CHAPITRE XIX
Le premier comité' de constituUon de V Assemblée ruUiotude,
Le galetas de la Mère de Dieu est , pour Barère, nonseulement, comme la boite de Pandore , le repaire uni* versel d'où sortent toutes les conspirations du fanatisme développées sur la France entière ; mais il est encore la lanterne magique par laquelle il fait passer tous les hommes fameux qui ont figuré dans la révolution , pour les immoler à ses vieilles haines , à ses animosités particn** lières.
Quévremont , ditLamotte , commensal de d'Orléails, mesmérien et empirique, est, dans son imagination, l'ami du célèbre Bergasse \ il ne lui en faut pas davantage pour faire jouer, sur son théâtre satirique, les
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membres des premiers comités de consdiution de. FAssemblée nationale. <( Bergasse rilluminé ^ connu par le plaidoyer du banquier Kornmann , par des ouvrages sur. le somnambulisme , par d'ingénieuses rêveries sur le pouvoir du fluide animal , traînait à sa suite une autre prophétesse qu il endormait pour obtenir des prédictions sur les événemens politiques ; faisant , tout visionnaire qu'il est , des vœux très-prononcés pour la contre-révolution^ rêvant la trinité des.pouvoirs ; lié à Clermont- Tonnerre le monarchien, à l'anglomane Mounier, k l'emphatique Tolendal ; ayant l'orgueil de croire que lui seul avait hérité du jugement des Lycurgue, des Solon 9 et qu'une sage constitution devait exclusivement sortir de son cerveau; abandonné par ses amis à cet excès de gloire ; ne lui restant , de sa renommée , que le souvenir de son plaidoyer e^^ de l'ariette de [Nina , lorsque , dans sa raison endormie , après que TAssemblée constituante eut quitté Versailles pour ve-*nir à Paris , il allait tous les matins dans la cour des Menus , en costume de député , chanter : Mon bien-aimé ne revient pas. )>
Telle est l'escarmouche que Barère livrait à eet exconstituant, d'après la plaisanterie de son ami Carra , pour le déblayer avec le fer de Tinfàme guillotine.
Pour plus d'enluminures /ou de prestiges, le fameux cardinal collier ^ dans les pirateries des Quinze^f^ingts j n'est pas oublié à cause de ses liaisons d^ agiotage auec le banquier Koimann. Il n'y a que Figaro-Beaumarchais et le Trébisontin Cagliostro, qui ont trouvé grâce devant ses yeux. Mais Frédéric-Guillaume , roi de Prusse, embêté par la ridicule secte des illuminés^ est amené, malgré lui , dans le galetas mystique de la mère de
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Dieu, pour soumettre, au jugement de la Convention nationale a sa conduite politique, les brèches déjà faites à sa raison , et comment il est deyenq le jouet du machiavélisme des cabinets de Vienne- et de Pétersbourg, et du patelinage des fanatiques. » Il ne pianque là , poaç renouveler la réunion fortuite des cinq tèteç couronnées, dans Candide , que le sultan des^^Turcs et le grand Mogol ; ou plutôt ce galetas merveilleux de la mère de Dieu ne rappellc-t-il pas le fameux chaudron de Sbakspeare, avec lequel le$ prophétesses d'Angleterre invoquent les ombrer des rois , quand Macbeth vient leur demîinder s'il çnlèyera la couronnne à Banco son rival? Il me semble voir, T^ntourant copime elles, Barère, Collot, Billaud, Yadier, y jetant, pour leur mixtion diabolique, des morceaux de cœur de tyrans et de traitres , des larmes de crocodile , avec la foi d'un Gascon imposteur , le fiel d'un moine , et la rage d'un lion, avec du sang de populicide, l'art déclamatoire d'un destructeur de villes, avec les sifflets qui font tomber un débutant sur la scène comique , un pistolet sans amorce , avec des yeux de Cyclopes : tous s'agitant , trépignant , avec des cris furibonds : Doublons , doublons la dosel Attisons le feu , que tout fermente , que tout bouillonne !
« G'est-là , continue Barère , que la faction , fomentée par l'Autriche , a organisé les massacres du Champ-de- Mars , de Nancy et du lo août^ la fuite et les parjures de Louis XVI, et les crimes de sa femme Antoinette*, les lâches complots des princes de Provence et d'Artois, l'émigration de la noblesse , la trahison des courtisans et des ministres. C'est là que se sont ralliés , la faction d'Orléans , tous les hommes corrompus et déshérités de l'estime publique > cette honteuse écume du genre hu-:
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maia qui a eDgendré les monstres de Tatliéisme et de l'anarchie , et putréfié les germes de la sagesse. C'e^t là que les brigands , pour qui le crime est un besoin et le bonheur public un supplice, ont épouvanté le peuple par le spectacle de tous les fléaux réunis; appelé la famine et la guerre ; invoqué la discorde , secoué les torches du fanatisme , tourné à leur profit les égarcmens de Tesprit , et tous les vices du cœur humain. Cest là que s'est formé ce monstrueux mélange de modérés et de démagogues , d'exagérateurs et d'alarmistes , d^athées et de faux dévols, de fripons et de traîtres... Sauve qui peut... C'est là , enfin , qu*on a vu harmoniser , àous l'apparence du coutrasle,Jes caractère^ de Necker et de Mirabeau , de Carra et de Sillery , d'Hébert et de Danton , de Philippeaux et deRonsin, de Brissot et de d^Églantine.... ( sans doute Robespierre , dans sa pensée , et lui-même dans celle de tout le monde, pour servir de pendant), et tant d'autres qui , sous les formes populaires , et la .souplesse d'une âme double et versatile, ont tant de fois guidé le char de la révolution dans des précipices creusés par le crime (i). »
O merveilleux galetas , vous confondez le crime et la .vertu , l'ineptie et les talens , la folie et la sagesse !
(i) On peut lire, dans les Éclaircissemens (C) , uu morceau inge'pieux où Top dopne une explication burlesque du Pater dans le sens. Jes sophistes et des amis de; l'anarchie*
( IVote âès édUei^rs,)
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