‹ Le vieillardChapitre 42 sur 104 · V. M. Tiiureau-Dangin, Le Cardinal Manning. Correspondant · texte numérisé non relu

V. M. Tiiureau-Dangin, Le Cardinal Manning. Correspondant

•iulO mars 1906, p. 864.

voyez les intentions. Il n'y a loin de la religion que ceux qui s'en éloignent. Tous ceux qui s'en rapprochent en sont près, à quelque distance qu'ils soient du but. »

Vie meilleure, vie de plus grande bonté et charité, ai-je dit. Mais aussi vie de plus délicate pureté, pureté en tout, pureté de corps, de conscience et de cœur. « Oh! qui me délivrera de ce corps de mort? » s'écriait saint Paul, sous les soufflets que lui infligeait l'aiguillou de la chair, par les mains de Satan ! Et voilà que, ce corps, il le réduit en servitude jusqu'à ce qu'il ait non seulement émoussé, mais extirpé cet aiguillon des sens, dût la mort s'ensuivre. C'est proprement le travail de la mortiflcation. Mais c'est de cette mort même que naît la vie de l'esprit; s'il est vrai que monter ainsi, c'est se spiritualiser.

Sur cette vie nouvelle, à laquelle l'Évangile convie notre vieillesse, prêtez donc l'oreille, je vous prie, ;\ l'entretien du soir qu'avait demandé à Jésus un grand docteur d'Israël. « En vérité, en vérité, je vous le dis, nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit saint », dit le divin Maître. Renaître dans l'eau, c'est bien se purifier, laver les impuretés de sa vie, de sa pensée, de son cœur, dans un baptême de larmes. Et renaître de l'Esprit, c'est bien prendre un nouvel et meilleur esprit, se faire une nouvelle âme, dégagée de l'erreur et décrassée du péché.

Mais est-ce que j'ai dit vrai? Est-ce que cela nous regarde, et est-ce bien le vieillard qui peut, qui doit ainsi renaître, pour refaire en lui l'homme nouveau? Ce fut exactement l'objection de Nicodème à

Jésus, comme c'est votre question, mon frère : « L'homme, quand il est vieux, peut-il se rajeunir en redevenant enfant? » A quoi Jésus répond que telle est la vérité, et qu'il s'y tient absolument : « Ne vous étonnez pas de ce que je vous aie dit : « En vérité, il faut que vous renaissiez ! »

Puisque c'est de nous qu'il s'agit, hâtons-nous donc, il en est temps, d'achever en nous la définitive victoire de l'homme spirituel sur l'homme charnel; nous conformant, nous vieillards, à cette vive et for le maxime de saint François de Sales : « Il faut commencer de vivre ici-bas, comme si nous avions déjà le corps au tombeau et l'âme au ciel! »

En somme, je me représente la vieillesse comme un état de suprême perfection. Miroir de justice, fleur de délicatesse, vase d'honneur : le vieillard serait cet homme élevé par la vie et le travail des années à cette suprême pureté et dignité d'une conscience jalouse, qui s'effraie d'une ombre et s'indigne d'une tache : (( 0 conscience digne et pure, comme une petite faute te devient une morsure cruelle! » s'est écrié i'i4//z5simo poeta^.

Pour cela qu'il y faut faire bonne garde, mon frère ! Je lis dans les papiers intimes d'un officier chrétien, en deuil récent d'une inoubliable épouse : « Et maintenant que faire seul, le soir, dans cette chambre à coucher où je vois toujours un cercueil? Autrefois, à cette même heure, quand nos enfants étaient endormis, nous trouvions pour nous deux des heures de sérénité douce, de repos pieux, d'ineffable paix! Nous bénissions Dieu de notre union et de ses intarissa-

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