CHAPITRE VII
Liturgies.
Les cérémonies de la secte de la vieille sybille sont lignes de la bizarrerie des dogmes. A son lever, la Mère de Dieu , purifiée d'une ablution lustrale , le visage à demi couvert d'un voile blanc , était placée à une table , ayant sous ses yeux l'estampe allégoriqiie de ses mystères ; à sa droite, une Bible dont une jeune femme , appelée técîaireuse , faisait lecture dans certains passages des prophètes.
L'estampe représente divers emblèmes de l'Ancien et
du Nouveau Testament. Voici les plus remarquables :
La figure triangulaire de la Dwinité ^ à la manière des
Hébreux 5 la croix sur laquelle est mon Jésus de Nazà"
reth , surmontée , dans un nuage , d'un pélican répandant
son sang de sa poitrine , quil dilacère a\^ec son bec. Sur
cette croix sont gravés en latin ces mots : Appliquez-
moi , comme un cachet^ sur sfotre cœur. On voit encore
les sept dons du Saint-Esprit figurés en ouale^ comme
autour d'un médaillon , dans l'intérieur duquel est le
jardin dÈden , planté de V arbre de uie , de celui de la
science du bien et du mal. Je ne me souviens pas si la tige
de celui-ci est ou non entrelacée par le serpent qui tenta
Eve et fut cause du péché originel.
Je ne pus m'empêcher de rire aux éclats : « Ne veuxtu point , disais-je à Barère , imiter la description du bouclier d'Achille , ou plutôt celle de l'admirable mou-
tardier du paradis de dom Diego , dans son bréviaire des bigarrures de Tesprit humain ?
On ne peut se faire une idée du ton plaisant et léger avec lequel Barère racontait ces fariboles. Selon lui ,Ie5 catéchumènes devaient être en état de grdce et avoir fait abnégation des plaisirs charnels^ ils se prosternaient^ dans un saint respect j entre les genoux de la vénérable décrépite^ Là , les mains jointes , les yeux baissés , ûs recevaient r imposition sacramentelle des sept dons de Dm, que sa bouche édentée leur distribuait sur le insage, lun au front , deux aux jeux , deux aux joues j le àxïème sur la bouche , et le complément des sept sur f oreille , du côté du cœur, A son tour ,' le récipiendaire rendait un doux baiser^ sur le menton de la prophétèsse , avec une sorte de volupté. Barère a changé cela dans son rapport Mais la vérité est dans cette version.
Le nombre des sept baisers , suivant Barère , dans sgq rapport, était le symbole des sept dons du Saint-Esprit, des sept sceaux de l'Apocalypse , des sept plaies de TEgypte , des septs sacremens de la loi nouvelle , des sept allégresses, des sept douleurs de la Vierge ; car, ajoutaitt-il , tout va par sept , dans le jargon mystique des pré* dications et des oracles.
Un signe non équivoque de son charlatanisme , c'est quHl me fît une énumération d'une foule d'autres nombres de sept : les sept frères Machabées, les septsibylles, les septHyades , Thydre aux sept tètes ^ maïs il a eu soin de ne placer , dans son rapport , rien de la fable , sans doute pour garder davantage la vraisemblance.
Il eût pu augmenter sa nomenclature des sept étoiles que le Fils de Thomme tenait dans sa main droite , des sept lions qui respectèrent Daniel dans la fosse , des sept
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chandeliers d'or , des sept pains de grenade mangés par Cérès dans le Tartare ^ des sept sages de la Grèce , des sept merveilles du monde , surtout des sept jurés par section du tribunal révolutionnaire^ de la guillotine à sept fenêtres qu'il projetait de faire construire pour aller plus vite, des sept douzaines de bouteilles de Tokai^ des sept montres à répétition avec leurs chaînes diamantées , des sept écrins garnis de bijoux que le coupe- -tète de la maltôte m'a fait voir dans une armoire d'une chambre , derrière le salon de compagnie ; tout cela eût été plus sur que le calcul de Barère dans son ingénieux rapport sur la réduction de la population du globe à cent quarante mille élus , opérée par la multiplication de sept fois vingt.