‹ Le vieillard des tombeauxChapitre 11 sur 79 · LE TIR AU PERROQUET · texte numérisé non relu

LE TIR AU PERROQUET

Cavaliers et chevaux ressentent ce coup terrible ; armes et guerriers tombent pesamment sur la terre et avec fracas.

Thomas Campbbll. Les Plaisirs.de l'espérance.

Quoique les hommes et les chevaux fussent peu faits à ces évolutions militaires , elles furent exécutées cependant avec assez de précision. La revue terminée, des cris bruyants annoncèrent que les compétiteurs pour le jeu du perroquet , jeu que nous avons décrit plus haut , commençaient à s'avancer. Le mât , qui se trouvait traversé par une espèce de vergue à laquelle le but était attaché , fut élevé au milieu des acclamations de l'assemblée; et ceux même qui , opposés à la cause royale dans laquelle ils se trouvaient engagés, avaient vu avec une sorte de dédain les évolutions de la milice féodale, ne pouvaient s'empêcher de prendre un vif intérêt aux divertissements qui allaient commencer. La foule se portait avec empressement vers le lieu du combat , chacun des compétiteurs était exposé à sa critique; ceux-ci s'avançaient néanmoins successivement, s'arrêtaient et visaient le but ; et leur habileté ou leur maladresse leur attirait la risée ou les applaudissements des spectateurs. Aucun d'eux n'avait encore atteint le but , quand un jeune homme à la taille svelte, mis avec beaucoup de simplicité et toutefois élégant et distingué dans ses manières , s'avança le fusil à la main. Son manteau d'un vert foncé était jeté négligemment sur ses épaules ; la fraise brodée qui entourait son cou , la toque couverte de plumes qui ornait sa tête , tout annonçait en lui un homme au-dessus du commun. Dès qu'il parut dans la lice, un murmure de curiosité s'éleva parmi les spectateurs ; il nous serait difficile de dire si ce murmure était ou non favorable à notre jeune aventurier.

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4. « Faut- il que le lils d'un tel père preiHie pari à Je seml)l.>l)I('S folies ! >s'écriaient les vieux et ri|;ides puritains chez les(juels la curiosité avait été assez puissante pour surmonter leurs scrupules et les amener à rassemblée. Mais la pluj)art de leurs coreligionnaires en- \isageaient cet incident avec moins de sévérité; tous se bornaient à faire des vœux pour le succès du fils d'un de leurs anciens cliefs alors décédé, sans examiner sévèrement s'il était convenable que le jeune homme se présentât pour disputer le prix.

Leurs vœux furent accomplis : du premier coup le jeune aventurier frappa le perroquet; il était le seul qui jusqu'alors, nous le répétons , eût atteint le but, quoique quelques balles en eussent passé fort près. De bruyants applaudissements se firent entendre: mais le succès n'était pas décisif; il fallait (jue les compétiteurs qui venaient après lui eussent la même chance , et que , si quelques-uns d'entre eux frappaient le but, il combattît de nouveau avec les vainqueurs, le prix ne devant être accordé qu'à celui qui ferait preuve d'une évidente supériorité sur ses rivaux.

Parmi ceux qui suivirent, deux seulement parvinrent à frapper l'oiseau : le premier était un jeune homme d'un rang inférieur et d'une constitution robuste ; un manteau gris enveloppait sa figure et la dérobait aux regards ; le second était un jeune seigneur , remarquable par ses dehors séduisants et les soins qu'il avait apportés à sa toilette. Il suivait avec assiduité , depuis le commencement de la revue, lady Marguerite et miss Bellenden. Cette dame s'étant informée pourquoi aucun jeune homme de famille et de principes purs ne se présentait pour disputer le prix aux deux compétiteurs victorieux , lord Évandale (c'était le nom de ce seigneur) quitta ces dames avec un air d'indifférence; mais bientôt , se précipitant de son cheval et empruntant le fusil d'un serviteur , il atteignit le but , comme on vient de le voir. On se figure aisément

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le vif intérêt excité par le renouvellement du combat entre les trois rivaux qui jusqu'alors avaient été heureux. Le massif équipage du duc fut , non sans peine, mis en mouvement, et il s'approcha de plus près du lieu où se passait l'action. Les spectateurs, hommes et fennnes, tournèrent dans la même direction la tête de leurs chevaux, et tous attendaient avec anxiété l'issue de cette lutte d'adresse.

Il était d'usage que, dans le second combat, le hasard décidât de l'ordre dans lequel les compétiteurs viseraient le but. Le sort tomba sur le jeune plébéien dont la figure agreste était à moitié cachée par son manteau ; il saisit son mousquet , et s'adressant au jeune honnne à l'habit vert : « Si c'était un tout autre jour, monsieur Henri, j'aurais pu , pour l'amour de vous , me résigner à manquer le but ; mais Jenny Dennison me regarde, et je ferai, certes, de mon mieux. »

Il visa, et sa balle en sifflant rasa le but de si près , que l'oiseau , sans être atteint , fut ébranlé. Le plébéien , quittant la lice les yeux baissés , se hâta de disparaître , comme s'il eût craint d'être recoimu. C'était le tour du chasseur vert ; sa balle de nouveau frappa le perroquet. Tout le monde applaudit , et du milieu de l'assemblée un cri se fit entendre : « Que la bonne et vieille cause triomphe à jamais ! »

A ces exclamations de la part des mécontents les dignitaires froncèrent le sourcil. Cependant le jeune lord Évandale s'avança de nouveau , et fut encore heureux. Son succès fut accueilli par les applaudissements et les félicitations de la partie aristocratique et bien pensante de l'assemblée. Mais il fallait recourir encore à une troisième épreuve.

Le chasseur vert, déterminé à mettre fin à ce combat , s'approcha de son cheval que gardait un des siens , et en ayant préalablement assuré avec soin les sangles et la selle , il s'élança dessus , le gouvernant de manière à éloigner un peu les assistants ; alors il donna de l'é^

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