NOS GRANDS MAITRES
comme suspendue par un rayon, et son cœur par un aimant qui l'y tient irrésistiblement attaché.
Je l'admire, certes, autant qu'il m'est donné de le comprendre, dans les profondeurs scientifiques où l'électro-dynamisme et l'électro-magnétisme lui révèlent le secret de leurs lois et lui prophétisent les merveilles de leurs applications de l'avenir. Mais en même temps, en silence, je prêle l'oreille au soliloque de ce mystique sublime, agenouillé devant le Maître adoré, qu'il appelle son céleste Ami. — « Que sont donc toutes ces sciences, écrit-il, tous ces raisonnements, toutes ces découvertes, et ces vastes conceptions que tout le monde admire? Seule, la vérité de Dieu demeure éternellement. Si tu t'en nourris, tu seras immortel comme elle. Travaille cependant et étudie, mais en esprit d'oraison. Étudie les sciences de ce monde, mais ne les regarde que d'un œil; que ton autre œil soit constamment fixé sur la Lumière éternelle. Écoute les savants, mais ne les écoute que dune oreille; que l'autre soil toujours prête à recevoir les accents de ton Ami céleste. N'écris que d'une main; de l'autre, tiens-toi attaché au vêtement de Dieu, comme un enfant se tient attaché au vêtement de son père... Que mon âme, à partir d'aujourd'hui, reste toujours unie à Dieu et à Jésus-Christ! Bénissezmoi, mon Dieu! »
Mathématiciens et géomètres parlent comme les physiciens et les astronomes. Augustin Cauchy et Jean-Baptiste BiOT continuent la dynastie des rois chrétiens de la science, et ils gardent la couronne jusqu'à leur mort, 1857 et 1862.
C'est bien un roi de la science que ce Cauchy, duquel M. Renan lui-même a écrit, dans ses Souvenirs
de jeunesse : « L'Académie possède encore à notre (( époque dans son sein un grand nombre de « croyants. Témoin M. Augustin Cauchy, dont les (( prodigieuses découvertes dans l'invisible, de plus « en plus confirmées depuis un demi-siècle qu'il est « mort, ne cessent pas d'en enfanter d'autres. »
C'est bien le croyant en effet qui, en 18i4, écrivait, adressait à tous les Aiiiis des Sciences, cette énergique et nette profession de foi : « Je suis chrétien, c'est-à-dire que je crois à la divinité de Jésus-Christ, avec Tycho-Brabé, Copernic, Descartes, Newton, Fermat, Leibnitz, Pascal, Grimaldi, Euler, Guldin, Boscovich, Gerdil, avec tous les grands astronomes, tous les grands physiciens, tous les grands géomètres des siècles passés. Je suis de plus catholique avec la plupart d'entre eux; et, si l'on m'en demandait la raison, on verrait que mes convictions sont le résultat, non de préjugés de naissance, mais d'un examen approfondi. On verrait comment se sont gravées à jamais dans mon esprit et dans mon cœur des vérités plus incontestables à mes yeux que le carré de l'hypothénuse ou le théorème de Marc Laurin. »
Un jour du mois de mai 1857, nous apprîmes que Cauchy venait d'expirer, mettant en deuil la science, la foi et la charité. Sa dernière parole au prêtre qui l'assistait, avait été celle-ci : « Monsieur le Curé, les hommes passent, les œuvres restent. » 11 avait fondé et il présidait celle des Écoles d'Orient. Un an avant sa mort, ce zélateur de la vérité chrétienne avait eu la joie d'y ramener son plus grand disciple : ce disciple, son néophyte, était L'HermiteM
1. La Vie de Augustin Cauchy, par M. Valson, Doyon de la Faculté cathol. des Sciences, à Lyon.