‹ Le vieux cordelier (volume 2)Chapitre 10 sur 58 · DE LA RÉVOLUTION DU 9 AU 10 THERMIDOR · texte numérisé non relu

DE LA RÉVOLUTION DU 9 AU 10 THERMIDOR

palpitait de joie à rapparilion de la révolutioa française qui semblait devoir procurer le bonheur au peuple le plus généreux de l'Europe , et donner à TUnivers rinitiative de rinsurreclion contre tous ses oppresseurs. O ! conmie mon tendre cœur tressaillait à Fidée de cette tribune na<^ tionale où la vérité , à jamais fixée , devait citer et accuser tous les abus, tous les vices, tous les crimes! Elle est reculée de mille siècles, disaîs-je , Tépoquè où les voyageurs du nouveau monde viendront dans Tancien médi^ ter sur les révolutions-, foulant sous leurs pieds ses su-^ perbes monumens. Long-temps encore ils iront avec nos Pythagores français (i) s'asseoir à l'ombre du vert palmier , au milieu des ruines de Médine , et chercher Ten* droit de l'Afrique où fut l'antique Thèbes aux cent portes ! Plein d'ivresse révolutionnaire) j'arrivai à Paris le 26 mars i792. Je parus aux jacobins et dans les assemblées générales. Le 10 mars de l'année i^gS, j'accom* pagnai comme secrétaire de la commission , Ysabenu et Neveu , représentans du peuple envoyés dans le Midi. Dans ces contrées, le système du fédéralisme se développait d'une manière effrayante. Que de périls ! que de dangers! que d'écueils! Le flambeau de la guerre civile était prêt d'être allumé à Bordeaux , lorsqu'on insinua à Ysabeau et Neveu (2) de m'envoyer dans cette ville y sonder l'opinion , et d'en rendre compte ensuite au comité de salut public. Les 'esprits bordelais étoient tellement échauffés , que sans les avertissemens de Laïs (3) j'au« rais cessé d'exister. Je me hâtai d'arriver à Paris : deux

(i) Ruines de Volney.

(a) Je les quittai avec regret, muni du certificat le plus honorable.

(3) Fameux acteur de l'Opéra français.

iy6 CAUSES SECRETES

objets particulièrement m'ont fait connaître. D^abord, une adresse au nom des sans-culottes méridionaux ; le comité de salut public Ta fait imprimer et répandre avec profusion. En second lieu, le rapport fait à ce comité sar la situation politique des départemens parcourus. Hérault - Séchelles , Coutbon et Barère furent les senis membres alors présens. Barère me marqua le plus d'hcmnèletés ^ il m'engagea à l'aller voir , et me reçut avec amitié. On m'avait parlé de récompense pécuniaire , je & voir ma répugnance sur cette oQVe. C'était , disait-ôD, bn attendant l'occasion de me présenter une place. Hémdt et Barère me logent dans les Tuileries au pavillon de Flore (i).

Que l'on se peigne ma joie, d'être logé dans le palus de l'assemblée du plus grand peuple de l'Univers ; j'avais concouru de mes faibles armes , dans-la journée immortelle du 10 août, au triomphe éclatant remporté snr l'héritier d'une vieille monarchie de quinze siècles. La vue qu'offre l'appartement est admirable. Il serait impossible de donner une idée de la beauté , de la grandeur d'un spectacle si brillant , si varié , si magnifique. En vérité , je me croyais transporté avec les Brutus , les Publicola dans l'antique capitole , après l'expulsion des Tarquins. Mes regards , comme forcés de tomber dans le jardin , s'arrêtaient avec illusion sur la belle statue de Lucrèce frappée au sein d'un coup du poignard qu'elle tient encore à la main.

Mon bonheur imaginaire est bientôt troublé \ le comité de salut public me place sur la liste des jurés du tri* bunal révolutionnaire. Cette fonction redoutable me

(i) Robespierre n'a eu aucune part à cet arrêta.

DE Ul HÉYOLUTIOlf DU g AU 10 THEHMIDOB. I77

semblait exiger la maturité de Vkge et Texpérience des affaires politiques ; de plus , elle n'était ni dans mes afieclions de sensibilité naturelle, ni dans mes goûts de travail. A qui devais-je cette placé? Ce n était point à Robespierre, il ne me connaissait pas ^ je ne Tavais vu qu'indifférem* ment aux Jacobins ; il était absent du comité quand je fis mon rapport. Couthon ne m'avait pas i:evu. Hérault-Séchelles était incapable d'abuser de l'inexpérience d'un jeune homme. Je crus que c'était un présent de Barère ; j'allai le trouver au comité pour lui confier ma peine. En passant dans les galeries, j'avais acheté la tragédie de Mahomet^ je la tenais roulée dans la main. Barère était seul : il s'apprêtait à composer une carmagnole (i). Je commençai à entrer en matière : il aperçoit la brochure : il me demande si c'est là quelque chose de ma façon : il Fonvre et me la rend ; puis , sans presque d'interruption, il m'exhorte à vaincre meis répugnances. Une idée forte semble lui passer par la -tête : il m'arrache Mahomet, rouvre , et déclame à voix basse cette superbe tirade de l^jmposteur :

Chaque peuple à son tonr a brille sar la terre ,

Par les lois , par les arts , et surtout par la guerre.

Le temps de PArabie est à la fin venu :

Ce peuple gëne'reux , trop long-temps inconnu ,

Laissait dans ses déserts ensevelir sa gloire.

Voici les jours nouveaux marques par la victoire :

Vois du nord au midi TUnivers désolé ,

La Perse encore sanglante et son trône ébranlé.

L'Inde esclave et timide, et FÉgypte abaissée ;

Des HKhrs de Constantin , la splendeur éclipsée :

Vois PEmpire romain tombant de toutes parts j

(i) Barère appelait de ce nom ses rapports sur les victoires.

17^ GAU5BS SECRÈTES

Ce graadioorps d^ohir^dont ks membres épan

Langui^t^Dt dw«rB<i&„ taiis hono^nrel «anii yiv |

Sur ces de'bris du monde ëleroQs PArabie :

II faut un nouveau culte, il faut de nouveaux fçrs «

Il faut un nouveau dieu pour Taveuglto Univers.

Eq. Egypte , Osiria; Zoroastre , en Asî^ ;

Cbe^i les Crc'tpis, Minp^ ^l^^^ma , d^s ritalie.,

A des neii pies sans mœurs

Donnèrent aisément d^insuflisantes lois.

Je viens , après mille ans, changer ces lois grossières.

H était facile de sientir l'aUégo^i3., le D«ei|irpa«i VH^ df^.lul&inQ la; réponse d^Zo^ire.

T^h^Si^ipvTQ parait : Ça^ èi:e fermjQ 1^ pîècie an^ec. mr barras. Eobespierrç ^qible se i;appeler 4''a¥oi'Q eQtr«i!i|t quqlque part ma figtiiie,, il demanda. Quel ^t,- oa^jfm^ Jiçmp^Pli^ est^des^nàtrefi^ ,, réppnd Barèqe : cesi.SismpFth TziW.Grocc^Kf . JTayaiseu la, fplîe r/évolutjonaiiirie'do caobfic Vpbsçu^ilé 4m. nom, de n^^s pàr^& sjqus Técla;; d'u^ mqi îllusu:e de rbjjstpyrq romainp., Semproniiifi>GracQhi$jf(^,4f^s nôtres! dit.Hobeapierce., uouf rÇane^ dQnQpiêski M4miXÂ des offices; V aristocrate Cicéron ^ ajin de retndr^- oMffiliA le projet des deux Gracques , exalte les s^ertus du père f et traite les enfans de séditieux..*....,.. Je me retire une minute après.

L'idée du système agrairie, voilà FétincQlle. rapide qui sortit de cette scène pour m'éclairer dans lès ténèbres où je marchais. Alors CoUot-d'Herbpis jouait se& sanglantes tragédies, à Lyon, (i).. Aiprsi BillaudrVaipnnes exhalait à la tribune ses froîdèS'furoûPs. Alors €ouihon , par ses infirmités, adoucissait Ik dureté de ses. discours.

(i) Voy. Eclaire. A Tarticle extrait délai .Biogi'aphie uniyersçlfç,où. cet homme qui joua un rôle si important est peint fidèlement.

(IVotc des nouff, Edii.)

DE Là RÉVOLÔflOlT DÛ g KV tÙ THERMIDOR. I^^

Alors 6n joùirik: éiir taù^- fes Aéâtrëfe Ro$èh , c/ze/* rf(? B/^^lwnîâb. Oh chatttfdt la guîflôtîhe en tbùs Ifteui ; le nom de ^a&2fe tètiibMt attéiiùer dort Hbrreur.

Le lendemiaiii dit jugement d'Atit<)rih^tte , je reçus de gMtaides lumièi'es , j*aVais'étë s{)é(itàtéur àdx débats.

Bftrè^ aMàît' ftît* ^Wpàrer dHez' Femà lih diiiér où ^ii^llt i^iyvité^Rol^sfiiiâri^è', Skint-Ju^t et moi. Saint-Xu'st se faisait attendre : on me députe vët^ lui : jb le ti'ouve sctàÈ c6ùAié\ îï- écrivait : aîi'iibth dé Robespierre , il me suit. Etf rtJnt*,: il paissait stirpris', i*êv6uK' RohespîerYê dÊnev* m^eo Barère !•-..- R est le- sent à qui ih ait pardonné. Je laisse aux- politiques à approfondir le sens de ces mots obscurs échappés de ses lèvres.

Asds autoîii' de là tablé , dahs une cbambre secrète , lien fermée ,. on me demande quelques traits du tableau des* débats dil procès de TAutrichienne. Je n^oubliai pas éidtt{< de In ilàtUfe' Outragée, qùaild' Hébei^t , àc(<tts»Tlt Antoinette d^obscénités avec son fils âgé de onze ans» elle se retourne avec dignité vers le peuple : T interpelle hs snèrèi présentés eu hur conscience de décinrér s- il en est tÊHequi n*àit pài àfrérnir de pareilles Horreurs !

Robespierre, frappé de cette réponse comme d'un coup d'électricité , casse son assiette de sa fourchette : Cet imbécile d'Hébert ! Ce nest pas assez quelle soit réelle^ mei\t une Messallriè^ il faut quïl eri fasse encore une ^grippincy et quil lui fournisse à son dernier moment ce triomphe d^intérêt public (i) !

(i) Fous laissons stdbsister ces infimes paroles, parbë qa^elles n''aootiséM- que la furent des bourreatlx' Ceitt par de telles calomnies qu'on ëgara le peuple.

Dam le<7r«/7ejrî0>i^ coUragetises que Q% paraître madame de Staël ,

iSO CAUSES SECRÈTES

Cliacun resta comme stupéfait. Saint-Jast rompit le silence : Les mœurs gagneront à cet acte de justice natkh nale. Barère : La guillotine a coupé là un puissant nœud de la diplomatie des cours de V Europe (i). Sans donte mon orgueil de me trouver avec ces maîtres de la république était bien excusable : comme la coupe de Qrcé chaque verre de vin était un poison révolutionnaire qui m'enivrait d'illusions.

Ce n'est là qu'un léger prélude de la grande conversa* tion politique. Robespierre ne dissimule pas ses craintes

au mois d^août 1793, nous irouTons ce passage au sujet de la procédure suivie contre la reine.

«I Pour exciter la multitude , on n'a cessé de répéter que la reine était Tennemie des Français, et Pon a donné à cette inculpation les formes les plus féroces:je ne sais rien de plus coupable que de s'adresser au peuple avec des mouvemens passionnés ; on peut les pardonner à Taccusé, mais, dans Taccusatenr, Téloquence même est un assassinat! Cette classe de la société, qui n'a pas le temps d'opposer l'analyse â l'assertion , l'examen à l'émotion , gouvernera comme elle est entraînée , si , en lui accordant un grand pouvoir, on ne fait pas an crime national de tous les genres d'altération à la vérité. La vraisemblanee n'est rien pour l'homme qui n'a pas réfléchi d'avance ; au contraire même , plus il est étonné , plus il se platt à croire. »

( JYote des nouu. Ediu )

(i) Le premier interrogatoire subi par cette infortunée princesse lui annonçait déjà la mort. Voici comment il se termine.

a Je demande qu'il me soit accordé de même qu'à mon mari des conseils. »

La conduite que la nation a tenue envers votre mari ne doit'pas ser*

vir de base pour vous, attendu que vous n'êtes regardée que comme

une simple femme , et que vous serez jugée comme telle ; au lieu que

votre mari appartenait, quoique détrôné, à la nation, et qu'il a fallu

qu'il fût jugé comme tel. On vous accordera un conseil , maris lorsque

vous aurez subi un second interrogatoire, qui sera pour le a8.de ca

mois. (Septembre.) — Betirez^vous.

( JYote des now^é éditeurs,)

DE LA RÉVOLUTION DU g KtJ 10 THERMIDOR. l8l

du grand nombre des ennemis de la révolution. Barèrc comprend sous ce titre tous les nobles , tous les prêtres , tous les bommes de palais , sans excepter les médecins et la médecine. Selon lui , Tégalité a prononcé l'arrêt fataL Saint-Just expose les bases de son discours sur la confiscation des biens des suspects à déporter. Barère, impatient de montrer son ardeur pour les principes , reprend ainsi : Le vaisseau de la révolution ne peut arriver au port que sur une mer rougie de flots de sang. St.-Just : C'est vrai : une nation ne se régénère que sur des monceaux de cadavres. Mirabeau, quelques passages de rhistoire des Indes de Raynal , venaient à l'appui de ces sentences (i).

(i) Dans un oayrage satirique contre les Jacobins , compose après le 9 thermidor et la chute de Robespierre, on retrouve ces sentences et d'autres pareilles.

Baeère. Le vaisseau de la re'volution ne peut arriver au port que sar une mer rougie de flots de sang... ( Bravo. )

Uh ami de Sairt-Jvst. Je signale pour ennemis de la révolution tous les nobles, tous les prêtres , tous les hommes de palais , sans excepter les médecins et la me'decine. ( Bravo. )

Babèbe. n faut commencer le déblai par tous les constituans et les principaux chefs de la législature. Fréteau est acquitté , dit-on ; les jurés sont donc des contre-révolutionnaires ! I

CoLLOT. On le reprendra.

Barèee. La guillotine n'est qu'un lit un peu moins bien fait qu'un autre. ( Bravo. )

- Vadiee , frappant du pied* Il faut renouveler les jurés faibles , ça ne Ta |>as assez vite. ( Applaudi. )

Un MEMBEE. La révolutiou est un foudre qui doit tout pulvériser. ( Oui , oui. )

Collot-d'Herbois. Plus le corps social transpire , plus il devient sain. ( Bravo. )

Uir AMI SE Saint-Just. Une nation ne se régénère que sur deis monceaux de cadavre. ( Applaudisseraens redoublés. )

Baeîie. L'arbre de la Liberté ne jette au loin ses rameaux ver-

l63 CAUSES SECRÈTES

^bes{M,ciTe yqfM deux ^cueils 4anger«uqc : fefffisiQn eopcps^ive qui féyolfjerii^ ThfimfinUé : îmsuffimms ns^^r gfse par ceitp fausse sensibilité envers un peià pfmbre^ préj^4ipiable Qtf bçn^i/^r de tous* Coacl^sioi^ 4e Barère : J^ ^auJ; commencer par la Constituante et les pjus in§fg^anf de fa légisfature,. Ce sont des déçQn^ne^ 4q9^ U fflflf f^blayfiv la plape.

I^ icp^yerâaiioi) ^iu ientr^(cc^p.ée pa^ le# l^esQÎiis pby«r qf^e3. I| rég^t , A pe dîaer , i^f» air 4e défia^»Ae irécipn^- .q^^ie^ ef je fff u;» Y.pir qii^ i^a pcrsop^ ^'ét^t pa4 ii|& 14t ger p^siacle ^ux ouyertu^ea. Qn se pj^liriB.

Ppuple fr^oçais! pepple topjour» graqd, HoiiJMn vaiuqaeur , vois quels hommes voulaient se fei^dr^ mtr llSi& ࣠Xq& destinées ! Du moins , s'ils avaient eu qudq— cbiQsc delà grandeur de ces trois Romains qui , dans File de la rivière de Panare , en présence de leurs arméfss, se partagèrent TUnivers ! Mais noi^ , c^taien^ trois p^îsërables rhéteurs , se disputant de férocitq , qui, sous prér texte de régénérer les mœurs , transformaient la répablique en un vaste cimetière. O hopte dont Thistoire rougira ^n traçant ta gloire et ta splepdeur J

On conçoit que ce fameux diner devait me proeurep def facilités, par exemple, devoir chez eux Saint-Just, Ko* bespîerre , de leur parrler dans les rencoptres \ il facilita mes entrées au comité de salut public, à la Convention, 9\| sein même de ses membres. Les loges de plusieurs spec-

mm

doyans qu^autanl quHl est arrose du saDj; des rois. ( Cest y£9i , c^est vrai. )

Carrier. Celui-là est un ii^ode'ré qui ne sait pas boire qn yerrç 4f Ff^çig hnajain. ( f^-ayoç uoivqiççl^ %\ n^entipu honqr^kile. ) Q^q,r\^ Renonciation faite aux J<^o]iir^^ , ^tc*

(JYotfB cfcs n(wy» fdiieur^*, )

DE LA RÉVOLUnOW »U .9 ±V «^ THERMIDOR. ^8S

lacles me furent ouverjleâî. Ces ^tratitlig^s^ A leni* tèbr, me firent rechercher ) m'iintt'odmsirënt dans lies société» brillantes ^ et me dopçèrent Ia connaisaafiee des premier^ artistes, de plusieuçs représentans des. jpltis 'dkiîngiflés.

Robespierre avait dam seh nlcfeupi wite ^stérile som* bre et constante ^ x app&mint les éviânemcns it sa per'somie y donnant k son notb de Ma^iftiilteé tinte iinpor-r ' tance mystérieuse. Triste^ so^pçômieux^ erainlif, ne sor^nt qu accompagna de deux où trois 'seniîbelies violantes ; Tentréede spa Idgemetit Ii^gublre | n^Eiîmant poiiit à être regardé ^ fixaitt ses entoemis avec fureur ^ «5 ipvo* menant chaque j.our deux heat*es- avec line marche précipitée \ vêtu , coiffé élégamtnetili La fille ^de son hôte passait pour sa femme ^ et avait une sorte d^einpire sur loik Sobre, laborieux | irascible^ vindicatif 4 impérieux. Barère rappelait le géant de la révolution t Mon génm^ éionné , disait-il ^ tremble deveuil le stem.

. Barère formait im coiUraste pftrfait avec Maximilien ( léger , ouvert^ caressant ^ aimant la société , surtout belle des femmes f recherchant le luxe , et sachant dépensen Dans Fancien régime , il avait désiré de passer pour gentilhomme. Le sobriquet de Vieusnc ne flattait pas peu son amour-propre. Varié comme le caméléon^ changeant d^opinion comme de costume \ tour à tour feuillant, jacobin, aristocrate ^ royaliste , modéré , révolutionnaire 3 cniel, atroce par faiblesse, intempérant par habitude ^ selon la difficulté de ses digestions *, athée le soir , déiste le matin ; né sans génie « sans vues politiques *, efBeuran t tout \ ayant pour unique talent une facilité prodigieusç

de rédaction (i).

(») Avait-il tto sujet à traiter , il fl^pprochak de Robespierre , H^-

l84 CAUSES SECRÈTES

Barère arait à CUchi une maison de plaisance , tout à la fois séjour des jeux de Tamour et repaire odieux où les Yadier , les Youland inventaient arec lui les conspirations que la guillotine devait anéantir. Ils s'y rendaient deux fois par décade. L'enjouée Bonnefoi y accompagnait Dupin , aussi fameux dans sa cotterie (>ar sa cuisine de fermier-général , qu'il Test dans la révolution par son rapport sur les fermiers-généraux. On connaît réchange bizarre de Versailles entre le cî-deyant duc de Liancourt et je ne sais quel autre courtisan. Barère avait cédé cette virtuose k Dupin , et Dupin à Barère la Demaby , courtisane logée dans un superbe hôtel , me de Richelieu. Ces deux belles , avec une autre plus belle et plus jeune , étaient les trois Grâces qui embellissaient de leurs attraits les charmilles délicieuses à l'ombre desquelles les premiers législateurs du monde dressaient leurs listes de proscription. Un jour madame de Bonnefoi fixa les regards de Fayau , représentant du peuple, invité parfois à ces parties. J'ai su que la sensibilité in* quiète du tendre Dupin en avait été vivement alarmée; Le vieux Yadier se mêlait aussi des jeux perfides de l'a* mour : le laid Vulcain, dans l'Olympe, ne fut jamais davantage l'objet des sarcasmes et des railleries.

On se tromperait si l'on croyait que j'allasse souvent à Clichi. Hélas! retiré seul dans ma chambre, des réflexions cruelles avaient trop fait soupirer mon cœur , après les deux ou trois fois seulement que j'y étais allé. J'avais vu avec joie, avec délices, la destruction de la

rault , Saint-Jast , etc., escamotait à chacun ses idées, paraissait en> saite à la tribune ; tous étaient sur^^ris de voir ressortir leurs pensées comme dans un miroir fidèle.

DE LA. RÉVOLUtlOU DU Q AU 10 THERMIDOR . I 85

cour honteuse de Louis XVI et de Tarcliiducliesse d'Autriche , source corrompue des maux affreux de toute la France , et je voyais renaître parmi les destructeurs de cette cour scandaleuse les scènes nocturnes des jardins de Versailles et du petit Trianon (i).

A son retour de Clichi , le lendemain d'un quintidi on d*une décade, Barère , à la première rencontre , me souhaitait ainsi le bon jour : Nous aidons taillé hier de Vouvrage au tribunal , i7 ne chômera pas, Vouland , quelquefois à côté de lui , approuvait d*un petit sourire jdoucereux et perfide (2).

(i) Les mémoires cle madame Campan ont fait enfin connaître quelles étaient les scènes nocturnes de Trianon , et comment la haine la plus eoTenimée donnait de fausses couleurs aux actions les plus innoeentes ; quant aux autres reproches faits à la Reine avec la même injustice , madame de Staël les a bien éloquemment repoussés , quand elle a dit dans la brochure que nous avons déjà cite'e :

a La guerre d'Amérique , les déprédations des ministres , des abus de tout genre inconnus à une jeune reine comme à la plupart des hommes d'État d'alors , causèrent ce déficit dans les finances , dont les efiets ont été si terribles. Mais est-il possible d'oser l'attribuer à deux ou trois millions dbtribués chaque année en bienfaits dont la plupart retournaient entre les mains du pauvre et de l'infortuné ? Vous qu'elle a secourus , vous qui êtes parmi ce peuple aujourd'hui tout-puissant , dites si vous soufirirez qu'au nom de votre intérêt on punisse la reine des généreux effets de sa pitié pour vous! Et vous , mères de famille , qu'une prédilection si touchante l'engageait à préférer , dites si c'est vous qui demandez qu'on l'accuse pour les dons qa*eUe tous a prodigués ! » Réflexions , etc.

( Note des Editeurs, )

(a) Consultez sur Vouland , sur Vadier 9 sur leurs agens , sur leurs complices et sur les ténébreuses horreurs de cette époque, les jReW/tftions de Sénart, précédées d'unenotice dans laquelle M. Alexis Dumesnil a peint les hommes et les choses avec la force et la fidélité de l'histoire.

( Note des nouv. Editeurs, )

ld6 CAU8SS SECRÈTES

. Tous les matins , rantichambre de Bar&re était plie defioliioîieurs, avec des pétitmM 4 la naiit, dant riieure 4e son lieufieux réveil. U se ptéaemait Yeleppé de la robe dW sybarite , recueillait^ avec les va» nières et les gr&ces.d'iin Bunistre petit-makre^ l«a plaçais fuW lui présentait I comneiiçaBl par kaiemnitsi et dÀstribttaot des galanteries aâix plvs JoUca. Il prodigiaîl les promesses et les prelestatiotis^ pvts renirast gsis» méat dans soa cabineti à rexelaple du honteHxoardÎMl DuIhhs • il jetait au feu la poignée de papiers qu'il fanait de recueillir : f^oilàma oorr e^^ ù nd at^e fiÙÊB. JTsî vu cette horreur.... était-il le seul?....

La mort semblait avoir succédé , dans la tribune, lit vérité. Les acteurs de la tragédie s^étaient. distribué les r6les pour répandre la terreur. Les hommes 4jfui r^génà: rent un grand peuple ^ selon Saint'-Just) ite doù^emtes* përer de repos que dans la tombe. La rèi^oluXion est coMmt la foudre , il faut frapper*

Barére disait dans ses discours : Ilnyuque les mortf qui ne reviennent pas. -^

Collot-d'HerboIs répétait souvent \ Plus le corps sodat transpire ^ phis il devient sain»

J'ajoute à ceci un fait important :

Fréteau venait d'être acquitté ; j*en fais part à Barèfe avec une joie intérieure. Un membre de rassemblée constituante échappé 9 dit-il : les jurés sont des conlre-réyo* lutionnaires. On dresse une autre liste de jurés : Frëtean n'est bientôt plus.

«Est-il vrai 9 me demanda Billaud causant avec Coilotd'Herbois dans la salle de la Liberté, que Fréteau ait été acquitté? » — (( Oui. » — « EU bien! reprît CoUot , on le reprendra. »

BE LA RÉTOLTJTIQir jblT 9 A^ 10 XHERMIDOIU 187

Barèra , h Vfiixismf^^ de cet IsÎ6trioô «jai ^ ia iiadie aur IVpaul? « #e préj^nia A TasseniUée des <jrreo6 , «t ne* màftt ^ les ^iLterioMier s^îjs parLaiest de paix , -déeiarait

. Cp)i9<rd'J9ejrbpî# ^xoMaât les canaonades «n masse â» Lyon, sous les dehors d'une hypocrite seasIbilH^. Il avait eq^Wyé T^^ion d^ la foudre pour ménager «aux Tiedmes la 4iiFée des souâVioces*

Dwa les ispmités, Gouibon, SiUand-Varennes, Ya-^ 4i«r 9 Yoilland » ieuUent les hases des tribunaux de Mar« mâll^^ .4'ArrM » d'Orange. Les tniupes révolmionoair^s fiortaient bl déFastaiion , les tortures , Vassaasinat , Tin* CMidie dms leurs marches ^pouyantabks (i).

Jj^s ]B(4bffr(ifttes do^naJl6nt à la France le signal de la P9lpe 4ci9 4Utel9 aupenstitîaux de la religion* Des pro* l^esfioM indécentes eîrculaient dans les rues de Paris ) on ne voyait partout que mascarades , que hochets de la superstition. Gbbel el son fidèle clergé , Chaumette ,

faisaient retentir tes voûtes de I4 Convention de chants

—^■^■-■»^»<^^^rW^fH>^-^>i^ ■!■■■■ ■ ■ n i-

(1) Lt morceau solvant , empranté à Toiivra^çe satirique que nous avons dëjà cite , fait contraster d^une manière piquante le triomphe des terroristes avec leur silence après le g thermidor.

«Qu'importe, 6 peuple français, que tes ft-ontières soient évacuées par les satellites étrangers ; que tes marches soient mieux garnis ; que le commeMe et les arts épuises tendent à se ranimer ; que la presse soit libre et tPofire rhorrible tableau de tes désastres qu'on te cachait ; <}ae ta pensée el tes opinions cessent d*étre autant comprimées; que la tristesse et la stupeur s'effacent sur les physionomies ; qu'on ne s'enferme plus dans les maisons aux fêtes ordonnées par les triumvirs , et même au transport de Marat au Panthéon ; qu'on ait- applaudi en foale à celui de J.-J. Bou5seau ; qu'on danse avec allégresse et bonne foi f pour eélébrer des succès purs ; que les élans de la joie pu'blique ne se mêlent plus aux cris du sang innocent ; que l'on discute plus librenifiit «u sénat, et que les sénateurs couchent paisiblement chez

l88 CAUSES SECRÈTES

d'allëgreflse Toués à rathéisme. La Vendée, toujours dé- ^ truite et toujours renaissante , dévorait, comme un chan' cre politique , une partie de la population , et lu fleur des années de la république. Les flots de là Loire roa- ^ laient à la mer leurs eaux teintes de sang , et les cadi- Tres des noyades.

Voilà ce que ces nouveaux enfans de Jason , qui faisaient bouillir leur père , sous prétexte de le rajeunir , appelaient les moyens de réaliser Theureux système de la révolution agrairienne. Les régénérateurs du peuple français ne se contraignaient plus dans leurs conversations sur le projet de partager à chaque famille une portion de terre au milieu de laquelle s^élèverait unélMraque couverte de chaume. Saint-Just ajournait le bonheur de la France à l'époque où chacun , retiré au miliea de son arpent avec sa charrue , passerait doucenient sa vie à le cultiver. ^

Cétait le retour deTàge d'or et du siècle d'Astrée.

Barère traitait les propriétaires d'oppresseurs du monde, chargés de crimes et de forfaits ; il plaçait exclusivement les vertus dans la classe journalière et travail-

euz ; que Ton respire enfin après tant d^atrocités et d^horreursT Ah! la patrie , la liberté en sont-elles moins perdues , puisque Collet le géaM^ Barère le FieuxSac^ Billaud-Varennes le septenibriseur , Leyafliear Vassassin de PfUlippeaux, et tant d'autres se taisent! Quand les bons d' toyens sont condamne's au silence , ou aux imprécations , comme celles de Gaston et de Duhem \ pour toutes ressources, il faut bien qae les scélérats dominent. Quand la vertu , en minorité sur la terre et dans la Conyention , cesse de briller de son radieux éclat ^ur le front des Carrier, des Lebon , etc. , comme un fanal éblouissant sur le sommet de la fainte montagne , il faut bien que les plaines et les marais soient couTerts dVpaisses ténèbres. ». Grande dénonciation , etc»

( iVbre des ÉàUeurt. )

DE LA RÉTOLUTIOI^ DU 9 àU 10 tHERMIDOR. 189

lante ) il Tappelait à la guerre contre le surplus du peuple^ comme s*il était possible que les hommes subsistassent sans ces heureuses inégalités de talens 9 de génie et de facultés morales et physiques ! Du pain et du fer ,. voilà le meilleur des mondes ; comme si le pain et le fer n'estaient pas même le produit de la réunion des arts et des talens des hommes en sociétés politiques.

Le moral trop affecté de tant de ravages , de tant de désastres , je tombai dangereusement malade; je dus ma guérison au savant médecin Baraillon , député.

Je l'avouerai : Robespierre , lui-même , paraissant enfin ouvrir les yeux sur tant de~^calamités publiques , contribua à mon retour vers la vie dans la lecture de son discours prononcé aux Jacobins sur la Divinité : il semblait 9 de bonne foi , résolu d'arrêter le torrent dévastateur* L'histoire mettra en problème s'il n'en excitait pas sourdement Faction , à dessein d'avoir le suprême mérite, aux yeux de la nation, d'être le dieu libérateur qui seul fermerait l'abime de la destruction , et ramènerait les hommes aux espérances du bonheur. O prof oiideur de la politique ! On vit paraître l'idée de la conspiration des Hébertisles dont le système effroyable était l'institution du régime municipal de la commune de Paris , à l'exemple de Rome, sur toute la France*. Pour y parvenir , on eût employé l'assassinat direct, les massacres en masse. On aurait vu l'anéantissement du sénat français et une nouvelle septembrisation. J'ai applaudi sincèrement au juste supplice des conspirateurs. Voilà, sans doute, le premier des écueils sur l'un desquels Robespierre craignait, au dîner chez Yénua, de voir échouer le vaisseau de la révolution.

Dans le cours de ma carrière politique , j'avais eu oc-

etnoiv de CrëqaenCer le 9pif knel Camille' DlMiMidMl , de voir parfois Danton-, Tidlien ^ ThuvioV f Ijej^ëiltov Brival eft beaucoup d/auires dépatrisi h miMg^al^ diek Camille- : il daignait me lire- qwlcpiefoî» se9 OiMni|jB^ avaBt de les livrer à rimpression^ Se portlrie datts^ttM oDBUiïy avecla oiième'affecrioiVy'UHivles nspvtfaëMsW À* peuple. Je croyais na£y49metit- qui! Id 3f ffuâ-ftraitf AdéÉW^ tt toutes les factions» (i). Depuis cette gtaiide époqneilM opérations rapiderec unanimes de laConretttSoa A&ttib^ Armèrent dans^ eêtte: pettsde'consoliEfntè.

Santon etRobespietf re éuient lies par lës*il'œnd^d*ittw amitié appaitento :: itkestimaieiit'leufttjdëns. JJhisMté'f sans dbutevles-présentera^ cfomsnie rivattV , ehet^Uailifà'aè* supplanter: L''ambition étft; l(i passioii' dbmtdadlk^ db' gmndiBioatmrtAres; Msda quels que soierft lbs'criiflcâi*dolit lu Tenté on Vimpostuiae là'pcTrte à fUitrif \eû^' méùto^'j tDutefoÎBî il faut rejeter oetle fabuleuse coâspiratibir itt^ ^rancée'siur leur compte^ (jcs^ jours derniers-, deVétrëicoiK eertésfdbns leprojei; dis pfaoer sur Ib* traite lé filk dh'det^' nier des t3^an8^,aveedeu&(5hambres, cotaime enAnglie^ terre. Les>fait9 (pie'j^ Vais^dire dëtlnisent eette faHlfe'ri^ dioulè:

- Dolafcroix et Liegendire', k leur i^tôiir dès dëpartentens, avaient été obligés- d'atteudk^ dans les anticUambreff'dil oomité de salut public. Ce retard ne'devait guèref- sW oordbr avec leurs* idées d'égalité. Le' ttaiplè dès lois af retenti delenrsylinntes.

(i) fVcrfexidans* léi BclaîrcissdmtiM (B) un morceaa *ofr un 'oràtèar»

prétendu jacobin , j^ge iroaictuemciit c«ttr- journée. du Sï mat cl

d'autres exploits de la faction.

( If Ole des Èdïteurt. )

DE LA RÉVOLtrrlOT D0^ 9 JkXS- 10^ THERMIDOR. î-g,l

fitaloli , tté paresseux', a?aît nëgKgé d entrer dîEitis le fpMvreviiemeiit des^affitires'... il aurait fait des absences. ^. , il 'se opoyaît fort comme Hereuts-.... , ii ne tarda pas à s^pereevoii* de- ses fautes, dî& ses négligences. Dàntoit OMb se plainctre- à hr Convention: dctdespotfsrae^des comités sopelfe-méhifte. « Il est temps, dtsait-il , quelaConiKcntioii' reprenne Fattitfade imposante- qu-ëll^ tient dû peir^ pie- et qtt^ell^n-àiiratt pas- dû perdre- dtevant quel^nes-nns de ses membres : je ne fiiis ici qu^émettre Ik préface de- 4ton opitiion politique. » Les €ordeliers sjstaiénr portés «QX Jacobins. Clamilte Besmoulins- jeta dan» le public SOI» TÎenx Cordolier :*lb parti' fut bientôt formé^ il ne Imsait pas que d'être* redoutable par son* adresse- à ré- «dfemèr riVement contre les mesures de terrenret de despotisme sous lesquelles^ toute la France consternée gé^^ missftit dlans un momesilence;

Htérault«-Séchelîes,.run dës' plus- beaux hommes de sba siècle , s'y était rallié dans Ibs affi§ctiôns honnêtes et pures de sa belle âme.

Voilà Ife second écueiï' sur Tequell Robespierre arair montré sa crainte au dîner dont j'ài*parlél

Camille Desmoulins est attaqué aux Jacobins. On tourmente , on vexe sa fSmillë. Danton prononce le mot dPtdlrà'iTévblutionnaire. Robespierre , toujours observateur inquiet sur la direction dbséyénemens , aSbcte tout àl^f6is dte défendre Danton, etdHinprouver ses opi-^ nions. Il' précipita Desmoulins , en prenant superbement enirers IM les dehors de la pitié.

Quelques jours avant leur perte , pénétré*de douleur, je-dinai chez- Camille* avec sa charmante et vertueuse épouse,'sa mère d^une très-belle stature, Danton, sa*. modeste épouse , un jeune homme d'une belle taille

iga CAUSES SECRÈTES

et d'une figure intéressante; je laissai échapper mes inquiétudes k Camille : je lui fis de fréquentes visitest Vingt fois je Tavertis qu'on voulait le guillotiner. Peu avant son arrestation , je le conjurai de se tenir sur ses gardes*. •• On les arrête ; on dresse tout exprès une liste de jurés. Barëre m'avait proposé. Billaud-Yarennes et Collot-d'Herbois objectèrent mes liaisons avec les victi* mes. Je suis éliminé. La réifolutîon , comme Saturne , eut bientôt dfeVore ses plus tendres enfans*

Ainsi mourut à Téchafaud Thomme courageux qui , W 1 4 juillet 1789 , monté sur une table au palais de l'Égalité , deux pistolets à la main , donna au peuple le signal de la liberté en arborant la cocarde nationale, et détermina ' la prise de la Bastille. Âh! son nom, commcDantonTa prophétisé pour lui-même , vivra au Panthéon de l'Histoire.

Vadier a osé dire qu'il ne connaissait aucan juré. ]N'est-ce pas lui qui a fait nommer président de la commission d'Orange sa créature , Fauvetti , l'ami intime de Vouland , juré dans ce sacrifice impie ? A-t-il oublié qu'il a eu de fréquentes conversations avec plusieurs d'entre eux , et qu'il les exhortait à la sévère inflexibilité? De quel serment) Vadier , as-tu scellé ce mensonge , ou de la Joi républicaine que tu jurais dans tes lettres, contre les treize accusés de Pamiers; ou de la foi royale extraite du Moniteur par Fréron? Les serpens des Euménides sifflent sur ta tète, et dévorent ton cœur. Déjà ta main sanglante s'est armée du poignard.

Yadier , comme Barère , parlait avec -^ plus grand mépris du peuple de Paris \ selon eux , ce peuple si grand , si éclairé , si magnanime , n'était qu'un vil tnm"' peau, , un composé ^imbéciles : auec une paille on poa^ ifoit conduire ce tas de badauds.

DE LK RÉVOLUTIOl* DU 9 AU 10 THERMIDOR. 1^3

.Le vaisjseau de la révolution ayant ëvité les deux ëcueils, les moyens de système agraire n'avaient pas cependant une vélocité assez rapide : Vouland , Vadier se transportaient souvent au bureau de Fouquier , et disaient : « Ça ne va pas assez vite. »yadier a souvent répété : «Il faut renouveler les jurés faibles (1).» Les commissions populaires qui n'en ont acquitté qu un sur quatre-vingts^ la loi du 22 prairial qui laissait au tribunal l'immense latitude de l'arbitraire^ les tribunaux révolutionnaires des départemens qui n'ont pas moins effrayé par leurs sanglans travaux ; l'espionnage répandu jusque dans les maisons des citoyens \ les délations publiquement provoquées \ toutes ces mesures de salut public et de sûreté générale , que la mort semblait seule avoir inventées , étaient en pleine activité ; tandis que , pour distraire le peuple des seniimens d'effroi qu'elles devaient lui inspirer, le géant Robespierre offrait au cœur des hommes j avec tous les charmes séducteurs de l'éloquence philanthropique, le dogme consolateur de l'Etre Suprême , et de Fimmortalité de l'âme (2).

La Convention nationale, subjuguée elle-même , con-

(i) Voyez encore les Révélations de Sénart sur les mesures proposées par Vouland et Vadier, et sur le langage odieusement figure qu'ils employaient pour rendre leurs idëes de destruction.

( Note des nouu. éditeurs» )

(a) Après le 9 thermidor , ceux qui ayaient survécu à la terreur se TeDgérent des terroristes par quelques-uns des traits suivans. Ils sont extraits d'une brochure intitulée Bibliothèque des Jacobins; on y donne la liste des livres qu^on suppose écrits à leur usage.

« Af^antages de V inoculation delà peste pour fortifier le tempéra' menif ouvrage dans lequel on démontre qu'il faut passer par toutes les horreurs de la tyrannie la plus infernale , pour se rendre digne du gouvernement républicain, et qu'on ne peut devenir vertueux qu'après

194 CAUSES SEGBiTES

fiacrait celte idée sublime , et mettait au rang des devoirs du républlcaiu , la haine des. tyrans , les secours envers les opprimés , le désir défaire à autrui ce quon yeut qui nous soit fait. Non, jamais on ne voila un aussi vaste dessein que celui du système agraire, avec plus d'art et plid d'adjresse.

Quel spectacle ! Les matelots , qui sur TOcéan aperçoivent d'un côté les nuages se rassembler et former les orages , et d'un autre les rayons naissans d'un beau jour, ne sont pas plus indécis sur le sort du vaisseau qui les porte. J'étais retombé malade : l'habile Corvisart, professeur de médecine, aux leçons duquel je regrette de n'avoir pas plus souvent assisté, m'avait donné ses soîds, et guéri comme par miracle. La fluctuation de' mon ftme était devenue extrême à la lecture de ce morceau de V Esprit des Lois (i) :

avoir perdu toute idée de moralité, par fiillaud-Varennes aous k dictée de Robespierre , et coinmenté par le chancelier Bertrand.

Des proscriptions légales , avec un essai sur le feu de lile , par les anciens jurés du tribunal révolutionnaire , tous membres épurés de la société.

L^art de faire parquer les moutons , avec une dissertation sur le produit de la laine , par Vadier.

Le cri de la sympathie , ou défense de Ëléron , par le même.

Méthode pour dessécher promptement les terres marécageuses , par le même.

Justification de Fouquier Tinuille , par le chancelier Bertrand.

On doit au même auteur les ouvrages suivans :

Recherches historiques sur les brigands enterrés tout en vie, es Rapport sur la Destruction de la Vendée.

Remède palliatif des chances politiques , d'après la consultation des docteurs Robespierre , Coutbonf St.-Just,Billaud-Varenne8 etCktUotd'Herbois. » ( Bibliothèque choisie des Jacobins» )

( lYote des nouy, éditeurs, ) (i)ChapHreXV,liv.XI.

DE LA RÉVOLUTION OU 9 AU lO THERMIDOR. 1^5

a L*on nomma des dëcemvirs. Ou suspendit la nomination de tous les magistrats. Ils furent seuls administrateurs de la République. Dix hommes eurent seuls tonte la puissance. Rome se vit soumise à une tyrannie aussi cruelle que celle de Tarquin. Quand il exerçait ses vexations, Rome était indignée du pouvoir qu'il avait usurpé. Quand les décemvirs esercèrent les leurs , elle fut étonnée du pouvoir qu'elle leur avait donné. Mais quel était ce système de tyrannie , produit par des gens qui n'avaient obtenu le pouvoir politique et militaire que par la connaissance des affaires civiles , et qui , dans les cir*»* constances de ces temps-là , avaient besoin au -dedans de la lâcheté des citoyens pour qu'ils se laissassent gouverner, e( rie leur courage au-dchors pour les défendre? »

Deux choses concoururent à épaissir le voile sur mes yeux.

Une jeune fille , belle et bien née , ose tenter d'assassiner Robespierre ; l'assassinat emporte un intérêt puissant en faveur de celui qui en est victime , et de l'odieux envers celui qui s'en rend coupable. La Convention nationale prend part à cet événement. La jeune Renault , condamnée au tribunal révolutionnaire , est traînée h l'échafaud avec ses père et mère. Robespierre n'était donc pas un tyran... Elle seule avait pourtant raison de le regarder comme tel. Immortelle héi*oïne , tu suivais Télan de ton âme sublime , et le précepte de la nation même , consacré en ces mots , dans Tarticle 2 de la Déclaration des droits : Que le vyran de son pays soit mis à mort par rhomme libre. O honte ! il ne s'est pas trouvé un républicain : seulement une jeune fille , sortant à peine de l'enfance, a osé saisir, comme Brutus , sur l'autel de la patrie, le poignard de la liberté. ...• Puissance funeste

ig6 CAUSES SECRÈTES

de la difficulté de croire à la vertu! Quelques hommes séduits par Tidée des rapprochemens d'une nouvelle Wgiuie, n'ont voulu voir là que Teffet d'un dépit àmon* reux ou de la vengeance de la pudeur ofTensée.... Ah! généreuse et pure dans son dévouement , elle ne le con^ naissait même pas. Le cœur sec et aride du tyran repoussait jusqu'à la nature. Ta gloire honore la plus belle portion du genre humain. L'histoire réparera envers toi l'ingratitude de tes contemporains (i).

*Ate*ive le jour de la fête à l'Etre Suprême : jamais le ciel ne brilla d'un éclat plus radieux : la divinité semblait tout à la fois appeler les hommes à lui rendre leurs hommages y et descendre au milieu d'eux pour les consoler de l^urs malheurs. Barère.et CoUot - d'Herbôîs s'étaient priés de déjeuuer chez moi , afin de jouir du coup d'œil de la fête. La femme de Dumas , président du tribunal révolutionnaire , était venue à l'improviste, de très-bonne heure , pour le même motif. Je descendis vers neuf heures du matin. En revenant de me promener dans le jardin, je rencontrai, près l'esplanade, Barère, CoUot-d'Herbois , Prieur et Carnot. Barère ne paraissait pas content : « Nous ne t'avons pas trouvé dans ta chambre ^ nous comptions y déjeuner. » Je les engage à rétrograder; ils s'y refusent et m'entraînent quelques pas avec eux , en me pressant vivement de

(i) Je ne parle ici de la fille Renault , que comme ennemie de la tyrannie. Je n^ai pas connu son procès , et je suis dëpourva de papiers publics; j^ai été informé, par de nouveaux détenus, qu'on avait de' mandé â la Convention nationale , la révision de son jugement. Dans ces temps où les tyrans régnaient, ils auraient pu facilement dénaturer la pureté de son action républicaine ; ce serait un crime de plus. Au reste, mon admiration est exclusive de tous motifs qui ne seraient pas dans la nature de la République une et indivisible.

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