‹ Le vieillardChapitre 7 sur 104 · L'INQUIÉTUDE « OU VA LA VIE · texte numérisé non relu

L'INQUIÉTUDE « OU VA LA VIE

— « OÙ va la vie? Où va ma vie? » Cette question, qui se pose à tout âge, s'impose urgente à la vieillesse. Car pour elle c'est demain que la traversée s'achève. La voilà en vue du port. Si elle manque l'entrée du chenal, c'est le naufrage, c'est la perdition corps et biens, irrémédiablement.

Mais cette question suprême, qui la résoudra? Mon esprit, mon cœur, ma conscience, mon être tout entier y est suspendu : c'est l'inquiétude humaine. J'en ai tour à tour frissonné et tressailli : elle est à la fois notre grandeur et notre tourment. Toutes les philosophies lui ont cherché une réponse et en ont appelé l'apaisement. Je les ai interrogées les unes après les autres, dans la mesure de mes moyens et celle de mes besoins. Que m'ont-elles dit? Que me disaient celles d'hier; que nous disent celles d'aujourd'hui?

Cette question, dans ma jeunesse, nous l'adressâmes au rationalisme de la philosophie spiritualiste d'alors, rationalisme éloquent, vibrant, parce qu'il était inquiet, angoissé, souffrant, et que son spiri-

tualisme sincère, mais incomplet et imprécis, voilé de nuages, refusait quand même le flambeau de la Révélation. Ses maîtres nous disaient qu'ils enviaient notre foi naïve, mais heureuse; et nous, les jeunes d'alors, nous souffrions de les voir souffrir ainsi d'un mal que nous estimions si noble et si cruel en même temps.

On me permettra de rappeler seulement que c'est de ce candide sentiment que naquit, prématurément peut-être, mon premier essai d'apologétique, le Doute et ses victimes, un livre d'enthousiasme juvénile, attendri et plaintif. Je fis alors le rêve, plus que cela, je fis la promesse à Dieu de raconter à mes frères, dans plusieurs séries d'études monographiques, ce que j'intitulai le Combat de la Foi. D'abord les blessés, le Doute : ce fut fait. Puis les vainqueurs, la Foi et ses victoires : ce fut commencé. Enfin, les vaincus, esclaves et captifs de l'incroyance et du mensonge...

Icijje m'arrêtai. Ce ne fut pas seulement parce que Dieu m'ouvrit inopinément une autre voie à parcourir, une autre vie à embrasser. Mais j'hésitais, doutant de mes forces et de mes loisirs pour de nouvelles études, à un âge où d'ordinaire on ne les recommence pas.

C'est qu'en effet une autre philosophie montait à l'assaut des esprits, laquelle précisément s'insurgeait contre cette nostalgie de l'infini, comme une chimère enfantine, une exaltation morbide, qui nous était inoculée par le christianisme, lequel débilitait nos forces et égarait nos têtes dans des rêves d'avenir où il ne nous faisait trouver ni la vérité ni le bonheur.

Alors nous entendîmes Quinet exhaler contre la philosophie de l'espérance sa plainte éloquente, ar-

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rogante, amére : « Pourquoi, demandait-il, pouniuoi le christianisme est-il donc venu réveiller l'homme sur les roses, en déchaînant en lui une ambition sans limites? Depuis cette heure, il a regardé la terre avec dédain. La vallée de Tempe est devenue une vallée de larmes; et, par un contrat héroïque, Ihomme a conquis l'infini au prix de l'infinie douleur. »

Nous entendîmes Taine, jeune alors, s'insurger à son tour contre « le grand dérangement qui, depuis la chute de la civilisation antique, s'était fait dans la machine humaine, et de la rupture de l'équilibre primitif des races saines. L'homme s'est fait des devoirs qui passent sa puissance, et qui emportent son cœur au delà des convoitises de ses sens et des curiosités de son esprit. C'est l'au-delà qu'il désire. Depuis quatre-vingts ans, la musique et la poésie, s'emploient à étaler la maladie du siècle ; et le tumulte fiévreux de notre vie cérébrale est plutôt fait pour exaspérer la plaie que pour la guérir ».

Nous entendîmes Renan protester, de même, contre « des idées surnaturelles qui ne conçoivent plus la vie sans tristesse »; et regretter le paganisme sensuel de. «ces petites maisons de Pompeï, où toutest gai, achevé : partout des images de bonheur et de plaisir! »

Le plaisir! C'était donc bien le paganisme, avec son sensualisme voluptueux, qui par un retour offensif, «spiraità relever ses idoles de chair et de sang sur les ruines gothiques de nos temples, au faite desquels la croix dressée vers le ciel était de trop.

Paix donc, désormais, à la mélancolique inquiétude de l'au-delà ! Après les libres penseurs, voici les libres viveurs. Couronnons-nous de fleurs, puisque nous

mourrons demain! « 0 riantes et joyeuses petites maisons de Pompeï! 6 vallée de Tempe! ô iibi campi, Sperchiosque et virginibus bacchata Lacœnis Taygeta ! C'est là qu'est le plaisir, donc c'est là que sera le bonheur et la paix : c'est là que va la vie I »

Une philosophie naquit de là : c'est souvent de pareils « principes » que naissent les philosophies. Il n'y aura plus de place désormais que pour elle seule, officieusement comme officiellement. Le spiritualisme succombera du même coup que le christianisme. Et la nouvelle philosophie, celle de la matière, ne sera plus qu'un vaste système de négations radicales, y compris la négation de la raison elle-même.

.Maintenant, avez-vous le goût des belles ruines, mon frère? Regardez :

D'abord, en principe, il n'y aura plus de science digne d'obtenir ce nom que celle des phénomènes qui relèvent de l'observation, ou celle des vérités du domaine des sciences exactes. Donc plus de recherche de l'absolu, plus d'atiente de l'avenir; plus de souci du surnaturel et du suprasensible : C'est le positivisme de Comte et de Littré. — Il n'y aura plusconséquemment de Dieu, plus de Dieu créateur, Providence, législateur, rémunérateur ou vengeur : c'est l'athéisme. — Il n'y aura plus d'âme spirituelle et immortelle, plus de vie future, plus d'espérance, plus d'au-delà : c'est le matérialisme. — Il n'y aura plus de surnaturel, d'intervention supérieure, de religion révélée, de cause transcendante des choses, c'est le naturalisme. — Iln'y aura plus de libre arbitre, le monde moral étant régi comme le monde physique uniquement par la nécessité et la fatalité : donc plus de devoir, plus de mérite ou de démérite : c'est le déterminisme. — Il

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n'y aura pas davantage de vérité absolue, plus de ceititude assurée, plus de principes immuables ; le oui et le non, l'être et le non-etre, la thèse et l'antithèse s'identifient dans la synthèse d'une logique nouvelle : c'est le scepticisme et l'hégélianisme. — Aussi bien, les idées comme les choses vont-elles se transformant indéfiniment par elles-mêmes, asservies fatalement à la loi du progrès et roulant dans le tourbillon de l'éternel devenir : c'est l'évolutionnisme. — Ajoutons que d'autres surviennent, impitoyables logiciens, qui, de ces théories d'école tirant la conception pratique d'une société nouvelle, proclament qu'il n'y a plus de hiérarchie, plus d'autorité, ni de supériorité : ni Dieu, ni maître! C'est l'anarchisme, né de l'athéisme; c'est le ciel fermé, la terre nivelée. Il n'y a plus de société : y a-t-il même encore une humanité ? Tout ne sera bien que du moment où il n'y aura plus rien. C'est le nihibisme : Nihil.

Je ne voudrais pas exagérer : j'ai horreur de déclamer. Mais j'ai besoin de me demander : Dans de telles doctrines, que fait-on de l'âme humaine, de ses facultés, ses aspirations, son essor, ses destinées? Et qu'advient-il de notre capitale question : « Où va la vie? » Car en vérité, mon frère, c'était bien la peine de vivre de hauts désirs, d'espérance, d'amour; c'était bien la peine de vieillir dans une sublime attente, pour finalement nous coucher sans espoir de réveil, la tête sur cette dure et froide pierre, pour demeurer là, gisants dans l'éternelle nuit.

A la philosophie du néant répondit la poésie du néant. L'une avait proclamé les grandeurs de la libre pensée, l'autre chanta les délices de la libre existence.

LE til:ilxard. 4

M LINQUIÉTUDE.

Le paganisme retrouva ses poètes parmi nous. Car c'est bien sa vieille chanson du temps d'Horace et de Tibulle, c'est bien l'Evohc de la bacchante que je reconnais dans ces stances libertines d'un Théodore de Banville, mêlant l'éclat du rire et le cri du blasphème au hoquet de l'orgie :

Nous qui n'avons pas peur de Dieu, Comme le dévot en démence, Au-dessus de la ville immense Regardons gaiement le ciel bleu.

Nous mourrons; mais, ô souveraine, 0 mère, ô nature sereine, Sous les calmes cieui rougissants Tu prendras nos cendres inertes Pour en faire des forêts vertes, Et des bouquets resplendissants.

Buvons au problème inconnu, Et buvons à la beauté blonde.

Et, comme les jardins du monde, Donnons tout au premier venu.

Un jour nous verrons les esclaves Sourire à leurs vieilles entraves ; Et, les bras enfin déliés, L'Univers couronné de roses, Dans la tranquillité des choses, Boire aux dieux réconciliés !

C'est bien la paix, n'est-ce pas? L'universelle paix dont ce jour heureux sera le règne?

« Nous qui n'avons pas peur de Dieu », de quoi dès lors aurons-nous peur? Sera-ce des hommes, des lois, de la conscience, de la honte? Vieux mots qui sonnent creux, du moment qu'ils sont vides de Dieu. Allons donc !... Mais, en retour, ce fut alors un tel dé-

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bordement d'immondicité et de criminalité, une telle accélération dans la démoralisation et l'abaissement, qu'on put voir, une fois de plus, tout ce que l'on peut craindre d'une civilisation qui s'est afl'ranchie de cette première crainte. 0 vous qui n'avez pas peur de Dieu, que j'ai donc peur de vous!

« Nous qui n'avons pas peur de Dieu » : mais cela est-il bien vrai? Est-ce toujours « gaiement que vous regardez le ciel », quand il tonne? Et étes-vous sûrs que tout pour vous s'achèvera « dans la tranquillité des choses »? Au bout de vos jardins fleuris, que me montrez-vous? « Des cendres inertes » : les vôtres ! Des bouquets resplendissants qui fleurissent sur une fosse : la vôtre ! Est-ce là le paradis des poètes? — « Je ne sais quel vent de cimetière a passé aujourd'hui sur notre littérature », écrivait récemment quelqu'un.

Vous qui n'avez pas peur de Dieu, si vous le chantez si haut, ne serait-ce pas par quelque secret besoin de vous rassurer contre cette peur même? Vous entendant faire ainsi les braves dans vos ténèbres, je me rappelle certain personnage deTOpffer, qui, égaré la nuit dans les bois, l'œil hagard, saisi d'effroi, se met à siffloter nonchalamment à la lune, pour se faire croire à lui-même, le trembleur, qu'il n'est pas homme à s'effrayer du vent et des fantômes.

Un de ces bravaches — c'était le trop fameux Gustave Flaubert — écrivait dans l'une de ses dernières lettres : « Il me semble que je traverse une solitude sans fin, pour aMer je ne sais où... Rien ne me soutient plus sur cette planète que l'espoir d'en sortir prochainement, et celui de ne pas aller dans une autre qui pourrait être pire. » Voilà leur finale tranquillité des choses. Voilà sa manière, à ce bohème, de nous faire

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croire qu'il n'a pas peur de Dieu. Or ils sont aujourd'hui des millions et des millions de cette religion-là, de ce bonheur-k\. Est-ce là où va la vie? Est-ce la fin de l'inquiétude humaine? Sont-ce là « les races saines et heureuses » qu'on nous avait promises?

Mais laissons les poètes, « cette chose ailée ». Adressons-nous aux sages, ou ceux qui du moins en ont emprunté le beau nom : les philosophes. Nous ne sommes plus ici en présence d'épicuriens, mais de graves stoïciens, qui, comme ceux de l'ancienne Rome, prétendent à riionneur de cultiver la vertu et d'expliquer le monde, en se passant de Dieu. J'en interrogerai donc quatre ou cinq sur le but de la vie, sur le sens de la vie. C'est aux premiers maîtres de la libre pensée contemporaine que je m'adresserai, moins àleurs publications et à leur enseignement qu'à leur intimité et leur correspondance; moins à leurs jours d'orgueil qu'à leursj ours de calme et de recueillement suprême, alors que, comme dit Lucrèce, les paroles vraies jaillissent enfin d'un cœur qui va cesser de battre :

Tune vEiLfi vocES imo de pectore tandem Eliciuntur.

« Où va la vie ? » Si vous l'aviez demandé à Hippolyte Taine, jusqu'à l'âge de quarante ans, il vous aurait montré, comme il faisait à son ami Guillaume Guizot, les belles fougères vertes et rouges de Barbizon, près Fontainebleau, qu'un jour, rendu à la terre, il nourrirait, il colorerait de son hydrogène, de son

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oxygène, de son azote. C'était sa belle espérance d'alors, et toute son immortalité. (Lettre du 19 octobre 1855.) — Si vous lui aviez parlé de morale et de responsabilité, il vous aurait défini « la vertu et le vice des produits chimiques, comme le sucre et le vitriol ». Si vous lui aviez prononcé le nom de patrie, de Franco et de Français, à lui l'homme de l'idée pure : « Est-ce que j'ai une patrie, quand je pense? Est-ce que je suis Français, quand j'écris? Est-ce qu'il y a des Français? Je n'en sais rien! » La pensée elle-même, qu'est-ce? une sécrétion du cerveau. Et la vie? la vibration de l'atome emporté dans le tourbillon éternel des êtres ! Comme il est sûr de lui-même!

Mais attendez que le cataclysme national de 1870 ait éveillé en lui le sens patriotique ; attendez que « le contact des vertus chrétiennes de M^^Taine ait éveillé en lui le sens moral, en lui faisant comprendre — c'est Paul Bourget qui parle — que ceux qui vivent très bien, finissent par retrouver la foi à travers leurs mérites ». Attendez que « le spectacle de la France contemporaine lui ait ouvert les yeux sur les vertus morales et sociales desquelles le christianisme est la source : et voici que lui-même s'effraie du nihilisme foncier de sa philosophie et des conséquences pernicieuses qu'on en pouvait tirer ». Dans l'avant-dernière lettre publiée de lui, 25 août 1892, parlant de l'état d'âme d'un chrétien croyant, qu'on ne nomme pas, il répond à M. Em. Boutmy : « Je suis tout à fait de votre avis sur M. N., ses croyances, sa vertu, son bonheur. Il est possible que la vérité scientifique soit au fond malsaine pour l'animal humain tel qu'il est fait. » Mais ce fruit malsain ne juge-t-il pas l'arbre qui l'a porté?

Cependant M. Taine n'abjura pas, je le sais: mais il en appela quand même au christianisme comme au seul remède possible à la déliquescence dont se meurt la société ; il y voit spécialement le seul frein aux emportements de notre démocratie. Taine finit en découragé : « Ces recherches scientifiques assombrissent ma vieillesse. Au point de vue pratique, elles ne servent à rien. Un torrent énorme et rapide nous emporte : à quoi bon faire un mémoire sur la profondeur et la rapidité du courant? » (23 juillet 92). Enfin cette décisive parole à M^ d'IIulst, en lui rapportant les documents fournis sur l'état de l'Église de France : « Si l'Église, par des miracles de zèle, n'arrive pas à reconquérir ces masses païennes pour en faire un peuple de croyants, c'en est fait de la civilisation française, » Tel est le dernier mot du leader du déterminisme. Verse voces. — N'est-il pas inquiet, mon frère?

L'abbé Barnave, camarade de Taine à l'École normale, l'étant allé visiter dans sa verte solitude de Menthon-Saint-Bernard, en rapporta cette espérance : « Taine est en marche vers la lumière. Prions pour lui. » — Et vous, mon frère, avez-vous prié pour Taine, en apprenant sa mort? Moi, je l'ai fait. Nous avions exactement le même âge. Il dit de lui dans une lettre : « Je n'apporte, je le sais, qu'un caillou dans une ornière. Mais dix mille charrettes de cailloux, bien posés et bien tassés, finissent par faire une route. » Nous aussi, mon frère, nous avons à apporter notre caillou dans une ornière : Parate vias Domini! Grâces à Dieu, ce n'est pas sur la même voie que Taine.

". Où va la vie? » Si vous l'aviez demandé à Littré, lorsqu'on JS61 il écrivait la vie à' Auguste Comte, ou

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traduisait Frédéric Strauss, ou philosophait dans Bévolitlion et Positivisme, 1873, il vous aurait répondu par son inexorable formule de l'Inconnaissable : « Ce « qui est au delà de la science positive, soit matériel- « lement le fond de l'espace sans borne, soit intelu lectuellenientrenchaînenient des causes sans terme, « est absolument inaccessible à l'esprit humain. »

Mais attendez : Déjà la formule de l'ag-noscite contient une réserve expresse : « Inaccessible, expliquet-il, ne veut pas dire nul et non avenu. C'est un océan, qui vient battre notre rive, et pour lequel nous n'avons ni conque, ni voile, mais dont la claire vision est aussi salutaire que formidable. »

Formidable, elle l'inciuiète; salutaire, elle le lui deviendra. Et son retour à la croyance prélude par le respect qu'il professe et demande pour les croyances des autres : « Je me suis trop rendu compte des souffrances et des difficultés morales de la vie humaine, dit-il, pour vouloir ôter à qui que ce soit des convictions qui le soutiennent dans l'épreuve. Et je me demande au nom de quelle découverte nouvelle, philosophique ou scientifique, on peut arracher de l'àme humaine ces hautes préoccupations? Elles me paraissent d'essence éternelle, parce que le mystère qui enveloppe l'univers est lui-même éternel de sa nature. » — Est-ce bien l'agnoscite en chef qu'inquiète ainsi l'auguste préoccupation des choses éternelles?

C'est en face de ces choses que, dès 1872, le plaça la cruelle et inexorable maladie qui l'enchatna près de dix ans, en même temps que le spectacle de la charité et de la piété de sa femme et de sa fille lui montrait les voies hautes de la lumière et de l'amour. Il les prend et ne cesse plus d'y monter. Car la conversion

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de Littré, qu'on le sache, ne fut pas, comme quelques-uns voudraient bien le faire croire, l'affaire de la réception presque inconsciente d'un baptême conféré m extremis. 11 prend la voie du repentir : « J'aimerais mieux n'avoir jamais été rien, et n'avoir jamais péché. » — « Vous pleurez? » lui demandait le confident de son âme. — « Oui, je pleure, parce que j'ai péché, et je ne sais à qui demander pardon. » — Il prend la voie de la lumière. Il lit et médite le catéchisme diocésain de Paris. Il lit Lacordaire, il g-oûte la Vie du P. Olivaint : « Décidément, de tels hommes valent mieux que nous. » La voie des œuvres charitables; nous en reparlerons. La voie de l'humilité : « Si j'étais mort il y a quatre ans, je serais mort content de moi; maintenant, je meurs mécontent de moi. » — La voie de la' prière. Quand la Sœur qui le veillait en arrivait à ces paroles de VAve Maria, « priez pour nous, pauvres pécheurs » : — « Oh, oui, pauvres pécheurs, répétait le malade en se frappant la poitrine. La Sainte Vierge me représente les deux choses dont je fais le plus de cas en cette vie : tendresse et pureté. Bienheureux les purs! » — Et un jour, contemplant le Fils de Dieu sur le chemin de sa croix, où le suivait son cœur : « C'est là qu'il nous a livré le secret de sa vie. » Paroles de la fin, paroles de foi : Verse voces !

Ainsi finit, le 11 juin 1881, le grand pontife du Positivisme.

Vacherot est un autre type de l'Inquiétude humaine. C'est un idéaliste. Il retient l'idée de Dieu, mais l'idée seulement. Son Dieu à lui n'est qu'une abstraction de

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l'esprit. Etre de raison, sans nulle réalité ni actuelle, ni possible, il n'a et ne peut avoir aucune existence objective en dehors de l'intelligence qui le pense. Que si donc vous lui demandez, à lui : « Oîi va la vie? » l'idéaliste vous répondra: A l'Idéal! Et il lui chante son hymne : « Sublime Idéal, tu n'es pas seulement divin, tu es Dieu; car devant ta face toute beauté pAlit, toute vertu s'incline, toute puissance s'humilie. L'univers est grand, toi seul es Dieu! »

Pauvre Dieu panthéistique d'Hegel; pauvre idéal divin et inexistant de Renan. C'était déjà là-dessus que, vers 1850, l'historien de V Ecole d' Alexandrie avait eu fort à démêler avec l'abbé Gratry. C'était de cette creuse fiction de son imagination qu'Ernest Havet, son ami, lui écrivait spirituellement, en ces termes : « Ce que, dans votre savant ouvrage, vous appelez le Dieu-idée, moi je l'appelle simplement l'idée. Ce que vous appelez le Dieu-nature, moi je l'appelle simplement la nature. Vous savez ce tyran qui voulait que, quand il ne serait pas là, on saluât encore son chapeau placé au bout d'une pique? Je suis de ceux qui pensent qu'il n'y a plus de Dieu dans votre système, Il n'y a plus que le chapeau que vous voulez nous faire adorer. »

Or c'est encore le même fantôme qu'en 1885, Vacherot rappelle sur la scène, dans son dernier ouvrage, publié sous un titre qui promettait mieux : Le nouveau spiritualisme. Seulement alors l'honnête homme qu'il est a vécu beaucoup. 11 a, lui aussi, respiré, tout près de lui, à son propre foyer, le pénétrant parfum de la vie chrétienne; et, par contre, il a frémi des ravages de l'impiété et de l'immoralité dans son pays. Si la chimère du Dieu-idée illusionne encore son intcl-

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ligence rêveuse, l'athéisme ne suffît plus à son Anic religieuse. L'esprit est d'un côté, le cœur et la conscience sont de l'autre. Athée, il veut garder le culte du divin, tout en demeurant prisonnier d'une doctrine qui lui voile la face de Dieu. Et son livre se termine par cette plainte indignée contre le caractère inepte et plat de lïmpiété contemporaine : « Rire des choses nobles, cela s'est vu, écrit-il; rire des choses saintes, cela se voit plus que jamais. Pour rire de Dieu, et de cette façon, il faut une sorte d'esprit qui fait honte à l'esprit. En vérité, n'est-ce pas triste pour un vieux libre-penseur qui a vécu dans la pensée de l'Infini, et qui ne veut pas mourir sans prononcer son nom? » — Oui, mais un nom vide de sens!

Cependant, cet étrange athée sans le savoir et sans le vouloir est un enthousiaste du christianisme. Mieux que personne il en a célébré la morale et les bienfaits, dans des lignes où on le sent vibrer en lui, à travers ses nobles regrets et ses religieuses tristesses.

L'Évangile l'a conquis. En 1892, rappelant ces paroles du Christ : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas », il répond : « Non, divin Maître, tant qu'il y aura des fils d'Adam pour les recueillir! » Tous les ans, pendant la semaine sainte, il relit la passion; et il la médite « pour en être pénétré )). Il dit et il écrit que « le Christ, dont il a l'image chez lui, devant lui, aura son dernier regard! »

Dès 1858, le philosophe a écrit : « L'homme n'est grand, fort, sage, saint, que de la grandeur, de la force, de la sagesse, de la sainteté qu'il p!iise à la Source de toute vie, de toute lumière, de toute vertu. »> C'est à cette source supérieure que la puisait alors la

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pieuse femme qu'il perdit en 1869 et dont les vertus, les souffrances et la mort, mieux que toute sa philosophie, lui avaient révélé le vrai Dieu, le Dieu vivant, le bon Dieu. Ainsi le philosophe en faisait-il mémoire, en adressant au saint prêtre qui l'avait assistée, la petite pièce de vers intimes et tout chrétiens, qui se termine ainsi :

... Elle aussi, pauvre femme, a gravi son Calvaire. Se Iraiaant à genoux elle a porté sa croix. Vous lui parliez du ciel; elle oubliait la terre Et le ciel lui semblait s'ouvrir à votre voix ' !

Le ciel : M. Vacherot en aurait-il eu finalement le souci? Verœ voces.

Vacherot, Taine, Littré, âmes honnêtes, droites, sincères, et, par toutes ces portes, ouvertes à la Jumière. Elle ne reste fermée qu'au.v âmes d'orgueil et de mensonge. Ainsi Renan repousse ces secrets appels, il n'a pas ces retours. Cet homme est trop près de lui-même pour se rapprocher de Dieu.

Nommerai-je M. Berthelot, son sosie, son compère? C'était un superbe, lui aussi. Il disait volontiers de son encyclopédique personnalité : « Pour que la science ne s'émiette pas en spécialités, il faut qu'il existe au moins un cerveau capable de l'embrasser dans son ensemble. Un tel cerveau, je crois l'avoir été : j'ai peur d'être le dernier ^ ! »

1. A M. l'abbé Vasseur, de la paroisse de Sainl-Sulpice, prêtre de sainte mémoire. — V. Etienne Vacherot, par Ollé-Laprune. p. 88-93.

2. Rapporté par M. Paul Paiulevé, de l'Acad. des sciences, Le Temps, 20 mars 1907. — Ce n'est cependant pas ce haut rangqu'assigneàBertheiot un de ses confrères en chimie et complice en radicalisme, le fameux

Je reviendrai, plus tard, à son stupéfiant boniment : « Le monde est aujourd'luii sans mystère! » etc. Qui fut jamais plus sûr de lui-même? Ce n'est donc pas à lui que je m'aviserai de demander : « Oîi va la vie? » Elle est toute dans ses cornues et alambics. Ce grand chimiste, penseur infime, n'eut jamais l'inquiétude des choses éternelles. Mais, comme Taine finissant, il se préoccupe de ce que sera le fruit de l'arbre qu'il a planté. Il se demande comment va marcher ce monde qu'il avait promis et tenté de refaire scientifiquement. Et, en résumé, qu'aura fait le matérialisme au pouvoir pour le progrès moral et le bonheur de l'espèce? A cela, sa réponse n'est pas seulement celle de l'inquiétude, c'est celle du désespoir.

Le 7 janvier 1909, à l'Académie française, M. Francis Charmes et M. Henry Houssaye, chargés de son éloge, nous représentent tour à tour un sombre vieillard pessimiste, découragé, exhalant sa longue plainte de l'inefficacité, sinon de la nocivité finale, de son œuvre. Là on l'entend lui-même mettre en amère suspicion les prétendus services de cette science laïque de laquelle il s'était carrément couronné Roi. Je le cite : « Lorsque l'homme aura atteint les derniers termes du progrès matériel, l'âme humaine sera-t-elle aussi en progrès? Les idées morales, la conscience, les abnégations et les sacrifices, l'amour du beau et du bien seront-ils en

D' et sénateur Naquet, quand il écrit dans le Moniteur scientifique de QuesnevlUe, que : « Berthelot fut un expérimentateur habile, un savant de premier ordre, mais non un esprit créateur, etc.» Et finalernent : « Pourquoi faire à Bi'rthelot une situation exceptionnelle et hors de pair? Depuis Lavoisicr, il y a eu des chimistes tels que, les Humphry Davy, les Bei tiioliet, les Gay-Lussac, les Dumas, les Gerharl, les Wuriz, qui furent au moins les égaux de Berthelot et dont plusieurs ont fait plus que lui. Alors pourquoi Berthelot au Panthéon, el non pas Dutnas, Laurent, Gerhart et VVurtz, qui en sont autant dignes que lui ? S'il en est digne, et s'il les surpasse par quelque chose, c't'.st par sa piiiiosophie. »

Lisez (' son impiété» : l'avantage est médiocre.

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proportion des découvertes scientifiques et des commodités de l'existence? » — Sur ces questions vitales, Berthelot avait des doutes, qui troublaient sa sufiisance hautaine, au point de lui faire écrire « qu'on ne verrait pas le triomphe de la justice et delà raison ». Il posait même la question de savoir — je cite — « si la réalité absolue pour l'homme est dans la théorie de la matière déterminée par les lois fatales de la mécanique, ou dans la théorie de l'idéalisme, dirigeant le monde interne de la conscience par les lois de l'ordre moral et intellectuel », et cette théorie spiritualiste, il la déclare « plus conforme à notre sentiment du beau et du bien. »

Quand il parlait ainsi, Berlhelot venait d'être frappé cruellement dans ses ajDfections familiales, et le choc en retour avait ébranlé sa confiance dans ce qu'il appelle» la perpétuelle illusion de la vie ». Puis était venu pour lui cet âge dont il dit : « Quant à la vieillesse, ses rêves sont finis; elle voit mourir tout ce qu'elle aime; elle est entourée des ruines de ses afi'ections; elle ne trouve de consolation que dans le noble sentiment d'avoir fait son devoir vis-à-vis des autres hommes, en souriant avec bonté à l'enfance innocente, et aidant de ses sympathies la jeunesse dans l'effort éternel de l'humanité vers le chemin de lavérité vers le bien, vers l'idéal. »

Mais cette consolation, fondée sur la théorie chimérique et agaçante du progrès continu de l'humanité, s'effondrait sur sa base, constate le discours de M. Henry Iloussaye : « Et quand le savant, quittant son laboratoire, se retrouvait devant le spectacle du monde, et voyait tant de misère morale, tant d'égarement dans les idées, tant de puissance dans l'or, tant de théories monstrueuses ou imbéciles, tant de caractères abaissés etde consciences capitulées, il devait plutôt croire au progrès continu de la faiblesse humaine. »

Le dernier mot de tout cela sur son état d'âme est celui dun désespéré. La plainte de Job n'est pas plus amère : « Ma vie, pleine de doutes et d'irréparables éventualités, m'a laissé une impression de tristesse et d'inquiétude que j'ai portée dans toutes les conditions de mon existence... A mesure que ma conscience personnelle s'est développée, elle n'a fait qu'accroître mes incertitudes. Voilà pourquoi je me suis toujours réfugié dans l'action, pour lutter contre les désespérances. » C'est le mot de la fin : Vei'œ voces.

Qui encore? Il n'y a pas jusqu'à Herbert Spencer qui ne termine son épaisse et lourde autobiographie en deux volumes en confessant « qu'il n'a plus en religion les mêmes croyances que ses livres ». Il a interrogé son âme, lui aussi, et il écrit : « Je me suis aperçu que les doctrines religieuses ont et gardent encore une précieuse efficacité morale; et que, en outre, ces doctrines ont pour objet de remplir dans les âmes une sphère qui, décidément, ne s'arrangera jamais de n'être pas remplie. » — Et il conclut : « J'en suis donc \ enu à considérer avec une sympathie croissante les croyances religieuses qui, elles, occupent cette sphère que l'interprétation rationnelle chercherait vainement à remplir, y échouant d'autant plus qu'elle s'y efforce davantage. »

C'est deux ans avant sa mort, 1893, que le vieillard déposait, comme épilogue de sa vie ainsi que de son livre, cet aveu testamentaire [An Autobiography , t. II, p. 468). Ainsi finit le père de l'Évolutionnisme : Verse voces.

C'est donc, sur toute la ligne, à un degré ou à un autre de la libre pensée, le cri de l'Écriture : Ergo erravimus a via veritatis! Voilà ses maîtres, ses plus grands maîtres; car sur ces hautes questions, entre les savants il ne faut consulter que les souverains.

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Mais que leur trône est mal assis, et que leur couronne oscille au souflle des années ! — « Qu'ôtes-vous donc allés voir dans le désert? Sont-ce des roseaux agités par le vent? » demandait le Seigneur à ses disciples.

Je termine, mon frère. Je ne le ferai pas, toutefois, sans faire comparaître, après nos philosophes, une figure de poète, celle d'un poète d'hier, qui se crut philosophe lui aussi, et qui, naïvement, prit pour de la philosophie les creuses rêveries qui avaient supplanté les ardentes croyances de sa jeunesse. C'est Sully Prudhomme dont je parle. Écoutez cette fin :

« Il y a quatre ans, racontait naguère M. Frédéric Masson, à l'Académie française, nous allâmes, au sortir d'un déjeuner chez Theuriet, avec Coppée et quelques amis, dire un affectueux honjour à Sully Prudhomme qui ne pouvait plus guère bouger de Châtenay. Quelle était l'horreur de ses souffrances physiques : on ne se pouvait tromper aux angoisses qui passaient sur son noble visage, à l'agitation continuelle de son corps infirme, aux contractions lamentables de ses pieds, aux temps que prenait sa parole haletante. Mais, plus que le corps, l'âme semblait misérable. Quelque effort que nous fissions pour attirer la causerie à des sujets qui jadis l'intéressaient, il revenait constamment à la mort et au par delà la mort. Il disait comme il s'était reposé dans la foi chrétienne, comme il y avait trouvé d'heureuses promesses. Puis comme il s'en était détaché; et comme, depuis lors, il avait erré sur les chemins du doute, sans parvenir, dans son amour pour le divin, à rencontrer nulle part une certitude qui satisfit également son imagination et sa raison. Il interrogeait

et il pressait, voulant savoir si à nos cœurs nous portions la même blessure? Et lorsque Coppéc, qui jusque-là s'efforçait en gaieté pour remonter Sully, devenu tout à coup très grave, répondit, dans une affirmation convaincue: « Moi, Je crois! » lui, tourné, le regardant de ses beaux yeux où passait une admiration jalouse, et levant ses pauvres mains, dit seulement : « Ah! Coppée, vous ne savez pas comme vous « êtes heureux! »

« Et quand, sortis de la maison et du jardin, sans nous être dit un mot, tant nous étions remués par ce double martyre, nous nous retrouvâmes sur le Chemin-des-Princes, Coppée, allumant une cigarette, et d'un regard prenant possession des arbres, des fleurs, de l'azur du ciel, de la félicité vivante de la nature printanière, fit, comme s'il continuait la conversation : « Et puis, c'est bien plus simple ! »

« Et peut-être qu'aussi, à Sully Prudhomme, quand vintl'heure dusuprême départ, cela parut plussimple.»

Et plus simple, et plus sage, et plus vrai, et plus heureux, et plus sûr. Lequel l'est davantage, ou de Coppée qui dit, content :

Je tàcfie de finir mon voyage en chrétien ;

ou de Sully qui crie souffrant et déchiré :

Je m'abandonne en proie aux lois de l'univers?

Donc partout et encore, sous le laurier qui ceint ces têtes, l'incertitude, le doute! Ainsi mon frère, snis-je donc ramené, sur la fin de ma carrière, au spectacle de la souffrance intellectuelle et morale (jue je présentais au public dans le premier de mes livres. On m'avait dit pourtant (juc l'incroyance d'aujourd'hui était plus assurée d'elle-même; que la négation était plutôt brutale et violente que gémis-

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santé et plaintive? Peut-être; mais au fond est-elle moins inquiète et malheureuse? Et, sur d'autres noms, en face d'autres errements et d'autres souffrances, une plume compatissante ne pourrait-elle pas reprendre léternelle complainte des « Victimes du Doute »?

« Où va la vie? Où va ma vie? » Lorsque à mon tour je l'ai demandé, non pas aux hommes, mais à Dieu, une voix d'En-Haut s'est fait entendre qui disait : « C'est moi qui suis la voie, la vérité, la vie ! » Vie de l'esprit, vie du cœur. Vie de lumière, de grâce, de sainteté, d'amour. Vie de la terre, vie du ciel. Et c'est vous qui parliez ainsi, ô Jésus! vous qui venez du Père, source et plénitude de vie; vous qui descendîtes du ciel pour donner la vie au monde; vous qui la déversez sur la société des âmes, les seules âmes qui vivent ; et qui la ferez rejaillir pour elles en Ilots de gloire et de béatitude, jusqu'à la vie éternelle !

Maintenant, Seigneur, soyez béni! Où va ma vie, je le sais. Le sens de la vie, je le sais; le prix de la vie, je le sais. J'étais donc dans la bonne voie. Vous me l'aviez ouverte dès les jours de mon enfance; vous y avez fait courir l'élan de ma jeunesse; assurez-y les pas tremblants de ma vieillesse. La vieillesse est la station terminale du voyage. Le chemin qui me reste â parcourir encore n'est que le rapide et petit espace d'une soirée. Soyez-y jusqu'à la fin, ô Dieu, mon viatique, ma lumière, ma force, mon appui. Vous êtes déjà mon espérance, car je sais que je vous retrouverai, les bras ouverts, au terme de ma course. « Seigneur, dit votre Prophète, vous m'avez montré les voies de la vie ; et vous me remplirez de la lumière de votre face ! »

L« VIEIIUnD.

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