CHAPITRE II
ChdngQoient de garnison. — Suite de Faventure de Tauberge. — Uariage. — Guerre d'Amérique déclarée. — Départ.
Je retournai à Sedan, où il fut longtemps question de ma singulière aventure. De Tannée 1772 à 1775>9 je changeai plusieurs fois de garnison. Pendant ce long intervalle, j*a* vais tout employé pour tâcher de découvrir le lieu où s'était retirée la jeune fille à qui je devais la vie } toutes m^s recherche^ furent inutiles, et je me persuadai qti'elle avait péri viciime de la vengeance de Tinfiitme aubergiste. Au com^ mencement de 1776, j'obtins un semestre assez long que j'allai passer chez mon père à Paris» Un jour nous reçûmes
une invitation pressante de la part de la duchesse d'H
Elle venait de marier sa fille, et donnait un somptueux retour de noce. Nous arrivâmes, mon père et moi, d'assez bonne heure ; il y avait encore peu de monde dans le salon de la duchesse. J'admirais la beauté et la grâce de sa fille, quand mes yeux se portèrent sur une jeune et très«'joUe personne placée à côté d'elle ; je loi trouvai l'air très-agité $ il me parut qu'elle m'envisageait avec la plus grande atien** tioui quand tout ù coup elle s'élança vers moi , me serra presque dans ses bras en s'écriant : « C'est lui , c'est lui , voilà mon libérateur ! • Vivement ému , je la regardai â mon tour, et, malgré quatre années écoulées, je la reconnut
comme ma libératrice, celle à qui je devais réellement la
Vie Profondément aiiendri , je loi baisai respectueuse-
ment la main. Qu'on juge de la surprise de la duchesse
d*H , de celle de sa fille, et de celle de toutes les per-
sonnes qui venaient assister à cette brillante fêle ! Notre émoiion écail si grande de part et d*autre, que nous ne pu* mes pas figurer à ce bal. Il fut convenu que la mère d'Adèle
r/est ainsi que se nommait mademoiselle d'A ) viendrait
avec sa fille le lendemain chez mon père, et que la suite étonnante de l'aventure de Tauberge nous serait racontée.
Ces dames furent exactes ; elles arrivèrent à Theure convenue. Mon cœur battait vivement; il me tardait de revoir mon vrai sauveur, d'appreiidre le changement inopiné de sa situation , comment enfin elle avait pu appartenir à une famille aussi distinguée, et surtout la retrouver. Après avoir surmonté la vive émotion qui reparut plusieurs fois pendant son récit, elle s'exprima ainsi :
(c Le ciel permit, monsieur le vicomte, que mon avis si laconique pût être entendu de vous. Il m'était impossible de m'expliquer davantage, car, depuis mon entrée dans cette indigne maison , dès qu*on m'envoyait dans les chambres des voyageurs, j'étais scrupuleusement surveillée : des ouvertures adroitement cachées permettaient d'entendre et de wiv tout ce qui se passait ; un mot de moi eût entratné ma perte, cet avis m'éiant sans cesse donné. A présent, il faut que vous sachiez comment Dieu permit que je fusse enlevée a mes parents dans un âge où je ne «avais pas encore prononcer leur nom ; aucun souvenir ne pouvait m'aîder à les faire connattre. Il ne m'était resté qu'un souvenir vague de ma première enfance et de l'état fortuné de ma famille.
<L J'avais quatre ans tout au plus quand ma mère, se rendant à Sedan pour de là aller à Bruxelles, voulut se promener un instant dans la forêt. Le temps était beau , la soirée cbarmanie; elle fit arrêter sa voiture, et descendit. Pendant qu'elle parcourait la route, causant avec un de ses oncles, je m'amusai à chercher des fleurs, à cueillir des fraises. Sans y faire attention, je m'enfonçai un peu dms la forêt. Je voulus retrouver mon chemin, et je m'égarai davantage. Je ne pus entendre les voix qui m'appelaient; la nuit survint, et, désolée, je tombai de fatigue sous un arbre. A quelques pas de là, j'aperçus un feu qui brillait ; j'eus la force de m*y diriger, et je tombai au milieu d'une troupe de Bohémiens qui me retinrent malgré mes cris. Je passai dans les larmes la nuit parmi eux. Ils me traînèrent à leur ^ite pendant quelques jours, après m'avoir couverte de haillons. Par un instinct que je ne puis m'expliquer, j'ôiai de mon cou ma petite chaîne et une médaille en or, la tins dans ma main , et la replaçai sur mon cou quand ils m'eurent dépouillée ; j*eus depuis soin de la bien cacher. Mes malheureux parents, mVt-on dit, s'arrêtèrent à Youziers, me firent chercher pendant plusieurs jours, promirent des récompenses à ceux qui me trouveraient; mais toutes les recherches furent inutiles, et ils partirent désolés. J'avais été trop soigneusement cachée par les Bobémiens pour être retrouvée. On supposa même que sur-le-champ ils avaient passé la frontière. Enfin, voyant qu'ils ne pouvaient rien faire de moi, que je succomberais peut-être à ma douleur, ils revinrent quelque temps après dans les environs, et me vendirent, pour peu de chose sans doute, à l'infâme auberge où vous
vous êtes arrêté pour mon bonheur. Mes premières années
ne furent pas irè^-malheintoases ; fA8i»(|tiàfld j'eëé atteint Tàfe de dix ans, on m'apprit que )e n'étais qti*one petHô pauvresse recueillie par cbarilé, et que je serais désormais employée coflome servante des voyageurs. Défense me fut faite, sous peine des châtiments les plus sévères, de jamais révéler ce qui se passerait dans cette maison ; je devais, en un mot , toujours me laire et obéir aux ordres de mes maîtres. Je m*empresse d'ajouter que, quand il se commeKSit des crimes, très-rares, car on respectait tous les voisins, j'étais censée ne pouvoir en acquérir la connaissance. Cependant je ne tardai pas à m'a percevoir de la disparition de certains voyageurs : j'avais déjà vu ces prétendus officiers, ces trois brigands sous d'autres costumes; ils en avaient de différentes espèces, suivant l'apparence des personnes qui s'arrêtaient dans cet infime lieu. J'avais vu détruire plusieurs voitures , et je savais, par quelques indiscrétions, que des chevaux étaient parfois vendus au loin. Je ne sais ee qui me serait arrivé si je fusse restée une année de plus dans cette odieuse maison. Je commençais à m'apercevoir qu'on se méfiait dé moi , à croire qu'on chercherait peutêtre à me faire aussi disparaître, et chaque jour le projet de m'évader était mon unique pensée. Jusqu'à votre arrivée, il m'avait été impossible de trouver une occasion favorable de fuir; le tenter en plein jour assurait ma perte, et la nuit J'étais enfermée dans ma chambre.
« J'arrive à présent à ma fuite. Aussitôt que j'entendis partir les deux coups de feu, je courus vers l'aubergiste d'un air effrayé, et je le vis qui, avec ses deux domestiques, se sauvait en sautant par-dessus un mur. Ne me voyant plus surveillée, craignant quelque embûche nouvelle, je gagnât fe
•^ Ift -
jàrdidi dSvfis tine pedté porte, et më iroiivaî dans les champs avec seulethént \ingt sous dans ma poche, ie marchai toute ia nuit àù hslsard, suivant une grande routé qiii me condatsit jusqu'à Youzièrs : là, succombant à la fatigue, je m'affaissai sur moi-même. J'étais dans cet état , quand un mdnsieur, que je pris pour un ecclësiaàtiqiie, se pencha vers moi et me dit : « Que faites-vous là, mon enfant, vous pa- (( raissez bien fatiguée ? D'où venez-vous? qui étes-vous?» A ces paroles, je versai un torfent de larmes, et ne pus répondre. Attendri, ce digne monsieur se rapproche de moi, me saisit la liiain et s*écrie : « Quelle étonnante resseniblance! i»Et apercevant à nlon cou ma petite chaîne d'or, qti1I tire à lui , à la vile de la médaille, il dit à haute voix : « Pieu! que vois-jeî d'où vous vient cetle médaille, mon (< enfant^? Enfin, dites-moi qui vous êtes ? )> Encouragée par ses paroles, rappelant nies souvenirs, je lui contai ce que je savais de liion enfance : comment j'éiais restée penchant Èait années danâ un repaire de brigands ; coifiment grâce à vous, monsieur le vicomte, j'en étais sortie. M. Tabbe
de Th , chanoine^du chapitre noble de Metz, car c'était
bien lui, regarde de nouveau la chaîne et la médaillé, et, polissant lin cri de joie, il S'écrie avec exaltation ; << Ouï, o: c'est elle î c'est cette chère enfànf si longtemps crue per- << due, que le ciel nous rend ! Ô mère désolée, quel va èitë « votre bonheur! » II me fit sur-le-champ iransportet dàriâ là irieilleuré auberge de la vîllé, s'occupa des projets du voyagé, et me dît qu'il allait me conduire à ma mère, qui m'avait pleurée pendant tant d'années. La niédaille que je portais m'avait été donnée par lui-même \ il était le beaufrère de ma mère, 2,
— soie Arrivé à Paris, M. Tabbé Th la fil préparer à la
bonne nouvelle qu'il lui apportait. Outre le précieux talisman qui m*avait fait reconnaître, je ressemblais tellement à ma mère (vous pouvez vous en assurer), qu*il était impossible de ne pas me dire sa fille. Je fus donc bien- vite reconnue dans la famille, et pris ma place auprès d'un frère né depuis ma cruelle disparition. Vous devez juger quelle fut ma joie, celle de ma tendre mère et de mon digne père. Je ne puis trouver des termes assez forts pour vous Texprimer. Mon éducation était entièrement à faire : je sentis le besoin de m'inslruire, et, grâce à ma bonne volonté, j'entends dire partout que j'ai profilé des leçons de mes maîtres depuis les quatre années que nous nous sommes perdus de vue. »
Pendant ce récit, les yeux de la mère et de la fille se mouillèrent souvent de douces larmes. Elles virent avec plaisir les miennes couler aussi d'attendrissement. J'étais hors de moi ; je ne pouvais croire à la réalité de ce que je Tenais d'entendre*
Bien des jours se passèrent dans cette aimable société. Bientôt .j appris que mademoiselle d*Â... était sur le point de contracter un très-avantageux mariage, il était arrêté quand j'eus Texlrême bonheur de la rencontrer, d'apprendre qu'elle appartenait à la plus honorable famille. Je crois, mon cher ami, que si elle m'eût reconnu plus tôt, j'aurais été probablement l'époux de son choix. Je vous le dis ici sans vanité, car combien de motifs auraient parlé en ma faveur? Mais elle était promise à un de ses amis qui Taîmait et qui méritait d'être aimé. Le mariage ne tarda pas à se conclure j j'y assistai; il fui brillant, toute la cour s*y trouva conviée. Ma
lîuison avec son époux, le jeune marquis de ***, devint encore plus intime par la suite. *
Mon semestre tirait à sa fin quand mon père jugea à propos de songer aussi à me marier. Mademoiselle deVer..., fille d'un magistrat d'un haut mérite et dont la mère jouissait d'une grande fortune à St.-Domingue^ fut l'épouse qu'on me choisit. Admis dans la société de son père je ne tardai pas à m'attacher à elle par les aimables qualités dont elle était douée. Peus le bonheur de lui plaire; nos familles se connaissaient depuis longtemps, et quoique je ne l'eusse vue qu'à sa sortie du couvent, qui venait d'avoir lieu, le choix de son père me combla de joie. Mademoiselle de Ver . . . était ma femme à l'expiration de mon semestre; vous devez bien penser que le jeune marquis de *** et sa gracieuse épouse assistèrent à nos noces qui furent brillantes.
Nous étions à la fin de l'année 1777. ^e crois vous avoir dit que j'avais été nommé colonel en second au régiment, de... La guerre contre l'Angleterre fut décidée au commencement de l'année suivante, et je sus que deux bataillons de mon régiment devaient se rendre à Saint-Domingue, en passant d'abord par la Martinique. Je devais en prendre le commandement. Mariée seulement depuis quinze mois , madame de Yormeuil ne pouvait se résoudre à me quitter ; elle voulait me suivre partout, sans s'effrayer des dangers qu'elle avait à courir. Je tâchai de lui faiire comprendre les inconvénients qui résulteraient pour elle de notre nouvelle existence; je lui représentai que le séjour des colonies était dangereux, et que, d'un moment à l'autre, je pouvais être obligé de me rendre dans l'Amérique du Nord à la tète de mon régiment ; je lui conseillai donc de rester auprès de sa
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bel|^-n)èp« , ovec notre enfant , âgé de six mois , lui faisant espérer que notre séparation ne serait pas de longue durée- Je priis enfin Tavoir persuadée, car elle parut résignée, et, lors (le notre séparation, je lui trpuv^i un courage qui pi'é- ^onnfiy je Tavoue. Vous allez voir ce que c*était que ce(te apparente résignatioq.
J'arrivai heureusement h Brest. Le vent était favofable ; les troupes furent promptement embarquées, et nous mimes à Iq vojle. Je vous laisse juger quel fut mon étoqnement quand, quelques heures après, me promenant sur Ip gaillard 4'arrière, je vis paraître devait moi madame de Yormeuil ! Je ne pus, dans le premier moment, en proire mes yeu)^, tant
la chose me paraissait incroyfi^le; je crus rêver Elle
s'Qvapça ver^ pioi d*un air un peu ponfus, je Tavoue, car elle savait que cette étonnante démarche de sa p^rt, qu'elle croyait être unp preuve de la plus grande affection i gérait l)I^inée par moi, étant exécutée dans un temps de guerre, quqnd les flpttes aqglajses couvraient la Manche. Je Calmais e^cessiyeipent ; majs çe\i^ haute iinprudence bip rendit iin instant sévère pour elle. Enf^n, ne poijv^nt empêcher ce qui était f^it, ému par ses larmes, |es stippljcatiops de mes amis, je n^p laissai loucher, et parps même sensible à cette marque de tendresse quVJle me dpnuait. Je sps qn'ayan^ fait part de spn prfiiet ^ mu l3ea}j-frère . |t|j ay^nl; persuadé qu'elle ne pçjpvait pas vivre joîn dp moi, celuirci, pour jacpn^oler, lui ^vajt proposé de j'efnmpner ^ Çrest| qu'arrivée dans cette ville, il mettrait dans ss^ confide|)ce le capitaine de vaisseau son ami ; qu*elle s'pmbarquerait dpguispe eq ppus^e, et qu'à quelques lieues en tner plie se montrerait k tnes yeux : alors, lui dii-'il) il np sprait plu^ possible de la rampqpr à Brest.
Tontse passa comme il avait était eonvtN. M. de C i
capitaine du T...... se prêta au dësir de madame de Vor-
memU persuadé que je iloirais par me réjouir d'avoir retrouvé ma fidèle compagHife. PersoBue ne se douta, en voyant le jeune mousse, qu*il fat la femme d'un colonel. Tout avait été disposé d'avance : à peine embarquée, madame de Yormeuil fut introduite dans une chambre d'où elle ne sortit que quand nous étions déjà en pleine mer.
Je n*eu6 pas d'abord à me repentir de notre réunion si inattendue ; nous approehionsde la Martinique en compagnie de plusieurs autres vaisseaux ; mais presque en vue du port nous découvrîmes une flotte anglaise supérieure à la nôtre, qui arrivait vent arrière sur nous pour nous barrer le chemin. Les préparatifs du combat se firent à l'instant. Mais alors je déplorai la fatale réusrite du projet de madame de Vormeuil. Toute ma sollicitude se porta sur elle. Deux autres dames étaient sur le vaisseau; il fut décidé qu'elles descendraient à fond de cale, où elles resteraient pendant le combat, qu'on supposait devoir être très -vif. Il nous était impossible de l'éviter ; et, quand nous l'aurions pu, nous étions déterminés à l'engager. Il commença d'une manière terrible : un de nos vaisseaux ftit à peu près entièrement désemparé; le nétre souffrit beaueaqp, mais une compagnie de grenadiers, que j'avais placée dans les huniers , fit tant de mal à l'ennemi , car nous combattions bord à bord, qu'il s'éloigna au plus vite, abîmé par notre mousqueterie. Les Anglais, plus forts que noiiS) essuyèrent de leur côté de grandes pertes. La victoire paraissait indécise, racharnemeni était extrême des deux côtés; enfin, par une manœuvre habile, nous parvînmes à entourer un des çlus farts vaisseaux de Tescadre anglaise :
il allait succomber, quand le reste de la flotte vint à son secours. Ce mouvement nous ouvrait la rade de Port-Royal : nous en profilâmes pour y entrer, car nos instructions por* taient qiie rien ne devait nous détourner de notre route , même en cas de succès contre Tennemi. Le jeune fils du comte d*Autichamp, officier delà plus grande espérance, fut grièvement blessé , et mourut entre mes bras deux jours après. Les deux escadres s*étaieat ainsi sépdrées sans qu'on pût dire celle qui avait vaincu ; mais, ayant atteint notre but, nous crûmes avoir obtenu Tavantage.
À peine fûmes-nous débarqués à la Martinique, que M. le marquis de Bouille m'engagea , ainsi que madame de Yormeuil, à venir nous établir dans l'hôtel qu'il occupait comme gouverneur de Ttle. Nous passâmes chez lui environ six semaines qui nous parurent bien courtes, par les prévenances et l'amabilité de notre hôte. Ce brave et habile officier se distingua d'une manière Irès-brillanle dans cette guerre, qui lui acquit une grande réputation militaire. L'île de Saint- Domingue, un moment menacée par les Anglais, réclamait l'arrivée de nouvelles troupes. Nous nous embarquâmes sur une frégate fine voilière, suivis de quelques transports, et nous arrivâmes, sans avoir fait de fâcheuse renconire, au Cap-Français. De sages mesures sanitmrcs prises conservèrent la santé de nos soldats, peu altérée par ce fatigant voyage.
J'étais arrivé â Saint-Domingue à la fin de Tannée 1778 ; j'y restai jusqu'en 1780, tant que l'on crut que l'tle pourrait être menacée par les Anglais, et plus tard qu'il serait possible de tenter une attaque contre la Jamaïque. Il en fut quelque temps question ; mais des renforls demandés en Améri-
que, et la dispersion d'une de nos escadres par un coup de vent, firent avorter ce projet. Madame de Vormeuil, si heureuse de m'avoir suivi, ne tarda pas à voir sa santé altérée par le séjour du Cap. J'avais espéré la voir se rétablir, en renvoyant sur une.de ses habitations située entre Saint-Marc et le Port-aa-Prince. Ce moyen parut insuffisant ; elle dépérissait tous les jours davantage, et les médecins que je consultai lui ordonnèrent de retourner le plus promptement possible en France. Ainsi, au bout de quinze mois il fallut opérer cette douloureuse séparation. Mais, comme je voulais lui éviter le f&cheux effet de la rencontre en mer d'un vaisseau ennemi , d'un nouveau combat peut-être , je m'entendis avec le gouverneur de Ttle, et nous obtînmes de l'amiral anglais, à la Jamaïque, que madame de Yormeuil retournerait en France sur un parlementaire. Cela fut bien tôt accordé, et le départ eut lieu immédiatement. Quelques mois de séjour en France rétablirent sa santé si sérieusement atteinte.