CHAPITRE III
De ma véracité'.
Les tyrans essaieront de changer en fictions les faitis de ce nouvel ouvrage. Ils sont accoutumés à vouloir dénaturer Tessence des choses ^ mais je continuerai à les démasquer. Pygmées politiques , leur art perfide fut de magnétiser toute la France y de la plonger dans cette extase trompeuse qui lui faisait envisager la mort comme la félicité.
Deux imprimés ont attaqué mes récits^ l'auteur de Tun, se disant tribun du peuple, décèle le génie qui Finspire. Provocateur de la retraite sur le Mont Sacré ^ et défenseur des spoliateurs de la souveraineté nationale; Je poignarderai partout f dit- il , celui qui parlera de por^ ter atteinte à la charte républicaine.
Ne sait-on pas que Moïse effrayait de la mott ceux qui
parlaient contre la certitude de la terre promise , tout
, en retenant le peuple juif dans le désert?.... Pourquoi
est-il moins colère contre les tyrans (i) qui n'ont pas
(i) Barère, Billaud, etc. , etc.
!kjS LES MYSTÈRES
rougi de Irailcr la Constitution (Timpromptu populaire^ de Décalogue politique , de piédestal d'un cfiej\ que contre moi qui ai divulgué leur hypocrisie ?►.. En furentîls les zélateurs, quand ils étendirent le drap funèbre sur la République , qcand ils foulèrent aux pieds la déclaration des droits? Je ne sais pourquoi tous ces amateurs de poignards m'inspirent des dc&ances»
Vadier, auteur de l'autre , n'est pas homme à poignard , mais à pistolet sans amorce. Selon lui , Idche imposteur, ^e n'ai pas dit vrai en transportant les scènes de Caprée à Clichi où il n'est allé qu'une fois pour yérifier rexîslence imperceptible d'une fleur de lis (i) attachée au cadran de la maison de Doilot. Vadier a-t-il pu confondre la maison de ce notaire avec celle de Barère? L^istoire 'de ces fleurs de lis me rappelle bierr des cho- «es. Vers le milieu de Tété , Dupîn m'avait amené à Clichi pour constater qu'un agent du comité de sûreté générale en avait imposé en insérant dans son procès-ver* bal la conservation de beaucoup de sigties royaux. Dupin, se promenant avec moi dans l'intérieur', me désignait les apparlemens : f^oiià ta chambre de Barère^
voilà celle de f^adier ; i^oilà celle de f^ouland
Quoi! Vadier n'a été qu'une fois à Clichi , et îl y avait
(i) Clëmentiéré, agent du comitd de sûreté gëoërale , préside par Yadicr, a été charge de rechercher, à Clichi, les signes «ïe la féodalité'. Il en a trouvé sur deux cadrans, sur deux tiinhies, les uns de* pendans de la maison de Doilot, les autres chez un nommé Calmer. Vadier, président du comité , a signé le renvoi de Calmer au tribunal révolutionnaire ; et , sur la pièce de conviction , égale à celle trouvée chez Doilot , il a été guillotiné. Vadier a fait rendre a Doilot le timbre, les enseignes qui devaient le faire traduire également à ce tri- )>unal. Où est Tégalité et la juslice?
{Noie de l'auteur.)
DE LA. MÈRE DE DIEU DÉYOILÉS. 2jg
son lit comme les autres ? A-t-il oublié la remise que Dupin me fit une seconde fois d'un imprimé contre Beffroy, député de TAîsne, afin d'en faire usage pour la perte combinée de ce représentant du peuple? Arrivé chez moi , je le jetai dans mes papiers avec ce sentiment naturel qui porte à être utile et non à nuire. A-t-il ou* blié mes sollicitudes envers Dupin et lui pour sauver l'infortuné Bechon« dit Darquin , et les réponses que j'en recevais. Dupin : Ne parle donc pas de ça , U a voulu être noble, Vadier : JEfum , Jmm , ceux qui ont \^ouIu être no^ blés dowenty passer comme ceux qui le sont. ^
Darquin a été immolç quelques jours après ma détention.
Faudrait-il entendre en témoignage les habitans de Clichi , rappelant à leur mémoire , non-seulement les plaisirs de Versailles et de Trîanon , mais encore les scènes royales de Louis XIV avec ses brillantes maîtresses , dont ce village fut le tliéàtre scandaleux ? Voici , sans doute , quelles seraient leurs dépositions : les mêmes bosquets, les mêmes berceaux, les mêmes lits de verdure ont ombragé les tendres soupirs de la cour du superbe despote et de la société des destructeurs du trône qu'il croyait avoir assuré à sa postérité.
Si Vadier n'eût pas partagé les habitudes, les jouissances des décemvirs, s'il eût observé les mœurs sévères que loi commandaient la gravité de son âge , de son caractère , et ses soixante années de vertus , même l'aspérité que la nature marâtre a donnée à ses dehors et à ses manières , il pourrait se défendre de la fausse honte d'avoir figuré dans des cercles où son aspect repoussant et rébarbatif obombrait la gaité des jeux volages , effrayait les plaisirs et les grâces. Moderne Polyplième ^ pour
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ainsi dire , ne semblait-il pas les rechercher avec le désir d'y rencontrer quelques Galalhées.
. Les tyrans ont beau faire , la vérité a son empreinte, ses traits, ses airs inimitables ; on va la reconnaître encore dans rintrigue des Mystères de la mère de Dieu.
Parmi les diverses occasions dont le souvenir ni*a aidé à la pénétrer , Barère , Vadier ne se rappellènt-ils plus un diner , section de Popincourt , au retour duqael , revenant avec eux le long des boulevards , il y eat entre eux deux une conversation sur Catherine ThéoV? Je n'y donnai pas toute l-attention dont elle était susceptible : détaché de la compagnie , je pestais intérieurement contre Barère , qui avait la malice de me retenir de force sous le bras. Ne se rappellent-t-ils plus uh déjeuner frugal , et non à trois étages (i), fait par eux , chez moi , où il fut encore question de la mère de Dieu ? Le cœur libre , cette fois , je pris plus de part à l'entretien.
On a déjà deviné le rédacteur du rapport de Vadier: toutes les gentillesses propres au terroir où Barère a pris naissance n'y sont-elles pas épuisées ? Le génie de la gasconnade fut-il jamais poussé plus loin? On conserve partout son naturel. Celui de Barère, pour les inventions et les mensonges , avait reçu dès long-temps des hommages flatteurs dans les patentes honorables que les membres de la société imaginaire deCracovielui ont expédiées dans son pays , et qu'il m'a fait voir avec l'ostentation d'un bachelier de Bourges montrant à ses amis .ses lettres de licencié.
(i) Barère était tellement accoutumé à dénaturer la langue française, quUl appelait, en argo tyrannique f chaque service d'an repas un étage.
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Or, cVst en réunissant une foule de faits, de discours et de circonstances qui m'ont plus Ou moins fVaj)pés à diyerses époques , que je suis parrehu , dans le silence do la retraite , à dissiper tous les nuages dont on a enveloppé la vraie conspiration politique et relative à Catherine Théot. J'en parlerai selon Tensemble des choses qui la rendent manifeste , et non suivant Tordre dans lequel je les ai apprises.