‹ Le vieux cordelier (volume 2)Chapitre 45 sur 58 · ÉCLAIRCISSEMENS · texte numérisé non relu

ÉCLAIRCISSEMENS

(jollot-d*Herboï8 (J.-M.), Ton âes hommes les p)ns remar« qa|J)les que la révolution de France ait fait connaître. Il était d*une taille moyenne , avait le teint brun , la chevelure crépue et extrêmement noire, le regard soucieux et sombre; les traits, enfin, qu'on peintre pourrait imaginer pour représenter un conspirateur. Comédien ambulant avant la révolution , il avait exercé son art dans plusieurs grandes villes , et notamment à Lyon , où il jouissait d'une espèce de considération. Sa conduite n'était pas celle d'un comédien. Il alla ensuite établir à Genève un spectacle dont il était directeur. C'est là qu'il puisa sans doute les principes républicains qui s'exaltèrent lorsqu'il fut à Paris, et qui dégénérèrent en démence furieuse par l'abus des boissons fortes; car, dans les dernières années de sa vie, il était presque toujours ivre. C'est pour cela que, dans le fameux Noël de la Gironde, on le nommait le sobre Collot. Admis au club des Jacobiiis^i son audace , la force de son organe , et sa déclamation théâtrale l'y firent remarquer et lui donnèrent quelque ascendant. Une petite brocbare comment sa fortune politique. Le club des Jacobins avait proposé un prix pour le meilleur ouvrage dans lequel on ferait connaître au peuple combien le nouvel ordre de choses lui était avantageux ; il s'agissait de la royauté constitutionnelle. On eut à cette époque regardé comme le dernier terme de l'extrayagance le projet de substituer la république à la monarchie. CoUot composa un opuscule intitulé : Vj4lm<inach du Père Gérard ^ qui remporta le prix et lui donna beaucoup de considération dans une certaine portion du public. Ce suooès excita son amour-propre , et il se crut destiné , dès ce momeet , à remplir la première place de l'état. La victoire de Bouille sur les insurgés de Nanci étaut devenue impopulaire, Collot imagina qu'il pourrait faire tourner à sou avantage cette

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disposition des esprits. Appuyé par la société des Jacobins, il préseuta à l'assemblée législative uue pétition en faveur de quelques soldats du régiment de ChÂteaux-Vieux que les lois de leur pays avaient envoyés aux galères de Brest, poar avoir pris part à la sédition. La pétition fut accueillie ; le roi demanda aux cantons la grâce de ces suldnts, qui Taccordèrent sans diflficulté. Leur protecteur ne s'en tint pas !à; il voulut que le retour de ses protégés fut un triompbe , et il les recommanda à tous les clnbs , depuis Brest jusqu*à Paris. On les reçut comme des martyrs de la liberté, et ils arrivèrent dans la capitale chargés de lauriers et de couronnes. Ua banquet somptueux les attendait dans le local de la société ; eofiir, d'une grâce accordée à des galériens, on fit une intrigue , un moyei de révolution. Pétion, maire de Paris, autorisa une espèce de fête civique. On les fit placer sur un énorme char attelé de chevaux blancs, et au haut duquel dominait CoUot, entouré d'une multitode de petits drapeaux tricolors. Cette singulière ovation partit de l'emplacement de la Bastille, traversa lentement les boulevards, suivi d'une nombreuse populace , et se rendit au champ de Mars , au pied Hc l'autel de la patrie; et, là, les triomphateurs et lenr cortège firent de nouveau, au milieu des hymnes et du chant patriotique, le sa» ment de vivre libre et de mourir. Ils furent ensuite présentés à l'assemblée nationale qui leur accorda les honneurs de la séance. Ce fut après cet étrange triomphe que les révolutionnaires commencèieotà porter le bonnet rouge. Collot imaginant qu'il était devenu un des plus importans personnages de France^ brigua le ministère de la jufr'

tice , et fut tout étonné de ne pas l'obtenir A la première séance

deja Convention , il demanda l'abolition de la royauté, non pas le premier, comme le dit le Moniteur du as septembre (la motion en avait déjà été faite avant qu'il prît la parole),, mais il l'appuya avec fercc et ne contribua pas peu à la faire adopter. Envoyé à Nice après la conquête de ce pays, à la fin de 179a, il se trouvait absent lors dn procès de Louis XYI , mais il écrivit qu'il votait la mort. Longtemps lié avec Robespierre , il le seconda dans tous ses projets, et surtout dans sa haine contre le parti de la Gironde dont il fut ni des plus ardens persécuteurs. Collot fut membre du comité de salot public^ et contribua, peut-être plus que Robespierre lui-même, aux épouvantables proscriptions quisignalèrent le règne de ce pouvoir..» Envoyé successivement dans le département du Loiret et derOiK,il

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y préluda par de nombreuses arrestations qui le firent considérer comme digne de missions plus importantes. En novembre 17(^3 il se rendit à Lyon, chargé d'exercer sur crtte malheureuse ville toutes les vengeances nationales. Les détails de sa conduite dans cette terrible mission ne peuvent tous appartenir à cet article; il fit périr plus de seize cents personnes par la main des bourreaux, la fusillade et le canon. Une pétition en. faveur des malheureux Lyonnais, fut lue à la barre 4le cette assemblée , et parut produire quelques effets; mais Collot , qui avait été appelé à Paris par le comité , vint à bout d'intimider 6es adversaires par un véritable coup de théâtre : il se servit de l'effigie de Chalier, comme autrefois Antoine des restes sanglans de César , pour exalter la fureur populaire. Le simulacre du féroce Piémont ais fut présenté à la Convention, porté dans toutes les rues, invoqué à la tribune des Jacobins, et Tordre de continuer les exécutions fut réitéré; mais , celui qui Tavait fait donner étant resté à Parisf elles se ralentirent insensiblement, et cessèrent enfin, à l'époque où elles devenaient plus effrayantes et plus multipliées dans la capitale.... Collot contribua puissamment à la proscription de Robespierre • mais il ne tarda pas à être dénoncé lui-mdme par Lecoin- Ire. Cette dénonciation enhardit tous ceux qui n'avaient pas encore osé parler. Ses collègues , les journaux , les pamphlets , le couvrirent d'opprobres, et l'assemblée, entraînée par Tindignation publique, décréta son arrestation le a mars 1795, et ensuite sa déportation à la Guyanne. Six semaines après, une insurrection qu'on attribua à ses partisans, s'étant manifestée, la Convention ordonna de le mettre en jugement par-devant le tribunal de la Charente; mais quand le courrier, porteur du décret, arriva, Collot était parti pour le lieu de sa déportation. Â peine y fut-il arrivé qu'il s'efforça de soulever les noirs contre les l^lancs. On le renferma dans le fort de 5ynamai*y où il fut attaqué d'une fièvre chaude. Dans un moment de délire, il but une bouteille d'eau-de-vie qui lui brûla les entrailles. EnUn , le 8 janvier 1796, au moment où on le transportait à l'hôpital de Cayenne,il expira dxins des tourmens affreux^ à l'âge de quarante-cinq ans, se reprochant sa conduite passée, et tous les maux dont il était l'auteur.

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Uk objet plus important, citoyens, doit nous occuper. La marche révolutionnaire est entravée par la justice, et ses formes uûnutieaseï et tyranniques. Le balancier quis bat monnaie sur la place de la révolution est suspendu. Pour coqnaître fi*il y a lieu à punir un smI député de la plaine ou du marais, il faut un examen (jnurmures); oui un examen aujourd'hui. Qu*il y ait dçs formalités et des entravei .pour accuser un Carrier, il est montagnard, et, à c0 titre seul, fl >^érite tous les égards ; mais hors de là , pourquoi encore des formalités, des entraves? Il y en a mille fois plus qu'il n*v en eatao- .trefois pour traîner à réchafaud, ou mettre hors la loi, ou jeter seulement dans les fers , sans les entendre, cent cinquante représeatans du peuple. Â la vérité, ces hommes proscrits par laMontagn^e étaient Lien les coquins les plus diserts , ou les plus énergiques, et dès-lors ies plus dangereux , les plus coupables contre-anarchistes , contre- .noyenrs, contre-fusilleurs, contre-guillotineurs , contre-révolutionnaires par conséquent, que Ton puisse trouver. (C'est vrai^ e est vrai, de toute la salle et des tribunes.) VoUv« vous rappelez , citoyens , comment cette faction scélérate, ces hommes d'état , ainsi que les appelait Marat , entravaient avec leurs principes, avec leur justice et Jeurs arguties de palais, la direction démocratique c^ae nous voulions donner à la révolution , comme Ta placardé papa Pache, Les iosolens n'osent-ils pas demander d'abord, pour arrêter notre marcbe révolutionnaire , une loi contre les provocateurs a\i meurtre , les ia* cendiaires, les agitateurs, les désorganisateurs , et qu'on punisse le> massacres d'Avignon et de septembre, et ies dilapidateurs des trésors du Garde-Meuble? Voyez s'il eût été possible, après cela, de révolutionner et à'' épurer la population et les fortunts françaises! C'est à nous qu'il convenait de porter la peine de mort contre ceux qui arrêteraient les mesures révolutionnaires et blâmeraient la loi du 33 prairial et autres ; c'est à nous qu'il convenait de mettre hors la loi ceux qui seraient soustraits au tribunal civique de Cofiiuhal et Fo«quier-Tinville , ceux qui éluderaient les formes acerbes de Lebon et la tasse à Carrier. Ces coquins de députés modérés nous demandaient encore une garde départementale pour assurer la liberté de leurs dé-

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libérations y disaient-ils > comme si des hommes courageux et véritablement républicains ne savaient pas délibérer librement jusque sous les poignards. C*était à nous , aux amis de la liberté , qu'il convenait d'avoir à leur disposition une artnée révolutionnaire et une guillotine ambulante à la suite , pour assurer, dans son épouvantable marche, le règne de la terreur. Ils dévoraient, ces scélérats députés, le temps dé l'assemblée à faire discuter ces belIe^ demandes !!.... La liberté dans les délibérations pour une majorité corrompue et fière de son nombre!!.... Les républiques se font-elles donc avec tout ce mé* sagement du modérantisme? Qu'est-ce donc que tous les principes de justice qu'ils réclamaient si audacieusement ? Daf^s les grandes affaires politiques , a dit Machiavel, on peut s"écarter des règles austères de la morale, (Applaudi.) Ârréte-t-on une direction démocratique pour punir des septembriseurs ?

' ( Grande dénonciation , etc,)

Oui, citoyens, de tous les signes de contre-révolution et de ralliement aneiens et modernes que nous avon» su découvrir jusqu'ici , il n'en est point de plus frappant , de plus dangereux que la kiiîelle détestable des Pater et des Ave Maria que , par toute la République , les aristocrates et lés modérés récitent jusque sous le dôme même de l'hospice de vos guerriers mutilés par les combats. Il n en est point qui mérite plus votre animadversion que le chapelet et son rosaire, ou rosier féminin, signe de. sang. Citoyens, prétez-moi toute votre attention, je vous prie. Je commence par la première phrase : Notre père, qui êtes dans les deux , que votre nom soit sanctifié. Ne sentez- vous pas dans ces paroles cette vanité ridicule des castes nobiliaires qui plaçaient jusque dans les cieux la tige de ses pères , qui ne reconnaissalent au-dessus d'elles que Dieu et le roi , re que Diou ; cet orgueil de Castor et Pollux qui se disaient sortis de la cuisse de Jupiter, ou cette forfanterie de la famille de Lévi , qui se faisait descendre de la tribu de Lévi dont était née la Vierge ? Vous remarquez cet attachement féodal à l'orgueil des noms : Que votre nom soit sanctifie :

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Mais suivez -moi : Que votre règne arrive! Est-il désir plas érnàm* ment manifesté de voir renaître la royauté avec tous ses attributs, avec sa noblesse? Votre volonté soit faite, en la terre comme au deU Le pur amour du despotisme peut-il se montrer plus à nu, arec moins de pudeur? Mettre , sans restrictions, la volonté d*un seul i la place de la volonté de tous , à la place de la loi I Donnez-^ous aujourd^ hui notre pain quotidien. Désir bien formel d'accaparer la denrée la plus nécessaire, le pain des sans-culottes 1 Donne-t-on à qui qoe ce soit le pain de chaque jour sans cartes de section ? Vous vovez là encore, citoyens, un mépris bien prononcé du gouvernement révolutionnaire dans ses mesures. Remettez^nous nos péchés , comme nom remettons leurs dettes, etc. Pur modérautisme ! cri d'amnistie ! indulgeat qui demandent qu'on ouvre les dix mille bastilles de France aux suspects qui ont des trèfles à l'aiguille de leurs pendules , ou qu'oa a vus sur le seuil de la porte des nobles et des chanoines , et qui vealent par conséquent nous lancer des chats aux jambes. £t ne nous induisez point en tentation. De quelle tentation veut-on ici parler? Celle d'adopter l'égalité, la liberté, la république indivisible? Vraimeat, les aristocrates n'ont point de tentation plus forte à combattre. Mais délivrez'nous du mal. Ah ! sans doute, c'est un grand mal que l'abolition des privilèges, des marquisats, des baronies, des reliefs et des chaperons ! cela parle tout seul. Ainsi soit-U. Le voilà donc enfin : nous le touchons, nous le serrons ; il ne nous échappera pas ce mot d'ordre des conspirateurs , leur cri de guerre , ce signe évident de conspiration, ce fameux ainsi soit'il! Que veut-il dire autre cbose, sinon , disparaissent la Déclaration des Droits et la liberté , l'égalité politique, c'est-à-dire, toute la constitution républicaine? Arrive le règne d'un homme, sa volonté soit faite, soit notre guide! Ne vaotil pas autant crier vive le roi! que de dire cet ainsi soit'il ? Délivrez' nous du mal y c'est-à-dire, dans le sens des aristocrates, délivrez-noos de la Convention nationale , des armées républicaines , de la surveillance des jacobins et du comité révolutionnaire de Nantes , de la guillotine , des noyades , des canonnades , etc. Toute la contre-révolution est donc là, toute la faction Brissot, toute la Gironde, tous les fédéralistes , les Rolandistes , les ulttà , les ciVrà-révolutionnaires, les alarmistes, les modérés. Puisque tout cela vient se confondre dans les indulgens, et que ceux-là sont bien indulgens qui demandent qu'on leur remette leurs dettes , comme ils veulent les remettre eta-

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mêmes à leurs débiteurs. (j4pplaudissemens universels,)- Je demande donc qu^il soit fait încessamraent une adresse à la Convention nationale pour lui dénoncer cette nouvelle (•action' àes paternistes ; que ladite adresse soit. signée en nom... (On crie de toutes parts : En masse ! portée 0n masse! point de signatures individuelles!)

( Grande dénonciation , etc.)

FIN DFS ÉCLAIRCISSEMEKS.

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