L'APPROCHE PRÉLUDES ET PRÉPARATION
Quoil déjà le déclin, et bientôt la fin, le terme? Et tout à l'heure, c'était encore le matin, le départ !
( Quel torrent que la vie ! Que ses flots se précipitent ! Que de débris dans son cours ; et que ses eaux disparaissent promptement ! Et sa trace est une place vide, comme le lit du torrent desséché, »
Ce déclin, je le reconnais depuis longtemps au rétrécissement progressif de toute ma vie du corps. Ralentissement du mouvement, obscurcissement de !a vue, endurcissement de l'ouïe, engourdissement de tous les sens : l'investissement se resserre; l'ombre, le silence, le froid enveloppent la place. Le cercle de la vie ne sera bientôt plus qu'un point; et ce point final une tombe.
La tête tient bon encore, ou à peu près. C'est la citadelle qui refuse de se rendre. Mais cet^e « Intelligence servie par des organes », que pourra-t-elle, du moment où tous ses serviteurs refuseront obstinément de la servir? Déjà je sens entre elle et eux
ses L'APPROCHE.
des tiraillements, prélude de la scission. C'est fatal. Aussi bien la vie tout entière est-elle autre chose qu'une maladie mortelle ; et n'est-il pas vrai que, tous tant que nous sommes, nous sommes des condamnés à mort, avec plus ou moins de sursis? Qu'en pensez-vous, mon frère?
— Je pense que rien n'est plus vrai. Mais je remarque que, si tous croient à la mort quand on leur parle d'elle en s'adressant à tous en général et collectivement, par contre personne n'y croit plus dès que vous en parlez à chacun pour son compte personnel, individuellement.
C'est ce fait d'expérience que Xavier de Maistre met en un vif relief, dans cette page suggestive de son Expédilion nocturne : « Je mourrai donc un jour ?... — Comment! Je mourrai, moi qui parle, moi qui me sens, moi qui me touche, je pourrai mourir?... J'ai quelque peine à le croire. Car enfin, que les autres meurent, rien n'est plus naturel ; on voit cela tous les jours; on les voit passer; on s'y habitue. Mais mourir soi-même! Mourir en personne, c'est un peu fort. » — Xavier de Maistre ajoute : « Et vous, messieurs, qui prenez ces réflexions pour du galimatias, apprenez que telle est la manière de penser de tout le monde, et la vôtre à vous-mêmes. Personne ne songe à mourir. S'il existait une race d'hommes immortels, l'idée de la mort les effraierait plus que nous. )'
Personne ne songe à mourir ; de plus chacun se fait un cruel devoir de détourner les autres, surtout les vieillards, d'y penser. Nous les connaissons, mon frère, ces trop aimables flatteurs, qui croient nous servir en mentant. Nous prennent-ils pour des enfants quand ils