‹ Le vieillardChapitre 64 sur 104 · L'ETERNITE, LE CIEL · texte numérisé non relu

L'ETERNITE, LE CIEL

cieux. Le premier sermon de Jésus est celui qui fait du ciel l'apanage de l'humanité soutirante, les pauvres, les pleurants, les purs, les doux, les opprimés et les persécutés. Sa dernière parole à la Cène est la promesse qu'il nous laisse de nous y préparer une place. Et l'entretien suprême qu'il a avec le Larron sur la croix est un rendez-vous qu'il lui donne dans son paradis, ce jour môme.

iVIais ce paradis, ce ciel, qui nous dira ce qu'il est? La langue humaine n'a pas d'expression pour le peindre. Les plus beaux discours des hommes n'ont été que des balbutiements, qui se sont achevés dans l'aveu de l'impuissance, ou mieux encore dans le silence de l'extase et de l'adoration, seule louange digne de Dieu. Et nous aussi, mon frère, en présence de ce spectacle, quelle parole trouverons-nous? Et puis, n'est-il pas temps enfin que là nos entretiens se terminent?

La science d'abord a essayé de se donner quelque représentation des merveilles et des harmonies de l'Univers, telle que nous les fera apparaître notre entrée dans le ciel. C'est Charles Bonnet, le grand et religieux naturaliste et philosophe genevois, qui termine en ces termes sa Palingénésie philosophique . L'enthousiasme y déborde ; puis la plume s'arrête ; elle lui tombe des mains...

«... Oh! que la contemplation de ce magnifique, de cet immense, de ce saisissant spectacle d'amour qui embrasse tout ce qui pense, sent et respire, est propre à agrandir notre âme, à balancer toutes les épreuves de cette vie mortelle, à exalter tous nos sentiments de reconnaissance et de tendresse pour cette

bonté adorable qui nous ouvre les portes de cette éternité pour laquelle nous sommes faits.

« Déjà la voici qui nous met en possession de ce royaume qu'elle nous avait préparé avant la fondation des siècles. Déjà elle place sur notre tète la couronne immarcessible de gloire. Déjà nous sommes assis dans les lieux célestes. Le sépulcre a rendu sa proie; la mort est engloutie pour toujours; l'incorruptible a succédé au corruptible, le spirituel à l'animal, le glorieux à l'abject. Les plus longues révolutions des astres entassées les unes sur les autres ne peuvent plus mesurer notre durée; il n'est plus de temps; l'éternité commence, et avec elle une félicité qui ne doit point finir.

« Transportés de joie, de gratitude et d'admiration, nous nous prosternons au pied du trône de notre bienfaiteur. Nous nous écrions : Notre Père! notre Père! ... nous...

« Saisissez la vie éternelle ! . . .

Voici l'éloquence : c'est Bossuet, « la plus grande voix, a-t-on dit, qui se soit fait entendre sur les choses de Dieu ». Il nous représente la joie des bienheureux dans le ciel : « Us seront tellement embellis des présents de Dieu qu'eux-mêmes seront étonnés de leur gloire, et qu'à peine l'éternité suffira-t-elle pour se reconnaître. Est-ce là ce corps autrefois sujet à tant d'infirmités? Est-ce là cette âme qui avait ses facultés si à l'étroit? La joie y entrera avec tant d'abondance qu'il faudra que la main de Dieu ouvre les entrées, et qu'il leur prête pour ainsi dire son Esprit pour en embrasser toute la félicité. Quelle joie d'avoir trouvé un Bien infini, une beauté accomplie-

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