‹ Le vieillardChapitre 49 sur 104 · SOUFFRANCE ET AMOUR · texte numérisé non relu

SOUFFRANCE ET AMOUR

l'Évèque combattait cette désespérance : « Oh! Dieu sait bien que je ne désire vivre que pour le servir, et mourir que pour le rencontrer. » J'ai déjà cité, je crois, celte grande parole! C'était son oblation.

Parlons de Berryer mortellement atteint. C'est une autre sorte de grandeur, mais pareillement de grandeur chrétienne. Il sourit à la maladie qui lui parle de Dieu et le conduit à Dieu. Arrivé à son château d'Augerville, près Malesherbes : « Je suis enfin chez moi, » crie-t-il. Et devant les portraits de son père et de sa mère, tendant ses bras vers leurs figures muettes : « Mon père ! ma mère ! » et il s'évanouit. Il avait alors soixante-dix-neuf ans. Il venait là pour mourir. Ses jambes ne pouvaient plus le porter: mais son cœur avait gardé tout son élan des grands jours vers les choses éternelles. Il avait dit au Père de Pontlevoy : u Je ne crains ni ne désire la mort ■ mais je sens que la maladie est un don du ciel : elle rapproche les cœurs, eu nous rapprochant de Dieu. » Enfin à son médecin : « Cher Nelaton, faites-moi vivre, que je puisse voir le bonheur de la France ! » Le docteur branla la tête. Et lui : « Je vous comprends, merci! Que la volonté de Dieu soit faite! » C'était son oblation. Nous le retrouverons à son lit de moi t.

Voici une moins grande figure sans doute, mais quand même une noble et fière figure de soldat et de Il gentilhomme d'autrefois ». C'était presque hier que nous était enlevé, à soixante-quatorze ans, le Marqui.^ Costa de Beauregard, de l'Acadcmie française. U était prêt, il s'était dit par écrit : « Anticipons sur l'instant solennel où nous achèverons de mourir. » Cette anticipation de la mort fut pour lui une donalion absolue de sa vie : « Seigneur, écrivit-il, de bon cceur

et de plein eré, j'accepte dès maintenant de votre main, avec toutes ses peines et ses douleurs, le genre de mort qu'il vous plaira de me réserver. » Puisée sont des « abaissements dans le sentiment de sa misère, de son néant »; des actes d'amour à Celui qui est « son tout et sa richesse » ; puis des remerciements pour « ses rigueurs miséricordieuses » : « 0 mon Dieu, soyez béni quand vous m'éprouvez; j'aime à être détruit, brisé par vous, pour ne plus vivre que de vous! »

Et, quand vint cette heure de la destruction, février 190n, ne pouvant plus sortir, il fit placer son lit près de la fenêtre, en face de son église paroissiale de Saint-François-Xavier, laissant aller son âme comme son regard vers l'autel de Celui qui a dit le premier : « On ne m'arrache pas ma vie, c'est de moi-même que je la dépose et que je la donne! »

Ne nous laisserons-nous pas, mon frère, suggestionner par ces exemples, soulever par ces élans? Aussi bien, un autre et plus grand Modèle viendra nous tendre la main. Voici son divin secours : les derniers sacrements, l'Absolution, la Communion ou viatique, TExtrême-Onction : autant de réponses du cœur de Dieu à l'oblation de l'homme.

L'Absolution est la réponse de la miséricorde à l'humble, pleine et sincère confession de nos péchés. ;< Nous mourons tous insolvables, écrit un profane, et l'on frissonne à la pensée d'un jugement pour lequel on n'est pas prêt, comme s'il fallait paraître nu. On voudrait se cacher, se baigner dans le Léthé

Page 1