Per me si va nella cita dolente
Per me si va nelf elerno dolore, Per me si va tra la perduta gente
Guistizia mosse il mio alto Faltore
Facemi la divina Potestate
La somma Sapienza e il primo Amo:e
Dinanzi a me non fur cose create Se non eterne, ed io elerno duro :
Lasciala ogni speranza, voi ch'intrate.
Inferno, Canto III, 1-3.
LETERMIÉ, L'ENFER. 499
qu'ayant fait le mal obstinément, il soit laissé à son malheur irrémédiablement. C'est justice que, étant expiré le temps de l'épreuve et de la liberté, l'arrêt, avec la sanction qui en était le terme stipulé, connu, accepté, devienne irrévocable pour toute l'éternité. L'heure est sonnée , la course achevée, le champ fermé, le prix perdu. C'est à jamais fini.
Oui, Dante a dit vrai : l'Enfer est l'œuvre de la sagesse. Il est sage comme il est juste que la même éternité qui récompense les bons soit également la durée du châtiment des méchants. Un ciel étoinel appelle un enfer éternel. Éternité d'un côté, éternité de l'autre : ainsi l'ordre est rétabli, l'équité est satisfaite. Les deux plateaux de la balance sont en équilibre stable, et conséquemment immuable, pour l'éternité.
Mais quoi! Dante ne dit-il pas que l'enfer est aussi une création de f amour? Où est l'amour ici? Oui, et Dante dit vrai : Création de l'amour premier, explique-t-il, il primo amore, et par là il faut entendre cet amour prévenant, antécédent, qui avait fait toutes les avances à cet homme méchant qui les a repoussées jusqu'à la dernière heure. Alors Dieu s'est retiré; puisqu'on ne veut pas de lui : « Je t'offrais mon amour; libre, tu as préféré vivre et mourir dans ma haine. Tu l'as choisie, je t'y laisse. Tu m'as haï jusqu'à ta fin, tu me haïras sans fin. »
Car la damnation c'est cela : la privation, la perte, damnum, de Dieu possédé et aimé. Sainte Thérèse le disait de Satan : « Le malheureux! il n'aimera jamais Dieu ! » Or, cette privation, cette perte n'est imputable qu'au damné. L'amour outragé ne se retire que lorsque obstinément on ne veut pas de lui. Dieu c'est
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la vie; l'absence de Dieu, ou l'Enfer, est appelée par l'Évang-ile du nom de mort éternelle. « Celui qui n'aime pas demeure dans la mort », dit saint Jean. Mais encore une fois, cette mort, c'est l'homme luimême qui l'a faite. La mort éternelle est le fait d'un suicide, mon frère.
« Aux âmes que trouble ce dogme, écrit M*' d'Hulst, comment répondre sinon par le conseil de se jeter dans l'amour? Je ne puis changer un iota à l'Évangile où l'enfer tient tant de place, mais où l'amour tient toute la place. Il reste que nous nous en rapportions à l'amour pour se mettre d'accord avec la justice, et il a des moyens infinis pour le faire. Laissons-le faire. Aussi bien comprenons qu'il importe à l'homme, si faible contre lui-même, de n'être pas privé du secours que la crainte apporte à la fidélité chancelante. Que de croyants ne devront leur salut qu'à leur foi dans l'enfer! »
M"" d'Hulst a raison : « Nous ne pouvons rien changer à l'Évangile où l'enfer tient tant de place. » Ils n'y changeront donc rien, ces grands imaginatifs de l'évolutionnisme, qui, dans de brillants poèmes astronomiques, Terre et ciel de Jean Renaud, Terres célestes de Flammarion, rajeunissant pour notre âge les transmigrations des anciennes philosophies helléniques, semblent y avoir cherché une échappatoire au dogme terrifiant de notre immobile et sévère éternité. Des romans à la Jules Verne prétendentils à remplacer les révélations de l'Évangile?
M*' d'Hulst a raison deux fois quand ensuite il nous demande de « nous en rapporter à l'amour pour se mettre d'accord avec la justice, et pour les moyens infinis qu'il a de les concilier ».
LETliRNlTE, LENFER. 601
Ni l'éternité des peines, ni la peine du feu, si fortement et fréquemment affirmée dans l'Évangile, ne peuvent être mises en question. Mais encore de quelle nature, matérielle ou immatérielle, sera ce feu étrange, lequel aura prise sur les âmes qui ne seront pas alors réunies à leurs corps? Il n'y a aucune décision de foi sur ce point ^. De plus, s'il est certain que la durée de ces peines ne peut être abrégée, n'est-il pas permis de croire que, pour de certaines causes, leur intensité peut être mitigée, en vertu des mérites surabondants du Rédempteur^? Toutes ces questions, non définies, nous laissent libres de notre opinion, pourvu que le dogme soit respecté. Or, quant à moi, je confesse qu'à la suite de très sages et très saints docteurs, je me range d'instinct du côté de la clémence et de la coufiance, assuré que c'est le côté de la charité infinie de Jésus-Christ. N'êtes-vous pas de ce sentiment, mon frère?
« C'est encore à l'amour miséricordieux qu'il faut laisser la solution des sombres énigmes relatives à la destinée des âmes chères, qui auront vécu en dehors de l'Éghse, de sa pratique et de sa foi. Si elles ont été sincères, leur parfaite bonne foi n'a-t-elle pas pu trcruver grâce devant Celui qui ne hait que le mensonge? Est-ce qu'en dehors des formes qu'il a instituées, Dieu est à court de moyens pour se révéler à elles? Est-ce qu'après avoir dit : '( Cherchez et
1. R. P. Perrone, Prxlecl. theolog. De Deo crealore, cap. vi, art. III; De Inferno: Oomiaquae spectanl ad |)œiiarum naturam de fîde non sunl. Nullo ecclesiœ decreto neque ullà in synodo sancitura est ignem esse coi poreum.
2. M. E.MERY, supérieur général des prêtres de Saint-Su ipice : De la MUigalion de la peine des damnés. Dissertation appuyée sur les plus ttraves autorités, et dont la congrégation de l'Index a déclaré après inùr examen « qu'il n'y avait rien à v reprendre ». — Item, M^' de Pressy, le P. Faber, dans M»' Bougaod, t. V, in-12, p. 449-452.
VOUS trouverez », il peut manquer de se laisser voir à qui l'a cherché d'un cœur sincère? Plus je pense à tout cela, plus j'ai confiance que l'amour infini nous réserve des surprises miséricordieuses!... Telles sont mes pensées de la fin. » (M^"" d'Hulsl).
Dans le même esprit, défions-nous, séparons-nous résolument des pessimistes, toujours les mêmes, qui semblent se faire un jeu de précipiter le genre humain en masse dans le puits de l'abîme. L'Église, qui nous enseigne qu'il y a un enfer, ne nous dit pas le nombre de ceux qui y sont tombés; mais elle nous fait lire le Livre où il est écrit que la multitude des habitants de la Cité céleste est telle que « personne ne la pourrait nombrer ».
Ne damnons personne nommément, fût-ce le plus grand et le plus notoire scélérat. L'Église nous fait souvenir du scélérat pardonné, béatifié par Jésus lui-même sur sa croix. Je me rappelle à ce sujet, ce prêtre, très homme de Dieu, dont on avait entamé le procès de béatification. Mais l'enquête fit découvrir qu'un jour, assistant sur l'échafaud un supplicié qui s'obstinait dans son impénitence, il lui avait dit finalement et désespérément : « Eh bien, maudit, meurs donc ! Ta place est en enfer ! » Le procès fut abandonné, sa cause était perdue : une telle parole n'était pas la parole d'un saint.
Le Ciel ! le ciel ! Ce nom illumine toutes les pages de l'Évangile. Si l'Évangile est la bonne nouvelle, c'est la bonne nouvelle du royaume descieux. S'il est un testament, c'est celui qui nous lègue l'héritage des