‹ Le vieux Cordelier;Chapitre 4 sur 10 · XXXI I · texte numérisé non relu

XXXI I

d'en donner la copie. « Bon soir , ma clièt c ma- « man , une larme s'échappe fie mes yeux, elle « est pour toi. Je vais m'cndormir dans le calme « de l'innocence. Signé Lucilliî. » Un moment après avoir fait cette lettre, elle monta à l'échafaud et y montra un courage héroïque.

iAu mois de septembre suivant, il y eut à la Convention une discussion très vive au sujet de la mort de Camille. Tous ses membres se la reprochaient mutuellement et ils convenaient tous que c'était un martyr de la liberté de son pay sj 11 ne laissa qu'un fils qui fit ses études au collège de Louisle-Grand, à Paris, comme élève de Tétai. Il en sortit pour connneneer son droit. Après l'avoir terminé, les événemens de 1 8 1 5 survinrent, et il se réfugia en Amérique, où il mourut bientôt de chagrin. Il n'a jamais quitté le deuil de son père et de sa mère. Il avait résolu de le porter toute sa vie.

Il existe encore maintenant une sœur de Camille-Uesmouiins. Elle a perdu toute sa fortune et se trouverait réiluite en ce moment à mendier son pain , si une de mes tantes, madame de Tail lant, ne lui donnait l'hospitalité dans son château de VViége. Le roi informé naguère de la détresse où rlle se (rouvail, s'empressa de lui laire parvenir

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une $oinine ili* 'iuo rrniic:i puui':>ul)VCinr à ses prciniers besoins. Jtr dois dire aussi que nous avons appris avec bien du pl.iisir que le roi, iidèle à son origine démocratique et révolutionnaire, conservait dans ses appartcmens un tableau représentant Camille excitant le peupleà la révolte dans In journée (lu ii juillet 1789.

I Camilie-Dcsnioulins n'était pas, comme on l'a dit et répété Innt de fois, un furieux démagogue; ri la vérité, le plaisir que lui causait notre régénération politique l'avait rendu enlbousiaste; mais que cet enthousiasme est louable, c'est celui d'un bon Français, qui, loin d'un lâche et sordide égoïsme, ne vit que du bonheur de ses concitoyens. La république était le seul mobile de toutes ses actions, c'était un centre auquel il rapportait tout; il avait une telle iiorreur pour iescontre-révoiutionnaires et les traîtres, qu'il les aurait volontiers dénoncés à toutes la terre; mais il n'a jamais demandé la mort de personne. Lorsqu'il vit des échafauds se dresser sur toute la France, il voulut rétablir l'ordre, rendre à la Convention son indépendance, nrréter l'action du tribunal révolutionnaire, vitler les pri.sons des suspects qui les remplissaient, et organiser un comité de clémence et de justice, persuadé que

c'était le seul moyen de rendre la paix à son pays et d'abattre pour toujours la tyrannie odieuse et sanguinaire qui le désolait. Dans un moment où uji mot, un seul mot inconsidéré conduisait à l'échafaud, il eut l'audace d'attaquer ouvertement le comité dominât euret de tracer, sous le voile de l'histoire des règnes de Tibère et de Néron , un tableau fidèle de la tyrannie du jour. Le moment n'était pas encore venu où des flots de sang français devaient enfin cesser découler; il périt victime de son amour pour la liberté , qui avait été l'idole de toute sa vie.

Dans les courts momens où Camille ne s'occupait plus de liberté et de patrie, il était tout entier à cette tendresse domestique, à ces liens de famille si doux, si chers au cœur de l'homme. Il avait épousé une femme divine par ses vertus et ses talens , qu'il avait recherchée dix années entières et dont il était adoré. ( Voyez à la fin du Vieux Cordelier une lettre de Camille à son père, dans laquelle il lui apprend son mariage. )

Pendant les trois années qu'ils vécurent ensemble, ils furent aussi heureux qu'on peut l'être sur la terre; car est-il un bonheur plus

pur , plus élevé , plus vr.ii , (jue celui (Kaimer et

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