‹ Le vieillardChapitre 55 sur 104 · L' « IN M ANUS · texte numérisé non relu

L' « IN M ANUS

être si près du paradis, et n'y point entrer : ce serait trop malheureux! »

Un souvenir aussi au grand triumvirat des Cardinaux anglais, Wiseman, Newman, Manning.

Le premier, Wiseman, près de mourir, ne prononçait plus que des phrases inachevées, mais toutes célestes, telles que celle-ci : « Elan à travers les anges, dans le sein de Dieu ! »

Newman : « Je termine ma longue vie en déclarant que Dieu ne m'a jamais failli. In te Domine spcravi. » Il se fit chanter l'hymne du Père Faber : The eternal ycars. « C'est comme un reflet de l'éternelle lumière, disait-il. Beata pacis visio! » Et il s'éteignit doucement, Il août 1890.

Enfin. Manning : a Mon àme se remplit déjà de la beauté du monde d'outre-tombe ! Que je cotnprendï le désir qu'avait saint Paul de partir! Partons ! )i

Ces noms de Faber, de Wiseman me rappellent celui du duc de Norfolk leur ami, mort sous leur bénédiction le 25 novembre 1861 : La tête appuyée t^ur l'épaule de sa chère et pieuse compagne, il lui disait : « Je m'endors dans les plaies de Jésus crucifié, c'est là que je vous retrouverai pour l'éternité. Jésus, Marie! » Ces deux noms étaient les derniers qu'avaient prononcés, dans un cachot de la Tour de Londres, son dixième aïeul, Philippe Howard, comte d'Arundal, le martyr.

Mais, mon frère, dites-moi, quel est donc le mystère de transformation qui, jusque dans les bras do la mort, change ses étreintes en caresses, la soiitiVance

en allégresse, et les cris de douleur en élans d'enthousiasme et d'amour? C'est l'union amoureuse de la douleur humaine à la souffrance de Jésus mort par amour pour nous. Dès lors, la croix ne pèse plus : on la partage avec lui, le tout-aimant, le bien-aimé.

Comme le noble Anglais que nous venons de nommer, le Père de Ravignan, la veille de sa mort, s'est écrié : « C'est aujourd'hui la fête des Cinq Plaies de Jésus. 0 la belle porte que celle-là pour entrer dans le ciel! » — La célèbre et héroïque sœur Rosalie, sur son lit d'agonie, comptait pareillement ses plaies par celles de Jésus en croix. — Et le Père Lelièvre, devant le crucifix qu'il avait fait placer en face de lui : u Quand on a devant soi la croix de Notre-Seigneur, on porte aisément la sienne. Broyez-moi avec votre croix, ô Jésus! » Jusqu'à la fin, on l'entendit qui lui disait de ses lèvres murmurantes : « 0 Jésus, ô mon Époux d'amour! »

Vin manus a un accent plus enflammé encore sur les lèvres des femmes chrétiennes. Que j'en pourrais citer, de ces filles de Dieu, pour qui la mort fut vraiment, comme s'exprimait l'une d'elles, « le saut joyeux de l'enfant dans les bras de son père » ! Avezvous lu, par exemple, les célestes envolées qui nous sont racontées dans le Récit dune sœur?

Et il en est ainsi partout, dans l'Église universelle. C'est aux Etats-Unis qu'on entendait une protestante convertie, une sainte veuve, l'admirable mère Elisabeth Seton, fondatrice des Filles de la Charité, prendre ainsi congé de sa communauté de Emmettsburg : u Je ne souffre pas; je suis faible. Oh! si c'est là le chemin qui mène à la mort, rien de si paisible et de plus doux... En vérité, Celui qui est notre Tout

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