SCÈNE VIIÏ
Les Mêmes, FRANÇOIS, des lettres à la main et un bougeoir qu'il pose sur la table, *
FRANÇOIS
Monsieur, voici vos lettres... Eh! mais, je ne me trompe pas. . . c'est M, Alfred! oh! vous arrivez bien à
«propos !.. . j'ai justement un leitre timbrée d'Aîx. . . nous allons entendre chanter vos iouaiiges. . . ALFRED , aQCC îaquîéiude.
Une lettre d' Aix ?
DUBRLUIL, la prenant et la décachetant.
Ah! ouï y c'est sa/is doute du professeur à qui je t'avais recommandé... il me rend compte probablement de tes examens.
ALFRED , à part.
Ah ! mon Dieu. Qiaut et vivement,) Mon oncle, je ne veux pas vous gêner, je m'en vais.
DUBREUIL
Un moment. . . puisque tu es en vacance. . .
* ALFRED
Non , je crains ...
DUBREUIL , ouvrant la lettre.
Attends au moins que j'aie lu cette lettre^ que je te donne tous les éloges que tu mérites. (// ///.) ALFRED, à part.
Je suis perdu !
DUBREUIL , se récriant. Ah ! par exemple ! . . .
FRANÇOIS, se Jrottant les mains.
Quand je vous disais qu'il vous étonnerait.
DUBREUIL , furieux.
Comment , monsieur , vous osez paraître devant moi ! . .
ALFRED
Mon oncle !
IFRANÇOIS.
Eh bien! qu'avez-vouS donc?
DUBREUIL
Ecoute, écoute ceci , c'est le professeur qui me répond !... « J^ai été fort surpris en recevant votre lettre*, mon cher » ami, je n'ai point entendu parler de votre neveu, (^'/hterrornpant.) Depuis sept mois qu'il est parti ! (il Ut.) « J'ai » interrogé tout le monde, enfin un de ses amis, un de » nos élèves, nommé Félix, m'a confié que M. Alfred s'é- » tait arrêté en chemin , pour une amourette. ))
FRANÇOIS, à part.
Aie ! aie! qu'est-ce que j'ai fait là ?
DUBREUIL, à son neoeu.
Quoi ! monsieur, voilà donc comme vous trompez votre oncle. . . négliger voire état. . .
ALFRED^ confus.
Mon oncle, si vous saviez. . .
DUBREUIL
Et pour une amourette , encore ! . . . ALFRED , Virement.
Ali ! mon oncle, quelle expression !. . c'est l'attachement le plus vif, le plus profond,
DUBREUIL
Diable!. . . il paraît que c'est sérieux ; eh bien ! écouîe, je suis plus indulgent que tu ne crois ! je suis même dans une situation à ne pas me montrer trop sévère pour ces sortes de choses-là. . . quand nous serons à Paris. . . si la jeune personne est digne de toi, je te la ferai épouser, en vous donnant la moitié de ma forlune.
ALFRED , lui sautant au cou.
Ah ! mon oncle !
DUBREUIL
Mais, pars sur-le champ. . . je suis ici pour une affaire que ta présence pourrait faire manquer. . . et si cela arrivait, je crois que j'en mQurrais de chagrin.
ALFRED, frappé de ce mot.
Que dites-vous ?
DUBREUIL
Va, va, mon ami, occupe-toi de ta belle. . .
ALFRED, à part.
11 en mourrait, (haut et tristement.^ Impossible, mon oncle.. . Une m'est plus permis d'y prétendre. . • un autre. . .
DUBREUIL
Ah! ah!
ALFRED
L'honneur m'ordonne d'y renoncer, et je saurai en faire le sacrifice.
DUBREUIL
Ah ! si rhonneur. . . c'est différent. . . mais tu me conteras tout cela à Paris ; va , mon ami , pars.
ALFRED
Oui , mon oncle.
PUBREUIL.
Surtout ne remets pas les pieds dans cette auberge.
ALFRED
Non j mon oncle.
DUBREUIL
Air : Vaudeville des Roses.
A partir siiï-Ie-champ d'ici , Pour plus d*un nijtif je t'iavite; Et te promets , mon ciier ami , De récompenser ta conduite.
Tu vas m'obéir?
ALFRED , contraint.
Avec grand plaisir ; {A part ) Mais elle saura, ce soir même,
Qu'à lui seul ^ ici ,
Je pouvais ainsi Céder celle que j'aime!..,
ENSEMBLE
DUBREUIL
A partir, etc.
ALFRED
A me congédier ainsi , Je sais le motif qui Tinvite.
Espérions que tous deux ici , Me sauront gré de ma conduite.
FRANÇOIS
A le congédiei ainSi ,
Je sais le motif qui Fin vite ;
Il craint que le jeune homaie, ici ^
Me désapprouve sa conduite
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( i8) SCÈNE IX.
DUBREUIL, FRANÇOIS
FRA^^ÇOIS, s"" essuyant les yeux»
Pauvre jeune homme! . . . il m'attendrit. . .
DUBREUIL
Moi aussi !. . . mais il a Lien fait de s'en aller. . . l'honneur lui ordonne d'y renoncer. . . je me doute bien de ce que c'est. . . la famille veut marier la jeune personne à quelqu'un qu'elle n'aime pas. . . un vieillard peut-être. . . il y a des parens si aveugles , si ridicules.
FRANÇOIS
On ne voit que ça.
DUBREUIL
Et voilà trois personne malheureuses pour la vie.
FRANÇOIS
Allons nous coucher, monsieur, je suis harassé. . .
DUBREUIL, distrait.
Oui. . . oui. . . écoute donc , François. . . je fais une réflexion , si Estelle était dans la même position ; tout à l'heure, quand elle est rentrée chez sa mère, elle avait le^ yeux rouges. . . elle avait pleuré.
FRANÇOIS
J'y avais déjà pensé.
DUBREUIL
Eh bien! îmbécille, pourquoi ne me le dis-tu pas ; il faut que j'éclaircisse cela , que je l'interroge.
FRANÇOIS
Demain matin, il sera bien temps.
DUBREUIL
Non , non , je ne pourrais pas dormir avec cette idée-là... et je vais. . .
FRANÇOIS , en colère.
C'est ça, vous allez passer une nuit blanche. . . Je ne
VOUS donne pas huit jours... vous mourrez de vos agitations^ et moi des contre-coups.
DUBREUIL , qui a été près de la porte. Chut. . . chut. . . voici justement sa mère ; va toujours préparer mes pantoufles, je te suis dans l'instant. -
FRAÎSÇOIS.
Allons, {à part.) Par exemple, si on m'attrappe à être amoureux passé huit heures du soir, il n'y a rien de hête comme ça. (// rentre dans sa chambre^ à gauche.)