Celle de 1688. a. m
R SCOTT
secrets, à former pour leur défense mutuelle des associations dont le gouvernement regardait les membres couune des conspirateurs, tandis qu'eux-mêmes criaient à la persécution.
Les whigs triomphants avaient fait du presbytérianisme la religion de l'État , et avaient rendu aux assemblées générales de l'Église toute leur influence; mais leurs exigences n'avaient pas été poussées aussi loin que celles des caméroniens, qui étaient les plus extravagants des non-conformistes sous Charles 1"^ et Jacques IL Ils ne voulurent en aucune façon entendre parler de rétablir la ligue solennelle et le Covenant; et ceux qui avaient espéré trouver dans le roi Guillaume un monarque covenantaire zélé, furent grandement désappointés quand il signifia , avec le flegme qui caractérise sa nation, l'intention de tolérer toutes les formes de religion compatibles avec la sûreté de l'État. Ces principes de tolérance adoptés par le gouvernement , et dont il se faisait gloire, blessèrent au vif les exagérés du parti , qui les regardaient comme tout à fait opposés à l'Écriture. A l'appui de cette doctrine étroite, ils citaient différents textes, tous isolés , comme on l'imagine aisément , et empruntés la plupart aux livres de l'Ancien Testament où il est ordonné aux Juifs d'extirper l'idolâtrie de la terre promise. Ils se plaignaient aussi de l'inîîuence qu'usurpaient des séculiers dans l'exercice des droits de patronage ecclésiastique ; ce qu'ils appelaient un attentat à l'honneur de l'Église. Ils censuraient et condamnaient comme entachées d'érastianisme beaucoup de mesures par lesquelles le gouvernement, depuis la révolution , montrait l'intention de s'immiscer dans les affaires ecclésiastiques; enfin ils refusaient positivement de prêter serment de fidélité au roi Guillaume et à la reine Marie avant qu'ils eussent eux-mêmes juré la ligue solennelle et le Covenant , la grande charte de l'Église presbytérienne, comme ils l'appelaient.
Ce parti , toujours mécontent , faisait sans cesse des protestations contre l'a-
postasie et les sujets de la colère divine; et si on l'eût persécuté comme sous les règnes précédents, il aurait aussi été conduit à une rébellion ouverte.
Mais comme on laissait à ces fanatiques toute liberté de tenir leurs conciliabules , de témoigner à leur gré contre Térastianisme, le socianisme et toutes les défections du temps, leur zèle, qui n'était pas excité par la persécution , s'éteignit graduellement; leur nombre diminua; il ne resta plus qu'un petit troupeau d'enthousiastes scrupuleux , austères , inoffensifs, dont le caractère est assez bien représenté par le Vieillard des Tombeaux, dont les légendes m'ont fourni la première idée de ce roman. Mais pendant les premières années de la révolution , les caméroniens continuèrent de former une secte nombreuse , exaltée dans ses opinions politiques, que le gouvernement désirait éteindre tout en n'employant contre elle, par prudence, que des moyens dilatoires. Ces hommes constituaient dans l'État un parti violent ; et les épiscopaux et les jacobites, oubliant leur ancienne animosilé nationale, essayèrent à plusieurs reprises de fomenter des intrigues parmi eux, et de faire servir leur mécontentement au rétablissement de la famille des Stuarts. D'un autre côté , le gouvernement établi par la révolution était soutenu par la masse des intérêts des basses terres , où l'on penchait généralement vers un presbytéi'ianisme modéré. Cette doctrine était professée par les mêmes hommes qui, durant la persécution des règnes précédents, s'étaient attiré l'anathème des caméroniens pour avoir accepté la déclaration de tolérance octroyée par Charles II. Tel était l'état des partis en Ecosse après la révolution.
Ce fut à cette époque , et par une délicieuse soirée d'été, qu'un étranger bien monté et dont l'extérieur annonçait un militaire d'un grade élevé, descendait, par un sentier qui formait cent détours , une colline d'où la vue dominait les ruines romantiques du château de Bothwell et la Clyde, qui serpente si
agréablement entre les rochers et les bois avant de disparaître derrière les tours jadis bâties par Aymer de Valence. On voyait aussi, à quelque distance, le pont de Bothwell. La rive opposée, qui, quelques années auparavant, avait été un théâtre de meurtre et de carnage, était maintenant paisible et unie comme la surface d'un lac pendant l'été. Les feuilles des arbres et des buissons qui , s'élevant çà et là , variaient si heureusement le paysage , s'agitaient à peine au souflle de la brise du soir. La Clyde semblait adoucir le murmure de ses es^ux pour se mettre en harmonie avec cette scène calme et tranquille.
Le sentier par lequel descendait le voyageur était de distance en distance ombragé par de grands arbres, des haies, ou par des arbres fruitiers dont les branches étaient chargées de fruits.
Le premier objet qui s'offrit à sa Vue était une ferme, peut-être l'habitation d'un petit propriétaire, située sur une colline exposée au soleil et couverte de pommiers et de poiriers. Au bout du sentier qui conduisait à cette modeste habitation était une chaumière qui ressemblait assez à la loge d'un concierge, quoique rien n'indiquât précisément que telle était sa destination. La chaumière, en bon état , paraissait plus proprement arrangée que ne le sont ordinairement les chaumières d'Ecosse; elle avait son petit jardin, où l'on apercevait quelques arbres à fruits, quelques buissons, et des plantes pour les usages culinaires : une vache et six moutons paissaient dans un enclos voisin ; devant la porte, le coq chantait, se pavanait, et appelait autour de lui sa famille. Un amas de broussailles et de tourbes proprement disposées annonçait qu'on avait pensé aux provisions pour le chauffage de l'hiver. Une légère colonne de fumée azurée qui sortait de la cheminée et s'élevait, au-dessus du toit de chaume, à travers les branches verdoyantes des arbres, annonçait que dans l'intérieur on s'occupait des préparatifs du repas du soir. Pour compléter ce tableau de la paix et
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du bonlipur chanipctre, une petite lille d'environ cinq ans s'oeenpait à puiser de l'eau avee une cruche à une belle fontaine, transparente connue le cristal, qui sortait des racines d'un vieux chêne à vini;t |)as de la chaumière.
L'étranger arrêta son cheval , et appela la |)etite nymphe pour lui demander le chemin de Fairy-Knovve. L'enlant mit à terre sa cruche, comprenant à |)eine ce qu'on lui disait, rangea ses beaux cheveux blonds des deux côtés de sou front, et ouvrant ses grands yeux bleus d'un air de surprise : « Que demandezvous ? >) dit-elle : ce qui est ordinairement la première réponse d'un paysan écossais à toute question qu'on lui adresse, si touteibis cela peut s'appeler une réponse.
« Je désire que vous m'indiquiez le chemin de Fairy-Knovve.
— Maman , maman ! » s'écria la petite fille en courant vers la porte de la chaumière, « viens parler à ce monsieur! »
La mère parut : c'était une jeune et belle paysanne, dont les traits, naturellement espiègles et malins, avaient reçu du mariage cet air grave et décent qui distingue particulièrement les villageoises écossaises. Elle portait dans un de ses bras un enfant encore au maillot, et de l'autre elle rabaissait son tablier auquel s'attachait un gros garçon de deux ans ; la fille aînée , que le voyageur avait vue la première, se plaça derrière sa mère aussitôt qu'elle parut, et de temps à autre elle faisait un pas en avant pour jeter sur lui un coupd'œil.
« Que souhaitez-vous, monsieur?» dit cette femme avec un air de prévenance respectueuse, peu commun chez les personnes de sa condition, mais qui n'avait rien d'un empressement obséquieux.
Le voyageur la regarda un moment avec attention , et répondit : « Je vous prie de m'indiquer le chemin de Fairy- Knowe, et la demeure d'un nommé Cuthbert Headrigg.
— C'est mon brave honune de mari, monsieur,» répondit la jeune femme avec un sourire gracieux; «voulez-vous des-
cendre de cheval, monsieur, et entrer dans notre pauvre maison? Cuddie, Cuddie (un bel enfant de quatre ans, aux cheveux blonds, |)arut à la j)orte de la maison ), courez, mon petit honune, et dites à votre père qu'un monsi(Mir le demande. Non, restez. Jenny, vous êtes plus raisoniuible : allez chercher votre père, il est au parc des Quatre-Acres. Ne voulez-vous pas descendre, monsieur, et vous reposer un instant dans notre maison? Je vous prie d'accepter un morceau de pain et de fromage, ou un verre d'ale, en attendant que iTK)n homme revienne? C'est de bien bonne aie, en vérité, quoiqu'il ne m'appartienne pas de la vanter puisque je la brasse moi-même ; mais le travail des laboureurs est très-fatigant, et il leur faut quelque chose pour leur soutenir le cœur ; aussi j'ajoute toujours une bonne poignée de drèche. »
Pendant que l'étranger la remerciait de ses offres amicales, Cuddie, l'ancienne connaissance du lecteur, arriva en personne. Sa contenance offrait toujours le même mélange de simplicité apparente et de finesse qui caractérise ordinairement nos porteurs de souliers ferrés ^ Il regarda l'étranger comme une personne qu'il n'avait jamais vue ; et, de même que sa fille et sa femme, il entama la conversation par la question d'usage : « Que me demandez-vous , monsieur ?
— Je voudrais vous faire quelques questions sur ce pays, répliqua l'étranger; et l'on m'a adressé à vous, comme à un homme intelligent et en état de me répondre.
— Sans doute, monsieur, » reprit Cuddie après un moment d'hésitation.
« Mais , avant tout, je voudrais savoir de quelle espèce de questions il s'agit. On m'a fait tant de questions dans ma vie, et de tant de façons différentes , que, si vous les connaissiez , vous ne seriez pas surpris de ma méfiance. Ma mère me fit d'abord apprendre le simple catéchisme, ce qui était un terrible ennui ; ensuite