LE PURGATOIRE
Tel est le cri de l'Église, sa supplique de mère.
Mémento! C'était aussi, 6 Jésus crucifié, la prière, le cri, qu'à la première et sanglante Messe du Calvaire, le pécheur repentant qui souffrait à vos côtés poussait vers vous, de ce purgatoire de sa croix : « Souvenez-vous de moi quand vous serez dans votre royaume ! » Et vous, ô divin Roi, de ce trône d'où vous avez attiré tout à vous, vous lui répondiez : u Aujourd'hui tu seras avec moi en Paradis. »
Oui., le Paradis, Seigneur, le Paradis avec vous; le Paradis avec eux, avec eux tous et elles toutes! Le Paradis pour tous ceux qui souffrent et qui reposent en vous, ô Christ Jésus! » Le Paradis pour toujours : Pie Jesii Domine, doua eis requiem sempiternam !
Avez-vous remarqué, mon frère, combien la dévotion aux âmes du Purgatoire s'est développée de nos jours? Elle a créé des merveilles. Vous vous souvenez, sans doute, de cet ordre antique de la Merci que des saints avaient fondé, au xv* et au xvi" siècle, pour le rachat des captifs chrétiens sur les côtes Barbaresques. Voici que, dans ces derniers temps, nous avons vu naître, en France, une Merci d'une autre sorte : la Merci des âmes du Purgatoire. Un ordre religieux est né, bien autrement nombreux et florissant que l'autre, né de la compassion et de la religion des pieuses Auxiliatrices de ces âmes souffrantes. Arbre de bénédiction qui plonge ses racines dans le fond des abîmes de la mort, mais qui porte ses fruits de salut jusqu'au ciel. Il étend aujourd'hui ses branches jusque dans l'Extrême-Orient. Nous l'avons vu naître ici, chez nous, de nos jours, à nos portes, à quelques pas de Lille. Pouvais-je l'oublier, mon frère?
L'Enfer, le dogme de I'Enfer : regardons-le en face. Il ne faut pas craindre d'y penser; il faut craindre d'y tomber. Aussi bien y penser, c'est se précautionner contre lui; et méditer sur lui c'est méditer sur la justice de Dieu, à qui soit gloire universellement et éternellement !
Le nom de l'Enfer remet aussitôt en pensée la célèbre inscription que Dante, le poète théologien, a lue, écrite en noir, au-dessus de la porte de son Inferno. « Par moi l'on va dans la cité des pleurs — Par moi l'on va dans l'éternelle douleur — Je fus créé par la divine puissance — avec la divine sagesse et le premier amour — Je fus avant toute œuvre mortelle — Et ma durée est éternelle. — Laissez toute espérance, vous qui entrez ici^! »
Ces trois tercets disent tout. Us laissent donc peu à dire, mais beaucoup à réfléchir. Je n'en relèverai que trois mots.
Oui, Dante a dit vrai; l'Enfer est bien d'abord une œuvre de justice. C'est justice que l'homme qui a choisi le mal l'expie dans le malheur ; c'est justice