LE VIEL'X
J O IJ R N A I. K i: D 1 G £
Ipûr CamiUc-iDcsmoulins,
DiPUTi A LA COnVEIfTIONy ET D0TE5 DES JACOBINS |
VIVRE LIBRE OU MOURIR
Quiiititii (riiiiaiit* , a'décadr, l'an II de la lY-piiblique, iino et indivisible.
l>«t ijDe rrux i|ui cnuvcrarDI irroal liiii , Icuri concurrrai ■c ur4«n>*l |>;i> a 4tr« »Jn>ir/i.
() Pitt ! je renfls liommnge à ton génie! Quels nouveaux (léharrjuôs di' Frniicc en Angleterre l'ont donné (le si bon-î conseils, et des moyens si sûrs de perdre ma patrie? Tn as vu que tu échouerais éternellement contre elle, si tu ne t'attaciiais ù perdre, dans lopinion publique,
tîeux qui , depuis cinq ans, ont déjout* tous les projets. Tu ^as compris que ce sont ceux qui t'ont toujours vaincu qu'il fallait vaincre; qu'il fallait faire accuser de corruption précisément ceux que tu n'avais pu corrompre, et d'atliédissement ceux que tu n'avais pu attiédir. Avec quels succès, depuis la mort de Marat, tu as poussé les travaux du siège de leur réputation, Contre ses amis, ses preux compagnons d'armes, et le navire Argo des vieux Cordeliers!
C'est hier surtout , à la séance des Jacobins , que j'ai vu tes progrès avec effroi , et que j'ai senti toute ta force, même au milieu de nous. J'ai vu, dans ce berceau de la liberté, un Hercule près d'être étouffé par tes serpens tricolores. Enfin, les bons citoyens, les vétérans de la révolution, ceux qui en ont fait les cinq campagnes, depuis 17*89, ces vieux amis de la liberté, qui, tlepuis le 12 juillet, ont marché entre les poignards et les poisons des aristocrates et des tyrans, les fondateurs de la république, en un mot. ont vaincu. Mais que cette victoire même leur laisse de douleur, en pensant qu'elle a pu être disputée si long-temps dans les Jacobins! La victoire nous est restée , parce qu'au milieu de tant de ruines de réputations, colossales de civisme.
ffllc tîr Robrspie'iTC est debout; paire qu'il a (ioiiué la main à son émule de patriotisme, noire président perpétuel des anciens Cordeliers, notre Huralius Codés, qui, seul, avait soutenu Nur le pont tout l'effort de Lafayette et de ses quatre mille Parisiensjassiégeant Marat , et qui J^ semblait maintenant terrassé par le parti de l'étranger. Déjà fort du terrain gagné pendant la maladie et l'absence de Danton, ce parti, dominateur insolent dans la société, au milieu des rndroits les plus toucbans, les plus convaincans de sa Justification, dans les tribunes, liuait , et <lans le sein de l'assemblée, secouait la tête et souriait de pitié , nomme aux discours d'un homme condamné par tous les suffrages. Nous avons vaincu cependant, parce qu'après le discours foudroyant de Robespierre, dont il semble que le talent grandisse avec les dangers de la république , et l'impression profonde qu'il avait laissé dans les âmes , il était impossible d'oser élever la voix contre Danton , sans donner, pour ainsi dire, une quittance publique des guinées de Pitt. Robespierre, les oisife que la curiosité avait amenés hier à la .séance des Jacobins, et qui ne cherchaient qu'un orateur et un spectacle, en sont ••rlis ne regrettant plus ces grands acteurs {\q la
tribune , Barnave et Mirabeau, dont tu fais oublier souvent le talent de la parole. Mais la seule louange digne de ton cœur est celle que t'ont donnée tous les vieux Cordeliers , ces glorieux confesseurs de la liberté, décrétés par le Châtelet et par le tribunal du sixiènje arrondissement , et fusules au Champ-de-Mars. Dan^ tous les autres dangers dont tu as délivré la république, tu avais des compagnons de gloire; hier, tu Tas sauvée seul.
Le Nocher, dans son art , s'instruit pendant l'orage.
Je me suis instruit hier; j'ai vu le nombre de nos ennen>is ; leur multitude m'arrache de l'hôtel des Invalides et me ramène au combat. Il faut écrire, il faut quitter le crayon lent de l'histoire de la révolution, que je traçais au coi<n du feu , pour reprendre la plume rapide et haletante du journaliste, et suivre, à bride abattue, le torrent révolutionnaire. Député consultant, que personne ne consultait plus depuis le 3 juin , je sors de mon cabinet et de ma chaise à bras, oit j'ai eu tout le loisir de suivre, par le menu, le nouveau système de nos ennemis, dont Robespierre ne vous a présenté que les masses , et que ses occupatiotis au
«*omili' (le snliit ])ublic ne lui onLpns permis (rem* brasser, comme moi , dans son entier. Je sens (le nouveau ce que je disais il y a un an , combien j'ai eu tort de quitter la plume périodique, et de laisser le temps à l'intrigue de frelater l'opinion des départemens et de corrompre celle mer immense par une foule de journaux, comme par autant de fleuves qui y portaient sans cesse des eaux empoisonnées. Nous n'avons plus de journal qui dise la vérité, du moins toute la vérité. Je rentre dans l'arène avec toute la franchise et le courage qu'on me connaît.
Nous nous moquions, il y a un an, avec grande raison, de la prétendue liberté des Anglais, qui n'ont pas la liberté indéfinie de la presse; et cependant quel homme de bonne foi osera comparer aujourd'hui la France à l'Angleterre, pour la liberté de U presse? Voyez avec quelle hardiesse le Morning Chronicle attaque Pitt et les opéralions de la guerre! Quel est le journaliste, en France, qui osât relever les bévues de nos comités, et des généraux , et des Jacobins, et des ministres, et de la commune, comme l'opposition relève celle du ministère britannique? Et moi. Français, moi, Cnmillc-Desmoulins, je ne serais pas aussi libre qu'un journaliste anglais! Je m'in-
digne à celle idée. Qu'on ne dise pas que nous sommes en révolution, et qu'il faut suspendre la liberté de la presse pendant la révolution. Est-ce que l'Angleterre, est-ce que toute l'Europe n'est pas aussi en état de révolution? Les principes de I9 liberté de la presse sont-ils moins sacrés à Paris qu'à Londres, où Pitt doit avoir une si grande peur de la lumière? Je l'ai dit, il y a cinq ans, ce sont les fripons qui craignent les réverbères. E$t-ce que, lorsque, d'une part, la servitude et la vénalité tiendront la plume , et de l'autre , la liberté et la vertu, il peut y avoir le moindre danger que le peuple, juge dans ce combat, puisse passer du côté de l'esclavage? Quelle injure ce serait faire à la niison humaine, que de l'ppprébender ! Est-ce que la raison pe\it craindre Je 4uçl de la sottise ? Je \e. répète, il n'y u quç les co«tre-rcvplutionnaire$, il n'y a que les traîtres, il n'y a que Pitt, qui puissent avoir intérêt à dé^ fendre, eu France, la liberté même indéfinie de la prçssç ; et la liberté , la vérité , ne peuvent ja* mais craindre l'écritoire de la servitude et du mensonge.
Je saip que» dî^ns le maniement di^s grandes affaires, il e3t permis de Véçarter des règles «'^ustèrçjtle la moralç;cela est triste, mais inévitabk'.
Les besoins de i'élnt et In perversité fiu cœur humain renflent une telle conduite nécessaire, et ont fait de sa nécessité la première maxime de la politique. Si un homme en place s'avisait de dire tout ce qu'il pense, tout ce qu'il sait, il exposerait son pays à une perte certaine. Que les bons citoyens ne craignent donc point les écarts et l'intempérance de ma plume. J'ai la main pleine de vérités et je n)e garderai bien de l'ouvrir on entier; mais j'en laisserai échapper assez pour sauver la France et la république, une et indivisible.
Mes collègues ont tous été si occupés et emportés par le tourbillon des affaires, les uns dans des comités, les autres dans des missions, que le temps leur a manqué pour lire, je dirai presque pour méditer. Moi qui n'ai été d'aucune mission , d'aucun comité où l'on eût quelque chose à faire; qui, au milieu de cette surcharge de travaux de tous mes collègues montagnards, pour l'affernussement de la république, ni composé, presque à moi seul (qu'ils me passent l'expression), leur comité de lecteurs et rje penseurs, me sera-l-il permis, au bout d'un an, de leur présenter le rapport de ce comité, de leur offrir les leçons de l'histoire, le seul maître, (juoiqu'on en dise, de
l'art de gouverner, et de leur donner les conseils que leur donneraient Tacite et Machiavel, lesplus grands politiques qui aient jamais existé?
aa '^aai?^ SQâsaiiâa.
LE VIEliX
C O R P E ïi %, E R T
IPar Camillc-Of$moulin$,
UKrVTK A I* CONVr.HTIOl» , FT nOYFN DES JACOBIM ,
VIVRE LIBRE OU MOURIR
Ri'rajli m jimii.îiic-, r.in II <i«- l.i i(|)uhll<jiif, iiiir ♦•{ inrllvisilili*.
I»«<|uereai ^iii -Durcmml wroatliab, lc>n coamrreiu n« IMticreat |iai • tut ajaiirri.
On me reprochait sans cesse mon silence, et peu «'en fallait cju'on ne m'en fit un ci-ime. Mats 51 c'est Pion opinion et non ries flagorneries qu'on me flentande , à quoi eût-il servi de parler, pour «lire à un si grand nombre de personnes : Vous «•tes des insensés ou des contre-révolutionnaires, de me faire «insi deux ennemis irréconciliables , l'amour-propre piqué et la perfidie dévoilée, el
lie les dcchaînor contre moi en pure perte, et sans profit pour la république; car les insensés ne m'auraient pas cru et je n'aurais pas changé les traîtres? La vérité a son point de maturité, et elle était encore trop verte. Cependant je suis honteux d'être si long-temps poltron. Le silence de la circonspection peut commander aux autres citoyens, ses devoirsle défendent à un représentant. Soldat rangé en bataille, avec mes collègues, autour de la tribune, pour dire sans crainte ce que je crois le plus utile au peuple français, me taire serait déserter. Aussi bien ce que j'ai fait, ce que j'ai écrit depuis cinq ans , pour la révolution ; mon amour inné pour le gouvernement républicain, seule constitution qui convienne à quiconque n'est pas indigne du nom d homme; deux frères, les seuls que j'avais, tués en combattant pour la liberté, l'un au siège de Maëstricht, et l'autre dans la Vendée, et ce dernier, coupé en morceaux, par In haine que les royalistes et les prêtres portent à mon nom , tant de titres à la confiance des patriotes écartent de moi tout soupçon; et quand je vais visiter les plaies de Télal , je ne crains point que l'on confonde avec le slylet de l'assassin la sonde du chirurgien. Dès le premier mois de notre session, il y a
plus duii au , j avai*; bien rotomiu quel serait (î(^« sonnais le plus grand ihm^er, disons mieux , le seul danger de la républiLjue; et je m'exprimais, dans un discours distribué à la Convention , contre son décret du l'j octobre , rendu sur la motion de Gensonné , qui excluait les membres de toutes les fonctions publiques pendant six ans, piège grossier dos Giroîulins. Il ne reste plus à nos ennemis d'autre ressource que celle dont usa le sénat de Rome, quand, voyant le peu de succès de toutes ses batteries contre les Gracques, il s'avisa, (lit Saint-Béal , de cet expédient pour perdre les patriotes : ce fut d'engager un tribun d'encliérir sur tout ce que proposerait Graccbus, et à mesure que celui-ci ferait quelque motion populaire , de tâcber d'en faire \\v\e^ bien plus populaire encore, et de tuer ain«i les principes et le patrio> tismc par les principes et le patriotisme, poussés jusqu'à l'extravagance. Le Jacobin Graccbus proposait-il le repeuplement et le partage de deux ou trois villes conquises, le ci-devant Feuillant Drusus proposait d'en partager douze. Graccbus mettait-il le pain à i6 sous , Drusus mettait à 8 le maximum. Ce qui lui réussit si bien, que, dans peu , le forum trouvant que Grciccbus n'était plus à la bauteur, et que c'était Drusus qui allait au pas.
— Ifi —
se refroidirent pour leur vérita!)le défenseur qui , uno fois dépopul.'iris«, fut assommé d'un coup de chaise par Tarislocrate Scipion Nasica , dans la première instirrectfon morale.
J'étais tellement convaincu que ce n'est que de ce côté qu'on pourrait entamer les patriotes et la république, qu'un jour, me trouvant au comité de défense générale, au milieu de totis les docteurs brissotins et girondins, au moment de la j)lus grantkî déflagration de leur colère contre Marnl, et feignant de <:roire à leur amour pour la liberté : « Vous direz tout ce qu'il vous plaira, interrompis-je; Marat, contre qui vous demandez un décret d'accusation , est peut-être le seul homme qui puisse sauver la république, d'un côté dont personne ne se doute, et qui est cependant la seide brèche praticable pour la contre-révolution. » A ce mot de brèche praticable pour la contre -révolution , vous eussiez vu Guadet. Rrissot , Gensonné, qui d'ailleurs affectaient beaucoup de mépris pour mes opinions politiques, montrer, en croisant les bras tous à la fois, qu'ils renonçaient à la parole qu'auparavant ils s'ctaient disputée, pour apprendre (piel était ce côté faible de la place où Marnt était notre seul rclranclienuMit , et me dire avec empressement <le
iiri'xpliquer. il était une liciire ou ciiiix. Le coiiiitt' (It* défense gcnérnie élnit garni en ce uionient d'un assez grand nombre de députés , et je ne doute pas qu'il ne se trouve de mes collègues qui se rappellent très bien celte conversation :
« Il n'y a qu'à rire de vos efTorls , leur disje, contre la montagne, tant (pic vous nous attaquerez par le marais et le côté droit. On ne peut nous prendre que par les liaulcurs et on s'emparant <!u sommet comme d'une redoute ; c'est-.i-dire en captant les sniTragcs d'imc multitude imprudente, inconstante, par des motions plus populaires encore que celles des vieux Cordeliers, en suscitant des patriotes plus chauds que nous, et de plus grands prophètes que Marat. Pilt commence à s'en douter, et je le soupçonne de nous avoir envoyé à la barre ces i\cux déj)utations qui vinrent tlcrnièremenl avec des pétitions telles , que nousmrnics , de la cîme de la montagne , paraissions tous des modérés, en comparaison. Ces pétitions, Punc, je crois, des boulangers, et l'autre de je ne me souviens pas rpielle section, avaient d\')bord été extrêmement applaudies des tribimes. Heureusement nous avons Marat (pii, par sa vie souterraine et ses travaux infatigables , est regardé comme le maximum Au patriotisme, cl a cette
possession d'état si bien établie, qu'il semblera toujours au peuple , qu'au-delà de ce que propose Marat, il ne peut y avoir que délire et extravagances, et qu'au-delà de ses motions il faut écrire comme les géograpbes de l'antiquité, à l'extrémilé de leurs cartes : Là il n'y a plus de cités, plus d'habitations; il n'y a que des déserts et des sauvages, des glaces ou des volcans. Aussi, dans ces deux occasions, Marat, qui ne manque point de génie en politique, et qui a vu d'abord oii tendaient ces pétitions , s'est-il empressé de les combattre; et il n'a eu besoin que de (juelques mois , et presque d'un signe de tête , pour faire retirer aux tril)unes leurs applaudissemens. Voilà, concluais-jc, le service immense que lui seul, peut-être, est en mesure de rendre à la république. Il empêchera toujours que la contre-révolution ne se fasse en bonnets rouges , et c'est la seule manière possible de la faire. »
Aussi, dej)uis la mort de ce patriote éclairé et à grand caractère, que j'osais apjieler , il y a trois ans, le divin Marat, c'est la seule marclie <jue tiennent les ennemis de la république ; et j'en atteste soixante de mes collègues, combien de fois j'ai gémi dans leur sein des finiesles succès de cette marche! ('ombien de fois, dej)uis
trois mois, jo lis ai oiHrelenus vu p.iiiirulier de mes IrAveurs, qu'ils traitaient tl»; ridicules, (juoii\ue depuis la révolution sept à huit volumes déposent on ma faveur, que si je n'ai ptis toujours bien connu les personnes, j'ai toujours bien juge les événemens 1 Enfin , Robespierre, dans un premier discours dont la Convention a décrété l'envoi à toute l'Europe , a soulevé le voile. Il convenait à son courage et à sa popularité d'y glisser adroitement, comme il a fait , > le .^raml mot , le mot salutaire, qucPitt a changé de batteries; qu'/7 a entrepris de friire y fjar F exagération ce qu'il ti'auait pu faire jmr le modéraulis/ue, et qu'il y avait des hommes, patriotique meut co/itre-ié- K'olutionnaircs^ qui travaillaient à foi mer, conune Rolland, l'esprit public et à pouâser Topinion en sens contraire; mais à un autre extrême, également fftlnl à la liberté. • Depuis, dans deux discours non moins élu((Uens^ aux Jacobins, il s'est prononcé, avec plus de véhémence encore, (^ontrc le inii'igans qui, par des louanges perfides et exclusives, se flattaient de le détacher de tous ses vieux compagnons d'armes, et du bataillon sacré des Cordeliers , avec lequel il avait tant de fois - bntiu l'année rovalc. A la honic des prêtres, il a «léfciulu le Dieu (pi ils abandonnaient lâchement.
En rendant justice à ceux (jui, couinie le curé Meslier, abjuraient leur métier par philosophie, il a mis à leur place ces hypocrites de religion qui , s'étant faits prêtres pour faire bonne chère, se déprêlrisaieiit pour soutenir la cuisine, et ne rougissaient pas de publier eux-mêmes leur ignominie, en s'accusant d'avoir été si long-temps de vils charlatans, et venaient nous dire à la barre :
Citoyens, j'.ii menti soixanlr ans pour mon venlro.
Quand on a trompé si long-temps les hommes, on abjure. Fort bien. Mais on cache sa honte ; on ne vient pas s'en parer, et on demande pardon à Dieu et à la Nation.
Il amis à leur place ces hypocrites de patriotisme, <|ui, aristocrates dans l'assemblée consliluante et évê([ues connus par leur fanatisme, tout à coup éclairés par la raison, montaient les premiers à l'assaut de l'église Saint-Roch, et par des farces indécentes et indignes de la m.ajesté de la Convenlion , s'efforçaient de heurter tous les préjugés (!t de nous présenter à l'Europe comme un peuple d'athées, qui, sans constitution comme sans principes, abandonnés à rimj)ulsion du pariole (]u jour et «lu Jacobin à la mode, pros-
t iivaK-iil «i jii laéciitaicnt tous les cultes , dans \c incuie temps qu'ils en juraient la liherlc. A lu tête de ees liouimes., qui, plus patriotes que Robespierre, plus piulosophes. que Voltiiire, se moquaient de cette maxime si vraie :
Si Dirti itVxt»lait pas, il fautlrail riitvcnlrr,
oniiisliiij^u.ui Aii.icli.JiMbl^lools, l'oialeui du genre humain. Cloots est Prussien, il est cousin-germain de ceProiy tant dénoncé. Il a travaillé à la Gazette (fnù'ersellc où il a fait la guerre aux patriotes , je crois, dans le temps du Cliamp-de-lVlars. C'est Guadet et Vergniaud qui ont été ses parrains et l'ont fait naturaliser citoyen français, par décret de l'assemblée législative. Par reconnaissance , il a t^té^ dans les journaux, la régence au vertueux Rolland. Après ce vote fameux , comment peutil prendre tous les jours effrontément place à la cîme de la montagne? Le patriote Cloots, dans la grande question de la guerre, a offert \i mille francs à la barre, en don ])atriotique, potu' les frais de Touverture de la can)pagne, afin de faire prévaloir Popinion de Rrissot qui, comme Cloots, voidait faire la guerre au genre humain et le municqialiser. Quoiqu'il ail des entrailles de père
pour tous les liomines, Gloots semble en avoir moins . pour les nègres; car, clans le temps, il combattait pour Barnave contre Brissot, dans l'affaire des colonies; ce qui montre une flexibilité de principes et une prédilection pour les blancs peu dignes de l'ambassadeur du genre humain. En revanche, on ne peut donner trop d'éloges à son zèle infatigable à prêcher la république , une 2t indivisible , des quatre parties du monde , à sa ferveur de missionnaire jacobin, à vouloir guillotiner les tyrans de la Chine cl du Alonomo- . tapa. Il n'a jamais manqué de dater ses lettres, depuis cinq ans ^ de PariSy chef-lieu du globe; et ce n'est passa faute si les rois de Danemarck, de Suèdt;, gardent la neutralité, et ne s'indignent pas que Paris se dise orgueilleusement la métropole de Stockholm et de Copenhague. Eh bien, c'est ce bon montagnard qui , l'autre jour, après souper, dans un accès de dévotion à la raison , et de ce qu'il appelle sou zèle pour la maison du seigneur genre humain ^ courut, à onze heures du soir, éveiller, dans son premier somme , l'évêque Gobel, pour lui offrir ce qu'il appeLiit une couronne civique, et l'engager à se déprttriser solennellement le lendemain h la barre de la Convention. Ce qui fut fait: et voilà comme noire
Prussien Clools doiinait à la France ce sign.il (le .subversion et Texeinplc de courir sus à tous les sacrislnins.
(lertesje ne suis pcis un cagot^et le clmnipion des prêtre^. Tous ont gagné Icurs^ grands revenus en apportant aux hommes un mal qui comprend lous les autres» celi\i d'une servitude générale, en prêchant celte maxime de leur Saint-Paul: o^^/jje« aux tjrans, en répondant comme i'évèqueO'Neal à Jac({ties I^^ , qui lui demandait s'il pouvait puiser dans In bourse de ses sujets: « A Dieu ne plaise que vous ne le puissiez; l'otis é/es le sou/jfle de nos narines \n ou comme le Tellier h Louis XJV : yous êtes trop bon roi; tous les biens de vos sujets sont les vôtres. On a lerminé le chapitre des prêtres et de tous les cultes qui se ressemblent et sont tous également ridicules, quand on a dit que les Tarlarcs mangent les excrémens du grand Lama comme des friandises sanctifiées. Il n'y a si vile Icle d'ognon qui n'ait été révérée à l'égal de Jupiter, pans leMogol, il y a encore une vache qui reçoit plus de génuflexions que le J^xcuf Api», quia sa crèche garnie (|e diamans et son étahic voûtée des plus belles pierreries de l'Orient , ce qui doit rendre Voltaire et Rousseau moins fiers de lp«us honneurs du Panthcç^rj pt^ ^af^^ A*?'j?
nous fait voir les liabitans du pays de Cardandan adorant chacun le plus vieux de la famille, et se donnant, par ce moyen, la commodité d'avoir un Dieu dans la maison et sous la main. Du moins ceux-ci ont nos principes d'égalité , et chacun est Dieu à son tour.
Nous n'avons pas le droit de nous moquer de tous ces imbécilles, nous, Européens, qui avons cru si long-temps ,
Qui; l'on gobait un Dieu conuno on avale une Iiiiîde,
et notre religion avait ce mal par dessus les autres, que l'esclavage et le papisme sont deux frères qui se tiennent si bien par la main , qu'ils ne sont jamais entrés dans un pays l'un sans l'autre. Aussi tous les états libres , en tolérant tous les cultes, ont-ils proscrit le papisme seul avec raison , la liberté ne pouvant JDermettre une religion qui fait de la servitude un de ses dogmes. J'ai donc toujours pensé qu'il fallait retrancher .lu moins le clergé du corps politique ; mais pour cela , il suffisait d'abandonner le catholicisme à .sa décrépitude, et le laisser finir de sa belle mort, qui était prochaine. Il n'y avait qu'à laisser agir la raison et le ridicule sur l'entendement des peu-
|>Ies , vl avec Moiilaignc, regarder /es églises comme des petites maisons (Vimhêcilles quil fallait laisser subsister \u<,<.\u -a ce que la raison eût fiil assez de progrès, de peur que ces finis ne devinssent des furieux.
Aussi ce qui m'inquiète, c'eét d<; ne pas ni'apercevoir assez des progrès de la raison humaine parmi nous. Ce qui m'inquiète, c'est que nos médecins polilitpies euxinemee, ne comptent pas assez sur la rai>on des Français pour croire qu'elle puisse cire dégagée de tout culte. Il faut à Tciprit luunain malade, pour le bercer, le lit plein de songes de la suj)erstilion; et à voir les processions, les fêles qu'on institue, les autels cl les saints sépulcres qui se lèvent, il me semble qu'on ne fait que cbanger de lit le malade, seulement on lui n'tire roreiller de l'espérance d'une autre vie. Comment le savant Clools a l-il pu ignorer qu'il faut que la raison et la pI)iloso])hie soient devenues plus communes encore, plus populaires qu'elles ne le sont dans les départemens , pour que les malheureux, le vieillard, les femmes puissent renoncera leurs vietix autels, et à l'espérancc qui les y attachent? Comment peut il ignorer que la po!ili(jue a besoin de ce ressort , que Trajan n'eut tant de peine à subjugtier 1rs
Daces, que parce <jue, disent les historiens, à l'iiitrépiflilé des barbares ils joignaient une persiia sion plus intime de l'existence du palais d'Odin, où ils recevraient à table le prix de leur valeur. Comment peut il ignorei- que la liberté elle-même nesnvirait se passer do cette idée d'un Dieu réiiiunérateur, et qu'aux Tliermopyles, le célèbre Léonidas exhortait ses trois cent Spartiates en leur promettant le brouet noir, la salade et le fVoiuage chez Pluton , cipucl ùi/eros cœnaturil Comment peut-il ignorer que la terreur de l'armée victorieuse de Gabinius ne fut pas assez forte pour contenir le peuple d'Alexandrie, qui faillit exteitniner ses légions à la vue tPun chat tué par in\ soldat romain! Et dans le fameux soulèvement dçs paysans de Suède contre Gustave Ericsou toute leur pétition se réduisait à cç point : « Qu'on npus rçncje nos cloches. » Ces exemples prouvant avec quelle circonspection on doit toucher au culte Pour moi, je l'ai dit, le jour même où je visGobel venir à la barre avec sa double croix, qu'on portait en (riomj)he devant le piiilosophe Anaxagoras, si ce n'était pas un crime de lèsemontagne de sou|)ço(inor un président (\vs Jacobins et un procureur de la conimunc , tels que C^I«»ols et (>i)a(uneltc, je serais lenlé do croire ,
(|u à ia nouvelle de Bairèrc du ui ^c^UoiuIiru , la k'cndée neaiste plus y le roi de Prusse s'est écrié doidoureuscment : «Tous nos efToiis échoueronl donc conlre la république, puisque le noyau de la Vendée est détruit, » et que l'adroit Luccliesini, pour le consoler, lui aura dit : « Fléros invincible, j'imagine une ressource; laissez-moi faire. Je paierai quelques prêtres pour se dire cbarlalans; j'enflammerai le patriotisme des autres pour faire une pareille déclaration. Il y a, à Paris, deux fameux patriotes qui seront très-propres , par leurs talens, leur exagération et leur système religieux bien coimu, à nous seconder et \i recevoir nos impressions, il n'est question que de faire agir nos amis, en France, aupiès des deux grands philosoplies, Anacharsis et Anaxagoras, de mettre en mouvement leur bile, et d'éblouir leur civisme par la ricbe conquête des sacristies.» (J'espère que Cbaumette ne se plaindra pas de ce numéro, et le marquis de Luccliesini ne pcut-y^^ / parler de lui en termes plus lionorables.)\« Ana- i^y ^^^^ rbarsis et Anaxngoras croiront pousser à la roue de la raison, tandis que ce sera à celle de la contre-révolution ; et bientôt , au lieu de laisser mourir en France , do vicllesse et d'inanition, le papisme, prêt à rendre le dernier soupir, sans
38 — procurer à nos emieiDis aucun avantage, puisque le Irésor des sacristies ne pouvait échapper à Canibon , par la persécution et l'intolérance contre ceux qui voudraient messer et être messes, je vous réponds de faire passer force recrues constitutionelles à Lescure et à La Rochejacquelin. »
^22ï?2 o©as3i23â.
.iLlEltLiEK^k
LE YIKl \
f[ 0 R D E li î E R^
rot' n v \ F K t' n ir. F
par €amtllc-Ofem0ultns,
»»>CTt A r.\ COJCVFNTION, IT lutYKN l»^S JACOnOS,
•'•«•••«•««o«*»»a««»««»6j««»»4«»o4«oe«,i«««««
VIVRE LIBRE OU MOURIR
Qiiinliili riim.tiip , 3* tlécadc, l'.m II de la M-puliliqiic. une et indivisible.
Urt i|ue «-fin ijui goii\erncnt (c'uni liaïi , Icuri inncurrani K* laf Jcruul p.ii 4 'tre tiliiiir<'>.
IJnr différence cnire la luonarcliic cl la répuhiifjuc qui suffirait seule pojir faire repousser avec horreur, par les gens de bien, le goiivenieincnt monnreliiqiic, et lui faire préférer la république, tpiorqu'il eu «oute pour l'établir, c'est (juesi, d.Tiis la dénïoeralie, le peuple peut rire
trompé, (lu moins c'est la vertu qu'il aime, c'est le méritequ'il croit élever aux places, nu lieu que les coquins sont l'essence de la monarchie. Les vices, les pirateries et les crimes, qui sont la maladie des républiques, sont la sauté des monarchies. I,e cardinal de Richelieu l'avoue dans son testament politique, oîi il pose en principe, que le mi doit cviler de se seri'ir des gens de bien. Avant lui , Salluste avait dit : Les rois ne sauraient se passer des fripons, et^ au contraire^ ils doivent avoir peur et se méfier de la probité. Ce n'est donc que rians la démocratie que le bon citoyen peut raisonnablement espérer de voir cesser le triomj)hc de l'intrigue et du crime; et poiu' cela le peuple n'a besoin que d'être éclairé : c'est pourquoi , afin que le règne d'Astréc revienne, je reprends la plume, et je veux aider le père Duchcsne à éclairer mes concitoyens, et à répandre les semences du bonheur public.
Il v a encore celte différence entre ia monarchie et la république, que les règnes des plus méchans empereurs^ Tibère, Claude, Néron, Caligula , Domilien, euient d'heureux commcnccineiït. Tous les règnes ont \n joyeuse entrée.
C'est par ces réflexions que le patriote répond d'abord au rovaiisie, liant sous cape de l'état j)ré-
sont (If la Franco, roininc si rot élal >iolcnt et toiTÏMe (levait durer. Je vous entends, messieurs les rovalistes, narguer tout bas les fondateurs de In république, et comparer le temps de la Bastille. Vous comptez sur In franchise de ma plume , et vous vous faites un plaisir malin de la suivre , esquissant fidèlement le tableau de ce dernier semestre; mais je saurai tempérer, votre joie, et animer les citoyens d'un nouveau courage. Avant de mener le lecteur aux Hrelenux et sur la place delà Révolution, et de les lui montrer inondés du sang (|ui couI.t, pendant ces six mois, pour l'élernel alTrancbissement d'un peuple de vingtcinq millions (riiomnips, et non encore lavés par la liberté et le bonheur public, je vais commencer par reporter les yeux de mes concitoyens sur les règnes des Césai-s, et sur ce fleuve de sang , sur cet égoîil de corruption et d'immondices coulant pcrpétuellenjenl sous la monarchie.
Muni de ce numéro préliminaire, le souscripteur, fût -il doué de la jdus grande sensibilité, se soutiendra facilement pendant la traversée qu'il c^ït reprend avec moi de ce période de la ré vol ulinn./Dnns le combat n mort que se livrent, au milieu de nous, la républicpie et la monarcbie, et dans la nécessité que rune ou l'aulre remporl'il
une vicloire sanglante, qui pourra géniir tlu triomphe de la république, après avoir vu la description que l'histoire nous a laissée du triomphe de la monarchie; après avoir jeté un coup-d'œil sur la copie ébauchée et grossière des tableaux de Tacite, que je vais présentera l'iionorable cercle de mes abonnés?
« Après le siège de Pérouse, disent les historiens, malgré la capitulation, la réponse d'Auguste fut : « Il vous faut tous périr. » Trois cents des principaux citoyens furent conduits à riiôtcl de Jules-Ccsar, et là, égorgés le jour des ides de mars; après quoi le reste des habitons fut passé péle-iriéle au fil de l'épée, et la ville, une des plus belles de l'Italie, réduite en cendres, et autant effacée quTlerculanum de la surface de la terre. H y avait anciennement à Rome y dit Tacite , une loi qui spécifiait les crimes d'état et tic lèse-majesféy et portait peine capitale. Ces crimes de lèse-majesté , sons la république y se réduisaient à quatre sortes : si une année avait été abandonnée dans un pays ennemi; si l'on avait excité des séditions ; si les membres des corps constitués avaient mal ad^ ministre les affaires el les deniers publics; si la maffstt' dn peuple Toinain avait été avilie. Les
empereurs n'eurent besoin que de quelques articles additionnels à cette loi pour envelopper et les citoyens et les cités entières dans la proscription. Auguste fut le premier extendeur de cette loi de lèse-majesté , dans laquelle il comprit les écrits qu'il appelait contre -ré\'olutionnaires (iV Sons ses surrcssjMirs , et bientôt les
(i) Je niéviciis que ce miinéro n'csl , d'un hoiit à l'autre ,
qu'une iradaclion lillértile <lef liuloiicns. J'ai cru innttle dp
le Mifchargrr dt-* riuiinnf. Toutefois, au lisqiir de passer
|>our |>éd9i)t , je ciiorai , {MiTois^ le l«'xte, nlii» d'ôtrr tout pr<^-
teiite à la mallguîlc dVinpuisonnn im ^ |!ii;is -. d de pié-
féàtfre ainsi que n)a traduction '^'^xx\ niilrur mort il y a quinze
MflUaos rst un crime dr ronlre-révoluiion. N'oiii lu ])a&t>n{{e :
Tacî^. ^unalcs, liv. l^^.(^^'f^y^îium Ic^cm mnj,cstuli$ reffu^trat ,
cHÏ nomen aniid velcres itiem , scd ulia lit juiliciiiin vcniçbaiit : si qu'is
proJilione rxercititm , mit ptrl'cm scditionibiis , (feniquc malè geslà
KrpuS/ieé^ méjetlalém ^OfUtii romani mniuistet. Facta argueliantiir,
' • uiêi rront. PruHlu ÀvgUfUis logiiiliûiicm de J(imosi$ libellh
i rjiéi Iraclavtt.
J'ajoulequr ISIarat , dont rautoiitéisl presque sacrée, d'a-
]»»*f le« lionnetirs dîvîfreqtj'on rend* sa mémoire, pensait ab-
«olanieol comme Tndic sur reuc romièrc. Voici comme a'nx-
jwimait Uaial, 4 U (ributtc du ta Convcnlion, d>in& la séanct-
du 7 janvier, h l'occasion d'un rc-quisiloiie d'Anaxagoras
Chaumelle,coniteje ne sais quel articlede feu Cliarles-Villetli-,
insërv dans la Chronique : • Toute citation devant un tribunal
• j)«iur ^iqy v^ïjjiyn c^f ^ne injustice- On ne |ii'm( çilfr, m c«-
• CM« on cilojciit que devant le public. Et qua,^d C(UIC.cil9-
• lion s'adresse à un i ('présentant du peuple , c'est nue infirme
extensions n'eurent pins de bornes, dès qne des propos furent devenus des crimes d'étal ; de là, il n'y eut qu'un pas pour changer en crimes les simples regards, la tristesse, la compassion, les soupirs, le silence même.
« Bientôt ce fut un crime de lèse-majesté ou de contre-révolution à la ville de Nursia, d'avoir élevé un monument à ses liabilans morts au siège de Modène, en combattant cependant sous Auguste lui-même, mais parce qu'alors Auguste combattait avec Brutus , et Nursia eut le sort de Pérouse.
(( Crime de contre-révolution à Libon Drusus, d'avoir demandé aux diseurs de bonne aventure s'il neposséderait pas un jour de grandes richesses. Crime de contre -révolution au journaliste Cremutius Cordus, d'avoir appelé Brutus et Cassius les derniers des Romains. Crime de contre-révolution à un des descendans de Cassius, d'avoir chez lui un portrait de son bisaïeul. Crime de contrerévolution à Mamercus Scaurus, d'avoir fait une tragédie où il y avait tel vers à qui l'on pouvait donner deux sens. Crime de conire-révolution à
• violntion. Je demande que lo procureur de la commune soit
• Iraduil à la harrr, |»onr avoir allonlr h la liheilr d«' la » presnp, etc. »
ToKiu.iUis Silamis, »le fniic t\v l.i dépense, ('rime cl« coiitrcî-révoliilioii h Peireïus , d'avoir en tin songe sur Claude. Crime de conlre*révoIutioM li Appius Silanuâ, de ce que la femme de Claude avait eu un songe sur lui. Crime de contre-révolution à Poinponius, parce qu'un ami de Séjari était venu eherclicr un asile dans une de ses mai sons de campagne. Crime de contre-révolution d'être allé à la garde-robe sans avoir vidé ses poches, cl en conservant dans son gilet un jeton à la face royale, ce qui était un manque de respect à la figure sacrée des tyrans. Crime de contrerévolution de se plaindre des malheurs du temps, car c'était faire le procès du gouvernement. Crime «le contre-révolution de ne pas invoquer le génie divin de Caligula. Pour y avoir manqué, grand nombre de citoyens furent déchirés de coup.s , condantnés aux mines ou aux bétes, quelquesuns même sciés par le milieu du corps. Crime de contre révolution à la mère du consul Fusius Geminus, d'avoir pleuré la mort funeste de son fils, a II fallait montrer de la joie de la mort de son ami , de son parent , si l'on ne voulait s'exposer à périr soi-même. Sous Néron, plusieurs dont il avait fait mourir les proches allaient en rendre (;r;iee .im\ climx , lU illunniiaient. Du moins il
fallait avoir un air de contentement. , un air ouvert et calme. On avait peur que la peur même lie rendît coupable.
i^:,n Tout donnait de l'ombrage au tyran. Un citoyen avait-il de la popularité; c'était un rival du prince , qui pouvait susciter une guerre civile. Studia civium in se verteret et si mulli idem audeantf hélium esse. Suspect.
« Fuyait-on au contraire la popularité, et se tenait-on au coin de son feu ; cette vie retirée vous avait fait remarquer, vous avait donné de la considération. Quanta metu occultior , tanto famœ adeptus. Suspect.
a Étiez-vous riche; il y avait un péril imminent que le peuple ne fût corrompu par vos largesses. Auri \'im atque opes Plauti principi infensas. Suspect.
«Etiez-vous pauvre; comment donc! invincible empereur, il faut surveiller de plus près cet homme. Il n'y a personne d'entreprenant comme celui qui n'a rien. Sjllam inopem, widè prœcipuam audaciam. Suspect.
^.,,y Etiez-vous d'un caraclère sombre, mélancolique, ou mis en négligé; ce qui vous affligeait , c'est que les affaires publicjuos allaient bien. Homincm Ooriis puhlicis inastum. Siiiqiccl.
«« Si , ;iii uoiiliviire, un ciloyeii se donnait du buii temps et des indigestions , il ne se divertissait (}ue parce que l'empereur avait eu celte aUnquo de goutte qui licureusetnenl ne serait rien; il fallait lui faire sentir que sa majesté était encore dans la vigueur de l'âge. liedtlendiun pro intcnipeiti\'d licenlià inœflam et funebt'ein noctein ifuà scntiat viyere filelliuin et wiperare. Sus pect.
« Etait-il vertueux et austère dans ses mœurs ; bon ! nouveau Brulus, qui prétendait par sa pâleur et sa perruque de jacobin, faire la ccnsuic d'une cour aimable et bien frisée. Gliscere œinu los Drutorum vultds rigidi et tristis quo tiln lasciviam exprobrcnt. Suspect.
« Etait-ce un pbiloso))lie, un orateur ou un poète ; il lui convenait bien d'avoir plus de renoinmce que c<^\\\ qui gouvernaient ! Pouvait-on Noulfrir (ju'on fil j)lus d'altention à l'auteur, aux quatrièmes, qu'il l'empereur dans sa loge grillée? yirgdium et liufum claritudo nomitds. Suspect.
« Enfin s'était-on acquis d(> la réputation à la gueiTe; on n'en était que plus dangereux par son talent. 11 y a de la ressource avec un général inepte. S'il est traître, il ne peut pas .«-i bien livrer une armée ù rcnncmi qu'il n'en revienne quel-
qu'un. Mais un officier du mérite de Corhulon ou d'Agricola, s'il trahissait, il ne s'en sauverait pas un seul. Le mieux était de s'en défaire: Au moins, seigneur, ne pouvez-vous vous dispenser de l'éloigner promptement de l'armée, Multa militari Jamà melumfecerat. Suspect.
« On peut croire que c'était bien pis, si on éèait petit-fils ou allié d'Auguste : on pouvait avoir un jour des prétentions au trône. Nohilem et quod tune spectavetur è Cœsarum posterisl Suspect.
« Et tous ces suspects, sous les empereurs, n'en étaient pas quittes, comme chez nous, pour aller aux Madelonneltes, aux Irlandais, ou h. Sainte- Pélagie. Le prince leur envoyait Tordre de faire fcnir leur médecin ou leur apothicaire, et de choisir, dans les vingt-quatre heures, le genre de mort qui leur plairait le plus. A/issu& centurio qui maturaret euin. »
C'est ainsi qu'il n'était pas possible d'avoir aucune qualité, à moins qu'on n'en eût fait un instrument de la tyrannie, sans éveiller la jalousie du despote et sans s'exposer à une perte certaine. Celait un crime d'avoir une grande place, ou d'en donner sa dénnssion; mais le plus grand de tous les crimes élait d'être incorru|)lil)le. JNéron avait
tellement tlolniil lotit ce qu'il y nvnil de gens de bien, qu'nprès s\*lre défait de Thrasea -jt de Soniniiit, il se vantait d'avoir aboli jusqu'au nom de vertu sur la terre. Quand le sénat les avait condamnés, l'empereur lui écrivait une lettre de remercîment de ce qu'il avait fait périr un ennemi de la république ; de même qu'on avait vu le tribun Clodius élever un autel à la liberté sur l'emplacement de la maison rasée de Cicéron , et le peuple crier : f'^iue la liberté !
L'un était frappé h cause de son nom et de celui de ses ancêtres; un autre, à cause de sa belle maison d'Albe; Valérius Asiaticus, à cause que ses jardins avaient plu à l'impératrice; Stalilius, à cause que son visage lui avait déplu; et une multitude sans qu'on en pût deviner la cause. Toranius,le tuteur, le vieil ami d'Auguste, était proscrit pnrson pupille sans qu'on sût pourquoi, sinon qu'il était Iiommc de probité et qu'il ainiait sa patrie. Ni la prélure, ni son innocence ne j)urcnt garantir Quintus Gellius des mains sanglantes de l'exécuteur; cet Auguste, dont on a tant vanté la clémen* ce, lui arrachait les yeux de ses propres mains. On éfail trabi et poignardé par ses esclaves , ses ennemis; et si l'on n'avait point d'ennemi, on trouvait pour assassin un li<>lc, un ami, un (ils. Kn un mol,
sous ces règnes , la mort naturelle d'un lioriune célèbre, ou seulement en place , était si rare, que cela était mis dans les gazettes comme un événement, et transmis par rhistvorjçn à la mémoire des siècles. « Sous ce consulat, dit notre annaliste « il y eut un pontife, Pison, qui mourut dans son jc< lit; ce qui parut tenir du prodige. » r; La mort de tant de citoyens innoccns et rccommandables semblait une moindre calamité que Tinsolence et la fortune scandaleuse de leurs meurtriers et de leurs dénonciateurs. Ghatjue jour , Id délateur sacré et inviolable faisait so!i entrée Iriompbale dans le palais des morts, en recueillait quelque ricbe succession. Tous ces dénonciateurs se paraient des plus beaux noms, se faisaient appeler Cotta, Scipion, Régulus, Cassius, Severus. La délation était le seul moyen de parvenir, et Régulus fut fait trois fois consul pour ses dénonciations. Aussi tout le monde se jetait-il dans une carrière des dignités si large et si facile, et pour se signaler par un début illustre, et faire ses caravanes de délateur, le marquis Serunus intentait une accusation de contre-révolution contre son vieux père , déjà exilé ; après quoi il se faisait appeler (ièremcnt IJrulus.
Tt.'ls accusateurs, tels juges. i,es Irdnmauv, pro
lecU'urs clo la vie ot tics propriétés, claiont devenus tics boucheries où ce qui portait le nont de supplice et de confiscntion n'éinit que vol et nssas* sinnt.
S'il n'y avait pas moyen d'envoyer un honmie au tribunal, on avait recours à l'assassinat et au poison. Celer, OElius, la fameuse Locuste, le médecin Anicct, étaient des empoisonneurs de profession, patentés, voyageant ri la suite de la cour, et une espèce de grands officiers de la couronne. Quand ces dcmi-mesures ne sufHsaient pas , le tyran recourait à une proscription générale. C'est ainsi que Caracalla, après avoir tué de ses propres mains son frère Gela, déclarait ennemis de la république tous ses amis et partisans, au nombre de vingt mille; et Tibère, ennemis de la république tous les amis et les partisans de Séjan , au nombre de trente n)ille. C'est ainsi que Syila, dans un seul jour, avait interdit le fou el l'eau à soixante-dix mille Romains. Si un lion empereur avait eu une cour et une garde prétorienne de tigres et de panthères, ils n'eussent pas mis plus de personnes en pièces que les délateurs, les affranchis, les enqioisonneurs et les coupe-jarrets des Césars; car la cruauté causée par la faim cesse avec la faim, au lieu que celle causée par lacianile, la cupidilc
— ttk —
vX les soupçons des lynuis, n'a point de homes. Jusqu'à quel degrés d'avilissement et de bassesse l'espèce humaine ne peut elle pas descendre? quand on pense que Rome a souffert le gouvernement d'un monstre qui se plaignait que son règne ne fut point signalé pai" quelque calamité , peste, famine, tremblement de terre ; qui enviait à Auguste le bonheur d'avoir eu, sous son empire, une armée taillée eii pièces; et au règne de Tibère, les désastres de l'amphithéâtre de Fidènes , où il avait péri cinquante mille personnes ; et , pour tout dire en un mol , qui souhaitait que le peuple romain n'eiil qu'une seule tête, pour le mettre en masse à la fenêtre!
Que les royalistes ne viennent pas me dire que celte description ne conclue rien, que le règne de Louis XVI ne ressemblait point ù celui des Césars. S'il n'y ressemblait point , c'est (jue cliez nous la tyrannie , endormie depuis long-tcnqis au sein des plaisirs, et se reposant sur la solidité des chaînes que nos pères portaient depuis (|uinze cents ans, croyait n'avoir plus besoin de la terreur, seul instrument des despotes, dit Machiavel, et instrunient tout puissant sur des âmes basses , timides et faites pour l'esclavage. Mais aujouid hui (|uc le peuple s'est réveillé, et qu(!
l'épée de 1.1 ré|nibliquc a été lirét* contre K'S monarHiifs, laissez la royauté romcUre le |>ie<l en France; c'est alors que ces mctiailles de la tyrannie, si bien frappées par Tacite, et que je viens de mettre sons les yeux de mes concitoyens, se* ront la vivante image de ce qu'ils auront à souffrir de maux pendant ciH<{uantc ans. Et faut -il chercher des exemples si loin? Les massacres du C.hamp do-Mars et de Nancy; ce que Robespierre racontait l'autre jour aux Jacobins des hoireurs que les Autrichiens ont commises aux frontières, les Anglais à Gènes , et les royalistes à Fougères et dans la Vendée, et la violence seule des partis, inontrc^jl assez que le despotisme, rentré furieux dans ses possessions détruites, ne pourrait s'y affermir qu'en régnant comme les Octave et les Néron. Dans ce duel entre la liberté et la servitude, et dans la cruelle alternative d'une défaite mille fois plus sanglante que notre victoire, 011frer la rè^'olution avait donc moins de péril et volait encore mieux que de rester en-decà , comn)e l'a dit Danton, et il a fallu, avant tout , (|ue la république s'assurât dii champ de ha- Inille.
D'ailleurs tout le monde conviendra d'une vérité. Quoique Pilt sentant celte nécessité où noUR
étions réduits, de ne pouvoir vaincre snns une grande effusion de sang, ait cliangé tout à coup de batteries, et profitant habilement de notre situation , ait fait tous ses efforts pour donner à notre bberté l'attitude de la tyrannie, et tourner ainsi contre nous la raison et l'humanité du dixhuitième siècle, c'est-à-dire les armes mêmes avec lesquelles nous avions vaincu le despotisme; quoique Pitt , depuis la grande victoire de la Montagne, le 20 janvier, se sentant trop faible pour empêcher la liberté de s'établir en France, en la combattant de front, ait compris que le seul moyen de la diffamer et de la détruire était d'en prendre lui-même le costume et le langage; quoiqu'en conséquence de ce plan, il ait donné à tous ses agens, h tous les aristocrates, l'instruction secrète de s'affubler d'un bonnet ronge, de changer la culotte étroite contre le pantalon, et de se faire des patriotes énergumènes ; quoique le patriote Pitt , devenu jacobin , dans son ordre h l'armée invisible (ju'il solde parmi nous, lait conjurée de demander, comme le marquis de Montant , cin^ cents tctcs dans la Convenlion , et que Vannée du lihinfusUlàt la garnison de Mayence j de demander comme une certaine pétition , quon fit loinhcr neuf cent nulle têtes;
- hl -
rommc un rrrt.iin n'-quisifoiro, qu'on cmhnsfii-» icit la moitié tlii peuple français ^ comme suS" pect; c\ romniP uiio rcrtninc motion, qu'on mit (les barils de poudre sous ces prisons innom^ hrahleSy et à câté une mèche permanente; quoi^ <\ue le ^nn^ciilotlePitl ait deniaiulé qu'au moins^ par nmendemcnt, on traitât Ions ces prisonniers avec la dernière rigueur; qu'on leur refusât toutes les eouunodilé^; de la vie , et jusqu'îi la vue de leurs ptTes, de leurs femmes et de leurs cnfans , pour les livrer eux et leur famille à la terreur cl au désespoir; quoique cet habile ennemi ail Miscité partout une nuée de rivaux à la Convention, et qu'il n'y ait aujourdhui, en France, que les douze cent mille soldais de nos armées, qui, fort heureusement , ne fassent pas de lois ; car les commissaires de la Convention font des lois ; les départemens , les districts, les municipalités, les sections , les comités révolutionnaires font des lois ; et, Dieu me pardonne, je crois que les sociétés fraternelles en font aussi : malgré , dis-je, tous les efforts que Pilt a faits pour rendre noire république odieuse à TRurope; pour donner des armes au parti ministériel contre le parti de l'ôpposilion, à la rentrée du parlement ; iii un mot, pour réfuter le manifeste sublime «le Uobes»
- tiS — pierre ( i ). Malgré tant de guinées, qu'on me cile, (lisait Danton, tm seul homme follement pro nonce daus la révolution, et en faveur de la république , qui ait été condamné a. mort par le tribunal révolutionnaire? Le tribunal révolutionnaire, de Paris du moins, quand il a vu des faux lémoins se glisser dans son sein , et mettre l'innocent en péril, s'est empressé de leur faire subir la peine du talion. A la vérité , il a condamné pour des paroles et des écrits; mais, d'abord, peut-on regarder connue de simples paroles le cri i]c và>e le roi ^ ce cri provocateur de sédition, et qui , par conséquent , même dans 1 ancienne loi de la république romaine, que j'ai citée, eût clé puni de mort ? Ensuite c'est dans la mêlée d'une révolution que ce tribunal a à juger des crimes politiques; et ceux mêmes qui croient qu'il n'est pas exempt d'erreurs lui doiverrt cette justice, qu'en matière d'écrits il est plus attaché
(i) C'est avec de tels écrits qu'on vengornil l'honiiciir do l.i république, et qu'on déhauelierait leurs peuples et leuis ai*^ inéus, aux despotes, liieiilùt réduits ;i la garde des nobles et des prêtres, leurs satellites naturels, si les uUra-réi'oJutionnaires et les bonnets ronges de Rrîssot et «le Onninuriez ne gâlaient une si belle ennsr et ne roiirni>isairnt innllirnieusetnent à Pilt «les (lits pour répondre à «es belbs paroles de Robespierre.
h rinlnilion qirnii corps du délit ; et lor^^qirii n'a pns clé convaincu que l'intention était contrcrévolutiounairc , il n'a jamais manqué de mettre en liberté, non seulement celui qui avait tenu les propos ou publié les écrits, mais même celui qui avait émigré.
Ceux qui jugent si sévèrement les fondateurs de la république ne se mettent pas assez à leur place. Voyez entre quels précipices nous marchons. D'un côté est l'exagération en moustaches , à qui il ne tient pas que , par ses mesures ultrarévolutionaircs , nous ne devenions l'horreur et In ••'-.„-€ <le l'Europe ; d'un auti-e côté est le modérantisme en deuil , qui, voyant les vieux Cordeliers ramer vers le bon sens et tâcher d'éviter le courant de l'éxagi'rat ion, faisait hier, avec une armée de fennnes , le siège du comité de sûreté générale , et , me prenant au collet , comme j'y entrais par hasard, prétendait que , dans le jour, la Convention ouvrît toutes les prisons, pour nous lâcher aux jambes, avec un certain nombre, il est vrai, de bons citoyens, une multitude de contre- révolutionnaires enragés' de leur détention. Enfin , il y a une troisième conspiration, qui n'est pas la moins dangereuse ; c'est celle que Marat aurait appelée la conspiration des
dipilons; je veux parler de ces hommes qui, avec les inlenlions du monde les meilleures, étrangers à toM^es les idées politiques, et, si je puis m'expriwier aiftsi, scélérats de bêtise et d'orgueil, parce qu'ils sont de \ç\ comité , ou qu'ils occupent telle place éminente, souffrent à peine qu'on leur parle; montagnards d'industrie , comme les appelle si bien d'Églantiiie, tout au moins montagnards de recrues, de la troisième ou quatrième réquisition, et doflU«l morgue ose traiter de mauvais citoyens dçs vétérans biaachis daqs les armées de la république, s'ils ne fléchissent pas le genoux devant leur opinion , et dont l'ignorance patriote nouj; fait encore plus de mal que rhabileté contre-révolutionnaire des Lafayelte et des Dumouriez. Voilà les trpis écueils dont les Jacobins éclairés voient que leur route est semée sans interruption ; mais ceux qui ont posé la preijiière pierre de la république doivent être déterminés a élever jusqu'au faîte ce nouveau Capitole, ou à s'ensevelir sous ses fondemenfy.
Pqui? moi, j'ai, repris tout mon courage; et tant que j'aurai vécu, je n'aurai pas laissé déshonorer mon éçijitoire véridiquo et républicaine. Après ce numéro 3 du, vieux Cordelicr, que Pitt vienne dire maintenant (jue je n'ai pas la liberté d'exprimer
mon o|iiiii(>i) ;ml;«iil i\\\c \v ^hiinini^ ( /tmnuU' ! qu'il vienne dire ({lie la liberté clo la presse n'existe plus en France, même |)ourles députés Je la Convention, après la lettre pleine d'affreuses vérités que vient de publier le courageux IMiilippeaux, quoiqu'on puisse lui reprocher d'y avoir trop méconiui les grands services du comilé de sulut public. Depuis que j'ai lu cet écrit véritablement sauveur, je dis à tous les |)atriu(es que je rencontre : y^s'ez-^'ous lu FliUippeaux? Et je le dis avec autant d'enlliousiasmc que La Fontaine demandait : yivez-vous lu Baruch?.
Oui, j'espère que la liberté de la presse va renaître toute entière. On a étrangement Iromjic les meilleurs esprits de la (îonvention sur les pré tendus dangers de celte liberté. On vent que la tcn'eur soit à l'ordre du jour, c'est ci dire la terreur des mauvais citoyens ; qu'on y mette donc la bberic de la presse; car elle est la Icrreiir des fripons et des contre-révolutionnaires.
Lousialot , qu'on a trop oublié, et à qui il n'.i manqué, pour partager les honneurs divins de Maral , que d'être assassiné d(*u\ ans plus tard, ne ce.ssait de répéter cette maxime d'un écrivain anglais : Si la libeiti' dt' lu presse existait dans UN pays ou le fL'spotis/nr le plus absolu réunit
dans une seule moin tous les pouvoirs ^ elle su/- /irait seule pour faire contre-poids. L'expéricnco (le noire révolution h démontré la vcrilé de celte maxime.
Quoique la constitution de 89 eut environne le tyran de tous les moyens de corruption ; quoique la majorité des deux premières assemblées nationales, corrompue par ses vingt- cinq millions et par les supplémens de liste civile , conspirât avec Louis XVI, et avec tous les cabinets de l'Europe, pour éloufter notre liberté naissante, il a suffî d'une poignée d'écrivains courageux pour mettre en fuite des milliers de plumes vénales, tléjouer tous les complots et amener la journée du 10 août et la république , presque sans effusion de sang, en comparaison de ce qu'il en a coulé depuis. Tant qite la liberté indéfinie de la presse a existé, il nous a été facile de tout prévoir, de tout prévenir. La liberté, la vérité, le bon sens ont battu l'esclavage, la sottise et le mensonge, partout où ils les ont rencontrés. Mais est venu le vertueux Kolland qui , en faisant de la poste des filets de Saint-Cloud (]ue le ministre seul avait droit de lever, et ne laissant passer que les écrits brissotins a attenté le premier h la circulation des Imnièrcs, et a amoncelé siu- le Midi ces ténèbres
l'I CCS iiungcs (I où il est soili laiil di* lemprlcs. Ou Hileireptail les écrils de Uobcspiene , i\c Utllaml- Vart'imes, elc. , olc. Grâce h la guerre ([u'on Ht iléel.irer, soi-disant pour nclicvcr la rcvolulion , d nous en coûte déjà le j;ang d'un niillion d'hommes, selon le compte du l'èrf Ducliesnc ^ «lans un de ses derniei's numéros; tandis que je mourrai avec celte opinion que, poin* rendre la France républicaine, heureuse et ilorissanle, il eut sufïi dun peu d'encre . et d'une seule guillotine.
On ne répondra jamais h mes raisonnemens eu faveur de la liberté de la presse ; et qu'on ne dise pas, par exemple, que, dans ce numéro 3, et dans ma traduction de Tacite, la malignité trouvera des rapprochcnicns entre ces temps déplorables et le nôtre. Je le sais bien, el cV^t pour faire cesser ces rapprochemens, c'est pour que la liberté ne ressemble pas au despotisme, que je me suis arme de ma plume. Mais, pour empêcher que les royalistes ne tirent de là un argument cou tre la républi(|ue, ne sufiit-il pas de représenter, connue j'ai fait tout à I heure, notre situation el ralternalive cruelle où se sont trouvés réduits les amis de la liberté, dans le combat à mort entro hiiquc el la monarchie?
Sans (loule, la niaxiiiie des lépuliliques est: quil vaut mieux ne pas punir plusieurs coupiihles que de frapper un seul innocent. Mais n'est-il pas vrai que, dans un temps de révolution, cette maxime pleine de raison et d'humanité sert à encourager les traîtres à la patrie, parce que la clarté des preuves qu'exige la loi favorable à l'innocence fait que le coupable rusé se dérobe ati supplice? Tel est Tencouragement qu'un peuple libre donne contre lui-même. C'est une maladie des républiques, qui vient, comme on voit, de la bonté du tempérament. La maxime au contraire du despotisme est : quil vaut mieux que plusieurs innocens périssent que si un seul coupable échappait. C'est celte maxime, dit Gordon sur Tacite^ <\\\\ fait la force et la sûreté des rois.
Le comité de salut public l'a bien senti ; et il a cru que pour établir la république il avait besoin un moment de la jurisprudence desdespotes.il a pensé , avec Machiavel^ que dans les cas de conscience polilique le plus grand bien effaçait le mal plus petit ; il a donc voilé pendant quelque temps la statue do la liberté. Mais confondra-t-on ce voile de gaze et transparent, avec la doublure des Clools , des Coupé, des Montant , v\ ce drap
inoiiuairesoiis lequel on ne pouvait reconiiaîlro le> principes au cercueil ? Confoiulra-l-on la conslitulioii, fille de In montagne, avec les superfétatioiis tic Pill ; les erreurs du patriotisme , avec les crimes du parti de l'étranger ; le réquisitoire du procureur de la commune sur les certijicats de civisme, sur la fermeture des églises ^ el sa définition des gens suspects^ avec les décrets tulélaires de la Convention, qui ont maintenu la liberté du culte el les principes?
Je n'ai point prétendu faire d'application à personne dans ce numérojCfcHe serait pas ma faute si M. Vincent, le Pill de Georges Boucholle, jugCtiil à propos de s'y reconnaître à certains traits; mon cher et brave collègue Pliilippcaux n'a pas pris tant de détours pour lui adresser des vérités bien plus dures. C'est à ceux (jui, en lisant ces vives peintures de la tyrannie y trouveraient quelque malheureuse ressemblance avec leur conduite, à s'empresser de la corriger; car on ne se persuadera jamais que le portrait d'un tyran, tracé de la main du plus grand peintre de l'antiquité, et par l'historien des philosophes, puisse être devenu le portrait d'après nature de (^aton et de Drutus, et que ce que Tacite appelait le despo-
tisine et le pire des gouvernemens, il v a douze siècles, puisse s'appeler aujourd'hui la liberté et le meilleur des mondes possibles.
âa vimf^ ^©^iôsâïi^iaa.