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partager leur repas chez uq restaurateur voisin. Je les quittai. Eu passant dans la salle de la Liberté , je rencontrai Robespierre , revêtu du costume de représentant du peuple , tenant à la main un bouquet mélangé d^épis et de fleurs ^ la joie brillait pour la première fois sur sa figure. Il n'avait pas déjeuné. Le cœur plein du sentiment qu'inspirait cette superbe journée y je l'engage de monter à mon logement ; il accepte sans hésiter. Il fut étonné du concours immense qui couvrait le jardin des Tuileries : l'espérance et la gaieté rayonnaient suytous les visages. Les femmes ajoutjiient à rembellissement par les parures les plus élégantes. On sentait qu'on célébrait la fête de l'auteur de la nature. Robespierre mangeait peu. Ses regards se portaient souvent sur ce magnifique spectacle. On le voyait plongé dans l'ivresse de l'enthousiasme.
f^oilà la plus intéressante portion de t humanité. Z'unk^ers est ici rassemblé. O nature , que ta puissance est su-bUme et délicieuse! comme les tyrans doii^ent pâlir à Vidée de cette fête .'
Ce fut là toute sa conversation.
Qui n'aurait pas été trompé à l'hypocrisie du tyran lui-même? Maximilien resta jusqu'à midi et demi (i).
Un quart d'heure après sa sortie parait le tribunal révolutionnaire conduit chez moi par le désir de voir la fête. Un instant ensuite vient une jeune mère folle de gaieté, brillante d'attraits, tenant par la main un petit enfant plein d'intérêt; c'était Vénus et l'Amour. Elle n'eut pas peur de se trouver au milieu de celte redou-
(i) J'ai su depuis qu"'on l'avait cherché long-temps ! n'aurait-il pas mis de l'orgueil à faire attendre despotiquement le peuple et la Convention?
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table société. La compagnie commençant à défiler, elle s'empare du bouquet de Robespierre qu'il avait oublié sur un fauteuil. Lecteurs ! îexcusez à la tendresse séduite et détrompée , ces détails frivoles.
L'impression profonde de ces deux éyënemens sur mon âme , ne tarda pas à s'affaiblir. Une sombre défiance s'empara de tous les esprits. Les émissaires furent multipliés. L'espionnage incommodait comme une nnée d'insectes. Les maîtres de maison craignaient leurs commis , leurs domestiques. L'ami s'éloigna de son ami :les frères tremblaient d'avoir des divisions ^ le père eut peur de ses enfans ; les enfans se méfièrent de leurs pères. Tous les liens de la société des hommes furent à la fois comme brisés et détruits. L'amour , ce sentiment impérieux de la nature, fut empoisonné dans son intimité, dans ses plaisirs. Sourire à tel individu , ou seulement le regarder , était as^ez pour être suspect , et précipité dans les cachots.
Sambat fut rayé de la liste des jurés et menacé de perdre sa liberté, pour avoir eu des liaisons avec Dufourny, alors prive de la sienne. Son courage honore l'amitié. Les larmes aux yeux , il me disait , eu sortant des Jacobins : Les tyrans peuvent me faire mourir; mais ils ne mé feront jamais oublier mes amis dans le malheur. Ces mots , éternellement gravés dans mon cœur, valent un excellent volume de morale.
Ântonelle, juré, avait été mis en arrestation pour avoir eu seul le courage d'émettre son opinion motivée en faveur de Lamarlière (i). Charles Lavaux avait subi le
' (i) Voyez après ces mémoires plusieurs opinions motîvëes d'Ânto-
neUe.
( Note des éditeurs* )
DE LA RÉVOLUTION DU Q AU lO THERMIDOR, IQQ
même sort, pour s'être montré avec fermeté. On incarcérait en masse les patriotes à cause de leurs relations avec tels ou tels représentans du peuple , tels que Fa<bricius, Paré, Lachevardière , etc. Depuis l'affaire de Danton , j'étais absorbé , j'étais devenu l'objet des soupçons y des défiances j même des humiliations. On m'avait reproché d'avoir diné avec Brival à Saint-Cloud.
Herman, fameux claveciniste, curieux d'assister à une des séances du tribunal, m'engage à l'y conduire ; je le place au parquet. A peine assis , il est dénoncé , traduit à la chambre du conseil comme un conspirateur. Il se réclame de moi. Dire que je connaissais particulièrement ce célèbre artiste , c'était le suivre à l'échafaud , s'il y avait eu la moindre atteinte sur lui. Je l'avais vu chez Bar ère ; et je ne le connaissais pas assez pour en répondre : je dis la vérité. Chàtelet fait une histoire de ses prétendus actes liberticides. // a donné des leçons de forté^piano à la fcunUle de la reine , à la reine elle-même : cest un muscadin,..» De suite le mandat d'arrêt. Renaudin, co* 1ère , furieux , appuie de toutes ses forces : le mandat est lancé par Fouquier. Herman est conduit à la Conciergerie , et je suis traité de conspirateur. Ce ne fut qu'après beaucoup d'efforts et d'importunités près de Dumas et de Fouquier, que je parvins , à l'insudes deux dénonciateurs , à jouir du doux plaisir de le délivrer de l'esclavage. Je lui portai moi-même son brevet de liberté. Quelle joie ! quels transports ! que de précautions ensuite pour nous revoir , et nous rappeler cette scène touchante !
Depuis la loi du 22 prairial , je n'avais siégé qu'un petit nombre de fois dans des affaires d'un petit nombre d'accusés, jamais dans aucime fournée. J'avais été
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obligé de refuser un dîner avec Brîval , parce que j'appris que Tallien devait en être : j'étais contraint de détourner mes regards de dessus certains députés que je connaissais d'amitié.
Robespierre devenait plus sombre , son air renfrogné repoussait tout le monde ^ il ne parlait que d'assassinat, encore d'assassinat y toujours d'assassinat. Il avait peuf que son ombre ne l'assassinat. Un mois avant sa chute , je n'avais pas mis les pieds chez lui ; on m'y avait lancé des regards inquiets et menaçans.
L'orage grondait sur la montagne ; la plaine retentissait de sifflemens^.la mer soulevait ses flot/ agités. Je m'attachai fortement à connaître le point d'où partait la tempête.
Je découvris qu'il s'agissait d'entamer de nouveau la représentation nationale. Le 22 ou 23 messidor , au milieu de la place adjacente à la salle des jacobins , était rassemblé un groupe entourant un homme eiTaré : on s'écrie : «C'est un assassin de Robespierre, de Billaud-Varennes , il y a des scélérats dans la Convention. )> A peine dans la société , Billaud se retourne et me dit : On est venu chez moi ni assassiner. — // n est pas étonnant qiCon en veuille à tes jours , réplîquai-je , s'ilj a des scélérats dans la Convention. -^Nomme^les. — Je ne les connais pas. Cette manière de répondre me priva d'obtenir des éclaircissemens. INaulin disait aux jacobins : // faut chasser de la Convention tous les hommes corrompus.
Le soir où Barère présidait la société , le voile fut entièrement déchiré; il me prie de lui faire venir ses rapports sur les victoires : je vais les chercher et les lui remets moi' même. Il jouissait d'avance du plaisir d'émouvoir la société et les tribunes. Vaine erreur ! Robespierre occupe