CHAPITRE VI
Retour en Alsace. — Arrivée à Worms. — Armée des princes. — Déclaration de guerre. — Prise de Verdun. — Valmy. — Retraite des Prussiens.
Il était important que je visse madame de Yormeuil, que nous nous entendissions pour Tavenir. Afin de combiner nos plans d'une manière plus tranquille, nous nous rendîmes dans une de nos terres, située à dix-huit lieues de Paris. J'eus beaucoup de peine à faire goûter mes vues à voire mère. Loin d'approuver mon désir de rejoindre l'armée des princes, elle m'engagea à quitter la France avec elle et nos enfants, et à nous rendre aux Etats-Unis d'Amérique. Croyant me décider, elle m'apprit que M. de la Borde, riche banquier de la cour, lui avait fait offrir, malgré la gravité des événements, un million de la terre où nous nous trouvions. Une charmante rivière, des cascades naturelles l'avaient séduit , et il aurait préféré ce séjour à la belle terre de Méréville, qui était privée d'eau. « Acceptons cette offre brillante, mon ami, me dit madame de Vormeuil ; partons tous pour l'Amérique, laissons passer en paix celte tourmente, qui sera longue et sanglante. Nous vivrons dans l'aisance en Amérique, et nous reviendrons en France quand lu tranquillité y sera rétablie ; je n'augure pas bien de cette émigration. y> Je tâchai de lui rendre un peu de sécurité. Je
lui dis y je croyais être vrai alors, que tout cela devait finir dans une campagne, qu'elle me reverrait dans six mois , et qu*enfin je ne pouvais, sans forfaire à Thonneur, me dispenser de rejoindre nos princes , et le corps presque entier de la noblesse française rangé autour d*eax.
Madame de Vormeuil fut obligée de se résigner devant ma ferme volonté. Nous songeâmes aussitôt à nous assurer quelques moyens d'existence pour l'avenir, j'avais eu le bonheur de toucher une somme de 128,000 livres quelque» mois auparavant. Je la convertis en or, et la possédais dans mon château. Je réservai 28,000 livres pour effectuer mon départ, et nous avisâmes à cacher les 100,000 livres. Votre mère et moi , au milieu de la nuit, par un beau clair de luae, nous nous transportâmes dans le parc pour y choisir un lieu propre à déposer ce qui était peur nous alors un vrai trésor. Nous ne fûmes aperçus par personne, et bientôt je découvris Tendroit propice situé entre deux très-gros rocs. Je mesurai la distance qui les séparait, et, au milieu , m'étant muni d'un pic et d'une bêche, je fis un trou assez profond pour conte^ nir les 100,000 livres en or placées dans une petite malle. Il fallut faire deux voyages au château pour porter l'or et la malle. Au bout de deux heures tout était terminé, le soi bien couvert ; des feuilles et quelques herbes mises un peu en désordre ne permettaient pas de s'apercevoir que la terre avait été fouillée. Assurés que perscmne ne nous avait vusi nous rentrâmes donc sans crainte au château.
Je passai encore quelques jours dans ce lieu enchanteur que j'aimais; niaise il fallut s<M)ger enfin à le quitter. Jq recommandai à madame de Vormeuil d'y rester, de laisser passer dans ce séjour encore paisible la tourmente révolu*
tioBoaire. Je savais que, par sa posUioa éoartée, il était peu probable que la guerre pût y exercer ses ravages. Afin de partir plus tranquille, je fis venir mon intendant, nommé Firmin, homme qui me paraissait très-dévoué, et lui recommandai de veiller avec soin sur ma femme, de la protéger même de tout son pouvoir, si les circonstances l'exigeaient. Tl me fit les protestations les plus vives, me jura qu'il remplirait toujours mes intentions, et que je pouvais autant compter sur son zèle que sur son attachement. Le père de cet homme avait été élevé par le mien; lui, étant à peu près de mon âge, je l'avais toujours traité avec bonté; aussi il m'inspirait la plus grande confiance; vous verrez bientôt que c'était une vipère récbaufiee dans mon seiu
J'arrivai à Strasbourg, où je trouvai mon ancien aide de camp, M. de M
J'avais acheté trois bons chevaux , car nous partions trois ensemble : M. de M..^.., moi et mon fidèle Nicolei , qui était déterminé à ne pas me quitter; il voulait me suivre partout où j'irais^ partager mon sort , tous mes dangers enfin si j'en avais à courir. Nous résolûmes de faire le voyage à cheval en prenant, quand il le faudrait, des chemins de traverse. Je m'en rapportais sur ce point à M. de M..<i.; il connaissait jusqu'au plus petit hameau de l'Alsace. Nous étions ar* mes de manière à ne pas craindre d'être arrêtés en roule , à moins de rencontrer une force supérieure.
J'achetai deux ceintures eu cuir, et mis dans chacune la moitié de ma somme. Je devais en porter une sur moi, et
M. de M se chargeait de l'autre. Le premier jour, nous
fîmes un peu plus de sept lieues. Nous nous arrêtâmes dans
une auberge modeste, disposés à partir de bonne heure lé lendemain. Le temps était superbe, et à la pointe du jour nous fûmes tous les trois sur pied. Après avoir fait quelques lieues, me sentant plus léger, je portai la main au bas de mes reins, et jugez de ma douleur, de mon inquiétude, quand je m'aperçus que je n'avais pas ma ceinture, que je
Tavais oubliée sous mon oreiller... M. de M , voyant
mon anxiété, me conjura de le laisser retourner à Tauberge où nous avions passé la nuit ; il me conseilla de m'arréter à une petite ferme située tout près de la route, et me promit de me rapporter ma ceinture intacte. « Je connais ces gens, ajouta-t-il , ils sont honnêtes, mais il n'y a pas un instant à perdre. » Il partit soudain au galop, me promettant d'être de retour dans deux heures. Je passai tout ce temps entre la crainte et l'espérance, regardant sans cesse sur la route pour voir si M. de M...., arrivait. En6n je l'aperçus de trèsloin ; il me reconnut et me fit des signes de joie. Arrivé à portée de la voix, il me cria : a Je l'ai, elle est intacte. » Cet excellent ami m'apprit que par un heureux hasard l'au-^ bergîste, aussitôt que nous l'eûmes quitté, monta dans notre chambre, souleva l'oreiller et trouva ma ceinture. Il s'en émit emparé, assuré qu'un de nous ne tarderait pas à venir
la réclamer. Dès qu'il vit M. de M il lui dit en souriant :
« Je sais ce qui vous ramène, j'ai votre affaire ; mais il est heureux que j'aie eu l'idée de visiter moi-même votre chamn bre, car si des voyageurs étrangers fussent venus l'occuper après votre départ, ma foi, je n'aurais répondu de rien. »
Je continuai ma route avec mes deux compagnons, res-prit enfin rassuré. Il aurait été cruel de perdre la moitié de mes uniques ressources dans ce moment, à la veille peut-
être d^entrer en campagne. Le lendemain nous franchîmes très-tard la frontière, sans avoir fait de fâcheuse rencontre. Nous arrivâmes quelques jours après à Worms. Mon arrivée y fit quelque bruit. Je rencontrai plusieurs officiers de mon ancien régiment qui me dirent d'un air un peu narquois : c( Ah ! vous voilà enfin, monsieur le vicomte ! il est temps ; comment vous portez-vous ? » Partout où je passais on m'adressait ces mots fâcheux : « Ah! vous voilà, etc., etc. d Je vis clairement qu'on me trouvait retardataire, et que ma présence tardive ne produisait pas un bon effet. A tous ces mots je répondis : « Oui , me voilà, messieurs, et bientôt vous apprendrez de la bouche même de monseigneur le prince de Condé quelle a été la cause du retard dont vous vous plaignez. » Aussitôt je me présentai chez le prince pour lui apprendre mon arrivée, et demander l'honneur d'être introduit auprès de lui. Il donna ordre de me faire monter sur-le-champ ; dès qu'il m'aperçut il vint au-devant de moi les bras ouverts^ €t daigua m'embrasser. «c Je vous attendais, me dit-il, car il parait qu'on est au moment à Paris de nous déclarer la guerre, et vous avez dû déjà vous apercevoir que nous nous apprêtons à la faire. Malheureux roi! s'écria>t-il , ils ïe forceront à combattre contre ses frères et sa noblesse ! » Je confirmai le prince dans sa manière de juger les événements, et ne lui cachai pas la façon peu gracieuse avec* laquelle j'étais accueilli à Worms. Je m'en doutais, mon cher vicomte, mais soyez tranquille, tout cela va s'arrangern Avezvous conservé le billet de Monsieur? » Je répondis affirmativement. « Eh bien ! donnez-le moi, j'en ferai bon usage : » et sur-le-champ il donna l'ordre de faire venir auprès de lui le corps des officiers de mou ancien régiment, et plusietu*s
autres genlihhommes ennemis des retardataires. Quand ils furent arrivés, M. le prince de Condé s'exprima en ces termes : « Si plusieurs de vous, messieurs, trouvez que M. le vicomte de Vormeuil a trop tarde ù nous rejoindre, je vais vous en dire la raison. » Aussi tâl il déploya un papier et lut à haute voix ce qui suit : • M. le vicomte de Vormeuil restera à son poste le plus longtemps qu'il Icpourra. Je le juge nécessaire pour le bien du service du roi , pour le triomphe de la bonne cause, étant assuré que sa présence en France peut dans ce moment être de la plus grande utilité.
« Signé: Stanislas-Xaviib , <c comte de Provence, frère du roi. •
Tous s inclinèrent ayant entendu ces paroles si flatteuses pour moi. C'est à qui alors me ferait le plus d'honnêtetés, me témoignerait le plaisir de me revoir. Monseigneur le
prince de Condé m'invita à dtner, ainsi que M. de M ,
mon aide de camp^ qu*il connaissait, et me plaça à sa droite. Nous nous entretînmes longtemps après dtner de la situation de la France. Il avait, me dit-il , un moment espéré que j'aurais pu entraîner mon ancien régiment à ma suite, comme l'avait fait le comte O'Mahony, colonel du régiment de Berwick, qui passa la frontière à la tète de son corp^, et vint rejoindre les princes. Plusieurs de mes officiers, je le sus après, avaient donné cette espérance au prince, sachant combien j'étais aimé des soldats. Mais M. O'Mahony commandaii des étrangers loyaux et dévoués ; le corps dont il était le chef n'avait pas subi TinQuence fâcheuse exercée avec tant d'art sur Tinfanterie française; ainsi je n'aurais pu, mal-
gré tous mes soins, obleDîr un résultat pareil. Je parvins bientât à en convaincre le prince. Je lui prouvai que j'aurais certainement conduit mes anciens soldats, me mettant à leur tête, à Montmédy, si le roi eût eu le bonheur d*y arriver ; que je les aurais même menés jusqu'à Paris pour défendre le trâne, mais qu'il m*aurait été impossible de les décider à passer la frontière; Tidée de quitter la France les aurait rendus sourds à ma voix. La puissance exercée par les sous -officiers ne m'aurait pas permis d'amei)^r dix hommes avec moi.
Nous avions à Worms bien plus d'officiers que de soldats. Il était impossible de les employer tous dans leurs grades. Le nombre croissait toujours, et, quoique plusieurs soldats de différentes armes nous fussent arrivés, beaucoup de lieutenants et sous-lieutenants se virent classés comme simples fantassins ou cavaliers. Nous avions des compagnies nobles d'élite composées toutes de gentilshommes. Enfin, au coni* mencement de 1792, l'armée dite des princes, commandée par les maréchaux de Broglie et de Castries, comptait de seize à dix-huit mille hommes, tant en infanterie qu'en cavalerie. Quelques officiers et quelques canons composaient alors toute l'artillerie. M. le prince deCondé avait formé plusieurs corps indépendants de l'armée des princes; ils s'accrureqt la campagne suivante, et prirent le nom d'armée de Copdé. Si tous les régiments avaient eu l'esprit qui anima Roy^l- Allemand-cavalerie, et Berwick-infanterie, l'armée française seule aurait fait respecterl'autorité du malheureux Louis XYI et sauvé le trône. Je venais de recevoir ma destination de maréchal de camp, inspecteur d'infanterie et je me vpy9,is
placé comme capitaine dans le corps des chasseur^ poble§^
et comme tel, je devais faire la campagne qui allait s'ouvrir.
Mon aide de camp, M. de M , par un bonheur inouï,
avait été nommé sous-lieutenant. Mon fidèle Nicolet , sans vouloir s'engager, obtint la permission de combattre à mes côtés comme simple volontaire sans solde ; je Tarmai et Téquipai à mes frais.
A peine tous ces arrangements avaient-ils été faits, que nous apprtmés la déclaration de guerre de la France à TAutriche et à la Prusse. Louis XVI , contre son opinion personnelle , venait d'être forcé de porter les premiers coups Comme cet événement était prévu, chaque puissance s'y trouva préparée. Les Prussiens devaient jouer le premier rôle dans cette campagne. Leur armée ^ très-forte, trèsbelle, commandée par le duc de Brunswick, s'avança vers les frontières de France, accompagnée de celle dite des princes , sous les ordres des maréchaux de Broglîe et de Gastries. Il ne s'agissait pas moins que de marcher rapidement sur Paris, de mettre en fuite l'Assemblée constituante, et de délivrer le roi captif. M. le duc de Brunswick, qui s'était fait un nom glorieux dans la guerre d'Hanovre, passait pour un prince loyal; on ne doutait pas qu'il suivrait en tout point la déclaration de Pilniiz^ ainsi , pour beaucoup de nous, nous marchions avec des alliés sincères. XiCs armées réunies allaient donc prendre l'offensive, tandis que les généraux Dumourîez et Kellermann, qui commandaient les révolutionnaires (c'est ainsi qu'on appelait alors l'armée française), se tiendraient sur la défensive. Personne chez nous ne doutait du succès. Nous avançâmes rapidement vers les froniières, prîmes Longwy, marchâmes sur Verdun, qui ne fit pas une grande résistance* Dans le premier monieut ces
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succès nous enivrèrent; nous crûmes que quelques marches en avant allaient tout décider. L'enthousiasme à Verdun fut extrême : cette ville paraissait dans la joie d'être délivrée des révolutionnaires. La vue des Français fidèles à leur roi| à leurs princes, porta ses habitants à fêter le roi de Prusse qui venait d*entrer dans leurs murs. On fut au-devant de lui ; des jeunes filles parées lui offrirent des corbeilles pleines de fleurs. Des fêles brillantes furent promptement organisées; tout dans celte ville, première conquête sérieuse des Prussiens, avait pris un air de fête. Cependant, au lieu d'arborer sur ses remparts. le drapeau blanc, Taigle et le drapeau prussien ne tardèrent pas à y être placés. Le plus grand nombre, dans le premier moment, ne vit qu'une mesure provisoire dans cet ordre émané du général prussien ; mais des gens craintifs, soupçonneux, s'en alarmèrent, et crurent y découvrir un but de conquête, de démembrement de la France. LMllusion se prolongea néanmoins par la présence de farmée des princes, et Tharmonie qui existait entre elle et les troupes prussiennes.
Quant à moi , j'avoue que je commençais, sans toutefois avoir perdu ma confiance, à avoir quelques craintes sur les desseins secrets de la Prusse. Elles furent augmentées par une conversation que j'eus avec un colonel prussien, le comte de K. .. Je l'avais connu quelques années auparavant à Paris. Nous nous retrouvâmes à Verdun , et, après les premiers mois de politesse échangés, il me dit : — Enfin nous voilà en France, et l'affaire de vos révolutionnaires sera bientôt faite.
— Oui , si vous vous conduisez en auxiliaires, en alliés sincères du roi , si vous marchez pour le délivrer.
— Sans doute nous agirons ainsi ; mais que signifient mon cher vicomtei ces restrictions, ces si?.,.
— Us signifient que vos succès définitifs ne peuvent avoir lieu que si vous prouvez à la France votre désir démité" ressé d'agir pour la sauver.
— Désir désinléressé, entendons-nous. Je ne suis pas initié dans les projets de mon souverain ; mais il pensera peutêtre qu'un service rendu doit être payé.*
— Qu'enlendez-vous par doit être payé?
— Que vous dirai-je ? je ne sais si je pourrai bien vous expliquer ma pensée \ mais la France est grande, trop forte peut-être encore, et en jetant les yeux sur la carte, je trouve que Landau fait une terrible pointe sur le Palatinat. Eh bien ! cette place pourrait être donnée en compensation de nos sacrifices. Au reste, je vous dis cela un peu en Tair, sans savoir ce qui pourra avoir lieu.
— Mon cher colonel , Dieu préserve Tempereur d'Autriche et le roi de Prusse d'avoir de semblables projets, car, à l'idée d'un démembrement quelconque, vous mettriez contre vous toute la nation.
— Ne vous échaufi'ez pas, mon cher vicomte ; je ne vous parle ainsi qu'après des ouï-dire de quelques-uns de nos généraux, et j^avoue qu'ils s'expriment ainsi sa*ns connaître la pensée du roi. Quant à moi, je suis royaliste, ennemi des révolutions, et me borne à désirer de voir vos troubles honorablement terminés sans sacrifices de votre part. Êtes-vous content?
— Après votre explicatio , oui , si vous deviez décider la question.
On voit que déjà on s'éloignait du programme d'abord
tracé. Les faciles succès des Prussiens ^ quelques marches des Autrichiens, avaient infatué les cabinets de Vienne et de Berlin; ils s'imaginaient qu'il serait facile de dicter des lois à un peuple divisé, et ils rêvaient, par leurs seuls moyens, la prise de Paris. Toutefois, rien encore n'annonçait des desseins perfides de leur part, et chez nous on disait assez hautement que ces aigles placées sur les remparts de Longwy et de Verdun seraient bientôt remplacées par le drapeau blanc, auquel il fallait revenir.
La marche assez rapide d^abord de l'armée prussienne porta la terreur à Paris. On travaillait avec ardeur à couvrir cette immense ville de retranchements; chacun, par apparence de patriotisme ou par force, remuait de la terre; mais la confiance n'existait pas, et déjà plusieurs ihembres de la Constituante, effrayés, songeaient à quitter la capitale, bien convaincus qu'elle ne pourrait se défendre. Si Farniée prussienne, au lieu de s'arrêter dans les plaines de la Champagne, où elle fut en proie à des dyssenteries dangereuses, s'était avancée hardiment, la résistance des troupes peu nombreuses qui lui furent d'abord opposées n'aurait pas été très-grande. Le temps que cette armée perdit et la maladie permirent d'envoyer des renforts aux généraux Dumourié2 et Kellermann, commandants des troupes françaises.
Quelques escarmouches, précurseurs de combats plus sérieux, avaient eu lieu. Enfin , Dumouriez remporta un avantage signalé à Valmy sur l'armée prussienne, affaire dans laquelle se distingua d'une manière brillante Kellermann. Le camp de Grand-Pré fournit aussi aux Français un point de résistance qui étonna les Prussiens et les arrêta. Le découragement sembla se manifester parmi eux, et, dès le lén
demain de Taffaire de Valmy, qui ne fut qu'un combat et non une baiaille, ils parurent comme frappés de stupeur. Le maréchal de Castries, à la tète des émigrés, de Tannée des princes, bien informé de ce qui se passait, vint trouver le soir même le duc de Brunswick, et lui offrit d'engager le lendemain un nouveau combat à la tête de sa vaillante troupe, s'il voulait le seconder vivement avec toutes ses forcée, et il lui promettait la victoire. Il appuya son avis sur des renseignemenls certains qu'il venait de recueillir de la faiblesse et de llndécision de Tarmée française même après sa victoire. Le duc de Brunswick éiait un militaire loyal et fort instruit ; mais, ne pouvant rien prendre sur lui, il en référa à son souverain, qui refusa Toffre du maréchal de Castries. Les Prussiens restèrent stationnaîres dans leur position rétrograde, où ils se fortifièrent. Les Français recevaient de nouveaux renforts. On remarquait avec étonnement que des émissaires de Paris arrivaient au camp prussien, conféraient avec le roi, et retournaient dans la capitale. Au lieu de marcher en avant, de combattre enfin, fordre de la retraite arriva inopinément. L'armée prussienne, sans être activement poursuivie, abandonna ses conquêtes et se replia sur Arlon et Luxembourg. Thionville , qui était assiégé, dont on avait espéré la prompte reddition, se vit tout à coup délivré. Le corps d'armée qui devait effectuer cette conquête leva le siège peu de temps après l'arrivée d'un courrier anglais. Celte marche rétrograde de l'armée prussienne, encore si forte après l'affaire de Yalmy, étonna l'Europe, et calma beaucoup la confiance que les royalistes français avaient eue dans la loyauté de la Prusse et de l'Autriche. On fut longtemps avant de savoir les motifs
qui avaient décidé celte retraite si précipitée, si l)onteuse, et l'histoire inflexible sera sévère envers une puissance qui préféra des avantages pécuaiaires ofiferts et acceptés par elle à sa gloire... On sut enfin plus tard par le général Dumouriez lui-même que si un engagement sérieux avait pu avoir lieu le lendemain du combat de Valmy, il lui aurait été impossible de tenir dans sa position contre toute l'armée prussienne et le corps d'émigrés sous les ordres du maréchal de Castries. Il avoua hautement à Londres que le maréchal avait donné au duc de Brunswick un conseil qui prouvait qu'il connaissait parfaitement la situation dans laquelle se trouvait l'armée française.
La retraite donc s'était faite sans désordre, sans poursuite active, puisqu'elle avait été décidée d'avance à Paris et avec les généraux français. Les habitants de Verdun se trouvaient compromis $ ils devaient expier sous peu d'une manière cruelle l'enthousiasme qu'ils manifestèrent à l'entrée des Prussiens, regardés par eux comme leurs libérateurs. Les hostilités de ce côté ne furent pas vives pendant le reste de la campagne. L'armée des princes se disloqua. Une partie se fondit plus tard dans des légions qui opérèrent en Flandre et dans le corps aux ordres du prince de Condé, qui prit alors le nom de son chef. Cette armée se distingua depuis dans une foule de combats, qui lui acquirent même l'estime des républicains, car la France était au moment de devenir République.