‹ Le vieux cordelier (volume 2)Chapitre 44 sur 58 · SE DISANT MÈRE DE DIEU · texte numérisé non relu

SE DISANT MÈRE DE DIEU

AGEE Dft SOIXANTE-DIX-HUIT ANS, FILLE, NJÉE A fiARANTO]!r, DÉPARTEMENt DE LA HANCHE, PRES ATRANCHES.

l^ATHERiKE Théot , née d*une famille peu fortunée , vînt à Paris ) comme bien d'autres ^ pour y chercher fortune* Sou premier état fut la domesticité, comme on le verra' dans le courant de cet ouvrage. Ce n*est pas d'anjour* d'iiui qu^elle tenait une école de fanatisme et qu'elle avait beaucoup de prosélytes ; elle jouait le môme rôle qu'on Ta vue jouer dans son galetas de la rue Contrescarpe depuis plus de trente ans. Au mois d'avril 1779, sous le ministère du lieutenant de police Le Noir, d'exécrable mémoire , elle fut conduite à la Bastille pour le môme fait dont elle est aujourd'hui accusée , avec les nommés Etienne Jumelle, âgé de soixante-dix*huit ans, né à Franciade , ci-devant Saint-Denis , en France , paroisse Marcel, menuisier privilégié , demeurant à Paris ^ rue de rOursine, dans une maison appartenant aux ci-devant religieuses cordelières \

54o INTERROGATOIRE

Geneviève GitoUe, âgçe de soixànte-dix-^buit ans, femme d'Etienne Jumelle ^

Marie-Catherine Lallier, nëeà Paris, paroisse Roch, veuve de Pierre Mathieu, peintre 5 elle vendait des billet^ de loterie à la porte du Saiut-ÏLsprit , elle denieurait rue de la Tixerandferie , maison du citoyen Bouchard, boulanger, au quatrième ;

Michel Hastio-, né à Saint*Lo, ancien substitut des agens du dernier tyran des Français , au siège ci-deva[nt royal de Saint-Lô , dei)ujs secrétaire de Bocquet-Detillière , ancien avocat au conseil , actuellement cherchant de remploi, demeurant à Paris , rue des Ecouffes , maison du citoyen An dry , médecin.

La fille Théot était le chef de cette nouvelle secte. Après cinq semaines de. séminaire à la Bastille, elle fut transférée à l'Hôpital, d'où elle n'est sortie qu'en 1782.

Comme elle était chargée du rôle principal , nous la ferons parler préférablement à ses coaccusés qui n'étaient que des personnages accessoires et accidentels. Voici mot pour mot Tinterrogatoire qu'on lui fit subir à la Bastille. Je prie le lecteur de se rappeler que cest en 1779, le 21 avril.

(( Le Commissaire de police, Chenon, ayant requis ladite Catherine Théot de prêter serment de dire la vérité,

» Elle a dit que Dieu a dit : Si vous êtes appelée devantles juges , vous repondrez : Cela est, ou cela nesl pa5, et n'a pas voulu faire serment.

' )) Euquise de ses noms , surnoms , âge ^[p^ys , qualités et demeure ,

)) A répondu se nommer Catherine Théot , âgée de

DE CATHERIHE THÉOT. 54 1

soixante * trois aus, fille , native de Baranton, -près

Avranches, domestique, ayant qiiitté le service du sieni*

Halbot, maître plombier, rue Geoffroy-rAsnîer, depuis

le 17 février dernier, demeurant avec la veuve Mathieu ,

rue de la Tixeranderie , chez le sieur Bouchard , maître

.boulanger.

)) Interrogée qui lui a inspiré quelle était la Sainte

Vierge ,

» A répondu que c'est Dieu qui lui a dit qu elle était la Vierge qui recevrait le petit Jésus , qui viendrait du ciel eu terre, apporté par un ange, pour mettre la paix sur toute la terre et recevoir toutes les nations.

» Interrogée ce que deviendra la Sainte Vierge qui a enfanté notre Sauveur,

» A répondu que la Sainte Vierge et le Sauveur dont nous parlons ne sont que figurés.

» Interrogée depuis quand elle s'est abstenue d'approcher du sacrement de la pénitence et de celui de TEucharistie, *

» A répondu que c'est depuis environ dix ans , lorsqu'elle faisait des ménages au Couvent des Miramiones.

yj Interrogée pourquoi elle s'en est abstenue,

» A répondu que c'est parce que Dieu lui a fait remise de ses péchés, lui a accordé sa grâce et la connaissance de ses mystères.

Interrogée quel a été son dernier confesseur,

» A répondu qu'après M. l'abbé Grisel , qui a été sou directeur, et qu'elle a quitté parce qu'il ne voulait pas croire que toutes les Nations se réuniraient à la religion chrétienne, elle a pris pour confesseur l'abbé Davisa , de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Sous l'un et l'autre de ces deux directeurs elle communiait tous les jours , jus-

34 2 INTEBROGATOIRE

qu^à ce que Tabbé Davisa lui a refusé la communion , parce qu*elle ne voulait pas croire q^e Notre Seigneur était mort. Dieu lui a dit qu'elle n'avait plus que faire de communier et qu'il la conduirait lui-même;

)) Interrogée comment elle a fait la connaissance du sieur Hastain ,

» A répondu qu'elle l'a connu chez le sieur Halbot, où elle servait , et où ledit sieur Hastain était commis.

» Interi'ogée si ce n'est pas le sieur Hastain qui écri-» vait pour elle ce qu'elle disait dans les assemblées,

» A répondu que le fait est vrai.

» Interrogée si elle n'a pas fait écrire à M. le curé de Saint-Hippolyte et à d'autres curés,

» A répondu qu'il est vrai qu'elle a fait écrire au curé de Sainl-Hîppolyte , à celui de Sainte-Marguerite , à celui deSaini-Gervais, à celui de Saint-Martin , au doyen de Saint-Marcel , et à l'abbé Davisa , son dernier confesseur, afin que Dieu leur fît la grâce de leur donner ses lumières.

» A elle représenté qu'elle ne croît donc pas que tous ces curés , qui enseignent tous les jours leurs paroissiens, aient les lumières suffisantes ,

» A répondu que non-seulement elle croît qu'ils ne les ont pas, mais elle en est sûre , parce que Notre Seigneur n'a point encore révélé ses mystères jusqu'à présent à personne; que ce n'est qu'à elle qu'il les a révélés, et que c'est elle qui est destinée à les accomplir.

» ;Ititerrogée quel usage elle faisait du ciliée de crin qui s'est trouvé daus ses effets ,

» A répondu que c'est un des instrumens de pénitence dont elle faisait usage jusqu'à ce que Dieu Tait sanctifiée ]

DB ClTHERIÎfE THÉOT. 34?

elle a encore dans son coffre une ceinlure, des jarretières et des bracelets de fer \ elle avait aussi une discipline ée corde pour se fustiger.

» Interrogée cjuî lui avait ordonné ces sortes de pénitences ,

» A répondu que c'est elle qui avait demandé à ses confesseurs la permission d'en faire usage, lorsqu'elle était sous la conduite de Tabbé Grisel , qu'elle avait aussi demandé la permission d'ajouter à ses pénitences le cilice de fer ; mais qu'il lui a été représenté que cet instrument était trop cher *, qu'elle aurait pourtant tout sacrifié pour l'acheter..

» Interrogée si elle avait été assez grande pécheresse pour mériter de si dures pénitences ,

» A répondu que ce n'était pas pour clle^ c'était pour toutes les nations , afin qu'il plut à Dieu de les sauver toutes.

» A elle représenté l'estampe représentant la religion et la justice , laquelle estampe a été trouvée chez la veuve Mathieu où elle logeait ; sommée de déclarer comment elle explique cette estampe ,

» A répondu que c'est le triomphe de la religion qui doit s'accomplir incessamment y et que c'est Dieu qui l'a conduite sur le quai des Théatins où elle a trouvé cette estampe qu'elle a achetée deux sous.

» Interrogée si elle se propose de chercher une autre maison pour servir,

» A répondu que , si toutes les choses que Dieu lui a révélées s'accomplissent , elle n'aura plus besoin de servir, parce que tout le monde , depuis le plus petit jusqu'au plus grand , aura soin d'elle; et , eu attendant, la

544 IlITERROGATOIBE DE CATHEBISE THÉOT.

veuve Mathieu veut bien partager ce qu'elle a aTeo elle.

» Lecture à elle faite du présent interrogatoire et de $es réponses , a dit ses réponses contenir vérité , y a per-' sisté y et a déclaré ne savoir signer.

FI» DE L^KTERBOGATOIRE DE CATHERINE TBÉOT,

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