Mot écossais désignant une revue de troupes, A. M
sonce, alin de les empêcher d'assister à ces rassemblements; ils étaient sévères, surtout à l'égard de ceux de leurs auditeurs qui ne s'y rendaient que par un pur sentiment de curiosité, ou par le désir de prendre part aux divertissements et aux exercices. Cependant les membres de la noblesse qui partageaient leurs doctrines se trouvaient souvent dans l'impossibilité de s'y conformer.
Les termes de la loi étaient impératifs, et le conseil privé, qui avait le pouvoir exécutif en Ecosse, appliquait dans toute leur sévérité, contre ceux qui ne paraissaient pas à l'époque voulue, les amendes portées par les statuts. Les propriétaires fonciers étaient donc obligés d'envoyer au rendez-vous leurs fds, leurs fermiers , leurs vassaux , d'après le nombre de chevaux , d'hommes et de lances auquel ils avaient été taxés; et il arrivait souvent que, en dépit de l'ordre exprès -v qui leur était intimé de revenir immédiatement après la fln de la revue, les jeunes gens en armes ne pouvaient résister au plaisir de prendre part aux jeux qui la suivaient : peut-être était-ce aussi pour se dispenser d'assister aux prières lues dans les églises à cette occasion. Les parents étaient alors plongés dans une affliction profonde; ils pensaient qu'une telle conduite était en abomination devant Dieu.
Dans la matinée du 5 mai 1G79, époque à laquelle commence notre récit, le shériff du comté de Lanark avait convoqué le ban d'un district presque sauvage, connu sous le nom de TJpper-Ward Clydesdale^. Le rassemblement avait lieu dans une plaine vaste et unie , non loin du bourg royal , dont le nom importe fort peu ici. La revue terminée et dûment constatée, les jeunes gens devaient, selon l'usage, se réunir et se livrer à des divertissements d'espèce différente , dont le principal était connu sous le nom de Popinjay ou Tir du Perroquet^ ancien jeu dans lequel on
2. Upper ward , partie supérieure, et Cl)' di'sdalc , le vallon de la Clyde. a, m.
Ki WAMK
nVmploynit autrefois quo la Hcclie; mais à r<'j)()(|ue dont nous parlons on faisait Usai^e des armes à feu '. (le perro(|ii(;l posticlie, revêtu de pltnnes bariolées,
I. La IV'lr du l'o|tiiijay ou du l'crrofjuel est encore, je crciis, céléliiéc à M;iyl>ol»', dans le eomté d'Avr. I.e passaj^c suivant, extrait de YHistoiie de l(t Jitniillc Someiville, a donné l'idée de la scène qu'on lit dans le lexle. l/anlenr de ce curieux manuscrit célèbre ainsi la conduite de son père au milieu de l'assemblée qui assistait à cette lète :
« Ayant passé les années de l'enlance ( il en avait dix alors ), son prand-pèrc le mit à l'école pour étudier la grammaire. Il y avait dans le village de Delserl' un maître fort liabile qui l'enseignait , et qui préparait les jeunes garçons se destinant à entrer au collège. Pendant le temps que dura son éducation dans cet endroit , on avait l'habitude de célébrer, chaque année, le premier lundi de mai, par des danses autour d'un mai, j)ar le tir de boîtes d'artilice, et divers autres amusements alors en usage. Comme à celte éj)oquc il n'y avait pas dans ce lieu de marchands qui pussent fournir aux élèves ce dont ils avaient besoin pour leurs jeux , notre jeune homme résolut de s'en procurer lui-même autre part , afin de pouvoir Jigurer au milieu des plus braves de ses condis(;iples. En conséquence, il se lève à la pointe du jour, et se rend à llamilton ; là, avec l'argent qu'il avait emprunté à ses amis ou qu'il s'était procuré d'une autre manière , il lait emplette de rubans de diverses couleurs , d'un chapeau neuf et de gants. Mais ce fut surtout pour la poudre à canon qu'il dépensa le plus d'argent ; il en acheta une grande quantité, tant pour son propre usage que pour suppléer aux besoins de ses camarades. Ainsi chargé de provisions , mais la bourse vide , il revient à Delserf vers sept heures, ayant marché ce dimanche malin-là l'espace de huit milles; il met ses habits et son chapeau neuf, qu'il garnit de rubans de toutes couleurs; et dans cet équipage, son petit fusil sur l'épaule, il marche vers le cimetière, où le mai avait été planté, et où la solennité du jour devait être célébrée. Dans le premier jeu , celui du ballon, il égala tous ses rivaux ; et lorsqu'il s'agit de tirer au bbaoc , il montra tant d'adresse en maniant son fagil, en le chargeant, en le déchargeant, cl il frappa tellement près du but, qu'il surpassa de beaucoup tous ses condisciples. Aussi, avant d'avoir atteint sa treizième année, le chargea-t-on de leur enseigner l'art dans lequel il s'était montré si expert. Et, en effet, j'ai souvent admiré sa dextérité, tant au milieu des récréations que lorsqu'il exerçait ses soldats. Je l'ai moi-même accompagné au tir lorsque j'étais encore jeune homme; et quoique ce passe-temps fût mon exercice favori , cependant il m'était toujours impossible d'arriver à sa perfection. Le jour de la fêle terminé, il recueillait les applaudissements de tous les spectateurs , la bienveillance de ses condisciples , et l'amitié de tous les habitants de ce petit villa-ie. M
R SCOTT
était susj)en(lu à une perche et servait de but aux compétiteurs qui , placés 5 urte di.stanc.e de soixante ou soixantedix pas, déchargeaient en le visant leurs fusils et leurs carabines, (^elui dont la ' balle abattait l'oiseau portait, |)endant le reste du jour, le titre pompeux de Capitaine du Perroquet. On le conduisait ordinairement en triomphe à l'auberge la plus renommée du voisinage, où la soirée se terminait par un festin dirigé sous ses auspices , et commandé à ses dépens lorsque ses moyens pécuniaires le lui permettaient.
On pense bien que les dames du pays se rendaient avec empressemen taux lieux où se donnait ce noble divertissement, excepté toutefois celles qui, observant dans toute leur rigueur les dogmes sévères du puritanisme , se seraient fait un crime d'encourager par leur présence les jeux profanes de ces pervers. Dans ces jours d'ignorance et de simplicité on ne connaissait ni landaus, ni barouches , ni tilburys. Le lord-lieutenant du comté, duc par son rang, osait seul prétendre à la magnificence d'une voiture à quatre roues , couverte d'une sculpture d'or un peu terne, ayant à peu près la forme de ces peintures vulgaires représentant l'arche de Noé , tirée par huit chevaux flamands à longs crins, et contenant huit personnes dans l'intérieur et six en dehors ou sur l'impériale. Dans l'intérieur étaient Leurs Seigneuries en personne , deux dames d'honneur, deux enfants ; un chapelain , logé dans une sorte d'enfoncement latéral placé en saillie près de la portière , et appelé à cause de cela hotte ; et du côté opposé à cette partie de l'intérieur , était blotti récuyer de Sa Grâce. L'équipage était conduit par un cocher et trois postillons portant de courtes épées et des perruques à trois queues. Des espingoles pendaient à leurs épaules, et des pistolets à leurs selles. Sur le marchepied , derrière ce manoir ambulant, se tenaient ou plutôt étaient suspendus en triple file six laquais à riches livrées et armés jusqu'aux dents. Les autres membres de
la noblesse, hommes et femmes, vieillards et jeunes gens, étaient à cheval, snivis de leurs valets ; mais la compagnie, pour des raisons déjà connues, était plutôt choisie que nombreuse.
Après cette masse roulante que nous avons essayé de décrire, venait le modeste palefroi de lady Marguerite lîellenden, portant la personne droite, empesée et ajustée à l'antique, de cette dame qui réclamait ses droits de préséance sur les nobles du pays, dont les titres ne pouvaient balancer les siens. Elle était vêtue de ses habits de deuil, qu'elle n'avait jamais cessé de porter depuis le jour où son époux avait été exécuté comme partisan de Montrose.
Sa petite-fille, l'objet de tous ses soins , de toute sa sollicitude sur la terre, la belle Edith aux cheveux blonds, était généralement regardée comme la plus jolie personne d'Upper Ward : placée près de son aïeule, on eût dit le printemps à coté de l'hiver. Son cheval andalou, qu'elle gouvernait avec une grâce infinie, son amazone élégante, la riche selle qui la portait , tout avait été disposé pour faire ressortir avec avantage les dons qu'elle avait reçus de la nature. Ses beaux cheveux s'échappaient en anneaux du simple ruban vert qui les retenait. L'ensemble de ses traits doux et féminins n'était pas dépourvu d'une certaine expression de vivacité enjouée , et leur douceur était exempte de cette fadeur que l'on reproche quelquefois aux blondes et aux yeux bleus.
Son extrême jeunesse , ses charmes naissants , fixaient plus encore l'admiration que l'éclat de son équipage et la beauté de son palefroi.
La suite de ces illustres dames ne répondait que faiblement à leur naissance et aux modes alors adoptées , puisqu'elle n'était composée que de deux serviteurs à cheval. Nous devons dire que, pour compléter la quotité d'hommes armés que sa baronnie devait envoyer à la revue , la bonne vieille dame avait été obligée de faire de ses domestiques autant de soldats, car elle n'eût pas VIL ïi6^ livraison.
voulu pour tout au monde se trouver en reste sous ce rapport. Son vieil' intendant , la tête couverte d'un casque d'acier et portant de grosses bottes fort lourdes, conduisait sa petite troupe; il disait avoir sué sang et eau pour vaincre les scrupules de certains vassaux et les subterfuges de quelques fermiers qui devaient fournir hommes, chevaux et harnais pour la revue. Enfin la querelle fut sur le point de dégénérer en hostilité ouverte, l'épiscopal irrité faisant aux récalcitrants les plus terribles menaces, et ceux-ci lui lançant en retour les foudres de l'excommunication calviniste.
Que faire? Il eût été facile de punir les réfractaires. Le conseil privé les aurait condamnés immédiatement à des amendes qu'une troupe de cavalerie se serait chargée de recueillir; mais agir ainsi , c'eût été appeler le chasseur et les chiens dans le jardin pour y tuer le lièvre.
« Car , dit Harrison en lui-même , les pauvres diables ont de bien faibles ressources; et si j'appelle les habits rouges ^ , et que ceux-ci leur prennent le peu qu'ils possèdent , comment pourront-ils à la Chandeleur payer leurs rentes à ma vénérable maîtresse? il est déjà fort difficile de les obtenir d'eux , même en des temps moins malheureux que ceux-ci. »
Ainsi déterminé, Harrison arma le fauconnier , l'oiseleur , le valet de pied , le garçon de ferme, et un vieux ivrogne de sommelier qui avait naguère servi avec le dernier comte Richard, sous les ordres de Montrose , et qui chaque soir étourdissait la famille des exploits qu'il disait avoir acq#iplis à Rilsythe et à Tippermoor : notre sommelier était à peu près le seul homme de la troupe qui témoignât quelque zèle dans la circonstance.
De cette manière et en recrutant lyi ou deux braconniers libres et autant de pêcheurs, Harrison compléta le contingent d'hommes armés que devait fournir lady Marguerite Bellenden comme propriétaire de la baronnie de Tillietud-i