CHAPITRE XIII
Du Jugement des virigt-un Députes.
Barère et Vadîer obscurcissaient ma vue de brouillards épais, par des idées disparates, par des épisodes plus ou mpins éloignés ou rapprochés des mystères de la Mèr(; de Dieu.
Laissant de côté l'art qu'elle possédait d'évoquer l'ombre des morts devant les familles , curieuses de voir leur aïeul ou leur grand'mère , par le prestige de la chambre nécromantique , je parlerai de l'explication que Barère prétendait donner de la battologie de dom Gerle , dans la multiplication de la trinité des pouvoirs, par les sept dons du saint-esprit 5 croira-t-on qu'elle fut l'allégorie du supplice des vingt-un députés ?
.. Ceci amena le récit que je leur fis des particularités du jugement de cette affaire^ j'observai que j'étais assis , avec Camille-Désmoulins , sur le banc placé devant la table des jurés. Ceux-ci revenant des opinions, Camille s^avance pour parler à Autonelle qui rentrait Tun des derniers. Surpris de l'altéraion de sa figure, il lui dit assez haut : ^h ! mon Dieu , je te plains bien , ce sont des fonctions bien terribles^ puis entendant la déclaration du juri, il se jette tout à coup dans mes bras, s'agitaut, se tourmentant : Ah! mon Difiu^ mon Dieu ! cest moi qui les tue : mon Brissot dévoilé , ah ! mon
3o6 LES MYSTÈRES
Dieu! cest ce qui les tue. A mesure que les accusés i^ntrent pour entendre leur jugement, les regards se retournent vers eux ; le silence le plus profond régnait dans toute la salle -, Taccusateur public conclut à la peine de mort ; Finfortuné Camille , défait , perdant Tusage de ses sens , laissait échapper ces mots : je m en t^ais^ je ni en ^ais , je y^eux m en aller. Il ne pouvait sortir.
A peine ce mot fatal , mort , est prononcé , Brissot laisse tomber ses bras y sa tète se penche subitement sur ça poitrine; Gensonné, pâle et tremblant ^ demande la parole sur l'application de la loi , il dit des mots qu'on i^'eiiteud pas ; Boileau étonné , élevant en Tair son chapeau , s'écrie , je suis innocent; se tournant vers le peuple y il l'invoque avec véhémence ; les accusés se lèvent spontanément : Nous sommes innocens , peuple , on vous trompe. Le peuple reste immobile, les gendarmes les serrent et les font asseoir. Yalazé tire de sa poitrine un siylct , et se l'enfonce dans le cœur ; il expire , renversé. Siilery laisse tomber ses deux béquilles, en s'écriant, le visage plein de joie , et se frottant les mains ; Ce jour est le plus beùu de nui f^ie.
L'heure avancée de la nuit, les flambeaux allumés, les juges et le public fatigués d'une longue séance (il étoit mipuit), tout donnait à cette scène un caractère sombre, imposant et terrible; la nature souffrait dans toutes ses affections. Camille Desmoulins se trouvait plus mal.
Boyer-Fonfrède se retourne versDucos , Tentrelaçaot de ses bras : Mon ami , cest moi qui te donne la mort. Son visage était baigné de larmes ; Ducos , le serrant dan» les siens : Mon ami^ console-toi j nous mourrons ensemèiê; l'abbé Fauchet , abattu , semblait demander pardon à Dieu ', Lasource contrastait avec Dupraf , respirant le
DE X,Jl mère de, dieu DÉVOILÉS. 3o7
courage et Ténergie \ Carra /conservait son air de doreté^ Vergniaud, paraissait ennuyé de la longueur d'un spectac e $i déchirant.
Ici Barère et Yadier, comme ennuyés eux->mêmes , m interrompent ^ ils s'écrient : Allons^ allons ^ ce sont des scélérats ,* laisse-nous tranquilles.
Lecteurs , vouç regrettez sans doute qu'ils m'aient interrompu: je vais achever. Oià remarquait, en général, la sérénité et le calme sur les autres condamnés. Tous sor^ tirent sans avoir fini d'entendre le jugement, quelquesuns d'eux jetant, comme on sait, des assignats au peuple qui murmure.
, Avec quelle force ces vingt-une victimes chantèrent toute la nuit , et en allant au supplice , l'hymne parodiée des Marseillais ; mais on ignore les dernières paroles de l'aipiaUe Ducos, descendant de l'infâme charrette : Jf ny a plus quun rrnxyen , disait-il , pour nous saui^er^ Quel est'il P repth Fonfrède. Il réplique : Demander à Jflt CçnvenUon le décret de V unité et de rindiwisibiUté des tétç^.
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