‹ Le vieillard des tombeauxChapitre 55 sur 79 · TRÊVE · texte numérisé non relu

TRÊVE

.lirai à Kothwell Iliil ; c'est là que je dois vaincre ou mourir. yieilte ballade.

Il y eut des deux côtés suspension des opérations militaires. Le gouvernement semblait vouloir seulement empêcher les rebelles de marcher sur la capitale, tandis que les insurgés cherchaient à augmenter et à fortilier leur armée. Dans cette vue , ils avaient établi une espèce de camp dans le parc du château ducal d'Hamilton , situation centrale oii ils pouvaient recevoir des renforts et oh ils étaient protégés contre une attaque soudaine par la Clyde , rivière profonde et rapide qui coulait devant eux , et qu'on ne pouvait traverser que sur un pont long et étroit , près du château et du village de Bothwell.

Morton resta en ce lieu pendant quinze jours environ après l'attaque de Glasgow. Il avait plus d'une fois communiqué avec Burley , mais il en avait seulement appris , sans plus amples détails, que le château de Tillietudlem tenait toujours. Impatient d'être mieux informé sur cet intéressant sujet , il avait enfin annoncé à ses collègues que son désir, ou plutôt son intention, car il ne voyait pas pourquoi il se refuserait une liberté que prenaient tous les autres dans cette armée sans discipline, était d'aller à Milnv^'ood , passer un jour ou i\^x\\^ pour y régler des affaires privées de grande importance. Cette proposition fut unanimement désapprouvée ; car le conseil de guerre des insurgés sentait assez toute l'importance de ses services pour craindre de le perdre, et chacun se reconnaissait peu capable de le suppléer. Ils ne purent cependant lui imposer des lois plus sévères que celles qu'ils suivaient eux-mêmes ; et il se mit en route sans qu'on lui adressât aucune objection directe. Le révérend M. Poundtext profita de l'occasion pour visiter son presbytère dans les environs de Tillietudlem , et fit à Morton l'honneur de

l'accompagner. Comme presque tout le pays était de leur parti et occupé par des détachements de leurs troupes, à l'exception des manoirs de plusieurs vieux barons du parti des Cavaliers , ils partirent sans autre suite que le fidèle Cuddie.

Le soleil allait se coucher quand ils arrivèrent à Milnwood, où Poundtext dit adieu à ses compagnons , et se dirigea seul vers sa demeure située à un demimille plus loin que Tillietudlem. Que de réflexions se présentèrent à l'esprit de Morton à la vue de ces bois , de ces ruisseaux , de ces plaines qu'il, connaissait si bien ! Son caractère , aussi bien que ses habitudes , ses pensées et ses oc upations , avaient entièrement changé en moins d'une quinzaine, et vingt jours semblaient avoir produit sur lui l'effet d'autant d'années. Un jeune homme doux, sensible et romanesque, élevé dans la dépendance, se pliant patiemment aux fantaisies d'un parent avare et tyrannique , avait été tout à coup poussé par l'excès de l'oppression et des outrages à se mettre à la tête d'hommes armés; il avait pris une part très-active aux affaires publiques, avait des amis à encourager et des ennemis à combattre; enfin il sentait sa destinée personnelle liée à l'issue d'une insurrection et d'une révolution nationale. Il semblait avoir soudainement passé des rêves romanesques de la jeunesse aux travaux et aux soins actifs de l'âge mûr. Tout ce qui l'avait intéressé jadis était effacé de sa mémoire , excepté son attachement pour Edith; son amour même paraissait avoir un caractère plus mâle et plus élevé, par le mélange et le contraste d'autres devoirs et d'autres sentiments. Tandis qu'il réfléchissait aux particularités de ce changement soudain , aux circonstances qui l'avaient occasioné , et aux conséquences probables de sa carrière présente , un mouvement d'inquiétude bien naturelle céda promptement à un élan de généreuse et noble confiance.

« Je mourrai jeune, dit-il; et s'il doit en être ainsi, mes motifs seront

16G WALTi:

mal compris , et mes actions coiulainiices paj; ceux donl l'apiirobatioii est si «•licrc à mon cœur. INIais le glaive de la liberté et du patriotisme est dans ma main , et je ne périrai pas lilchement jii sans vengeance. On peut exposer mon corps au gibet et torturer mes membres; mais un temps viendra où la sentence d'infamie retombera sur ceux qui peuvent aujourd'bui la prononcer. Et ce ciel , dont le nom est si souvent profané durant cette guerre im])ie , témoignera de la pureté des intentions qui ont dirigé ma conduite. »

En arrivant à Milnwood, le coup que Henri frappa à la porte n'annonçait plus la timidité d'un jeune bomme qui , libre d'bier, se croit encore dépendant , mais la confiance d'un bomme fait , en pleine possession de ses droits et maître de ses actions, bardi, fier et décidé. La porte lui fut ouverte avec précaution par sa vieille connaissance mistress Alison Wilson , qui recula en voyant le casque de fer et le plumet du jeune guerrier.

«Où est mon oncle, Alison ? ^ lui dit-il en souriant de sa frayeur.

« Pour l'amour de Dieu ! monsieur Henri! est-ce bien vous? reprit la vieille servante. En vérité, vous me faites tressaillir de peur. Mais ce n'est pas vous que je vois , car vous avez l'air plus homme et vous paraissez plus grand depuis que je ne vous ai vu.

— C'est cependant moi-même, » reprit Henri en soupirant et en riant tout à la fois; «je crois que cet habillement me grandit , et le temps où nous vivons , Ailie , change promptement les enfants en hommes.

— Oh ! c'est un bien mauvais temps 1 répliqua la vieille gouvernante ; et pourquoi faut-il que vous en ayez souffert ! mais qui pouvait l'empêcher? Vous étiez assez mal traité, et, comme je le disais à votre oncle : Marchez sur un ver, il se redressera.

— Vous m'avez toujours défendu , Ailie,» dit le jeune homme; et la femme de charge ne fit pas attention à ce nom

R SCO'ir.

familier ; '< vous n'avez jamais voulu , je 1(; sais, (|u'un autre mo grondiit, excepté vous. Où est mon oncle?

-A Edimbourg, répondit Alison :

\v. brave homme a pensé qu'il valait nneux déloger, et se tenir près de la cbeininée quarid elle fume. Il était d'une inquiétude, d'une frayeur! Mais vous connaissez le laird aussi bien que moi.

— J'espère que sa santé n'a point souffert, dit Henri.

— Pas plus que ses biens , répondit h ménagère. Nous nous sommes défendus de notre mieux; et quoique les soldats deïillietudiem nous aient pris la vacbe rouge et la vieille Kakie (vous vous les rappelez bien), ils nous ont fait bon marché de quatre autres qu'ils conduisaient au cbateau.

— Ils vous ont fait bon marché ? reprit Morton : que voulez-vous dire ?

— Oui, répondit la femme de charge , les dragons parcouraient le pays pour approvisionner la garnison; mais ils furent bientôt er^tramés à reprendre leur ancien commerce, et battaient la campagne achetant et vendant tout ce qu'ils trouvaient , comme des bergers de l'ouest ^ En vérité, le major Bellenden n'avait que la plus petite part de tout ce qu'on prenait en son nom.

— Alors, dit vivement Morton, la garnison doit avoir bien peu de vivres.

— Ma foi ! oui , répliqua Ailie ; on n'en peut douter. »

Un trait de lumière brilla dans l'esprit de Morton.

« Burley m'a trompé, » pensa-t-il en lui-même, « ses saints principes lui permettent la ruse aussi bien que la cruauté. . . Mistress Wilson, dit-il , je ne puis m'arrêter; il faut que je reparte sur-lechamp.

— Oh! prenez au moins le temps de manger, » répliqua d'une voix suppliante la bonne ménagère; « je vais vous préparer quelque chose, comme je le faisais avant ces mauvais jours.

— C'est impossible , dit Morton. Cuddie , apprêtez nos chevaux.

Page 1