur, de mon projet de départ pour le lendemain soir. Elle me fit dire de passer chez elle à midi. Je fus exact; j'arrivai à l'heure indiquée, je reçus ses dépêches et les vœux qu'elle daigna m'adresser pour que mon voyage fût heureux. Elle me parla de Bordeaux, de la loyauté de ses habitants, et de son attachement pour eux. Elle demeurait chez le comte de la Châtre, ambassadeur du Roi à Londres. Après l'avoir quittée, j'allai chez le comte; il avait aussi des lettres à me remettre. Comme je prenais congé de lui, je m'entendis appeler par mon nom. Je tournai la tête, et vis M, le marquis de la Rochejaquelein qui montait
chei U comte d^ la Châtra, Je courus à lui, rembraiMi, et nous entrimei ensembU dans une chambre pour eau* •or à notre aise, te commençai par lui demander ce qu'il était Tenu faire en AngleterrOé II me répondit : «c Vous devei bien tous en douter. » Il était à la veille de partir pour la Vendée, ne Yoyant rien d'essentiel à faire à Alost et à Gand. Alors, comme inspiré > je lui dis ces paroles si malheureusement prophétiques, toujours restées depuis dans ma mémoire :
-^ Je TOUS reconnais bien à Totre noble déYouement, mon cher marquis, mais je crains fort que voire projet ne soit déjà connu dans ce pays^ si plein d'espions. Toutes vos démarches sont sans doute épiées; on pourra, dans quelques jours, connaître à Paris ce projet, exécuté par vous avec trop de confiance : alors tous seres attendu sur la côte, traqué comme un renard, et Dieu veuille que TOUS ne périssiez pas inutilement! 4....
-^ Que faudrait-il donc faire, me dit le marquis, pour dérouter ici ces gens, objet de vos alarmes? mes projets, en effets pourraient déjà être connus.
*-< Il faut repartir sur-le-champ pouf la Belgique, tous y montrer partout; aller chez le Roi, y annoncer votre dessein de retourner à Alost, dans nos cantonnements. Cette nouvelle sera mise dans les journaui; vous l'y ferez insérer vous*méme , et les yeux , à Paris , ne se reporteront plus alors sur tous« Vous repartirez un soir, sans bruit, déguisé s'il le faut, pour Ostende, sans toutefois passer par Londres* Vous irez tous embarquer pour la Bretagne, sur un bâtiment qui sera préparé d'avance pour vous seul; par ce moyen, les mou-^
ebards seront déroutéa, et tous pourrez faire ij[uelqiie chose d'utile.
— Votre idée est bonne, je TaToue, me répliqua le malbeureuK marquis; mais tout est prêt, il est trop tard pour reculer, et même pour différer. Vous devriez bien» mon cher de Y » venir avec moi.
— Ce serait avec le plus grand plaisir^ n'en doute? pas un instant, si j'étais libre d^agir à mon gré; mais songez qu'attaché à un corps je n'ai obtenu qu'une permission de quelques jours y je dois être repdu en Belgique le 25 de ce mois au plus tard; enfin^ je dépends en tout de mes chefs.
— C'est vrai, mon cher ami, je n'y songeais pas. Vous ne pouvez quitter le corps auquel vous appartenez. Je vous avoue que je m'en désole; j'aurais été ravi de vous avoir auprès de moi. Quand partez-vous donc?
— Dès ce soir, car ma permission est au moment d'expirer.
-^ Il faut donc nous dire ici adieu.
«*- Hélas 1 oui, mon cher marquis; mais, de grâce, réfléchissez encore à ce que je viens de vous dire, ne précipitez rien, si cela se peut, et, si vous persistez dans votre projet, sachez, quand il le faudra, vous défier de votre trop grande bravoure : la prudence est souvent nécessaire.
J'avais mes raisons pour me servir de cette dernière expression ; mais il me fut impossible de le faire changer de résolution. Je le quittai avec un serrement de cœur
bien vif. Le 4 juin, il n'existait plus U tombait pouç
1^ cause i^eçrée qu'il défendait ; et, nne demi-he^re d^
plus, s'il eût montré moins d'intrépidité» s'il eût effectué une retraite simulée, il était secouru par sa propre sœur, arrivée à la tête de plusieurs milliers de Vendéens.
Je quittai Londres dans la soirée; j'allai m'embarquer % Ramsgate, et arrivai le lendemain matin à Ostende. La . rade était pleine de transports qui amenaient des troupes à l'armée du duc de Wellington. Je vis débarquer sous mes yeux deux régiments de dragons avec lesquels je cheminai jusqu'à Bruges. Je vous ai dit que la guerre ' contre Napoléon était irrévocablement décidée. Tandis qu'il paradait au Ghamp-de-Mai, avant de s'avancer sur la Belgique, une quantité de personnages, prudents au mois de mars, arrivaient àGand, se croyant assurés, enfin, du succès des alliés et de la nouvelle chute de celui qu'ils appelaient alors^ sans crainte, le tyran de la France. Quand je me sers de ces expressions, mon cher ami, je n'entends pas parler de ceux qui étaient disposés à s'enrôler parmi nous, ni de nos camarades qui n'avaient pu franchir la frontière, soit par délicatesse, soit faute de moyens d'existence; je veux indiquer les gens prudents, habiles, qui tâchent toujours d'agir quand ils se croient assurés du succès. Il en arriva beaucoup de cette espèce à Gand, quand ils crurent enfin la partie à peu près ga-^ gnée. M. Guizot, ancien secrétaire de l'abbé de Montesquieu, fut de ce nombre. Néanmoins, je ne veux pas ici prétendre que ses sentiments de loyauté fussent alors douteux; mais je vous garantis qu'aucun de nous ne crut qu'il arrivait, comme il Ta prétendu à la Ghambre des députés, pour offrir des conseils salutaires au Roi; au Roi, si jaloux d'en donner et si peu disposé à en recevoir.
S'il eût dit cela quand plusieurs de nous dînions à table d'hôte avec lui, nous lui aurions ri au nez, et certes il ne s'en fut pas blessé. 11 n'aurait point élevé nos rires» dans ce moment, à la hauteur de ses dédains. M. Guizot était, à cette époque, un jeune homme aimable, spirituel, modeste même; il causait très-bien, mais ne se posait pas comme le conseiller de Louis XYIII. Il fut bien aise de Tenir à Gand pour témoigner sa loyauté, car il parlait en vrai royaliste, et sans doute aussi pour qu'on lui tint compte, plus tard, de sa fidélité. Il persévéra dans sa ligne pendant quelques années. Son amour-propre blessé le jeta plus tard dans l'opposition, et on le vit, en 1830, devenir un des plus fermes appui du trône de Louis-Philippe, qu'il ne put ou ne sut cependant pas défendre au mois de février 1848. M. Guizot se montra ingrat envers la restauration, comme le furent aussi MM. Decazes et Pasquier, si bien traités par elle.
Après quelques jours passés à Gand, je retournai dans nos cantonnements, près d'Âlost. M. le duc de Berri me loua de mon exactitude; j'étais à cheval dans l'escadron la veille de l'expiration de ma permission. En attendant les graves événements qui se préparaient, le prince nous exerçait à des manœuvres que nous parvînmes à exécuter avec une grande précision. Nos rangs s'étaient grossis depuis mon retour d'Angleterre. Notre petit corps d'armée n'était pourtant pas très-nombreux : nous étions privés d'artillerie; mais, en cas d'attaque, nous aurions opposé 'une vigoureuse défense. Toutefois, ni Louis XVllI ni le duc de Wellington n'avaient l'idée de nous faire prendre une part active dans la lutte qui venait de s'engager. «C'est
t'affisiire de PEufope» » pensait toujours le premier; ainsi, nous devions uniquement protéger les princes, entourer le Roi, et ne recourir aux armes qu'en cas d'attaque.
Je Tais vous raconter deux traits qui peignent la viva-* cité et la grande bonté qui caractérisaient Tinfortuné duc de Berri. Je me trouvais dans son salon, à Alost, quand un ancien ofQcier du génie, déjà âgé, se présenta pour lui offrir ses services. Ce brave homme portait un ancien uniforme d'une coupe singulière; il avait une longue queue, et la pointe de son épée, au lieu de pendre le long de sa jambe, se relevait horizontalement. Vraiment, je Tavoue, sa tournure paraissait singulière au milieu de si jeunes et brillants officiers. Après avoir entenda ses offres de service, le duc de Berri lui dit en riant, et d'une voix très-accentuée :« Vos services, vos pervices, mon cher! Et comment peuvent-ils nous être utiles? nous n'avons pas même un petit fort ni un canon !» A ces mots du prince, tout l'entourage se mit à rire aux éclats. Le pauvre ingénieur, mortifié, humilié même, se retirait à reculons sans dire uil seul mot; il se retirait Tâme navrée, quand le duc de Berri, s'apercevant de sa douleur, s'êlatlce, lui prend la main, et lui dit tout haut t m Eh bien! qu'avez-vous donc, mon cher? vous voyez bien que jô plaisante. 'Si nous n'avons pas une pièce d'artillerie, un seul petit rempart à défendre, nous aurons peut-être lïti jour besoin de vos services, et je les accepte d'avance. Allons, Vous resterez ici, et vous me ferez le plaisir de dîner aujourd'hui avec moî. » Le pauvre officier, à ces paroles touchantes, s'inclina, et sortit les yeux mouillés de larmes d'attendrissement; J'étais de service auprès du
pfiiiM, jd le vis arriver à son diner. Il est certain que M. le duc de Berri, dans le preniier moment, le brusqua un peu, tant il lui sembla drôle de voir un officier du génie venir lui offrir ses services; mais, comme son cœur était excellent, il s'aperçut de la peine qu'il venait de causer à ce vieux militaire, et il la répara sur^le-cham]^ de la manière la plus noble. Enfin, cet ancien officier, dont on avait tant ri, on fut fort heureux de Pavoir trouvé; car, pendant la bataille de Waterloo, il mina le pont de Termonde, qu'il aurait fait sauter, si, la bataille étant gagnée par Napoléon, nous avions été poursuivis. Il nous prouva, par la manière prompte dont il opérait, qu'on peut servir avec intelligence dans l'arme du génie, malgré un Age avancé, une queue, et la pointe de l'épée portée horizontalement^
Nous ne devions pas rester longtemps dans cette position fitationnaire. Les journaux de France nous annon« cèrent le départ de Napoléon pour son armée; ainsi, il ikllait s'attendre à de graves événements sous peu. Gomme vous l'avez vu dans le récit de mon père, le duc de Wel« lington et le maréchal Blûcher comptaient prendre l'of* fensive. Ils ne purent se persuader qu'avec des forces inférieures à celles de leurs deux armées oh songerait à lès attaquer; ils supposaient que Napoléon prendrait une position défensive pour couvrir ses firontières, et ne vou*^ drait pas, par un mouvement offensif, prêter le flanc soit aux Anglais, soit aux Prussiens. Aussi les deux généraux^ sans s'effrayer de son arrivée, laissèrent leurs troupes dans les cantonnements, assurée qu'ils les réuniraient assez promptemtnt.
J'avais été envoyé, pour le service du Roi, en ordonnance dans un lieu appelé la Poste-de-Gand, à moitié chemin de cette ville à Alost. J'y trouvai un capitaine de dragons anglais cantonné avec sa compagnie; c'était un bel homme, riche, monté à merveille, suivi de deux domestiques, d'un matériel de campagne immense, et qui vivait dans l'abondance. Je passai vingt-quatre heures avec lui d'une manière très-agréable. Le 15 juin au matin, nous eûmes ensemble la conversation suivante; elle vous prouvera combien l'armée anglaise se croyait assurée de vaincre, étant commandée par le duc de Wellington. Je commençai ainsi :
— Eh bien I capitaine, voilà Napoléon arrivé à son armée; le voilà devant Gharleroi, et je vous trouve tous bien dispersés encore.
— Dispersés! répondit-il, qu'avons-nous à craindre? Il se fortifie, étudie ses positions, car dans deux jours nous lui livrerons une rude attaque.
— Sans doute votre armée, réunie à celle du maréchal Blûcher, vous fait entrer en campagne avec une force supérieure; mais songez que Napoléon est entreprenant.
— Oui, il pouvait l'être autrefois; mais, depuis deux années, nous avons su apaiser sa fougue. S'il osait attaquer le corps qui est devant Gharleroi, toute l'armée prussienne,^ arrivant, le forcerait à battre en retraite. Quant à nous, rien ne nous presse, nous sommes couverts par les Prussiens.
— Mais, enfin, s'il se jette entre vos deux armées, qu'il repousse le maréchal Blûcher, il peut vous surprendre dans vos cantonnements, vous battre en détail^
comme il Ta fait à Ghampaubert et à Vauohamp. Vous devriez, il me semble, fappeler vos corps détachés. Je vous dis cela un peu en Tair; mais je gagerais qu'au lieu d'attaquer, comme vous le croyez, c*est FErapereur qui portera les premiers coups.
— Il n'osera; il faut qu'il reste sur la défensive. Son* gez donc, monsieur, qu'une seule bataille perdue le ren* verserait de nouveau et nous conduirait à Paris.
— D'accord. Jeconviens qu'une bataille générale perdue le ramènerait vers sa capitale, parce que, comme l'année dernière, il n'a pas d'armée de réserve ; mais, s'il la gagne, vous savez comme il est prompt à la poursuite : alors les choses peuvent changer de face. Il se flatte, vous le savez comme moi, de soulever toute la Belgique, s'il est victorieux.
— Il n'aura pas l'embarras de la soulever, parce que, prudemment, il attendra notre attaqué. J'ai bonne confiance, monsieur; avant deux mois, Louis XYIII sera remonté sur son trône.
— Je vous répondrai franchement : je le désire de tout mon cœur; mais je voudrais l'y voir remonter sans votre assistance, par la levée en masse de la nation, qui est pliée maintenant sous le joug.
— Nous- la délivrerons, soyez-en certain, et avant peu.
— Si vous êtes vainqueurs, avancez en France comnie les alliés de son Roi, sans idée de conquête; maintenez vos troupes dans la plus stricte discipline, ce sera le moyen de tout terminer.
- — C'est bien comme cela que je l'entends.
A peiii« eut-il dit ces mots» qu'un bruit de eanon loin* tain retentit à nos oreilles; nous écoutâmes* mimes l'oreille par terre, et fûmes convaincus que les coups étaient tirés dans la direction de Gharleroi. Je m'écriai aussitôt: <x Capitaine, c'est Napoléon qui attaque les Prussiens I ja vous l'avais prédit. » L'officier anglais pensa comme moi; mais il parut confondu de cette audace. Je le quittai pour retourner à Âlost, et le rencontrai, trois semaines après, à Paris. Son cheval magnifique, blessé à mort dans une charge, l'emporta, roula dans un ravin, où il mourut; mais le capitaine, presque écrasé par sa chute, était resté sans connaissance et horriblement meurtri. On le trouva, le soir de la bataille, dans un triste état ; cependant, après dix-huit jours de soins, il put rejoindre son régiment dans les environs de Paris.
Je ne vous entretiendrai * pas longtemps, mon cher Alfred, de la bataille de Waterloo, qui fut si désastreuse pour Napoléon, mais qui fit, quoique perdue, ressortir de la manière la plus éclatante la vaillance de nos troupes. Tous en avez lu les détails dans les histoires contemporaines, et mon père, dans ses confidences, m'en a d'ailleurs parlé avec assez de détails. Gomme Napoléon n'avait pas d'armée de réserve à opposer à l'ennemi, le résultat de la victoire des Anglais et des Prussiens fut immense. Rien ne put les arrêter, de la frontière de la Belgique à Paris. M. le duc de Berri quitta Alost dans la journée du 19, pour porter des secours et des consolations à nos malheureux soldats faits prisonniers dans cette sanglante bataille.
Je passe ici une infinité de détails déjà connus, pour
vous parler de nôtre arrivée au ehâteatr d^ÂrnouTilIe, oà Louis XYIII» escorté de ses gardes du corps et d'une partie de sa maison militaire (les corps rouges), vint coucher le 6 juillet. Nous nous étions arrêtés quelques jours à Cambrai et à Roye pour attendre la capitulation de Paris. Si le Roi ne s'était pas avancé aussi promptementen France, les maux dentelle fut accablée auraient encore été plus grands. Il sut, par sa présence, arrêter la superbe arrogance des alliés ^ car alors ils traitaient notre malheureuse patrie comme si elle avait été conquise. J'entendis, comme mon père les avait entendues, les nobles paroles du Roi adressées à Fouché» quand il vint lui faire des propositions contraires à sa dignité. Enfin, le 8 juil» let, après avoir escorté Louis XYIII de Gand à Péris» j'entrai avec lui dans cette ville, qui le reçut avec les plus grandes démonstrations de joie. Il y fit son entrée entouré de Français, de sa maison militaire, de cette loyale jeunesse de rÉcole de droit. Des milliers de sujets fidèles ne le quittèrent pas sur la terre d'exil; ils Tescortèrent jusque dans sa capitale, le remirent dans son palais, et lui évitèrent ainsi la douleur d'y être ramené par les étrangers. Notre conduite, en quittant la France pourprotéger et défendre notre Roi; notre dévouement en Belgique, notre zèle, de la frontière à Paris, qui nous fit supporter de cruelles privations, nous valurent Testime de tous les Français loyaux, et celle des armées étrangères.
Cet heureux retour du Roi à Paris ne diminua pas, dans les premiers moments, Tàclivité de notre service auprès de sa personne, bien que beaucoup d'anciens gardes dti corps àrrivasi^nt en foule des provinces; mais ils
li'étaient plus équipés, il fallait se procurer des chevaux, et s'occuper de tous ces détails minutieux au milieu des exigences continuelles des troupes étrangères; le trésor était à sec. Tout allait donc lentement; ainsi, c'était sur nous que roulait, pour ainsi dire, le service du château. La garde nationale à cheval se réorganisa assez vite, grâce au zèle des notables habitants de Paris. On voyait, à sa tête, ïe nohle duc de Fitz-James et le comte de Chastellux ; elle nous soulagea au bout de quelques semaines. Quand le Roi eut reconstitué son ministère, on s'occupa sur-le-champ de la formation de la garde royale. En quelques mois, elle fut en état de faire le service; chacun put admirer ce corps d'élite, qui devait devenir le ferme appui du trône.
Je vous ai dit que j'étais entré, Tannée précédente, uniquement par zèle, comme surnuméraire des Douze,
dans la compagnie du duc de J'y étais entré avec la
promesse d'obtenir une place d'officier dès que des retraites seraient accordées à des titulaires âgés, honorables, mais qui ne pouvaient plus faire un service trèsactif. Une ordonnance royale venait de paraître, qui fixait ces retraites; ainsi, plusieurs places allaient devenir vacantes. J'étais à peu près assuré d'en obtenir une; le duc
de avait donné à mon père sa parole d'honneur de
me nommer un des premiers, il me l'avait donnée à moimême. Enfin, j'avais reçu d'avance les compliments de tous mes camarades et ceux des vicomtes d'Agoult et de Montmorency, qui prenaient à moi le plus vif intérêt ; je fus confondu, quand la nouvelle organisation des gardes du corps parut, de voir mon nom omis. Le duc de ^
par une indigne intrigue, violait sa parole d'honneur pour favoriser le protégé, le parent d'une dame à laquelle il rendait des soins ! Indigné, je courus chez lui, et lui remis ma démission, en le priant de me mettre à la disposition du ministre de la guerre.
HS-r
^mmmSBmimi^^