CHAPITRE XVII
Pendant ces quatre jours , M. Underdown fut dans un état presque à faire pitié. Dans tous les environs, aussi bien que dans la maison , on était convaincu que miss Belmont était attaquée d'une fièvre contagieuse; mais, quoique personne n'eut osé se présenter à Trestletree-Hall, de crainte de gagner l'infection , un œil vigilant était toujours ouvert sur tout ce qui s'y passait. Est-il besoin de dire que c'était celui de M. Rubasore , qui avait fait à cette maison l'honneur de la placer sous sa surveillance ?
Il avait remarqué qu'indépendamment des lettres apportées par la poste , deux et quelquefois trois exprès arrivaient chaque jour à Trestletree- Hall, cl en repartaient ; il s'était également assuré
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que ces exprès étaient envoyés de Londres par le vieux Commodore, et y retournaient ensuite; et il en conclut très justement qu'une correspondance si active entre sir Octavius et M. Underdown ne pouvait avoir rapport qu'au meurtrier désigné dans la proclamation, car il savait parfaitement que ce prétendu meurtrier était Auguste Astell.
Miss Matilde , mistress et miss Oliphant n'étaient guère plus tranquilles que M. Underdown, quoique leurs craintes n'eussent d'autre objet que le danger que couraient , à ce qu'elles croyaient , miss Belmont d'abord, et ensuite Rébecca , qui ne la quittait pas un instant. M. Underdown leur tenait rarement compagnie, et quand il était avec elles , ce n'était jamais que pour quelques instants. A leurs questions réitérées, où est donc le Commodore ? — Pourquoi n'arrive-t-il pas ? il répondait toujours qu'il ne tarderait pas à arriver ; mais qu'il était retenu à Londres par des affaires de la plus grande importance. En un mot, à l'exception des deux amants, chacun, à Trestletree-Hall , pensait que ces quatre jours ne (iniraient jamais.
Mais suivons un moment les opérations du vieux Commodore. Dans la métropole de l'Angleterre, l'or est tout-puissant ; mettez-en une quantité suffisante sur les paupières d'un homme de loi ,
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• 1rs écailles tombent de ses yeuxi, et il voit clairement ce qui lui paraissait auparavant trouble et indistinct. Sir Oelavius en prit sur-lcehamp trois des plus intelligents à sa solde ; avec leur aide, il découvrit les Florentins, et il apprit d'eux tout ce qui concernait son neveu. H ne doutait pas de son innocence, et connue ils lui dirent de quel coté il était allé en les quittant , il devina aisément où il était caché, et à peu près de quelle manière, ce qui ne lui déplut nullement.
L'important était de fournir une explication complète et évidente des circonstances qui formaient la seule preuve des crimes dont Auguste était accusé. Malheureusement le blessé était mort vingt-quatre heures après avoir déclaré qu'Auguste était son meurtrier ; mais l'homme qui avait prêté serment que c'était lui qui avait donné à l'accusé un coup sur la tête, rétracta sa déposition après avoir eu une conférence satisfaisante avec les hommes de loi du Commodore, et prêta serment qu'il s'était trompé. Mais le point important était de s'emparer de la personne du wrilable capitaine Mainspring; une récompense de cinq cents livres sterlings fut offerte à quiconque le dénoncerait.
Après avoir paru une fois en grand uniforme devant son souverain, sir Octavius passa tout son temps à courir au ministère de l'intérieur, à pas-
ser successivement aux différents bureaux de police de la capitale, et à donner audience chez lui à des officiers de police et à des suppôts de justice de toute espèce. Je ne désire ni croix, ni rubans, ni distinctions, dit-il un jour au ministre ; rendez-moi seulement mon neveu avec son honneur intact. Au milieu de la gloire dont il venait de se couvrir, et de la popularité qu'il avait justement acquise, c'était une demande bien modérée, et l'on mit tout en œuvre pour y répondre d'une manière satisfaisante en mettant à sa disposition tous les moyens possibles de faire des recherches et des perquisitions. Pendant quelques jours , on aurait pu dire qu'il avait échangé le commandement de son escadre pour celui de la police de la métropole ; et dans les démarches multipliées qu'il fallait faire tous les jours et à chaque instant du jour, le capitaine Oliphant lui servait d'aide-de-camp.
Le grand désir du Commodore était d'éviter à son neveu le désagrément d'un procès criminel, et, si cela était impossible, de faire en sorte qu'il ne parût à la barre, comme accusé, que lorsqu'il aurait à produire des preuves suffisantes pour obtenir une déclaration triomphante de son innocence.
Enfin la fortune , croyant sans doute qu'elle avait assez fait courir le vieux Commodore goût-
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teux, et persécuté son neveu innocent, voulu! les en dédommager en déterminant un des jacobins qui étaient venus en Angleterre avec le capitaine Mainspring, à gagner la récompense promise, en dénonçant son chef et en faisant connaître lYndroit où il logeait. La maison fut entourée surle-champ, et il fut arrêté après une résistance désespérée, dans le cours de laquelle il commit un second meurtre.
Ses aveux et la déclaration de son complice, devenu son accusateur , justifièrent complètement Auguste. Une nouvelle proclamation révoqua celle qui avait été publiée contre lui, et le secrétaire d'Etat chargé du département de l'intérieur signa un ordre pour qu'il fut remis en liberté sur-lechamp, si malheureusement il avait été arrêté par suite de cette affaire. Munis de cette pièce, et tout étant ainsi arrangé à leur satisfaction, le vieux Commodore et le capitaine Oliphant montèrent, sans perdre un instant, dans une chaise de poste attelée de quatre chevaux.
Il était environ sept heures du soir quand ils partirent ainsi. C'était le moment où les deux amants étaient en tète à tête, comme nous l'avons dit à la fin du chapitre précédent. La chaleur avait été excessive pendant toute la journée, et la soirée n'y avait fait succéder aucune fraîcheur. Quatre jours de retraite absolue dans une chamii. 18.
bre avaient rendu Rosa faible et languissante, car elle n'était pas ranimée par la vue et la conversation d'un amant chéri. Comme Rébecca l'avait désiré, elle avait écrit au Commodore une lettre aussi longue qu'inutile; cette lettre avait été envoyée ; elle n'avait plus rien à faire, car écouter les propos d'amour de deux amants n'est pas une occupation très agréable, et, les laissant ensemble une seconde fois, elle se retira dans sa chambre pour penser librement au capitaine Oliphant.
Auguste était aussi plongé dans une sorte d'accablement. Il était comme l'oiseau privé de sa liberté et mis en cage. Mille choses l'impatientaient, et surtout le déguisement qu'il était forcé de porter. Il y aurait presque préféré les haillons teints de sang du meurtrier, qu'il avait jetés avec indignation quelques jours auparavant.
— 0 Rébecca, dit-il après quelques instants de silence , il faut que je quitte cette maison cette nuit même.
— Impossible! et pourquoi ?
— Je ne puis plus supporter ces vêtements. Je veux me montrer en homme aux yeux de mes semblables. Si Dieu permet que leurs yeux soient ferméset qu'ils me déclarent coupable, ils verront du moins que je sais mourir en homme, — en homme innocent.
—Ces paroles sont horribles! que voulez-vous
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dire, Auguste? Vous avez la lièvre. Approche/ voire joue brûlante de la mienne; elle est plus fraîche. — Là! — Eh bien, Auguste, n'èles-vous pas mieux que si vous aviez les menottes aux mains et les fers aux pieds? Les bras qui vous entourent si tendrement sont-ils des liens desagréables? — Allons, allons, Auguste, souriez! un sourire pour votre petite femme. — Voilà qui esi bien. Vous devriez toujours sourire ainsi; cela vous donne l'air si aimable! Ètes-vous heureux à présent?
— Trop heureux et trop misérable en même temps. Je n'aurais pas dû venir ici ; je me le reproche. Si l'on venait m'arréter sous vos yeux pour me conduire en prison, à l'échafaud, vous n'y survivriez pas, j'en suis sûr.
— Non sans doute , mais je ne prétends pas être un objet de pitié pour cela. Vous avez risqué votre vie pour éviter l'ignominie des verges, Auguste; suis-je assez au-dessous de vous pour ne pouvoir me faire une gloire de mourir pour vous ? 0 mon cher Auguste, je suis une faible créature, mais mon cœur est fort. — Ne parlons plus de inorl ni d'échafaud. La tranquillité de cette chambre n'est-elle pas délîcieuçe?
— Franchement, je ne le pense pas. Il me tarde de respirer l'air frais, de voir la voûte azurée du firmament, de jouir de la perspective de verdure
qui s'étend devant nous.— Ouvrez un moment la croisée, Rébecca.
— Ce serait une imprudence, Auguste.
— Point du tout. Qui peut voir dans cette chambre? Il n'y a personne à une pareille heure, ni sur le boulingrin , ni dans les bosquets. Faites-moi ce plaisir, ma chère Rébecca, que je puisse respirer un instant l'air frais.
Rébecca se leva pour lui obéir, et ouvrit la jalousie et la croisée.
— Voilà ce qui est délicieux, Rébecca. — Et ce balcon! ah! je l'aimerai toujours. C'est là qu'après de si longues souffrances, mon cœur désolé se rassura ; c'est là que j'entendis votre voix après tant d'années d'absence; cette voix qui me sembla comme une rosée descendant du ciel ; — cette voix que je reconnus sur-le-champ, quoique votre taille plus élevée , vos traits embellis , et le changement de votre mise , m'empêchassent de vous reconnaître.
— Flatteur! Si vous cherchez à me gâter, je reprendrai mon fourreau de toile grise, et je laisserai tomber mes cheveux sur mes épaules comme autrefois.
— Vous ne serez pas si cruelle; ce serait le coup de la mort pour votre tante Matilde. — Mais avançons sur le balcon. Il doit être sacré pour nous, et nous l'appellerons l'autel de la constance.
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— Non, non, Auguste; il ne faut pas que vous paraissiez sur ce balcon. Ce serait une tenu ri lé.
— Pourquoi ?je ne veux que jeter un coup d'œil sur les lieux qui ont été si souvent témoins des jeux de notre enfance. Quepouvcz-vouscraindre? Ouand même un domestique ou un paysan nous verrait, tout ce qu'il pourrait dire serait qu'il a vu une grande dame, pleine de grâces, sur le balcon de miss Iïaeuissart.
— Ne vous imaginez pas que vous ayez l'air d'une dame, Auguste, quoique vous portiez la plus riche robe de dame qui existe peut-être dans tout ce comté. Vos cheveux d'ailleurs...
— Couvrez-les de ce qu'il vous plaira, mais allons sur le balcon. Le soleil est couché, la lune commence à se montrer à l'horizon, et les arbres delà réserve ne permettent pas encore à ses rayons de pénétrer jusqu'au boulingrin. 11 n'y a rien à craindre.
Que pouvait refuser Uébecca à son cher Auguste? Souriant un peu et craignant beaucoup , elle mit un bonnet de mousseline sur la tête de son amant, et, lui donnant la main, elle avança avec lui sur le balcon. Ils ne comptaient pas les minutes qui s'écoulaient pendant qu'ils se faisaient de nouvelles protestations de tendresse , et ils étaient tellement occupés l'un de l'autre ,
qu'ils n'entendirent pas le bruit de la fenêtre de M. Underdown qui s'ouvrait; mais ils tressaillirent, quand il s'écria d'une voix de tonnerre: John, apportez-moi mon fusil. Il y a quelqu'un sur le boulingrin; j'entends parler.
Les deux amants rentrèrent bien vite et sans bruit dans l'appartement, et ils eurent soin de fermer non seulement la fenêtre, mais même la jalousie.
Vers dix heures, Rosa vint rejoindre les deux amants, et après quelques minutes de conversation, Rébecca et elle allaient prendre congé d'Auguste, quand un grand bruit se fit entendre à la porte de la maison.
— Je suis découvert , s'écria Auguste ; on vient m'arrêter. — Ecoutez ! on enfonce la porte.
— Au balcon , au balcon î s'écria Rébecca : descendez par le balcon , Auguste, et sauvezvous dans la réserve. Vous vous y cacherez aisément.
— Comment m'est-il possible de sauter par une fenêtre , et de courir au milieu des broussailles , avec ce misérable jupon et cette infernale robe à vertugadin?
Pendant qu'il parlait ainsi , Rébecca ouvrait la jalousie et la fenêtre , mais elle les referma surle-champ avec un air de consternation.
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— Il est trop lard , s crria-l-clle , j'ai YU des hommes station nés sous la croisée.
— On ne m'arrêtera pas, Kébeeca;jc me ferai plutôt tuer.
— Et je mourrai avec vous, cher Auguste. Je suis obligé de dire que miss Iîclmoni, qui
avait si souvent, en imagination, joué le rôle d'héroïne, était en ce moment complètement parai lysée de frayeur.
— Eh bien, llosa, s'écria Uébecca, évertuezvousdonc. Ne comprenez-vous paseequi se p;isse? Auguste est en danger. 11 faut (pie nous mettions le feu à la maison, et, dans la confusion qui aura lieu, il pourra s'échapper. — Vite, vite! Prenons les draps, les couvertures, les matelas, les rideaux, les chaises, tout ce qui se trouve dans les tiroirs de nos commodes ; empilons le tout au milieu du corridor, et mettons-y le feu. — Les fous s'imaginent-ils nous prendre comme des moutons destinés au couteau du boucher ?
La pauvre Rosa , plus morte que vive, obéit sans répondre, et en quelques instants elle et Uébecca formèrent dans la partie du corridor qui était entre l'escalier et les portes de leurs appartements une pile énorme composée de tous les objets ci-devant indiqués, d'une quantité de robes de mousseline et de soie, de linge de toute espèce, et de tout ce qu'elles purent trouver de propre à
servir d'aliment aux flammes. Quand cet arrangement fut terminé, Rébecca repoussa Rosa loin du bûcher préparé, en lui disant : Retirez-vous, ma chère; vous êtes belle , bonne , accomplie, mais vous n'êtes pas digne de partager avec moi le sort d'Auguste. — Maintenant, mon cher Auguste, ajouta-t-elle, tenant d'une main lepoignard, et de l'autre une bougie allumée, il ne reste plus qu'à allumer l'holocauste, et quandl'incendie sera dans toute sa force , nous nous échapperons ensemble au milieu de la coufusion qui régnera.
— Je ne puis y consentir, Rébecca, s'écria Auguste ; donnez-moi cette bougie , et jetez ce poignarda Cette arme ne convient pas aux mains d'une femme.
Mais Rébecca prouva en ce moment qu'elle était la digne fille de son père. Serrant plus fortement le poignard, elle jeta la bougie au milieu du monceau de combustibles. Les flammes s'élevèrent en un instant, la fumée remplit tout le corridor, la chaleur devint étouffante, et Auguste fut obligé d'entraîner les deux jeunes amies à l'autre bout, et d'ouvrir une fenêtre pour pouvoir respirer.
Précisément en ce moment , sir Octavius et le capitaine entraient dans le parc. Le vieux Commodore vit les flammes qui s'élevaient du dessus delà partie de derrière de sa maison. — Au grand
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galop! postillons , s'écria-t-il, au grand galop!
— C'est quelque nouvelle frasque de Beck) ! Noll, j'en ferais serinent. Elle a déjà une fois manqué de mettre le feu à la maison, parce que je l'avais envoyée se coucher sans souper. Je vois que c'est dans sa chambre qu'est le feu. 11 faut que ce soit un tour de sa façon pour sauver Auguste.
— Plus vite, drôles, plus vite !
Les chevaux , pressés par le fouet et les éperons , eurent bientôt franchi le quart de mille qu'ils avaient encore à faire. Sir Octavius et le capitaine Oliphant se précipitèrent dans la maison par-dessus les débris de la porte brisée. Jls trouvèrent sur le grand escalier de marbre , une foule d'hommes, les uns portant des sceaux pleins d'eau pour tâcher d'éteindre le feu, les autres tenant en main des coutelas et des bâtons qui les faisaient reconnaître pour des officiers de police. Quand ils arrivèrent à l'entrée du corridor, la fumée ayant trouvé plusieurs issues , une lumière rougealre , mais vive , permettait de distinguer tous les objets. Près de la masse enflammée était M. Underdown, soutenant dans ses bras ttosa qui paraissait avoir perdu connaissance, et haranguant Auguste pour l'engager à se rendre aux officiers de police, tandis que Rébecca le tenait fortement par le bras pour l'en empêcher.
Mais de l'autre côté du brasier brûlant, c'est-
à-dire du côté du grand escalier, la figure la plus remarquable était celle de M. Rubasore , accompagné d'un autre magistrat, qui tenait en main la proclamation. Il excitait les officiers de police à traverser cette masse de feu, et promettait à haute voix de doubler la récompense qui avait été promise si l'on s'emparait du criminel vivant.
Le corridor était boisé. La boiserie était en feu ainsi que les solives du plafond, et sous cette voûte enflammée on voyait une grande femme , portant le costume de cour du siècle précédent , tenant d'une main, en guise de pique, une colonne d'un lit qui avait été brisé pour former le bûcher, et cherchant de l'autre à arracher un poignard des mains dune jeune et jolie femme. Sous la lumière étrange qui les éclairait, on pouvait à peine les prendre pour des mortels.
En entrant dans le corridor, le vieux Commodore , à la vue du spectacle que nous venons de décrire, fut tellement confondu et consterné, qu'il ne put que crier : « Sauvez mes enfants. » Mais revenant à lui à l'instant même, il s'écria de toute la force de ses poumons, et d'une voix qui se fit entendre au-dessus des cris de toutes les femmes de la maison rassemblées au bas de l'escalier : JSestroque !
— INous sommes sauvés ! s'écria Rébecca, en jetant par terre son poignard, et en se précipita ni
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dans les bras d'Auguste ; j'entends le crj de guerre
de noire maison. — Mon père esl ici î
Le \ieux Commodore saisissant Kubasore aveu son crochet de fer, le poussa en arrière, et lé lit rouler du haut en bas de l'escalier. Se précipitant ensuite à travers le bûcher dont les matériaux étaient alors presque réduits en charbons , il prit sa chère IJecky dans ses bras, repassa une seconde fois au milieu du feu, et descendit l'escalier, suivi d'Auguste que personne ne songea à arrêter. Les constablcs et les officiers de police avaient reconnu le Commodore; car Kubasore, pour ne pas manquer son coup, en avait fait venir une brigade de Londres, et ils ôtèrent leurs chapeaux en poussant des acclamations , houra ! houra î houra !
Sir Octavius porta sa ii lie dans la première chambre qu'il trouva au rez-de-chaussée. Us s'embrassèrent en pleurant, et presque au même insinstant ils virent arriver M. Underdown, Rosa et le capitaine Oliphant.
— Underdown, dit le Commodore , prenez cet ordre du secrétaire d'État, et montrez-le au magistrat et aux happe-chair. — Faites mettre tout le monde en ligne à tous les puits et au fossé du Huila, el qu'on se passe les sceaux d'eau de main en main. — Noll , vous prendrez soin de cette beauté; c'esl ma pupille, je suppose. — Eh bien,
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Gus, mon garçon, n'embrasserez-vous pas votre vieil oncle? — Bien, c'est cela. A présent essuyezvous les lèvres, et embrassez votre petite femme.
— Sur ma foi, vous avez fait tous deux de belles choses ici î Et vous pensiez que le vieux Commodore ne se doutait de rien, tandis qu'il se mettait en quatre pour vous servir. — Mais que veut dire cela? De par le ciel, Becky est une femme à présent, et une glorieuse femme , je puis dire. C'était une petite souillon quand je l'ai quittée il y a trois mois , et je la trouve une belle dame ! — La voyez-vous, Gus? — Auguste met un étinguet au cabestan.
— Dites le comte d'Osmondale, dit Rébecca , souriant en s'essuyant les yeux.
— Ne me jetez pas des comtes à la tête ? — N'était -il pas mon neveu avant d'être comte?
— Un comte en jupon et en robe à vertugadin! hum! — Noll , il faut que vous lui prêtiez un uniforme.
— Avec grand plaisir.
— Non, mon oncle, tel habit qu'il vous plaira, excepté celui-là. Rébecca me l'a interdit.
— Mais , mon frère , dit miss Matilde, vous oubliez que votre maison est en feu!
—Et quand je l'oublierais, ma sœur, ne suisje pas assez heureux pour oublier tout le reste?
— Oh,Becky, comme je voudrais avoir un verre tic grog au rhum!
Grâce au nombre et au zèle des travailleurs, le feu fui éteint promptement, et sans avoir causé beaucoup de dommage.
Mais il est temps de finir ce chapitre. Des explications sont toujours ennuyeuses, et l'on peint mal les transports des amants quand on a passé quatre-vingts ans. Je me bornerai donc; à dire que chacun se coucha ce soir à Trestletrec-llall ivre de joie et de bonheur.