I. Lieutenant de cavalerie, a. m
couvert de sueur , harassé de fatigue • servez cet homme avec douceur, Jenny, mais d'un air froid, et gardez-vous bien d'attirer sur lui l'attention des soldats en le faisant causer ; surtout ne lui donnez point de chambre à part , car on dirait que nous cherchons à le cacher.
Quant à vous , Jenny, je vous le dis encore, soyez polie envers tout le monde, et ne faites nulle attention aux fadaises des jeunes gens. Dans une hôtellerie il faut se conformer à l'humeur de chacun, et tout souffrir: votre mère était excellente sous ce rapport , peu de femmes l'auraient égalée ; tant que les mains ne sont pas de la partie , vous n'avez rien à dire. Mais si quelqu'un était incivil à ce point, appelez-moi. Dès qu'ils commenceront à déraisonner, dès qu'ils se mettront à parler du gouvernement et de l'Église , alors , Jenny, ils se querelleront sans doute ; eh bien , laissez-les faire ; la colère est une passion qui altère, et plus ils disputeront, plus ils voudront boire; cependant il ne serait pas mal alors de leur servir de la petite bière , cette boisson les échauffera beaucoup moins , sans qu'ils s'aperçoivent jamais du changement.
— Mais, mon père, s'ils venaient à se battre , ainsi que cela arriva il y a peu de jours , vous appellerai-je?
— INon, non, Jenny; gardez-vous de le faire ; sachez que le plus mauvais coup est toujours pour celui qui veut mettre le holà. Si les soldats tiraient leurs sabres, appelez le caporal et la garde; si les villageois prenaient la pelle et le fourgon , appelez le bailli et les officiers de ville. Mais dans aucun des cas ne me dérangez, car je suis fatigué d'avoir joué tout le jour, et je désire manger en paix mon dîner dans la chambre voisine.
— A propos, le laird de Lickitup, c'est-à-dire celui qui l'était autrefois, demande un hareng saur avec un pot de bière.
— Eh bien , tire-le par la manche , et dis -lui bas à l'oreille que je serais charmé qu'il lui plut de dîner avec moi. C'était une bonne pratique autre*
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l'ois que ce laird de TJckitnp avant (ju'il l\U ruiné; il ne ronsonime plus aujourd'hui , repcndant il est toujours bravo lionniie en vérité, et comme autrefois il aime beaucoup à boire. Et si vous apercevez quelques pauvres diables de notre connaissance, sans argent et loin de leur maison , ne craii^nez pas de leur donner un pot de bière et un bannock ' : c'est peu de chose pour nous , et cela donne à une auberjue telle que la nôtre une certaine considération. Allons, ma chère petite , va-f en , sers ton monde ; mais auparavant apporte-moi mon dîner avec deux pots de bière et une pinte d'eaude-vie. »
Ayant ainsi donné ses ordres à .Tenny, son premier ministre , ISiel Blane et le ci-devant laird , autrefois son patron , mais trop heureux maintenant d'être son convive , se rendirent dans une pièce .voisine, éloignée du bruit, afin de se réconforter et dépasser ensemble le reste de la soirée.
Cependant tout le département de Jenny était dans une pleine et entière activité. Les chevaliers du Perroquet, traités par leur capitaine , répondaient à ses civilités aimables; celui-ci, tout en ménageant son verre , faisait en sorte (|ue ceux des assistants se remplissent avec célérité; autrement ces messieurs auraient pu se plaindre d'avoir été fêtés (l\ine manière peu convenable. Leur nombre s'affaiblissait par degrés ; il n'en restait plus que quatre ou cinq, qui déjà parlaient de se séparer. Non loin d'eux , à une autre table, étaient assis deux dragons , ceux-là mêmes dont parlait plus haut Niel Blane; l'un était sergent, l'autre simple soldat; tous les deux servaient dans le régiment des gardes, commandé par Claverhouse , dans lequel le célèbre .Jean Graham était capitaine. Dans ces corps les officiers non commissionnés, et même les simples soldats, n'étaient pas considéréscommedevils mercenaires: ils approchaient plutôt des mousquetaires français , étant rangés dans la ligne des cadets qui remplissaient les fonctions de