CHAPITRE XVI
Auguste commença son' récit à l'instant où il partit avec son oncle ; mais pour ne pas fatiguer le lecteur par une répétition de ce qu'il sait déjà, je ne prendrai sa relation qu'à l'instant où il prit la résolution de se jeter dans la mer.
— Je Voudrais parler avec respect de mon oncle, dit-il , mais , ma chère Becky , la vérité me force à dire qu'il agit en ce moment à mon égard en brute et en tyran. Je le conjurai, pour l'amour du ciel , au nom de ma mère , au vôtre , de me condamner à subir n'importe* quelle autre peine que celles des verges ; il fut inflexible. Je prends Dieu à témoin que je ne méditais pas un suicide; je ne voulais qu'échapper à l'ignominie, à l'injustice , à la tyrannie ; j'épiai même une occasion
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favorable. Je ne savais nager que très peu ; mais quand je vis arriver près du vaisseau une cage à poulets, qui avait été jetée à la mer du bord d'un autre navire en se préparant à l'action, je résolus de me fier à ce faible soutien , plutôt que de compter sur la merci de celui que je ne regardais plus que comme mon tyran. Je sautai dans la mer par la fenêtre de la cabine, et j'eus le bonheur de pouvoir atteindre l'objet que le ciel avait envoyé à mon secours. J'entendis beaucoup de cris et de mouvement à bord du Terrible, mais avant qu'on eût eu le temps de mettre les barques en mer, le vent et la marée m'avaient déjà poussé à plus d'un demi-mille du vaisseau , du côté de la terre.
J'étais transi de froid , et je me repentais bien vivement de cet acte de témérité. Je pensais à vous, oui ; et je me reprochais d'avoir écrit cette lettre imprudente à ma mère. Je vis notre flotte mettre à la voile et s'éloigner. Etant sur la surface de l'eau, les vaisseaux me paraissaient comme d'énormes montagnes. Plusieurs bâtiments pêcheurs passèrent près de moi, mais il faisait nuit, et aucun d'eux ne m'aperçut. J'en hélai quelques-uns , mais ma voix était devenue si faible , qu'à peine l'entendais-je moi-même, et je renonçai enfin à une tentative inutile.
Je ne crus pourtant pas un instant que ma
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DQOrt fût prochaine. J'avais iule grande conlianee en ma bonne fortune. Ce ne fut que lorsque j'eus pour adversaires des hommes plus eruels que l'Océan, que je commençai à désespérer de mon destin. Mais alors j'avais en ma faveur la Pro\idenee et une forte marée; et ainsi, je ne dirai pas Je me trouvai , — car j'avais perdu connaissance, et je ne me tenais accroché à ma cage à poulets que par un instinct purement animal; — mais on me trouva sous le taille-mer du vaisseau Amiral Français.
— Le taille-mer ! — Qu'est-ce que cela ? — Fùtes-vous blessé? demanda miss Belmont.
— Oh non ! Le taille-mer est un instrument destiné à fendre les vagues, et dont le tranchant est à peu près aflîlé comme le dos d'un cheval.
Le récit d'Auguste fut interrompu plusieurs fois de la même manière, pour lui demander l'explication de dilfércnts termes de marine , et toujours par Rosa; car Rébecca était tellement absorbée par l'attention qu'elle donnait à tout ce qu'il disait, que s'il eut cité un passage grec, elle n'aurait pas voulu l'interrompre pour lui demander ce qu'il signifiait.
— Je dois dire que le vieil amiral français me traita noblement, il me prit en amitié, et comme il n'avait pas d'enfants, il m'offrit de m'adopter et de me dure son héritier, si je voulais me faire
naturaliser Français , et entrer au service de la France dans sa marine. 11 essaya aussi de m'inoculer les principes démocratiques et révolulutionnaires qui régnaient alors en France. 11 fit sonner à mes oreilles les grands mots de liberté et d'égalité , et ses arguments confondirent souvent ma raison ; mais mon cœur était en Anglegleterre, avec ma mère et avec vous, Rébecca, et c'était un rocher contre lequel il ne pouvait qu'échouer.
Je passai un an avec lui , étant son prisonnier sur parole. Mais laliberté avec laquelle j'avais trop souvent exprimé mon opinion sur les atrocités qui se commettaient alors en France m'ayant fait beaucoup d'ennemis , les autorités publiques requirent M. Fresnoy de me livrer entre leurs mains, et il fut forcé d'obéir. Pendant que j'étais avec lui, j'écrivis plusieurs fois en Angleterre, mais il paraît qu'aucune de mes lettres n'arriva à sa destination.
M. Fresnoy m'avait remis des lettres pour me recommander aux autorités qui devaient décider de mon sort à Paris; mais elles avaient déjà reçu un grand nombre de lettres contenant des recommandations bien différentes, et l'on m'envoya en prison à Verdun, où je fus confondu avec l'écume de toutes les nations que la France avait eues à combattre par terre et par mer. Il ne s'y
trouvait que très peu de marins anglais, cl, presque sans exception , c'étaient des matelots pris à bord de bâtiments marchands. Ils n'\ lestaient même pas longtemps, caria plupart, —je rougis de le dire, — pour échapper aux rigueurs de leur emprisonnement, consentaient à servir à bord des vaisseaux de guerre français.
La tentation était grande. Mais ce qui m'y exposait n'était pas le désir de respirer un air frais, de recouvrer ma liberté, d'à voir la société d'hommes différents des êtres misérables dont je partageais la prison; c'était l'espoir de pouvoir réussir à m'échapper , de recevoir la bénédiction de ma mère et d'embrasser ma petite femme. Mais pour être admis à servir à bord d'un vaisseau français, il aurait fallu donner ma parole d'honneur de ne pas chercher à m'échapper, et c'était une barrière que je ne pouvais franchir , — pas même pour vous revoir, ma chère Rébecca. Je restai donc; je mangeai le pain dur et amer de la captivité, exposé aux insultes et aux affronts, et je ne sais comment je pus y résister.
— Mon pauvre Auguste !
— Enfin, sans espoir de succès, et plutôt pour me faire une occupation et m'empêcher de tomber dans l'apathie et le marasme, je commençai à former des plans pour m'échapper, et je travaillai ensuite à les exécuter. D'abord je me moquais
moi-même de mes efforts, mais, à mesure que mes travaux avançaient , je me livrais à l'espérance, et je travaillais toutes les nuits à creuser un passage souterrain qui devait conduire du cachot dans lequel j'étais enfermé chaque soir Justine hors des murs de la prison. Malheureusement, mes geôliers s'en étaient aperçus; ils s'amusèrent sans doute de mes travaux inutiles, et quand ils virent que j'étais sur le point d'arriver à mon but , ils me placèrent dans un autre cachot cà l'autre extrémité de la prison , et me dirent en ricanant que je pouvais recommencer sur nouveaux frais.
— Quelle cruauté î
— Non, car en me laissant m'occuper plusieurs mois de cette tentative infructueuse, ils m'empêchèrent de me livrer au désespoir. Peu de temps après, sans avoir creusé un nouveau souterrain, sans avoir formé aucun plan d'évasion , je sortis tranquillement de prison. Cinq minutes auparavant, je croyais encore que j'étais destiné à passer une bonne partie de ma vie dans cette odieuse captivité , et quand je fus au-delà des fortifications, et que j'eus traversé le pont-levis, je pouvais à peine croire que j'étais hors de prison.
— Mais comment cela est-il arrivé ? demanda miss Belmont. Quelque bonne fée vous aurait-
LE villi \ COMMODORE. Ul
elle rendu invisible P Avicz-vous trouvé les bottes de sept lieues du petit Poucet 4
— Vour célébrer une des victoires de Bonaparte, — je ne me rappelle pas laquelle, — il y eut un jour une grande fètc dans la forteresse. Je ne dirai pas (pie les sentinelles et les geôliers chargés de veiller sur les prisonniers fussent ivres, mais ils l'étaient du moins d'enthousiasme, car il était arrivé dans la matinée trois détachements nombreux de prisonniers autrichiens, et il y avait alors dans le dépôt plus ûje captifs qu'il n'en pouvait contenir. Une des vieillies femmes de la ville à qui l'on permettait d'entrer dans la prison pour -vendre aux prisonniers, à un prix exorbitant, le rebut des boutiques de fruitières et de pâtissiers, y arriva ivre , et parcourut, dans cet état, lescoursetlescorridorsdcla prison. Quelques soldats, qui n'étaient pas de garde, s'amusèrent à la faire boire encore, et se divertirent ensuite à lui jeter de la boue au visage et sur tous ses vêtements. Epuisée de fatigue, et accablée par l'ivresse, elle tomba dans un coin obscur et s'endormit. Ses persécuteurs s'éloignèrent en riant, pensant qu'elle s'en irait quand elle aurait cuvé son vin.
j'avais vu toute cette scène, et une idée heureuse me frappa toul-à-coup: je me couvris le visage de boue ; je pris à cette femme, sans qu'elle
s'éveillât, sa robe et son jupon de dessus, et m'en étant affublé, après avoir jeté mon habit sur elle , je mis sur ma tête son vieux chapeau de paille , et, prenant son panier, je m'acheminai vers la porte, en imitant la démarche d'une femme ivre. Elle était maigre et de grande taille, et toutes les sentinelles méprirent pour elle. Aucun d'eux ne songea à m'arrêter, ni à me questionner, mais poussant des huées, ils me reconduisirent à coups de pieds jusqu'au dernier pont-levis, tandis qu'un vieux sergent m'enjoignait d'un ton sévère de ne jamais remettre le pied dans la forteresse, ordre que je me promis bien d'exécuter, autant que cela dépendrait de moi.
— Vous n'avez pas besoin d'insister sur ce point, dit Rosa en riant ; mais voyez-vous bien que vous étiez né pour être une vieille femme, et je vous dis qu'en en portant les habits vous réussirez toujours. Vous m'avez presque gagné le cœur avec ce beau vertugadin. Ne vous ai-je pas déjà dit qu'il vous sied à merveille?... Eh bien , combien de temps avez-vous joué le rôle de vieille marchande de pommes, et conservé la robe, le jupon, le chapeau et le panier que Votre Seigneurie s'était si adroitement appropriés ?
— Dès que Ma Seigneurie fut hors de la ville, elle commença par chercher de l'eau , et ayant aperçu une mare, je m'en approchai, je me dé-
barrassai de tous les objets que j'avais empruntés, et je m'empressai de me laver la tète et les mains. Cet acte de propreté fut sur le point de me faire retourner en prison. Mes cheveux n'étaient pas encore secs, quand je vis de loin deux dragons à cheval qui avançaient vers moi. Je pensai qu'on s'était déjà aperçu de mon évasion, et qu'on les avait envoyés à ma poursuite. Rien n'était plus probable, car ils regardaient de tous côtés, mais heureusement ils ne me virent pas , car dès que je les avais remarqués, je m'étais jeté ventre à terre. Quand ils arrivèrent près de delà mare, ils s'arrêtèrent, descendirent de cheval, et passèrent une minute ou deux à examiner les objets que j'y avais laissés, et je profitai de ce moment pour me réfugier dans un toit à porcs qui était sur le bord de la route. Vous pouvez bien croire que, lorsque j'en sortis, une seconde ablution ne m'aurait pas été inutile.
Ma bonne étoile vint à mon secours. Tandis qu'ils s'emparaient des dépouilles que j'avais abandonnées , ils virent à quelque distance un homme qui courait à toutes jambes à travers les champs ; ils remontèrent à cheval et lui donnèrent la chasse. Qui était cet homme, et pourquoi courait-il ainsi ? c'est ce qui sera probablement toujours un mystère pour moi. Quoi qu'il en soit ayant trouvé un chevai qui paissait tranquillcmenl
leregaind'un champ de luzerne, il sauta légèrement sur son dos, quoique le coursier n'eût ni selle ni bride, et, le pressant des talons, il partit au galop. Les deux dragons continuèrent à le poursuivre; mais parvinrent-ils à s'emparer de lui, c'est ce que j'ignore, et ce dont je ne me suis jamais informé.
— Et c'est précisément ce que je voudrais savoir , s'écria Rosa; je meurs d'envie de connaître l'histoire de cet homme. Pourquoi nous en avez-vous parlé , Gusty ? Cet épisode n'était pas essentiel à votre histoire. Vous avez fait naître en moi une curiosité qui n'étant pas satisfaite, durera autant que ma vie... Mais, pardon, j'oublie que je laisse Votre Seigneurie très convenablement logée avec des pourceaux.
— Rosa, Rosa! s'écria Rébecca presqu'en colère, comment pouvez-vous parler si inconsidérément?
— Pas très convenablement pour eux , miss Belmont, du moins si je dois en juger par l'accueil que je reçus. Ce salon était occupé par une mère et sa nombreuse famille ; les enfants , dès qu'ils me virent, firent un tapage si infernal, qu'on aurait dit qu'ils me prenaient pour un ogre qui venait pour les dévorer ; et la mère , matrone vénérable par son âge et son embonpoint, faisait la basse, en montrant les dents, et elle finit par
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me mettre à la porte de son château à coups <le groin. Cette aventure m'a appris à avoir un profond respect pour un anneau. La vieille dame en portait un au nez, à l'Indienne ; et, sans cette circonstance, je n'en aurais peut-être pas été quitte à si bon marché î La nuit approchait, et voyant à quelques pas un gros tas de paille de fèves , je m'y enfonçai... Pourquoi riez-vous, Rosa? Ce n'était pas un tas de fumier, sur mon honneur.
— Et quand cela eût été; d'un toit à porcs à un tas de fumier , la transition aurait été fort naturelle.
— Je vous dis que c'était la plus belle paille de fèves imaginable. Quoiqu'il en soit, je n'avais nulle envie de dormir, et, dès que la nuit fut tout-à-fait tombée, j'en sortis pour chercher un asile.
— Et cherchiez-vous le plus bel hôtel, ou le plus humble et le moins fréquenté?
— Je n'examinais ni les pierres, ni les briques, Rosa. C'était dans le cœur humain que je voulais trouver un asile, et comme la physionomie est le miroir de l'âme, j'avais résolu de me mettre à la merci de la première jolie femme que je rencontrerais.
— 0 Auguste!
— ORébecca ! s'écria miss Belmont; il montrait en cela une sagesse inlinic. Vu la société qu'il ve-
naît de quitter, et la toilette qu'il avait faite dans le salon où il s'était réfugié , il devait être très présentable.
— Je dois convenir que personne ne pouvait avoir un extérieur moins prévenant, mais heureusement je ne me voyais pas , et ainsi une mauvaise honte ne pouvait nuire à ma présence d'esprit.
— Présence d'esprit! Quelle heureuse périphrase pour désigner votre... votre...
— Quoi? charmante sorcière.
— Oh ! je n'aurai pas Y impudence de vous le dire.
— Eh bien , il est heureux que ma présence d'esprit s'arrête à quelque chose. — Je rentrai donc dans un faubourg de la ville, et je regardais aux fenêtres de toutes les boutiques pour trouver une figure qui m'inspirât de la confiance; mais je commençais à craindre d'être trouvé moi-même auparavant.
— Je me serais enfuie dans la campagne, dit Rosa.
— Comment le pouvais-je? Je n'avais que mes pantalons et ma chemise , et un chapeau de paille que j'avais pris sur une haie où on l'avait mis pour le blanchir.
— Il me semble que nous nous trouvons en compagnie très respectable , dit Hosa en se-
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codant sa robe, et on écartant sa chaise de celle d'Auguste.
— C'était en pays ennemi , miss Belmont.
— Ne l'écoutez pas, Gus. Nous aurons bientùi notre tour à rire.
— Je crois, Rébecca , que le vol d'un chapeau de paille ne sera pas le pire de ceux qu'aura à avouer ce personnage respectable en recherche d'une jolie figure. — Je parlerai en sentences. — Celui qui convoite la figure, ne se fera pas scrupule de voler le cœur.
Auguste rougit comme si le costume de femme qu'il portait lui eût été naturel. Il rougit même plus que n'aurait pu le" faire une vieille femme. — Il rougit comme une jeune fille. Rébecca se sentit un instant la fille du vieux Commodore, et le bout des doigts commença à lui démanger. Il y avait un sujet sur lequel elle n'entendait pas la plaisanterie, et Rosa, dans sa gaîté badine, y avait malheureusement touché. Il y eut une ou deux minutes de silence, et tous trois avaient l'air mal à l'aise. Rosa sentit qu'elle avait été trop loin. Elle prit la main de Rébecca après une couple de tentatives infructueuses, l'embrassa sans prononcer un seul mot; le nuage se dissipa, le soleil reparut, et Auguste continua son récit.
— N'ayant d'autre dessein (pie de trouver un
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lieu de refuge pour le moment , et craignant d'avoir bientôt à rentrer dans cette prison d'où j'avais eu tant de peine à sortir, je remarquai enfin une figure beaucoup au dessus de tout ce que j'avais espéré.
— Où? demandèrent en même temps les deux amies.
— 11 en était temps ; car le qui vive ? d'une patrouille dans une rue voisine m'inquiétait l'oreille. Je vous dis que je la vis à temps ; mais j'hésite à vous dire où. Rosa va encore rire , et je n'aimerais pas à entendre rire quand il s'agit de ma bienfaitrice.
— Je vous promets de garder mon sérieux , Auguste . continuez.
— Eh bien , ce fut dans une des plus humbles boutiques de ce faubourg , dans celle d'un barbier. Il était occupé à rétablir l'ordre parmi les boucles réfractaires d'une vieille perruque , et sa fillelui faisait une lecture. La lumière d'une lampe tombait sur les traits de celle-ci ; je les voyais sous un jour particulier , et dans des circonstances particulières ; ils me parurent ne pas appartenir à ce monde ; mon parti fût pris en un moment, et j'entrai hardiment. Ils se levèrent tous deux avec un air de politesse qui leur semblait naturel. Ma première intention avait été de m'adresser à la jeune personne , et d'implorer , sans circonlo-
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cutioh, sa pitié et sa protection ; cependant j li< '•sitai un moment. Ils sourirent l'un et l'autre, et avant que j'eusse pu ouvrir la bouche, le père me dit:
— Monsieur voudrait peut-être se laver, a\anl de se faire raser? Un coup d'œil sur son petit miroir m'apprit (pie j'en avais grand besoin , et je le saluai en silence. Sa fille m'apporta une cuvette, un pot d'eau et une serviette, et se retira. Je me lavai la tète cl les mains ; je m'assis ensuite sur une chaise que son père me présenta, et je fus rasé presque sans le savoir. Quand cette opération fut terminée, je restai assis comme si j'eusse attendu qu'on la fit une seconde fois , car je désirais que la jeune fille revînt, avant de m'expliquer. Cependant, comme elle ne reparaissait pas, je fus enfin forcé d'avouer, non seulement que je n'avais pas d'argent mais que j'étais un prisonnier anglais, échappé de prison depuis quelques heures. M. Florentin, c'était le nom du barbier, se mit à réfléchir ; et je voyais sur sa physionomie qu'il ne songeait pas à me trahir, mais qu'il avait grande envie de me prier poliment de quitter sa boutique. Heureusement il appela sa fille pour la consulter. Rosalie était aussi bonne que belle, et l'humanité triompha. Ils m'accordèrent un asile , quelque risque qu'ils courussent eux-mêmes en agissant ainsi.
— Vous l'aimez, Auguste ! —Je le vois, —j'en suis sûre, s'écria Rébecca les joues en feu.
— Je la respectais, je la vénérais , je l'aimais , si vous le voulez , Rébecca; et qui aurait pu ne pas l'aimer ? mais mon affection était pure et sainte; elle n'avait rien de terrestre, et je me disais : Si le ciel m'avait accordé Rébecca pour épouse , et une sœur comme Rosalie, mon bonheur sur la terre aurait été trop grand.
— Quand on est si parfaite, qu'a-t-on besoin d'être si jolie ? dit Rébecca avec humeur. — Et combien de temps êtes-vous resté avec cette canaille ?
— N'en parlez pas ainsi , Rébecca. Ils étaient d'un rang distingué, nobles, royalistes ; la révolution leur avait fait perdre tous leurs biens ; ils étaient persécutés, proscrits; ils erraient de place en place, désiraient se réfugier en Angleterre, et n'osaient pourtant s'approcher des côtes de la mer, de peur de se rendre suspects.
— Je ne doute pas qu'ils ne fussent estimables; mais combien de jours êtes-vous resté avec eux ?
— Combien de jours , Rébecca ! j'y passai des mois , — des années. Il n'y a pas cinq semaines que j'ai quitté leur toit hospitalier. Ils me mirent, même en Angleterre , à l'abri de la persécution deceux qui m'accusaient faussement, quand toutes
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les autres portes, tous les autres cœurs m'étaient fermés.
— Et le mien, Auguste , le mien ! — Oh ! ces perfides Français !
— Que voulez-vous dire, Rébecca ? dit Rosa. Je ne vois pas quelle perfidie ont commise ces généreux Français en empêchant Auguste défaire connaissance avec Newgate. — Et comment passiez-vous votre temps avec eux ?
— Le père m'apprit le métier qu'il faisait par nécessité. Je voyageais avec lui , passant tantôt pour son apprenti, tantôt pour son neveu. Je le servais fidèlement ; ce n'était qu'ainsi que je pouvais prouver ma reconnaissance.
— Hum! — C'est une question délicate à faire au comte d'Osmondale, — mais réellement Votre Seigneurie prenait-elle un homme par le nez ?
— Vous êtes aussi caustique que vous êtes belle, Rosa. C'est une question à laquelle je ne suis pas obligé de répondre. Je vous dirai pourtant que , tout lord que je suis, je ne rougis pas d'avoir gagné mon pain honnêtement. Quoi qu'il en soit , il est inutile d'insister longuement sur cette partie de ma vie, qui n'offre aucune variété.
J'ajouterai seulement , pour la satisfaction de Rosa, que mes mains ne se souillèrent jamais d'aucune action qui puisse me faire honte; —et pour celle de Rébecca, que je n'ai jamais fait l'amour ii. 11.
à Rosalie. — Etes-vous contentes Tune et l'autre?
Elles dirent qu'elles Tétaient, et par conséquent nous devons le croire. Il continua son récit ainsi qu'il suit :
— Nous vîmes bientôt qu'un faubourg de Verdun ne pouvait plus être un lieu de sûreté pour nous. Nous en partîmes, et nous voyageâmes de ville en ville et de village en village, courant quelquefois le risque d'être arrêtés, attendu quelque formalité qu'on prétendait manquer à nos passeports. Ce genre de vie ne pouvait durer longtemps; le peu d'argent que M. Florentin avait en réserve s'en allait rapidement, car ne restant jamais que peu de temps dans le même endroit, la profession qu'il avait adoptée ne lui rapportait pas de quoi fournir à nos dépenses. Nous résolûmes donc enfin de risquer de nous approcher des côtes. Là y je trouvai bien des occasions pour faire passer des lettres en Angleterre, mais je n'osai jamais en profiter, de crainte que mes amis , emportés par leur affection pour moi, ne me répondissent; que leurs lettres ne fussent interceptés; qu'on ne me découvrît , et qu'on ne me remît en prison, ce que je craignais plus que la mort.
M. Florentin, ayant pris tous ses arrangements, partit avec sa fille plusieurs mois avant moi, et arriva sans accident en Angleterre. Je les aurais certainement accompagnés, si j'eusse eu de quoi
payer mon passade, ce qu'on ne pouvait obtenir alors (|iie moyennant une somme exorbitante > el
il ne restait plus assez d'argent à M. Florentin pour m'en faire l'avance. Je restai donc seul. Le maître du bâtiment contrebandier me dit à son retour que M. Florentin avait loué à Londres une petite boutique de barbier , et me donna son adresse. Je m'étais alors tellement francisé , que tout le monde me prenait pour un Français, et je continuai à porter le nom que j'avais priscoinmo neveu de M. Florentin, Jacques Lcmeunier.
Ce nom rappela à Rébccca la terrible proclamation; elle devint paie comme la mort, mais elle ne dit pas un seul mot.
— Je ne me souciais pas de me montrer dans les villes ; mais je commençais à être connu sur la cote et dans les campagnes : je menais ainsi une vie précaire et fort dure. Mes dignes amis , les Florentins, m'avaient forcé, avant leur départ, à accepter deux quelques pièces d'argent; mais, malgré la plus stricte économie , cette ressource ne pouvait toujours durer, et elle finit par s'épuiser. Les tentations vinrent alors nf assaillir, et j'y succombai. Trouvant une excuse pour oublier mes principes dans mon affection pour ma mère, pour llébecca , et moine pour mon pays, je m'enrnlai parmi les contrebandiers , dans l'espoir d<> pouvoir déserter dès que nous aborderions en
Angleterre. — Me le pardonnez-vous , chère Rébecca ?
— Il n'y avait aucun mal à cela, Gus; j'en aurais fait autant moi-même.
L'assertion de miss Bacuissart était un peu hardie; il n'est jamais permis de se liguer avec les ennemis de son pays pour le frauder d'une partie d'un revenu auquel il a droit. Quoi qu'il en soit , l'individu qui y était particulièrement intéressé parut satisfait de cette décision , et il l'embrassa même pour l'en remercier. Je ne discuterai donc pas cette question, et je continuerai à rapporter son récit.
— Mais mes nouveaux compagnons, me supposant neveu d'un royaliste émigré, et n'ayant en moi qu'une demi-confiance, me surveillaient toujours de très près quand nous arrivions sur les côtes d'Angleterre; et , tandis qu'ils s'occupaient à débarquer leurs tonneaux d'eau-dc-vie et leurs balles de dentelles , ils me laissaient à bord avec ceux qui étaient chargés de garder le bâtiment. Je fis ainsi plusieurs voyages avec eux sans pouvoir une seule fois mettre le pied sur le territoire de l'Angleterre.
— Pardon , milord , dit Rosa ; mais Votre Seigneurie a-t-elle encore quelques-unes de ces belles dentelles que vous avez passées en fraude ? J'espère que vous m'en donnerez la préférence.
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— Ne raillez pas ainsi, miss Belmnnt, ou je vous retirerai la préférence que je vous ai déjà donnée.
— Me pcrmettrcz-vous , inilord , de vous demander humblement à qui vous me préférez ?
— À tout le monde, excepté
— Je n'aime pas les exceptions. — Voyons , voyons, que fîtes-vous avec ces contrebandiers ?
— J'appris à connaître les sondes du canal l>i ilannique, les cotes d'Angleterre, les rochers, les bas-fonds, les bancs de sable; et j'y réussis si bien que , si toute ressource venait à me manquer, je pourrais devenir un excellent
— Vous n'irez plus en mer, Auguste, non, en quelque qualité que ce soit; c'est un point que j'ai décidé. — Je déteste la mer.
— La fdle du vieux Commodore ne devrait pas parler ainsi. Quoi qu'il en soit, j'arrive en ce moment à la partie la plus fâcheuse de mon histoire. — Une troupe de révolutionnaires, de ces gens qui ne songeaient à rien moins qu'à renverser tous les gouvernements , devaient se rendre en Angleterre pour y jouer le rôle d'espions et d'incendiaires, et ils s'étaient déjà assurés de plusieurs partisans dans la capitale. Je cherchai à gagner les bonnes grâces de ces jacobins, et enlin ils consentirent à m'admettre dans leur troupe , et nous nous rendîmes à Londres par des chemins détournés, et en ne marchant (pie la nuit.
— Mais pourquoi ne les avoir pas quittés surle-champ? demanda Rosa.
— Hélas ! je n'avais quitté mes premiers tyrans que pour en prendre d'autres, et je n'eus pas à me réjouir de me trouver dans mon pays natal. J'aurais regardé comme une bassesse de dénoncer mes compagnons; mais je savais que, une fois à Londres , il leur serait impossible de m'empêcher de leur échapper. Je me résignai donc à souffrir leur compagnie jusqu'à mon arrivée dans cette ville.
Dans une troupe de scélérats, il s'en trouve toujours quelqu'un qui l'est plus que les autres , et qui ne cherche que l'occasion de les trahir s'il y trouve son intérêt. Tout ce que je sais , c'est que tous les mouvements de cette formidable armée d'invasion, composée dehuit hommes, étaient connus du gouvernement anglais, et qu'il connaissait même la maison qui avait été préparée pour notre réception. A peine avions-nous eu le temps de nous asseoir et de nous féliciter d'être arrivés sans accidents, et de nous trouver en sûreté , que des officiers de police arrivèrent , comptant nous arrêter en masse, et nous sommèrent de les suivre. Malheureusement pour moi, ils n'avaient pas compté éprouver de résistance , et ils n'étaient pas en force suffisante. N'étant que quatre , ils furent renversés , désarmés , bâillonnés , garrottés , et
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on les porta dans un cellier , à l'exception de leur chef, (|ui resta au premier étage, nageant dans son
sang , ayant été percé d'un coup de poignard par le chef de notre bande , le capitaine Mainspring, comme on l'appelait , quoique je croie que ce n'était qu'un nom de guerre.
Mes compagnons ne songèrent plus alors qu'à s'enfuir ; mais , fort de mon innocence , je refusai de les suivre. Ils s'écrièrent sur-le-champ que j'étais le trailrc qui les avait vendus , et , sans vouloir m'écouter , ils se précipitèrent sur moi , me chargèrent de coups , et me laissèrent sans connaissance ; mais quand je revins à moi , je me trouvai dans la situation la plus horrible.
J'étais étendu par terre , vêtu des habits du capitaine Mainspring , qui avait pris les miens pour s'enfuir , et qui avait laissé à côté de moi son poignard , dont la lame était ensanglantée. J'étais à côté de l'officier blessé, qui avait recouvré l'usage de ses sens , et qui appelait du secours d'une voix faible. On l'entendit pourtant, et la chambre fut bientôt pleine de monde. On rendit la liberté aux trois hommes qui étaient enfermés dans le cellier ; on lit transporter le blessé à l'hôpital de Middlesex , on m'arrêta comme meurtrier, et l'on me conduisit dans la prison de Clerkenwell. rendant tout ce temps j'étais si confondu de cet événement étrange , et j'étais encore tellement élour-
di d'up coup que j'avais reçu sur la tête , qu'il me fut impossible de prononcer un seul mot.
Les deux amies interrompirent cette relation en poussant un cri d'horreur, et elles se jetèrent dans les bras l'une de l'autre en versant un torrent de larmes. Quand leur émotion se fut un peu calmée , Auguste reprit son récit.
— Il me reste peu de chose à vous dire , mais c'est ce qu'il y a de plus terrible dans toute cette aventure. Le lendemain matin , on me conduisit devant les magistrats parmi lesquels je reconnus, Rébecca, votre désagréable voisin, M. Rubasore.
— Que le ciel nous protège î — Continuez , Auguste , continuez.
— Je suis certain que c'était lui. Il me regarda très attentivement , et il me fit une question à laquelle un autre magistrat me dit que je n'étais pas tenu de répondre. Cette question était si j'avais été dans les environs de Trestletree-Hall ? J'y répondis pourtant , mais ce fut négativement. Il me sembla que la honte de la situation dans laquelle je me trouvais ne devait pas s'étendre jusqu'à ceux qui m'étaient plus chers que ma propre existence. Ce n'eût pas été un grand malheur pour le monde , si un jeune homme innocent , mais inutile, avait été pendu sous le nom de Jacques Lemeunier , ou du capitaine Mainspring ; mais c'eût été une tache ineffaçable et une calamité
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éternelle pour nos deux familles , si ce jeune homme, déclaré meurtrier, avait été connu comme (ils de lady Astcll , et neveu de sir Octavius Bacuissart.
— Encore un mot semblable , et je cesse de vous aimer, s'écria Uébccca.
— Le récit véritable que je fis de tout ce qui s'était passé fut écouté avec un mépris ineffable, et la copie qu'on trouva dans ma poche du plan d'opération de la bande, et que j'avais été obligé de recevoir comme les autres , ajouta encore aux préventions qu'on avait déjà conçues contre moi. Ce fut en vain que je lis valoir le coup que m'avait porté un de ces misérables ; un des trois hommes qui avaient été enfermés dans le cellier fit serment que c'était lui qui me l'avait donné dans le premier moment de l'attaque , et que j'avais été le plus déterminé de tous. Mais il me restait à subir la dernière et la plus cruelle épreuve. Accompagné de deux magistrats , je fus conduit à l'hôpital de Middlesex, et l'on me confronta à l'officier de police mourant. Le pauvre homme prétendit sur-le-champ me reconnaître , et déclara sans hésiter que j'étais son meurtrier.
— Que Dieu lui pardonne! s'écria Rébecca.
— 11 n'est pas besoin de pardon , ma chère Uébecca. Il n'aditquc ce qu'il croyait la vérité. Il n'avait vu qu'un instant son véritable meurtrier;
j'en portais les habits, et nous étions de môme taille : son erreur était involontaire. Après avoir reçu par écrit la déposition de cet homme, les magistrats rendirent un mandat d'arrêt contre mol, et ordonnèrent qu'on me conduisît à Newgate pour y attendre mon jugement. Par compassion pour mon état de faiblesse , les officiers de police chargés d'exécuter cet ordre ne me mirent pas les menottes, mais ils me firent asseoir entre eux dans un fiacre. Toutes ces formalités ne s'étaient terminées que fort avant dans la soirée, et il faisait presque nuit quand nous montâmes en voiture. Mais toutes les maisons étaient illuminées , et des feux de joie étaient allumés dans toutes les rues, en l'honneur d'une grande victoire navale dont on venait de recevoir la nouvelle.
— J'espère que c'était celle de mon père , dit Rébecca.
— Une foule d'oisifs et d'enfants faisaient partir des pétards et des fusées. En passant par une rue qui était pleine de monde, et au milieu de laquelle brûlait un grand feu, les chevaux devinrent rétifs. Mes gardes n'étaient pas d'accord ; l'un voulait avancer, l'autre demandait que la voiture tournât en arrière. Pendant cette discussion, un pétard tomba sur les chevaux et éclata entre eux; ils s'emportèrent; une roue de la voi-
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ture passa sur le bois qui brûlait, et elle versa dé rautro coté. Le choc avait ouvert la portière de dessus, je inc hâtai d'en profiter, et avant que nies gardes , renversés au fond de la voiture ,
eussent eu le temps d'en sortir, j'étais déjà bien loin. L'un d'eux avait en sa possession le poignard qui devait être produit lors de mon procès, comme pièce de conviction contre moi , et il l'avait laissé tomber. Un mouvement d'instinct me le fit ramasser en partant , et c'est celui que je vous ai remis dans la réserve, Rébecca , sans vous avoir reconnue.
— Je n'y toucherai de ma vie, Auguste. — Le voilà sur cette table.
— Qu'il y reste! La lame a été souillée de sang humain. Une nécessité absolue pourrait seule me déterminer à m'en servir. — Ne sachant où aller, ni que devenir , je me rappelai tout-à-coup l'adresse des Florentins, et je me rendis chez eux. Ils me reçurent sans hésiter, et me sauvèrent ainsi une seconde fois.
— Encore ces Florentins! s'écria Rébecca avec quelque dépit.
— Mais la police me cherchait avec activité; elle découvrit ma retraite, on vint un soir pour m'arrêter, et j'aurais été pris si Rosalie ne m'eut aidé à me sauver par une fenêtre donnant sur le derrière de la maison , tandis que son père par-
lementait avec les officiers de police avant de leur ouvrir la porte. J'avais déjà formé le projet d'aller dans les environs de Trestletree-Hall ; je l'avais dit sous le plus grand secret à mes dignes amis , et je répétai à Rosalie en parlant que j'allais diriger mes pas de ce côté, ce que je fis sur-le-champ. Je désirais savoir qui s'y trouvait en ce moment, et surtout consulter M. Underdown...
— Underdown vous livrerait à la justice , Auguste, soyez-en bien sûr. — Qu'allons-nous faire ?
— Je ne puis rester plus longtemps ici , Rébecca. — Quel bonheur ce serait, si je pouvais voir mon oncle! — Il n'aurait pas les scrupules de M. Underdown. Il me procurerait un homme de loi honnête et intelligent, ou il me trouverait quelque moyen de quitter ce pays jusqu'à ce que je pusse prouver mon innocence.
— Rosa, s'écria Rébecca , je suis trop agitée pour pouvoir écrire. Vous savez tout; écrivez à l'instant à mon père. Ne lui cachez rien. Je lui enverrai votre lettre dès qu'elle sera finie , et le meilleur cheval de l'écurie portera le messager.
Rosa se retira dans sa chambre pour écrire j et, pour la première fois , les deux amants restèrent tète à tête.