‹ Le vieillardChapitre 37 sur 104 · LES PRÉLUDES · texte numérisé non relu

LES PRÉLUDES

viennent nous dire sérieusement, à nous pauvres roseaux tremblants, que nous sommes toujours le chêne, robur!

Et l'on aime à le voir, couronné de verdure, Frais, et comme sortant des mains delà nature.

Il faut avouer aussi qu'en cela notre amour-propre se fait facilement le complice de l'adulation. La vérité est qu'on ne se croit vieux qu'A l'ûge qu'on aura, non A celui qu'on a. Et c'est ainsi que le vieillard, que le malade, se laissera endormir jusqu' au bord du gouffre, bercé de la pensée qu'il en est encore loin, jusqu'à ce que le malheureux y soit précipité tout d'un coup, sans s'être douté où il est et sans savoir ce qu'il fait. « Car enfin, n'est-ce pas ainsi qu'on a coutume d'ensevelir ceux que l'on aime?» se demande le Père Gratry. Et il ajoute : « L'homme est-il donc un être trop lâche, trop faible , pour voir la mort en face? N'est-il pas au contraire cette créature généreuse et sublime, la seule qui sache et puisse mourir avec conscience et liberté? »

Mon frère, convenons entre nous d'une chose : Nous qui nous aimons vraiment, nous nous avertirons, nous nous préviendrons l'un l'autre de la proximité de la fin, nous montrant le grand but, et y marchant le cœur haut, en nous donnant la main.

La vérité vraie, la voici : non seulement nous mourrons, mais nous mourrons bientôt. La moyenne commune de la vie est de trente-neuf ans huit mois. Il y a beau temps que, nous vieillards, nous l'avons dépassée. A soixante-dix ans, la vie moyenne n'est plus que de huit ans et quelques mois; à quatrevingts ans, de quaîre ans et demi... à quatre-vingt-

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