‹ Le vieux cordelier (volume 2)Chapitre 28 sur 58 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L'Ecriture Sainte*

La mère de Dieu, suivant Barère, n'est, dans la secte nouvelle , que la pièce curieuse et ostensible pour le mécanisme des grimaces et la partie matérielle des liturgies ^ mais le moral de l'institution , le substantiel de la doctrine , Texplication des prophéties et du sens obscur des oracles , étaient confiés à l'habileté exercée du chartreux dom Gerle , comme les Aaron chez les Juifs , les Laocoon chez les Troyens , les Dyales Flamen chez les Romains , les Lamas dans les Indes ^ les Califes chez les Musulmans , les Papes chez les Chrétiens. Le révérend père était le sacré hiérophante qui interprétait {lux pou--

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vn95 d'esprit affluans autour du trépied de la yënërable pylhcmisse , les paroles saintes coulées de sa bouche.

JOéclaireuse^ c'était la jeune Amblar, yeuveGodefroy , jolie , qui , du ton psalmodié d'une visitandine à Tépi* tre de la messe catholique , lisait les passages de la Bible , vêtue de blanc comme les vestales , le visage couvert d'un voile transparent. Sa destinée Tappelait à remplacer , par une substitution escamotée, la vieille Catherine Théot , lorsqu'au moment de sa mort elle devait rajeu» nir pleine de grâces. De même on tenait toute prête y pour succéder à celle*ci , dans l'office d'éclaireuse y une jeune fille de dix-huit ans, nommée Rose , belle et frai» che comme la fleur de ce nom au lever de Taurore , ayant la naïveté de Tinnocence crédule.

Les passages des prophéties sont curieux; j'ai cru devoir les recueillir en français , au souvenir des citations latines dont le pétillant Bar ère égayait ce fatras de superstitions.

EzÉCHiEL : Et le lion qui brise sa cage de fer j déchire ceux qui en aidaient soin. Isaïe : Maïkeur à i^ous qui joignez maisons à maisons^ et qui ajoutez terres à terres ^ sans quil reste déplace pour les pauvres. Serez-t^ous donc les seuls qui habiterez la terre ? p^oici les paroles du Seigneur: « Je jure que cette multitude de maisons , ces cJut" teaux si vastes et si embellis , seront tous déserts et dé^ molis. Idem : ^ Je ferai queVon sera plus avide du sang de Thomme que de Tor^ et que Ton aimera mieux lui 6ter la inej que de lui enlever Tor le plus pur. Dahiel : On vit paraître des doigts , comme de la main des hommes ^ qui écrivaient vis-à-vis du chandelier^ sur la muraille du KOi : je vous ai peséj je vous ai trouvé léger. » bmEM ; (c Ils ont rempli leurs temples d'idoles} Us ont adoré les ouvrages

DE LA. MÈRE DE DIEU DlÊVOILÉS. 29 1

de leurs mains. On conçoit que Barère ne rappelait pas exactement les discours de dom Gerle, après la lecture de Téclaireuse. Je dois éviter les négligences , la \&

gèreté de la conversation.

Figurez-vous l'orateur Gerhy levant l'index en Tair^ connue on peint saint Jean prêchant dans le désert, c< Recevez-vous dans votre cœur les rayons de lumière qui doivent vous éclairer^ ces saintes prophéties n'entrent* elles point mortes dans vos oreilles? Si votre àme n'est point insensible à la foi, comme l'acier au ciseau du graveur, vous devez découvrir la vérité •, le lion déchaîné qui déchire ses gardiens , n'est-ce pas le peuple qui sort de l'esclavage ? Les châteaux déserts et démolis , n'est-K:e pas la ruine des émigrés ? La main écrivant sur les murs intérieurs du palais de Balthasar , n'est-ce pas le signe de la réprobation et de la mort des rois ? Le renversement des idoles , n'est-ce pas la destruction des autels et des temples du Verbe en figure ? Humiliez votre orgueil , admirez le doigt de l'Etre Suprême ! Écoutiez ces paroles, vraies de toute éternité : l'Unité est la procession de la Trinité \ or , les sept dons multipliés par trois , donnent le produit de vingt-un. Ah ! jusqu'à la.venue prochaine du Verbe divin , symbole de la nouvelle unité , pyramide de la trinité des pouvoirs harmoniques de l'Univers , les sept dons feront tomber encore bien des têtes à la grande bête de l'Apocalypse. Hélas ! dès l'origine du monde , le sang des hommes coula aux pieds des statues de dieux illusoires 5 en Egypte , Athatès ; dans les Gaules , Theutatès ; chez les Phéniciens , Moloch ^ le Veau d'or , chez les Juifs \ Diane, en Tauride 3 Vesta , parmi les Romains \ Jésus lui-même n'at-il pas prophétisé y dans son Evangile , l'effusion du

sang? Je ne suis point venu, dit-il, pour vous apporter la paix 9 mais Tépéeet la guerre. Tous ont respiré , comme Tencens et Tambroisie , le sang des mortels famant sur la terre. Le vrai Dieu , source incréée de la raison , ne reçoit point ces abominables hommages ; vous serez immortels , parce quMl a horreur de la mort de ses créatures. »

Telle et plus obscure encore était la pieuse logomachie que Barère plaçait dans la bouche du grandprêtre de la nouvelle secte : y entendra qui pourra! « Ne te voilà-t-il pas , dis-je à Barère, comme Dupin chez Villeneuve , faisant des bouffonneries ! U est bien dommage que tu n^aies une aussi brillante société à divertir : Vadier reprenait : « iVb/2, il ne badine pas ^ hum, hum, il y a du vrai dans tout ça, »

fignore si Thomnie dont j'ai déjà parlé, auquel fài lu cet écrit à mesure que je Tai rédigé , avait tort ou raison , quand il me disait : Voyez-vous , parmi les iHu' minés, toutes ces paroles si bizarres ont un sens; cest dommage que vous rien ayez pas la clef : Bàkèrb , sAVs

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