‹ Le vieux cordelier (volume 2)Chapitre 46 sur 58 · DE CHARLES- ANDRÉ MÉDA · texte numérisé non relu

DE CHARLES- ANDRÉ MÉDA

CHAKLEà-ÀNDRÉ MÉDk appartenait à une famille de Paris connue dans le commerce.

Ayante dès son enfance, montré du goût pour l'e'tat militaire, il entra, à l'âge de dix-sept ans, dans la garde eonslilulionnelle de Louis XVI.

Au ao juin 1792 il e'tait de garde aux Tuileries. La horde re'volutionnaire, à laquelle il disputait l'entrée des appartemens , l'enlraîna dans le jardin, et allait le sacrifier à sa fureur, lorsqu'un de ses parens arriva à la tête d'un détachement de gendarmerie, et le sauva en disant avec une rare présence d'esprit : « Gendarmes , arrêtez cet homme : c'est un scélérat dont j'ai depuis longtemps le signalement; il périra sur l'échafaud avec ses complices. »

Après le I o août , Méda , pour sauver sa vie / entra dans un escadron de gendarmerie composé presque entièrement des hommes du 14 juillet^ oit

il fut surnommé J^eto par ses camarades ; son opinion^ qu'il ne put pas toujours renfermer au fond de son cœur, l'y exposa à des dësagrémens sans nombre et souvent à de grands dangers^

Enfin le g thermidor arriva. Méda vit qu'il était possible de renverser les hommes sanguinaires qui opprimaient la France ; il s'arma contre eux sans balancer et les poursuivit sans relâche jusque dans leurs derniers retranchemens.

Ici se présente un spectacle peu commun dans l'histoire : on voit un soldat sortir de la foule et s'élever tout d'un coup à la hauteur d'un homme habitué depuis long-temps au commandement.

On le voit réparer toutes les fautes des hommes auxquels il était destiné à obéir ; enfin ^ on le voit décider, en quelques instans , par sa prudence et par son courage, une des journées les plus importantes de notre histoire. Qu'on examine avec attention tout ce qu'a fait Méda dans cette journée si féconde en événemens, et l'on en conviendra sûrement avec nous : c'est à lui, à lui seul que la France en doit tout le succès; et si ceux qui tenaient à cette époque les rênes du gouvernement ont été justes, ils doivent avoir décerné des récompenses extraordinaires à un homme qui avait tant fait pour sa patrie. On va voir quelle récompense il en reçut.

Méda fut présenté à la Convention dans la matinée du lo thermidor^ ainsi qu'on peut le voir

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au Moniteur et dans tous les journaux du temps ; mais de quelle manière le fut-il ? Si Léonard Bourdon^ sous les yeux duquel il avait agi, eût •voulu dire toute la vérité, il l'eut présenté comme un homme qui avait conçu, qui avait dirigé, qui avait même exécuté, presque seul , une grande entreprise dont personne n'aurait osé croire la fin si prochaine; mais ce représentant ne put résoudre son amour-propre à un pareil sacrifice; et, s'attribuant sans pudeur tout l'honneur de cette journée, il ne présenta Méda que comme un brave soldat qui avait bien exécuté ses ordres. Méda fut très-sensible à cette injustice ; peu s'en fallut même qu'il ne réclamât publiquement contre un procédé aussi déloyal : cependant il ne l'osa pas. Il faut le dire aussi : ce qui contribua beaucoup à l'empêcher de faire éclater son ressentiment , ce furent les bonnes dispositions dans lesquelles la Convention paraissait être à son égard ; ce fut l'espoir de voir bientôt ses services dignement récompensés par cette assemblée. Mais laissons-le détailler lui-même toutes les marques de reconnaissance qu'il reçut de tous ces hommes auxquels il venait de sauver la vie, ainsi qu'il l'a fait dans wn post-scriptum joint à son Précis, et que nous n'avons pas cru devoir conserver, parce qu'il ne contient que quelques faits purement personnels qui trouveront plus naturellement ici leur place. « Les coups que j'avais reçus à la tête oîi beau-

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coup de sang s'était extravasé , m'obligèrent à me faire saigner et à garder le lit pendant plusieurs jours. Lorsque je fus guëri , j'allai au comité de 'Salut public pour savoir ce qu'il comptait faire en ma faveur. Billaud-Varennes et CoUot-d'Herbois, auxquels je m'adressai d'abord, m'écoutèrent peu et me semblèrent même fâchés contre moi. J'allai trouver, à la section de la guerre, le citoyen Carnot qui me demanda la place que je voulais, et que j'avais, dit -il, si bien me'ritée. Un de ses secrétaires, nommé Âudouin, voulait me nommer adjudant, général. J'observai que j'étais encore bien jeune et sans connaissances pour être général; que je désirais auparavant m'instruire dans l'état-major de l'armée du Nord, commandée par le général Pichegru. -^ Hé bien, c'est bon , mon ami, me dit le citoyen Carnot; nous arrangerons cela : reviens dans quelques jours.

» Quel fut mon étonnement de me voir nommé, deux jours après, sous-lieutenant au cinquième régiment de chasseurs à cheval. J'allai aussitôt au comité de salut public pour lui faire connaître que je n'acceptais point cette place , attendu que j'en espérais une plus avantageuse dans mon corps. ~-Tu es bien hardi, me dit Billaud-Varennes, de ne pas vouloir de cette place; n est-elle pas assez bonne pour toi? Tu es nommé,. pars pour ton régiment; sinon tu seras considéré comme of-* ficier suspect et traité comme tel.

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» Ge discours m'attëra. J'allai trouver le citoyen Carnot ; je lui rappelai ses promesses : — Que veuxtu? me dit-il, je ne suis pas le maître : ils t'en veulent beaucoup. Crois-moi , pars promptement pour ton régiment; tu réclameras plus tard.

» Je lui observai alors qu'étant simple gendarme je ne pouvais pas m'équiper à mes irais; et, sur sa demande y le comité m'autorisa à prendre dans les magasins de la République tout ce qui me serait nécessaire pour mon armement et mon équipement, mais à charge, par moi, de le)payer par une retenue mensuelle sur mes appointemens. »

Voilà donc la récompense que Méda reçut pour les services immenses qu'il avait rendus à sou pays dans la journée du 9 thermidor! Il fut nommé sous^lieutenant par une assemblée qui «ne s'était jamais astreinte à aucune règle dans la distribution des honneurs militaires, et qui avait tiré les Santerre , les Ronsin , lesHenriot , et tant d'autres , des derniers rangs de l'armée pour les élever tout d'un coup au grade de général en chef (i). Encore se

(i)Ilfaut rendre justice à qui elle appartient. Ce n'est point par l'ordre de la Convention , c'est inênie contre le vœu de cette assemblée que celte injustice fut commise par le comité de salut public. La conduite de ce comité tient à des circonstances aujourd'hui bien connues. Pour faire le. 9 thermidor I le parti de la Moatqgne avait été obligé 4e se.rappro^

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fût-il estime heureux si, après lui aToir donné cette chétive re'compense, on eût bien youlu Foublier ensuite et le laisser parcourir sans obstacle une carrière dans laquelle ses talens et son courage lui assuraient des succès rapides ; mais , à l'accueil qu'il reçut de quelques-uns de ses chefs , révolutionnaires exaltés, il ne s'aperçut que trop qu'on ne l'avait point oublié, et il put craindre que la haine des partisans de Robespierre ne le poursuivit pendant toute sa vie et ne lui fermât tout avancement.

Cependant il eut^ au bout de quelques mois^

cher du parti modéré qu'il avait opprimé jusqu'alors, et il en était résulté un éyénement que Ton n'aurait osé espérer^ c'est que ce dernier parti y dont le courage s'était retrempé dans ce moment de crise , n'avait plus voulu se soumettre à ses anciens dominateurs, après avoir vaincu avec eux, et avait pris le dessus dans la Convention. Mais si le parti mo« déré fut f des l'origine , assez fort pour empêcher ses anciens ennemis de reprendre en grand l'exécution de leur affreax système ^ il ne le fut point assez pour les empêcher de se livrer à mille vexations particulières , à mille injustices de détail dans les comités et les administrations qu'ils remplissaient seuls depuis deux ans , et où leur habitude des affaires les rendait assez difficiles à remplacer ; ce ne fut que longtemps après que la Convention parvint à se délivrer de tous "ces hommes qui , dès le i o thermidor, regrettaient déjà hautement d'avoir frappé un chef qui pouvait bien leur donner la mort y mais qui ne leur eût peut-être jamais ôté les habitudes féroces dont ils s'étaient fait un besoin. {Note de l'éditeur.)

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