CHAPITRE Vil
DIEU PARTOUT LE MONDK ET l'aME
Banks, le Humboldt de l'Angleterre, interrogé par le roi Georges sur ce qu'il avait vu de plus beau dans son voyage autour du monde : « C'est le Maître du monde! » répondit-il. Ainsi répond le vieillard, au terme du grand voyage de la vie : « Maintenant, je vois Dieu partout, » redisait Volta dans ses dernières années.
Il est partout dans l'univers, partout dans l'humanité, partout en moi et dans chacune des âmes sœurs de la mienne. Partout comme cause et auteur; partout comme règle et législateur; partout comme exemplaire et idéal supérieur. C'est l'océan; il enveloppe toute terre, il baigne tout rivage ; et, quel que soit le courant d'idées sur lequel s'embarque ma pejjsée, c'est à lui que tout aboutit, en lui que tout se termine.
J'ai regardé l'étoile qui brille au firmament. A la voix divine qui l'appelait des profondeurs des cieux, elle répondait : « Me voici! et elle lui faisait hommage de sa douce clarté >, comme dit le prophète.
J'ai regardé le ver luisant qui se cachait sous le brin dherbe, dans la nuit; et j'ai entendu sortir de là une humble parole qui disait : « C'est pour le Très- Haut que je luis. »
L'infiiiiment petit prononce le même nom que l'infmiment grand : la fleur du blé si fine n'est-elle pas faite de la même main qui a dessiné le feuillage du palmier?
C'est donc sur toutes ses gammes et avec tous ses jeux que l'orgue de la création chante ce nom divin. Mais à ce chant de la nature que de strophes nouvelles la science n'a-t-elle pas apportées aujourd'hui, à l'honneur du Créateur, dans de nouvelles et merveilleuses manifestations de ses attributs dans ses œuvres! C'est la joie de mon esprit de le reconnaître ainsi plus grand, plus adorable que jamais, comme c'est aujourd'hui pour mon âme une suprême douceur de le sentir plus présent, plus intime à ma vie, à mon coeur. Telle est, pour notre siècle de progrès et de science, l'éclatante révélation de la divinité, s'il sait ouvrir les yeux. Telle est pour ma vieillesse l'ineffable conversation qui en console et réjouit les heures sombres. Aux aveugles et aux ingrats. disons-en la lumière, et goûtons-en entre nous l'allégresse et le charme, mon frère.
N'est-il pas vrai d'abord que, de nos jours, la connaissance plus approfondie de l'Univers nous met plus que jamais en présence d'un Auteur plus puissant, plus sage, plus grand, plus divin enfin qu'il n'était connu de nos pères?
Je souris quand je me rappelle ce qu'enseignaient sur la formation du monde et du firmament en particulier les cosmogonies enfantines de la Grèce civi-
lisée : le globe roulant dans l'espace sur des rainures invisibles, les astres piqués comme des clous d'or sur une tapisserie d'azur, ou des flambeaux suspendus à la voûte des célestes palais. Et la grande nébuleuse stellaire : la voie lactée! Cependant déjj'i, pendant ce temps-là, Pythagore prêtait l'oreille A l'harmonie des sphères qui lui apportait le nom de Dieu. Et Platon ne disait-il pas que Dieu était géomètre?
C'est une bien autre géométrie que nous devions connaître; c'est une bien autre musique que nous devions entendre. « Sais-tu le chemin de la lumière, demande le Seigneur à Job, et l'étendue de son parcours jusqu'à nous? As-tu mesuré la dimension de la terre et l'ordonnance des cieux? Oii étais-tu quand je leur donnais leur mesure et leur place, quand j'assignais à la mer son lit et ses limites; et quand je faisais se lever les astres au soir des premiers jours? Si tu le sais, dis-le moi. »
— Eh bien oui. Seigneur, pourrions-nous répondre présentement à ce défi, nous savons quelque chose de ces secrets d'autrefois. Nous savons aujourd'hui que la lumière parcourt 77.000 lieues dans une seconde, et qu'elle nous arrive, en 8 minutes 16 secondes, du soleil qui est à 38 millions 230.000 lieues de notre terre. Nous savons, Seigneur, que la terre tourne à 500 lieues par heure, 30.000 mètres par minute, quatre-vingts, fois plus rapide qu'un boulet de canon. Nous savons que d'ailleurs tout est en mouvement et en travail continu dans ce vaste univers, comme dans un atelier mécanique actionné par une force invisible, une main qui ne connaît pas de repos : Pater meus semper operatur, dit le Seigneur.
Voilà l'univers d'aujourd'hui : abime incommensurable où s'entraînent entre eux des mondes qui roulent en un calme silence : ce silence qui glaçait d'épouvante la pensée de Pascal. « Silence partout, mouvement partout, grandeur de tout, ordre de tout, simplicité et unité, aisance et harmonie de tout. Et, dans ce mouvement de tout, pas une vibration d'atome, pas un battement d'aile d'insecte sur un seul point de ces mondes, qui n'ait sa répercussion sur l'immensité tout entière. »
Immensité, simplicité, unité, harmonie et vie : comme tout cela vous ressemble, ô mon Dieu!
Je me souviens du jour où le Cosmos d'Alexandre de Humboldt, qui venait d'être publié et traduit, 1860, me tomba sous les yeux. Ce me fut un tel ravissement d'admiration que je ne pouvais les en détacher. On m'en fit le reproche... Et pourtant c'était une lecture profondément religieuse que celle-là I
Numera stellas, si potes, dit le Seigneur à son serviteur Abraham; « compte les étoiles si tu peux ». Elles sont les lettres du nom de Dieu. Longtemps on ne fit que l'épeler. « Les anciens, écrit Malebranche, Entretiens sur la métaphysique et la Religion, les anciens croyaient s'avancer beaucoup en disant que le soleil était aussi grand que le Péloponèse; et voici qu'aujourd'hui les savants le déclarent un million plus grand que la terre. Ils comptaient au total 1.022 étoiles, aujourd'hui la science désespère de les nombre p. » Il y a trente ans, le catalogue de Bonner, publié de 1859 à 1886, portait le nombre
des étoiles à 457.847. A l'heure présente, la photographie en révèle plus de 400 millions. Dans cette immensité qu'est-ce que la terre, notre terre? Un grain de poussière qu'emporte dans son orbite notre soleil à nous, emporté lui-même par d'autres systèmes de soleils, flottes sans nombre, naviguant de concert sur un océan dont jamais la pensée ne connaîtra les rivages, et qui ensemble s'enfuient vers des buts mystérieux qui reculent toujours.
Quel spectacle 1 Et comment penser à le traduire, Quand c'est à peine, hélas! si nous pouvons le lire. Ce livre où chaque page inscrit en traits de feu : « Impuissance de l'homme, et puissance de Dieu! »
Puissance de Dieu, viens- je de dire? mais aussi infinie sagesse et souveraine intelligence de Dieu, une révélation plus profonde nous en est faite, non plus par le spectacle extérieur du monde, mais par la pénétration interne des lois qui le régissent et qui ont présidé à sa formation. Car c'est de nos jours plus que jamais que, nous introduisant, pour ainsi dire, dans son laboratoire, nous initiant à ses calculs, nous déroulant son plan général, Dieu a livré à notre admiration les plus intimes secrets non seulement du gouvernement de l'univers, mais de sa fabrication et constitution. Grâce à la science moderne, nous assistons à la formation de notre système planétaire; nous déterminons les mouvements et la figure des corps célestes, nous en analysons la composition, nous en pesons la densité, nous en mesurons les distances respectives. Le spectroscope est venu à l'aide de la photographie, comme la photographie était
venue à l'aide du télescope. Il y a aujourd'hui non plus seulement la géométrie et la mécanique céleste, mais la physique céleste, la chimie céleste, toutes les sciences n'en faisant qu'une de laquelle les lois sont applicables à l'œuvre tout entière de celui qui est le « Créateur du ciel et de la terre, des choses visibles et invisibles », dit le Credo.
« Créateur du ciel et de la terre », répond en effet M. Faye, le grand géomètre, directeur de l'Observatoire de Paris. Il avait repris les calculs astronomiques de Laplace; et il en avait corrigé les erreurs et complété le système. Mais la plus grande erreur de Laplace avait été l'oubli coupable que sa Mécanique céleste avait fait du Mécanicien suprême. M. Faye, lui, comme Tycho-Brahé, comme Kepler, comme Newton, comme Galilée, s'incline devant le Créateur. Et c'est une sorte d'amende honorable de la science mieux informée que cette dernière et forte page de son Origine du monde : « Nous contemplons, écrit-il, nous connaissons, du moins dans sa forme immédiatement saisissable, ce monde qui, lui, ne connaît rien. Ainsi, il y a autre chose que notre propre corps, autre chose que ces astres splendides : il y a l'intelligence et la pensée. Et, comme notre intelligence ne s'est pas faite ellemême, il doit exister dans le monde une Intelligence supérieure d'où la nôtre dérive. Dès lors, plus l'idée que l'on se fera de cette intelligence sera grande, plus elle approchera de la vérité. Nous ne risquons donc pas de nous tromper en le considérant comme l'Auteur de toutes choses, et en rapportant à elle ces splendeurs célestes qui émerveillent notre pensée. Et nous voilà ainsi tout préparés à comprendre et à
accepter la formule traditionnelle : Dieu, Père toutpuissant, créateur du ciel et de la terre. »
Magnus in jnagnis, maximus in minimis : grand dans ses grandes œuvres, Dieu ne se montre-t-il pas plus grand encore dans ses petites? Parlons de l'infiniment petit après l'infininient grand. C'est maintenant le microscope qui, comme tout à l'heure le télescope, nous fera lire ici le nom de Dieu. Et ce nom s'est fait plus lisible aujourd'hui que jamais.
Je me souviens que, dans nos classes, pour nous donner un aperçu de l'infiniment petit, dans le règne animal et végétal, on nous faisait lire « le fraisier » des Études de la nature, avec la cité de milliers de locataires imperceptibles qu'y relève Bernardin de Saint-Pierre. Regardez à présent au microscope cette légère tache de moisissure : c'est une foi et! Chaque arbre y a ses racines, ses branches, ses feuilles, ses fleurs, avec leurs organes, leurs tissus, leurs canaux, comme celles du chêne ou du palmier. Qui a fait cela innombrablement si fin, si beau, si juste, si apte à sa fonction propre : « Je ne sais pas comment sont faits les autres hommes, dit le Tailleur de pierre de Lamartine. Quant à moi, je ne puis voir, je ne dis pas une étoile, mais seulement une fourmi, une feuille d'arbre, un grain de sable, sans lui dire : Qui est-ce qui t'a fait? » — « Dieu c'estï Invisible évident », disait Victor Hugo.
Dans le règne animal, autrefois l'infiniment petit s'arrêtait au ciron. Aujourd'hui, avez-vous fini de compter combien d'animalcules grouillent dans une goutte d'eau? Et chacun avec ses organes complets de respiration, de nutrition, de translation, de repro-
duction? OÙ donc s'arrête la vie? Quelque ing-énieur sait-il le nombre de milliers de fils et de fibiines qui font mouvoir cet aéroplane savant qui s'appelle un coléoptère; ou le sous-marin perfectionné, qui est un goujon? On demande le nom de l'Inventeur.
De là descendons, s'il vous plait, jusqu'aux extrêmes manifestations de la vie cellulaire, jusqu'aux derniers organismes de la matière vivante, jusqu'aux limites les plus absconses de ce monde moléculaire se résolvant lui-même en atomes dont une tête d'épingle contiendrait des milliards. Et voyons-les, s'il se peut, entraînés vers leur centre par des vibrations constantes, formant autant de petits mondes régis par les mêmes lois que le monde de nos grands cieux. Il existe aujourd'hui une véritable astronomie du monde atomique. Saluez en l'Auteur, et redites avec Metterlinck : « L'atome lui-même est un produit manufacturé qui porte sa marque de fabrique divine. »
Une telle étude donne le vertige. Elle donne surtout l'impression delà divinité, irrésistiblement. Cette impression religieuse, il y a bien longtemps que le Père Faber, de l'Oratoire anglais de Saint-Philippe de Néri, me la communiquait dans une page alors récente, que je transcrivis. Je la retrouve : « Sans avoir, écrit -il, des connaissances plus élevées que celles qu'on peut puiser dans les manuels populaires sur les différentes branches de la science, il semblerait, lorsque l'on vient à étudier les affinités chimiques, la doctrine des fluides impondérables, celle des atomes, les objections qu'y a faites et les modifications qu'elle a subies, surtout la théorie deBoscovich qui fait consister la matière non point dans des mo-
léculos solides, mais dans des forces centrales maUiématiques, il semblerait, dis-je, qu'on descend dans les laboratoires de la création. On s'attend à chaque instant à surprendre Dieu à l'œuvre, tant ces considérations etrévélalions nous paraissent nous rapprocher de l'état primitif des choses, et nous amener pour ainsi dire aux limites du vide. J'avoue, pour ma part, que j'ai souvent presque tremblé, que je n'ai pu me défendre d'un sentiment moitié d'effroi, moitié de curiosité, à la lecture de certaines découvertes qui plongent dans les dernières profondeurs de l'être. On reconnaît alors la présence de Dieu. On la sent à ce frémissement involontaire, à ce battement du cœur qui trahit chez nous l'approche de quelqu'un que nous aimons. Pour un esprit religieux, la science est chose éminemment religieuse. »
Du laboratoire passons donc à notre oratoire, mon frère. Et, avec le psalmiste inspiré, chantons : « 0 Dieu, ô Seigneur, que ta science admirable est audessus de la mienne! Et où donc irais-je, ô Dieu, pour me dérober à ton esprit et me cacher à ta face? Je monte aux cieux, tu y es; je descends au sheol, je t'y retrouve encore... ^Merveilleuses sont partout tes œuvres; et c'est un bonheur d'y reconnaître ta main! » (Ps. cxxxvin.)
Une pensée, mon frère : Je voudrais que chaque grande découverte scientifique, que chaque grande invention honorable ou profitable à l'humanité inscrivit publiquement à son front le nom de Dieu.
Ce nom divin, prononcez-le dans l'adoration et l'action de grAces, forces de la nature, captées par l'industrie, et attelées, si je puis dire, au service royal
de l'homme. Chevaux-vapeur, portez-le dans vos usines, dans vos raihvaysousur vos navires, d'un bout à l'autre de la terre et des mers! Aérostats, faites-le planer au plus haut des airs! Écrivez-le partout, gaz, électricité, en traits de feu et de lumière! La grande industrie sert Dieu, comme la science géniale professe Dieu. Et que ce nom soit le premier que les continents, enfin réunis par elle, se redisent l'un à l'autre, en se rencontrant pour la première fois!
Il y a cinquante-deux ans, le 5 août 1858,1e câble sous-marin ayant été immergé dans l'Atlantique sur un fond de 2 millions 22.000 milles, le poste d'Amérique reçut, à l'extrémité sud de la Baie de la Trinité, dans l'île de Terre-Neuve, le télégramme suivant que lui câblait d'Irlande le poste de Valentia, comté de Kerry : Gloire à Dieu au plus haut des deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté l Europe et Amérique réunies'^. Il n'y avait pas eu de jour plus grand pour les deux mondes, depuis celui où Christophe Colomb atterrissait sur le nouveau, et y entonnait le Te Deum, à genoux devant la croix.
N'est-il pas vrai, mon frère, que le siècle à qui le Dieu du ciel et de la terre a manifesté plus qu'à tout autre les merveilles de sa puissance et multiplié les dons de sa munificence, devrait être à la fois le plus croyant et le plus aimant des siècles? En sommesnous là aujourd'hui?
1. Le même jour, de son coté, le vieux capitaine du Niagara, un des deux navires qui avaient transporté le câble, M. HuJson, annonçait ainsi son succès à sa famille : « Dieu a été avec nous. Le câble « télégraphique a été déposé sans accident. C'est à Dieu qu'en revient « la gloire 1 u
La grande Exposition anglaise du Cristal Palace portait de môme sur sa porte d'entrée : Gloria in excelsis Deo.
A la fin de sa onzième leçon sur la civilisation au V« siècle, Frédéric Ozanam dit: « Dante, arrivé au sommet du Paradis, voit Dieu tel qu'un point mathématique autour duquel roulent et évoluent les cieux, Da quel piinlo Dipende il cielo e lutta la natiira. » Puis il ajoute : « L'idée de Dieu est ce point auquel est suspendu tout le ciel de nos pensées, de notre nature, de nos éducations, toute la société, toute la civilisation chrétienne. Tant qu'on n'aura pas ébranlé ce point, tant qu'on n'aura pas touché à cette idée de Dieu, je n'ai pas peur pour cette civilisation. »
Mais aujourd'hui n'a-t-on pas touché témérairement à cette idée, et ébranlé ce point au ciel de la pensée humaine? Hélas! à l'heure qu'il est, l'athéisme nous envahit, niant tout, oubliant tout, fermant les yeux à tout. Et l'impression qu'il nous fait peut se rendre d'un seul mot : c'est celle du vide. On a devant soi la vertigineuse impression de l'abîme.
Abîme de ténèbres. On ne comprend plus rien de rien: rien du monde, rien de l'homme, rien de la vie : c'est le chaos, c'est la nuit. Mon soleil est tombé des cieux. Je ne vois plus rien de stable en moi ni autour de moi; plus de* certitude à ma pensée, plus d'enchaînement à mes idées, plus de but supérieur à mes élans. Et, autour de moi, la cause de rien, la raison d'être de rien, le dernier mot de rien. Le monde n'est plus qu'un jeu d'ombres, l'existence un rêve, l'histoire un scandale, la vérité un mirage, la vertu une folie, l'humanité un tourbillon d'atomes
ItO DIEU PARTOUT.
roulant indéfiniment dans les espaces du temps, emportés par un mouvement qui n'eut pas de moteur, comme il n'a pas de but. Et l'homme : le dernier produit d'une vaste fermentation éternellement bouillonnante, au sein de cette cuve sans fond et sans bord qui s'appelle la nature. Carbone, oxygène, tu es mon père ; Pourriture tu es ma mère ; Vers, vous êtes mes héritiers et mes frères !
Abîme de douleur et de tristesse aussi. Il y a une %'ingtaine d'années, j'en trouvai la poignante perspective prochaine, et déjà le frisson, dans ces lignes d'un jeune philosophe d'alors :
« L'athéisme a commencé son œuvre, dit-il, et va détruire lentement, les uns après les autres, nos pensées, nos habitudes, nos principes, nos désirs, nos émotions. Il détruit et ne remplace pas. Il est négatif , il est le nom de l'impuissance à comprendre et à expliquer, à croire et à. agir. Cependant, il n'a pas encore mis la main sur un seul principe qui ait obtenu l'assentiment de deux hommes. Il n'a pas encore trouvé la première pierre de la construction nouvelle, ni arrêté l'emplacement, ni enlevé une pelletée de terre pour la placer. On le voit bien creuser profondément, mais c'est pour enterrer tout ce que nous aimons.
« Il viendra donc, ce temps nouveau. Et quelle angoisse ce sera quand nos vieilles idées du bien et du beau s'effaceront, quand la lumière qui éclaire touthomme venant en ce monde, après s'être abaissée insensible' ment, s'éteindra! Il y aura un malaise, comme au soir quand l'ombre s'épaissit, et que la solitude serre le cœur. Mais non, ce ne sera pas le soir, puis la nuit, car la nuit a des étoiles et un lendemain. Ce ne sera pas l'automne, puis l'hiver, car les feuilles
jaunes qui tombent laissent voir les bourgeons des feuilles vertes du printemps. Quand Dieu sera parti, il n'y aura plus que le vide : un vide plus grand que celui qu'on retrouve à la maison lorsque, après avoir conduit un être chéri au cimetière, on ouvre sa porte et que personne ne vous attend. L'o])jet ainsi disparu, l'amour reste. Mais quand l'amour lui-môme nous aura quitté, qui nous consolera^? »
Eh bien, non; et j'aime mieux croire aux pronostics de la réaction spiritutTliste, théiste, créationiste, finaliste, que l'on me signalait hier dans les hautes régions de l'ifttellectualisme. « Tout ce qui pouvait être dit contre Dieu l'a été ou à peu près, à la faveur des incertitudes d'une science encore balbutiante. Le matérialisme et le mécanisme, qui perdent du terrain tous les jours, en perdront encore. Et vous verrez que les aversions obstinées et les préjugés indignes de la haute science contre l'existence de Dieu, devront laisser le champ libre à la grande interprétation théiste et finaliste, si simple, si naturelle, soulageant à la fois la haute raison et le bon sens. La preuve des causes finales est inébranlable comme les cathédrales, et sublime comme elles. Constamment de nouvelles harmonies se révèlent. Un magnifique mouvement, qui n'en est encore qu'à son premier branle, ramènera bientôt, nous en avons la conviction, la généralité des hommes de science à ces thèses concluantes. Une revue et une étude attentive des ouvrages scientifiques, à l'heure actuelle, est réconfortante à cet égard. En dépit de la poussée extérieure contre l'idée religieuse, on a la sensation de remonter un cou-