‹ Le vieux célibataire: a comedy ... with a biographical memoir, and grammatical, literary andChapitre 14 sur 128 · ACTE L SCÈNE VI. ii · texte numérisé non relu

ACTE L SCÈNE VI. ii

Mme Év, Il se perdit lui-même. Câ. Et comment, je vous prie?

Mme Év* Par inclination enfin il se marie, 230

L^an dernier, à Tinsu de son oncle. Câ. À Tinsu !

Il n'avait point écrit ? Mme Év. Monsieur n'en a rien vu.

Moi, j'ai peint tout cela d'une couleur affreuse ;

Et la femme, entre nous, comme une malheureuse,

Sans état, sans aveu. L'oncle enfin éclata,

Et l'indignation à son comble monta ;

De malédictions il chargea le jeune homme,

Et même il ne veut plus désormais qu'on le nomme.

C/i. (se contenant à peine) Tout cela me paraît on ne peut mieux conduit.

Ainsi de vos travaux vous recueillez le fruit ? 240

Mme Év. {Regardant encore si personne ne rêctmte) Pas tout à fait. Je vais vous confier encore

Un secret délicat qu'Ambroise même ignore.

Le dessein est hardi ; j'ose me proposer,

Pour tenir mieux mon maître... Ch. Eh bien? Mme Év. De l'épouser.

Ch. D'épouser !...En effet, j'admire la hardiesse...

Mme Év. Jusque-là je craindrai le neveu, quelque nièce...

Ch. J'entends. Vous avez donc un peu d'espoir? MmeÉv. Un peu.

Depuis un an je cache adroitement mon jeu.

D'abord parler d'hymen à qui ne voit personne.

C'est assez me nommer. Ch. La conséquence est bonne. 250

Mme Év. Je lui fais de l'hymen des portraits enchanteurs ;

Je lis, comme au hasard, des endroits séducteurs ;

Là, je fais une pause, afin qu'il les savoure.

Ch. À merveille ! Mme Év. D'enfants à desseûi je l'entoure.

J'ai fait venîr exprès son filleul le portier.

Pour lui cette maison étant le monde entier,

De ces joyeux époux les touchantes tendresses,

Les jeux de leurs enfants, leurs naïves caresses,

Tout cela, par degrés, l'attache, l'attendrit,

Pénètre dans son cœur, ébranle son esprit : 260

Et, quand il est tout seul, ces images chéries

Lui doivent inspirer de tendres rêveries.

J'en suis là, mon amL Ch, Mais c'est déjà beaucoup.

Mme Èv, Ce n'est pas tout II faut frapper le dernier coup.

Charles, seul avec vous quand monsieur s'ouvre, cause,

S'il soupire, et paraît regretter quelque chose,

Alors insinuez qu'il est bien isolé ;

Que par une compagne il serait consolé.

Peignez-moi, j'y consens, sous des couleurs riantes ;

Dites que j'ai des traits, des façons attrayantes ; 270

Du maintien, de l'esprit, des talents variés ;

Que je suis fraîche encore... Enfin vous me voyez.

Dites, si vous voulez, que j'ai l'air d'une dame ;

Qu'en entrant, de monsieur vous me crûtes la femme.

Ch, Volontiers. Mme Év, En un mot, vous avez de l'esprit,

Et je compte sur vous. Ch. Oui, madame, il suffit.

Mme Év. Vous m'entendez donc bien ? Ch. Rassurez-vous,

de grâce ; Je dirai... ce qu'enfin vous diriez à ma place. Mme Év, Je ne suis point ingrate, au reste ; et soyez sûr Qu'un salaire . . . Ch. Croyez qu'un motif bien plus pur. . . 2 80 Mme Év, Paix !... j'aperçois monsieur.

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