XXV
U's infiiibres de la Convention; <« car, dit -il, ce.st à la Convention seule (|u'il appailient de décider SI quelques-uns de ses membres doivent être cités.» Les accusés se récrient contre les paroles de Fouquier, et disent qu'on a résolu de les juger sans les entendre. Le tumulte est à son comble. Le président lève la séance, Fouquier écrit au comité tout ce qui vient de se passer à l'audienco et demande ce qu'il doit faire.
Le lendemain , c'est-à-dire le 4 avril , Saint-Jusl, inlormé par Fou{|uier de ce qui s'él tit passé la veille au tribunal révolutionnaire, se rend à la Convention cl annonce ijuc les accusés sont en pleine révolte, qu'on a été obligé la veille do suspendre les débats de la justice et que les prisons conspirent en leur faveur. Il propose en conséquence de décréter que tout prévenu de conspiralion qui résistera ou insultera à la justice sera mis hors des débals sur-le-cli.imp. Ce décret est adopté à lunanimité. Une copie du décret est expédiée sur-le-champ. Vouland part de la Con vcntion pour la porter au tribunal, l^a (roisièinc France était commencée. Les accu.sés rciiouvebient les demandes de la veille et on ne leur don* naît que des réponses évasives. Indignés d'une pareille conduite à leur égard, ils se lè\enl tous
en masse, pressent Fouquier- Tin ville de faire comparaître les membres de la Convention et du comité qu'ils ont désignés, déclarent qu'ils ont des dénonciations à faire contre le projet de dictature qui se manifeste chez les comités et veulent que la Convention nomme une commission pour les recevoir. Fouquier-Tinville ne sait plus que leur répondre, il est dans le plus grand embarr.is. Alors Vouland arrive avec l'expédition du décret que vient de rendre la Convention. Il le donne à Fouquier-Tinville en lui disant ; « Nous les tenons , « les scélérats, voilà de quoi nous en débarras- « ser. » Fouquier-Tinville ne se sent plus de joie et donne sur-le-champ lecture de ce décret. Camille en entendant parler de sa femme que l'on accusait d'avoir reçu de l'argent pour exciter une sédition, s'écrie :« Les scélérats! non « contens de m'égorger, moi, ils veulent égorger « ma femme. » La continuation des débats est remise au lendemain.
Le lendemain 5 avril les accusés demandent à continuer leurs défenses. On leur oppose le décret qui portait que le jury une fois suffisamment instruit devait procéder .'i la délibération. Ils s'écrient tous:« Quelle infamie! on nous juge sans nous « entendre! la délibération osl inuliU'; qu'on nous
« mène à récliaf'aïul; nous avons assoz vécu pour « la gloire. » Camille est en fureur; il déclare aux juges qu'ils sont des bourreaux, des assassins. Danton leur jette des houlettes de pain; Camille déchire son acte d'accusation et en lance les morceaux à la tête de Fouquier- Tinvilio. L'agiJa tion est à son comble. On fait sorlir les accuses. Les jurés se retirent, et après quel(jues minutes, on voit arriver leur président Trinchard tout rayonnant d'une joie féroce et sanguinaire. Il se grandit tout glorieux et prononce un arrêt do mort contre tous les accusés. Le tribunal, qui craint de voir se renouveler la m^me scène qui vient de se passer, ne veut pas laisser rentrer les accusés pour entendre leur jugement. Un grefiier sort pour leur faire conrjaître leur anvt de mort. Ils ne lui laissent pas achever la lecture du jugement : « C'est assez lui disent-ils, qu'on nous conduise «< à la guillotine. » Camille versa quelques larmes sur le sort de sa femme et de son Horace. « Que ^ vont-ils devenir? répétait-il sans cesse, mon bon « Loulou! mon Horace! ma pauvre Daronne! » (i) ("onduit à la Conciergerie, il lut quelques pages des IVuifs (VYoungey des Méditai ions cVHen'ey.
(i; Caiiiillt- <i|>pcldi( ainsi niadamr Duple^tis, sa ItelItMiuTC.
L'orsqu'on vint le «arotler pour aller à l'échataud, il criait en éciimant de rage : « Faut-il que je sois « dupe de Robespierre ! » A 4 heures après-midi, les condamnés au nombre de j4 niontèrent dans la fatale charrette qui allait porter leur tête au bourreau. Dans le trajet, Camille s'écriait sans cesse:» Peuple! pauvre peuple! on te trompe! on « le trompe ! On immole tes soutiens, les meil- « leurs défenseurs! » La troupe exécrable que l'on payait alors pour suivre les charrettes ne lui répondait que par des injures grossières. Son action violente avait mis ses habits en lambeaux, il était presque nu lorsqu'il arriva à la guillotine. Cependant il ne cessait de crier encore: « Peuple! « pauvre peuple! on le trompe! » Danton promenant alors un regard cahne et plein de mépris sur cette troupe immonde qui les entourait, dit ji Camille : « Keste donc tranquille et laisse là cette u vile canaille. » En montant à l'échafaud, Camille veut embrasser une dernière fois son ami Danton. Le bourreau s'y oppose fortement et les force de monter. « Tu es donc plus cruel que la t( mort, s'écrie alors. Camille, car la mort n'em- « péchera pas nos têtes de se baiser tout-à-riieure K dans le fond du panier. » Puis jetant les yeux sur le ( oiiteau tout fumant du sang des victnncs
qui viennent (rètre immolées :« Voilà donc, dit- « il , l.a récompense cleslinée au premier apôtre « fie la liberté. Les monstres qui m'assassinent ne « me survivront pas long-temps. »ll s'avance h son tour et subit la mort avec beaucoup de courage.
Au moment où In inacbine falalc le frappait, il tenait encore ilans sa main des cbcvoux de sa Lucille qui devait bientôt le rejoindre. Accusée par Saint-Just d'avoir touché 3,ooo francs, pour faire ouvrir les prisons encombrées de suspects et massacrer le tribunal révolutionnaire, elle fut amenée le i3 avril devant ses juges. Elle ne répondit que quelques mots à rnccusntion absurde que l'on faisait peser sur elle. Après avoir entendu «on jugement elle s'écria ; « Répandre le sang
« d'une femme! les lâches! mais savez-
o vous bien que le sang d'une femme a toujours • été fatal aux tyrans ? Savez-vous bien que le M sang d'une femn>e a chassé de Rome pour tou- « jours les Tarquins et les Décemvirs? Réjouis - « toi, 6 ma patrie! et reçois avec transportée « présage de ton salut, de ton bonheur. I^a tyran- « nie qui pèse sur toi va finir. »
Retournée à sa prison, elle fil ses adieux à madame Dupicssis, sa mère. Nous avons conservé la lettre qui les <-onlienl ; je ne snuiaih m'empècher