SCÈNE III
MF.SSÀLA, ANNIUS.
MESS A LA
J’ai de la haine autant que toi, jeune homme. Pour ce soldat bourreau, si formidable a Hume : Mais loi, qui vas ainsi sans peur des assassins. Dis-moi quel est ton but et quels sont tes desseins. Hier, chezle vieux Titus, cœur pur, àmesans tache. Qu'un long passé de gloire aux Marins attache. On te représentait comme un ambitieux Aspirant aux grandeurs et les couvant des yeux. Ami, pendant trente ans je vécus chez ton père, Je vous aimais tous deux et vous m’aimiez.— J 'es-
[ père
Que tu me feras part, j’ai droit de l’exiger,
De ce que tu poursuis derrière le danger.
ANNIUS
Que me demandes-tu? — Je n’en sais rien moi*
[même.
Sombre, avec les élans d’une douleur suprême,
I orsque les passions s'éteignent A mon flanc.
Je ne sens plus en moi qu'un orgueil insolent.
Je ne suis plus ému des rires de l'alcôve,
El les fureurs d'agir sillonnent mon frontchauve: Et je sens tous les jours, par un transport nouveau. Les exaltations me monter au cerveau.
Oublieux du falerne et des joueurs de flûte, J'aspire’a dominer une éclatante lutte,
A remplir le Forum de débats irritants.
Pour faire quelque chose et pour passer le temps Demain vienne la paix, le front ceint de verveines. Dans un bain parfumé je m'ouvrirai les veines:
A moins que, par hasard, rêvant de gTandsexploils, Je n'aille balayer cinq cent mille Gaulois.
Oui, j'aspire à tenter les grandeurs souveraines; D'autres sont plus heureux de mangerdes murènes,
D'inventer une sauce, un assaisonnement :
Mais, hélas! c'est pitié!... je ne suis pas gourmand. mussala, à part.
O tristesse! douleurs de la pensée humaine!
Voilà donc les transports où votre excès emmène! iQuoiî des faveurs des dieux à peine satisfait,
TU n’as rien ici-bas qui t’attire?
Si fait.
En vain mon cœur flétri s’enveloppe de glace,
Les choses de la terre y gardent une place.
En vain je vais crachant ma haine et mon dédain Sur les dieux, sur moi-même et sur le genre hu-
[roaio,
Je conserve en mon cœur une image de femme :
Chaste fleur au milieu des fanges de mon âme, C'est un amour profond et plein de volupté;
Car, s’il faut te le dire, elle m'a résisté.
C’est un but, c’est un rêve, une pensée à suivre, Et, pour quelques moments, une raison de vivre.
MESS AL A
Prends bien garde! Titus n’ignore plus cela.
ANNIUS
Que m'importe ?
MRSSALA.
Mais si Marius...
ANNlUH.
Le voilà.
Un peu mieux entouré qu’aux marais de Minturne, Il sort tout triomphant du temple de Saturne. Rien. N’a-t-il rien à dire a son compétiteur?
Lepidus précède Marius. La foule reparaît nombreuse et s'agite autour des tribunes. Tou* les amis d'Ànnius se rapprochent de lui. Marius , entouré de ses vieux légionnaires, le front pile, la démarche mal assurée, l'ipil éteint , descend au Forunt et s'arrête en face d’Anaius.