‹ Le vieux Cordelier;Chapitre 6 sur 10 · LK VIEUX · texte numérisé non relu

LK VIEUX

C OB 10 E li lf,E R ,^

JOURNAL RÉDiCI^

pat (EamiUc-Dcsm0uUn$,

lliPUTK A LA COWVEHTION , KT DOYEN DES JACOBINb ,

VIVRE LIBRE OU MOURIR

DcL^di .lo frniiaiic, i'jn 11 do la rrptihiiqtio, une cl iiidivii>il»li\

!■« flui forl ii'(U)taiiii •MCiTort pouf ilxt Icuiouulc miltr* , t'il oe traotrotmo M fore* ca tlroil.

( J.-J. Bvntiti' , ContrmtSvcial. )

(^url<jncs personnes ont iniprouvé mon numt'io 3, où je me suis plu, dtsenl-elles, à faire des rApprocliemens qui tendent n jeter de la défaveur sur In révolution et les patriotes : elles devraient dire sur les excès de la révolution et les palfioles d'industrie. Elles croient le numéro réftilé cl tout le monde justifié par re seul mol ; On

sait Incn que l'cldt prcscni n'es/ pas celui de la liberté^ f/tais patience^ vous serez libres un jour.

Ceux-là pensent apparennnent que la libellé, comme l'enfance, a besoin de passer par les cris et les pleurs pour arriver «î l'âge mûr; il est au contraire de la nature de la liberté que pour en jouir il suffit de la désirer. Un peuple est libre du moment qu'il veut l'être f on se rappelle que c'est un mot de Lafayelte); il rentre dans la plénitude de tousses droits dès le i[\ juillet. La liberté n'a ni vieillesse ni enfance; elle n'a qu'un Age, celui delà force et de la vigueur; autrement, ceux qui se font tuer pour la république seraient donc aussi stupidcs que ces fanatiques de la Vendée qui se font tuer pour des délices de paradis dont ils ne jouiront point. Quand nous aurons péri dans le condjat, ressusciterous-nous aussi dans trois jours, comme le croient ces paysans slupides? Non , celte liberté que j'adore n'est point le Dieu inconnu. Nous combattons pour défendre des biens dont elle met sur-le-cbamp en possession ceux qui l'invoquent; ces biens sont la déclaration des droits, la douceur des maximes républicaines, la fraternité, la sainte égalité, l'inviolabilité des principes; voilà les traces des pas de la déesse;

Ci — voil.T à hiicIn Irnils jo distinguo Ic-î peuples nu nii- Itc'ii (ic qui elle habite.

El à <|uel autre signe vcul-on que je reconnaisse celle liberté divine? Celle liberté, ne serait-ce qu'un vain nom? n'est ce qu'une actrice de l'Opéra, la Candeille ou la Maillard promenées avec un bonnet rouge, ou bien celle statue de 4^ pieds «le haut que propose David ? Si par la liberté vous n'entendez pas comme moi les principes, mais seulement uu morceau de pierre, il n'y eut jamais d'idolâtrie plus stupidc et si coiilcusc que la nôtre.

O mes cbers concitoyens î serions-nous donc avilis à ce point que de nous prosterner devant de telles divinités? Non, la liberté, cette liberté descendue du ciel, ce n'est point une nymphe de rOpéra, ce n'esl point un bonnet rouge, uik* chemise sale ou des haillons; la liberté, c'est le bonheur, c'est la raison, c'est l'égalité, c'est la justice, c'est la déclaration des droits, c'est votre sublime constitution ? Voulez- vous (juc je la reconnaisse , que je tombe à ses pieds, que je verse tout mon sang pour elle? ouvrez les prisons (i) à

(i)Que moMirur* Un mcxléics ne se fasiient pns une aulO' rilé <ic ce piiiMge; qii'iU n'isolent pas celle ligne du irsd- du nanirro quatre ; car rVtt de l'ensrnililc que *c roin|>ose mon

ces deux ceul mille eiloyens que vous appelez stjspecls, car dans la déclaration des droits il n'y a point de maison de suspicion, il n'y a que des maisons d'arrêt. Le soupçon n'a point de prisons, mais l'accusateur public; il n'y a point de gens suspects, il n'y a que des prévenus de délits fixés par la loi ; et ne croyez pas que cette mesure serait funeste à la république , ce serait la mesure la plus révolutionnaire que vous eussiez jamais prise. Vous voulez exterminer tous vos ennemis par la guillotine! Mais y eût-il jamais plus grande folie? Pouvez-vous en faire périr un seul à l'échafaud sans vous faire dix ennemis de sa famille ou de ses amis? Croyez-vous que ce soient ces femmes, ces vieillards, ces cacocliymes, ces égoïstes, ces traînards de la révolution, que vous enfermez, qui sont dangereux? De vos ennemis il n'est resté parmi vous que les laclics et les mabides; les braves et les forts ont émigré; ils ont péri à Lyon ou dans la Vendée; tout le reste ne mérite pas

opinion. Je no v«'ux point, /»r^'n<.T, avoir une qnciolli; Hc géant, vl je déclare (jnc mon scntinicnl n'est pas qn'on ouvre losdcnx haltansdcs maisons de suspicion, mais seuleraent un guicliet , et que Irs quatre ou six oxnniinatcnrs secrets (li'crêlés parla Convention, <léea(li 3o frimaire, interrogent les suspects un à lin, el leur rendent la libellé, si leur élargissement ne mot point lj répiiMique m péril.

volrc coKre C.eiic iiuihiuuU^ ilo fiuillaus , ili* ichliiTS, ilf houlif|uicis que vous incnrcéitv,, «l.ins lo duel cnin? la monarchio ol la répuMique, n"a res- SMnblé qu'à ce peuple do Rome do:>t Tacite peint ainsi l'indifré renée dans le combat entre Vitellius et Vcspa.sicn.

« Tant que dura l aelion , les Romains s'assemblaient cou)nie des spcclaleurs curieux autour des combattans, et, comme h un spectacle, ils favorisaient tantôt ceux-ci et tantôt ceux-là par des batteniens de maius et des acclamations, se déclarant toujours pour les vainqueurs, et lors({u'un des deux partis venait à lâcher pied, voulant cpTon tirât des maisons et qu'on livrât à l'ennemi ceux qui s'y sauvaient. D'un côté l'on voyait des morts cl des blessés, de l'autre des comédies et des restaurateurs remplis de monde. » N'est-ce pas l'image de nos modérés , de nos chapelains, de nos signataires de la fameuse pétition des huit mille et des vingt mille, et de cette multitude immobile entre les jacobins et Coblenlz, selon les succès criant : Vive La F.iyeltc et son cheval blnn<:! ou portant en triomphe le buste de Marat et le nichant dévotement à la place de la Nolre-Di-une du coin et entre les deux chandelles? Of» voit (jue les bourgeois de Paris, l'an 2 de la r(>pnbli({(ie , ne

lesseniblt'iit pas mal encore à ceux île Rome du temps de Vitellius, comme ceux de Rome ressemblaient à ceux d'Athènes du temps de Platon , dont ce philosophe disait, dans sa république imaginaire, qu'il n'avait rien prescrit pour eux , cette classe étant faite pour suivre aveuglément l'impulsion du gouvernement et des plus forts. On se battait au Carrousel et au Champ-de-Mars, et le Palais-Roval étalait ses bergères et son Arcadie. A côté du tranchant de la guillotine, sous lequel tombaient les têtes couronnées, et sur la même place, et dans le même temps, on guillotinait aussi Polichinelle qui partageait l'attention. Ce n'était pas l'amour de la république qui attirait tous les jours tant de monde sur la place de la Révolution, mais la curiosité, et la pièce nouvelle qui ne pouvait avoir qu'une seule représentation. Je suis sûr que la plupart des habitués de ce spectacle se moquaient, au fond de l'àme, des abonnés de l'Opéra et de la tragédie , qui ne voyaient qu'un poignard de carton, et des comédiens qui faisaient le mort. Telle était, dit Tacite, l'insensibilité de la ville de Rome, sa sécurité dénaturée et son indifférence parfaite pour tous les partis. Mais Vespasien , vainqueur , ne fit point cnibasliller toute cette mullitinle.

De nu^me , croyez-moi , clignes représentans , .'lujouni'iuii que la (Convention vient de rejeter sur les inlrigans , les patriotes tarés ^ et les ultrarévolutionnaires en moustaches et en bonnet rouge, fimmense poids de terreur qui pesait sur elle; aujourd'hui qu'elle a repris , sur son piédestal, l'attitude qui lui convenait dans la religion du peuple , et que le comité de salut public veut un gouvernement provisoire respecté et assez fort pour contenir également les modérés et les exagérés , laissons aussi végéter au coin de leur feu, au moins, ces paisibles casaniers qui nVtaient pas républicains sous Louis XV, et même sous Louis XVI et les états-généraux , mais qui, dès le 14 juillet, et au premier coup de fusil , ont jeté leurs armes et fécusson des lys, et ont demandé en grâce ù la nation de leur laisser faire leurs quatre repas par jour. Laissez-les, comme Vespasien, suivre aujourd'hui lechardu triomphateur, en s'égosillant à crier : vive la république!

Que de bénédictions s'élèveraient alors de toutes parts! Je pense bien différemment de ceux ^^ qui vous disent qu'il faut laisser la terreur à Tordre du jour. Je suis certain , au contraire , que la liberté serait consolidée et l'Europe vaincue si vous aviez un comité de clémence. C'est ce co-

mité qui finirait la révolution; car la clémence est aussi une mesure révolutionnaire, et la plus efficace de toutes, quand elle est distribuée avec sagesse. Que les imbécilles et les fripons m'appellent modéré s'ils le veulent, je ne rougis point de n'être pas plus enragé que M. Brntus^or voici ce que Brutus écrivait : Fous feriez mieux y mon cher Cicéron , de mettre de la vigueur à couper court aux guerres civiles, qu'à exercer de la colère y et poursuivre vos ressentimens contre des vaincus, (i). On sait que Thrasybule, après s'être emparé d'Athènes à la tête des bannis, et avoir condamné à mort ceux des trente tyrans qui n'avaient point péri les armes à la main , usa d'une indulgence extrême à l'égard du reste des citoyens, et même fit prolamer une amnistie générale. Dira-t-on que Thrasybule et Brutus étaient des Feuillans , des Brissotins? je consens à passer pour modéré, comme ces grands lionuncs. La politique leur avait appris la maxime que Machiavel a professée depuis; que, lorsque tant de monde a trempé dans une conjuration, on V étouffe plus sûrement en feignant de /'/-

(i) Acr'im prohibentta ctvHia liella tjuàm in siipiTatos iracundia fxerci'iula

gnorer quen chercluint tous les complices^ CVsl celle politique, autnnl que sa bonté, son humanité , qui inspira à Antonin ces belles paroles aux magistrats, qui le pressaient de pour-> suivre et de punir tous les citoyens qui avaient eu part à la conjuration d'Attilius : Je ne suis pas bien aise qu'on voie qu'il j a tant de gens qui ne m 'aiment pas.

Je ne puis m'empêchcr de transcrire ici le passage que Vanti- fédéraliste a cité de Montesquieu, et qui est si bien à Tordre du jour. On verra que le génie de César ne travaillait pas mieux que la sottise de nos ultra-révolutionnaires à faire détester la république , et à frayer le cliemin à la monarchie.

« Tous les gens qui avaient eu des projets ambitieux avaient conspiré !i mettre le désordre dans la rc|)ublique. Pompée, Crassus et César y réussirent à merveille; et comme les bons législateurs cherchent à rendre leurs concitoyens meilleurs, ceux-ci cherchaient à les rendre pires. Ces premiers hommes de la république cherchaient à dégoûter le peuple de son pouvoir^ et a devenir nécessaires en rendant extrêmes les incons'éniens du gouvernement républicain. Mnift iorsqu'Auguste fut devenu le maître, il tin-

vailla à rétablir l'ordre, pour faire sentir le bon-r beur du gouvernement d'un seul. »

C'est alors qu'Octave sut rejeter babilement sur Antoine et Lépide l'odieux des proscriptions passées, et comme sa clémence présente appartenait à lui seul, ce fut celte clémence, dont il avait appris l'artifice de Jules-César, qui opéra la révolution , et décida, bien plus que Pharsale et Actium , de l'asservissement de l'univers, pour dix-buit siècles. On était las de voir couler le sang dans le Forum et autour de la tribune aux harangues, depuis les Gracques.

Tant d'exemples prouvent ce que je disais tout à l'beure, que la clémence distribuée avec sagesse est la mesure la plus révolutionnaire, la plus efficace, au lieu que la terreur n'est que le MeiUor d'un jour , comme l'appelle si bien Cicéron : Timor non diuturnuy magister offïcii. Ceux qui ont lu l'histoire savent que c'est la terreur seule du tribunal de Jef/rejs , et de l'armcc révolutionnaire que le major Kirch traînait à sa suite, qui amena la révolution de 1689. Jacques II aj)pelait en riant la campagne de Jcffrcys cette «sanglante tournée de son tribunal ambulant. Il ne prévoyait pas que son détrôncment terminerait la fin de celte campagne. Si on consulte la liste des

inotis , on verra que ce chancelier d'Aiigletei'i'c , qui n laissé un nom si nhoininabic , était un petit compagnon en comparaison du général minis(/'e Roiisin^ qu'on peut appeler, d'après son affiche, Vj^lerandre des bourreaux (i).

(i) On Mil que, daus la Vendée, Ronsin , comme le cardiimI de Richelieu , te faisait appeler général ministre. Que ta fortune militaire ait tourné la léle à ce point à un général inconnu au X (ojdats , qui ne pouvait devoir les épaulelles éloilérs qa'à ton talent dramatique , et dont ce talent dramatique était ti minrr , que pat un de ses courtisans n*eût osé le comparer même à Pradon cans s'avouer un flagorneur , la chose se conçoit : la vanité et la boufOssure des prétentions étant presque toujours eu raison inyerse du mérite. Mais ce qui est inexplicable, c'est que celui qui, dans une affiche , dit qu'à Lyon ( dont la population est de i4o mille âmes ) i5oo seulement ne sont pas romplires de la rébellion , et espère (ju'mvamt la fin Je frimaire , tout Us complices , et |>artant i38,5oo pcrtonnct , auront péri , et y«e le Rhône aura roulé leurs cadavres 0iumMgl*mtés jusqu'à Toulon , sans doute aiin d'animer les Touloanau k se battre en déaespëréa et à se faire tuer jusqu'au dernier sur des monceaux de nos volontaires , pliitAt que d'ouvrir leurs portes k un Ronsin : ce qui est inconcevable, db-je, c'est que cet exterminateur «oit on d'Arnaud «n mou«> tache*, qui faisait des pièces senlinienlales, et qui avait pris Louis XII et mente Lafayette pour son héros. Voilà ce qu'on ne pourrait pat croire , si on ne savait pat qu'Alexandre de Phèrrt , un det tape-durs de l'antiquité qui ait le plut fait pendre et brûler de gens , sanglotait à la rcpiéscntation d'Iphigénie , et que les deux plus grands septembriseurs de

Citoyens collègues, il semble qu'un montagnard n'aurait point h rougir de proposer les mêmes moyens de salut public que Brutus et Thrasybule, surtout si l'on considère qu'Athènes se préserva de la guerre civile pour avoir suivi le conseil de Thrasybule, et que Rome perdit sa liberté pour avoir rejeté celui de Brutus. Cependant je me garde bien de vous présenter une semblable mesure. Arrière la motion d'une amnistie! Une indulgence aveugle et générale serait contre-révolutionnaire.

l'histoire moderne, Henri VIII et Charles IX , ont été deux faiseurs de livres. Avant de condamner le courageux Bourdon de l'Oise , qui a osé le premier dénoncer Georges Bouchotte , je demande que les Jacobins se fassent lire la lettre que Philippeaux a distribuée à la Convention , et celui-là ne pourra être qu'un patriote d'industrie, un patriote d'argent , un patriote conire-févolutionnaire, à qui cette lecture ne fera pas dresser les cheveux à la tête. Voici un des portraits que Phiiippeaux a burinés:

• Qu'a faitRonsin, s'écrie-t-il, pour être général de l'armée « révolutionnaire ? beaucoup intrigué , beaucoup volé, beau- • coup menti. Sa seule expédition est celle du 1 8 septembre, « où il fil accabler 45 mille patriotes par trois mille brigands; » cette journée fatale de Coron où, après avoir disposé notre artillci'ie dans une gorge , à la tête d'une colonne de six lieues de flaoc , il se tint caché dans une étable , comme un lâche coquin , à deux lieues du champ de bataille où nus infoitunés camarades élaienl foudroyés par leurs |)ropi es cuiions.

(lu moins elle serait du plus grand danger cl d'une inipolilique évidente , non par la raison qu'en donne Machiavel, parce (jue « le prince doit ver- «< ser sur les peuples le mal tout à la fois, et le M bien goutte à goutte, » mais parce qu'un si grand mouvement imprimé à la machine du gouvernement, en sens contraire à sa première impulsion , pourrait en briser les ressorts. Mais autant il y aurait de danger et d'inpolitique à ouvrir la maison de suspicion aux détenus , autant rétablissement d'un comité de clémence me paraît une idée grande et digne du peuple français; effaçant de sa mémoire bien des fautes, puisqu'il en a eflfacé le temps même où elles furent commises , et qu'il a créé une nouvelle ère de laquelle seule il date sa naissance et ses souvenii-s. A ce mot de comité de clémence , quel patriote ne sent pas ses entrailles émues? car le patriotisme est la plénitude de toutes les vertus, et ne peut pas conséquemment exister là où il n'y a ni humanité, ni philanthropie, mais une âme aride et desséchée par l'cgoïsme. 'O ! mon cher Robespierre 1 c'est à loi que j'adresse ici la parole ; car j'ai vu le moment où Pilt n'avait plus que loi f» vaincre, où sans toi le navire Argo périssaif , la répul)li(|ue entrait dans le chaos, et la société des Jacobins et la

montagne devenaient une tour de Babel. O mon vieux camarade de collège! toi dont la postérité relira les discours éloquens! souviens-toi de ces leçons de l'histoire et de la philosophie : que l'amour est plus fort, plus durable que la crainte; que l'admiration et la religion naquirent des bienfaits ; que les actes de clémence sont l'échelle du mensonge , comnie nous disait Tertulien , par les* quels les membres des comités du salut public se sont élevés jusqu'au ciel, et qu'on n'y monta jamais sur des marches ensanglantées. Déjà tu viens de t'approcher beaucoup de cette idée dans la mesure que tu as fait décréter aujourd'hui, dans la séance du décadi 3o frimaire. Il est vrai que c'est plutôt urh comité de justice qui a été proposé. Cependant pourquoi la clémence serait-elle devenue un crime dans la république ? Prétendons-nous être plus libre que les Athéniens, le peuple le plus démocrate qui ait jamais existé, et qui avait élevé cet autel à /a /«iwé/YCor<ie, devant lequel le philosophe Demonax, plus de mille ans après, faisait encore prosterner les tyrans .'* Je crois avoir bien avancé la démonstration que la saine politique commande une semblable institution. Et notre grand professeur Machiavel , que je ne me lasse poinlde citer, regarde cet établissement comme le

plus important cl de proinièrc nécessité pour tout gouvernement, le souverain devant plutôt abandonner les fonctions de comité de sûreté générale que celles de comité de secours. C'est à lui seul surtout f recommande-t-il, que le dépositaire de la souveraineté doit réserver la distribution des places y et tout ce qui concilie la faveur, laissant aux magistrats la disposition des peines , et tout ce qui est sujet aux ressentiinens.

Depuis que j ai commencé mon cours de politique,dans le V ieux Cordelier^ un si grand nombre dômes collègues m'a encouragé par des abonnemens, et m'a fait Tiionneur d'assister à mes leçons, que , me trouvantau milieu de tant de députés, je me suis cru celle fois à la tribune même «lu peuple français. Fort des exemples de riiistoirect des autorités de Tbrasybule, Hrutus et Machiavel, \ j'ai transporté au journaliste la liberté d'opinion qui appartient au représentant du peuple à la Convention. J'ai exprimé par écrit mes sentimcns sur le meilleur mode de révolutionner, et ce que la faiblesse de mon organe et mon peu de moyens oratoires ne me permet pas de développer si bieu.l Si ce mot de jubilé, (juc j'ai ris<|ué pour ne pas être plus impitoyable que Moïse, qui cependant riait un fier exterminateur, et une machine infer

— Ik —

nale du calibre de Ronsin;\si, dis-je, mon coiDité de clémence parait à quelques-uns de mes collègues mal sonnant, et sentant le modérantisme , à ceux qui me reprocheront d'être modéré dans ce numéro 4 > je puis répondre, par le temps qui court, comme faisait Marat, quand, dans un temps bien différent, nous lui reprochions d'avoir été exagéré dans sa feuille : f^ous ny entendez rien; eh ! mon dieu ! laissez- moi dire : on n'en ? abattra que trop.

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par (Eamillc-JDcsmoulins,

nkPL'TK A I.A COirVERTION , KT OOTBN DBS lACOBIffS ,

VIVRE LIBRE OU MOURIR

Qiiînlidi nivote , i" décade, l'an H de la république, une et indivitilile.

Grand Discours justificatif de Camille- Desmnulins aux Jacobins.

PalHolc*, votu n'j «nlcntSca ri«n. Ui! non Dira , ittMW-Boi «lire ; on •'•n raballra <{■■ trop.

{MoltU M,ual.)

Fr^.RKS El- AMIS,

Saint Ix)uis n'était pas prophète , lorsqu'il se prenait cî'unc belle passion pour les Jacobins et

les Cordeliers , doux ordres que l'Insloire nous apprend qu'il chérissait d'une tendresse de père. Le bon sire ne prévoyait pas qu'ils donneraient leur nom à deux ordres bien différens , qui détrôneraient sa race, et seraient les fondateurs de la république française, une et indivisible. Après cet exorde insinuant et cet éloge qui n'est pas flatteur , et auquel vous avez tous part, j'espère qu'il me sera permis , dans le cours de cet écrit apologétique, de vous adresser quelques vérités qui seront moins agréables à certains membres.

Le vaisseau de la lépublique vogue , comme j'ai dit, entre deux écueils, le modérantisme et l'exagération. J'ai commencé mon Journal par une profession de foi politique qui aurait dû désarmer la calomnie : j'ai dit avec Danton, q\i outrer la ré' volution avait moins de péril et valait mieux encore que de rester en deçà ; que , dans la roule que tenait le vaisseau, il fallait encore plutôt s'appro cher du rocher de l'exagération, que du banc de sable du modérantisme. Maisvoyant que le Père Dtichcsne , et presque toutes les sentinelles patriotes se tenaient sur le tillac, avec leur lunette , occupés uniquement à crier : Gare! vous touchez au mode* rantisnie! il a bien fallu cpic moi, vieux Cordelier et doyen des Jacobins , je me chargeasse de la

faction tlifYicile, et dont Miiciin des jciinps gens ne voiilnil , crainte do se dépopnlariscr , celle de crier : Gare ! vous allez touchera l'exagérai ioulj et voilà l'obligation que doivent m'avoir mes collègues de la Convention , celle d'avoir sacrifié ma popularité môme pour sauver le navire où ma cargaison n'était pas plus forte que la leur.

Pardon , frères et amis , si j'ose prendre encore le titre de Vieux Cordelicr^ après l'arrêté du club qui me défend de me parer de ce nom. Mais, en vérité, c'est une insolence si inouïe que celle de petits fils se révoltant contre leur grand-père et lui défendant de porter son nom , que je veux pUider cette cause contre ces fils ingratjj. ^e veux savoir à qui le nom doit rester, ou au grand-papa, ou à des cnfans qu'on lui a faits, dont il n'a jamais ni reconnu , ni même connu la dixième partie , et qui prétendent le chasser du paternel logis. O dieux hospitaliers! je quitterai le nom de vieux Cordelier, qunnd nos pères prof^s du district et du club me le défendront ; qunnd à vous , messieurs les novices, qui me rayez sins m*entendre :

SifAnc-moi libromcn» ; jo roii» \e irml», nie» fi^rf».

Lorsque Robespierre a dit : Quelle différence

y a-l-il entre Le Pelletier et moi que la mort? il y avait de sa part bien de la modestie. Je ne suis pas Robespierre; mais la mort, en défigurant les traits de l'homme , n'embellit pas son ombre à mes yeux, et ne rehausse pas l'éclat de son patriotisme à ce point de me faire croire que je n'ai pas mieux servi la république, même étant rayé des Cordeliers , que Le Pelletier dans le Panthéon; et puisque je suis réduit à parler de snoi , non seulement pour donner du poids à mes opinions politiques, mais même pour me défendre, bientôt j'aurai mis le dénoncé et les dénonciateurs chacun à leur véritable place , malgré les gratides colères du père Duchesne, qui prétend, dit Danton, que sa pipe ressemble à la trompette de Jéricho , et quc^ lorsqu'il a fumé trois fois autour d'une réputation y elle doit tomber d'elle.' même.

Il me sera facile de prouver que j'ai dil crier aux pilotes du vaisseau de l'État : Prenez garde; nous allons toucher à l'exagération. Déjà Robespierre et même Billaud-Varennes avaient reconnu ce danger. Il restait au Journaliste à préparer l'opinion, à bien montrer l'écueil : c'est ce que j'ai fait dans les qualrc premiers numéros.

O n'est pas sur une ligne (réiachcc (ju'il fallait

me juger. F) y a vingt phrases dans TKvangiU', dil Rousseau , toul en appelant son auteur sublime et (lii'in , sur lesquelles M. le lieutenant de police V aurait fait pendre^ en les prenant isolément et détachées de ce qui précède et de ce qui suit. Ce n'est pas même sur un numéro , mais sur l'ensemble de mes numéros, qu'il faudrait me juger.

Je lis dans la feuille du Salut- Public , à l'article de la séance des Jacobins, primidi nivôse : « Ca- « mille Desmoulins , dit Nicolas , frise depuis long- « temps la guillotine ; et, pour vous en donner une « preuve, il ne faut que vous raconter les démar- Œ ches qu'il a faites au comité révolutionnaire de « ma section , pour sauver un mauvais citoyen que « nous avions arrê(é par ordre dti comité de sûre- « té générale, comme prévenu de correspondance o intime avec des conspirateurs , et pour avoir « donné asile chez lui au traître Nantouillet. »

Vous aller, juger, frères et amis, quel était ce scélérat que j'ai voulu sauver. Le citoyen Vaillant était accusé, de quoi? vous ne le devineriez jamais : d'avoir donné à diner dans sa campagne , à deux lieues de Péronne , à un citoyen résidant dans cette ville dequis quinze mois, y montant sa garde, y touchant ses rentes; en un mot, ayant une possession d'état , et de l'avoir invité à coucher

"chez lui. NVsl-ce pas là le crime ridicule dont parle Tacite? Crime de conlre-rès'olulion de ce que vo(re fermier avait donné à coucher à un ami de Séjan. Que dis-je? les amis de Séjan ayant été mis hors la loi. Tacite pouvait avoir tort de se récrier; mais ici c'est bien pis? Vaillant avait donné, il y avait plus d'un an, l'hospitalité, deux jours seulement , à un citoyen alors actif, à un citoyen qui, dans ce temps-là, n'était pas sur la liste des gens suspecls. Il est vrai que ce citoyen s'appelle Nantouillet ; il est vrai que ce Nantouillet étant venu voir, en 1791 ou 1792, ce Vaillant qui, par parenthèse est un mien cousin, celui-ci ne l'a point mis à la porte, quoiqu'il fût un ci-devant. Mais, bon Dieu ! sera-t-on un scélérat, un conspirateur, pour n'avoir pas chassé de sa maison un ci-devant noble, il y a deux ans? Si ce sont là des crimes, monsieur Nicolas, je plains ceux que vous jugez. J'ai vu André Dumont, qui n'est pourtant pas suspect de modérantisme, hausser les épaules de pitié de cette arrestation , et il a rendu la liberté au citoyen Vaillant. Si, moi, pour avoir demandé la liberté de mon parent emprisonné pour une telle \iécA(\\\\e., je frise la guillotine^ que ferez-vous donc à André Dumont, qui l'a ac€ordée? Et sied-il à un juré du tribunal révolutionnaire d'envoyer si légèrement à la guillotine?

Je lie puis retenir ma langue, el quelque dau'ger qu'il y ait à avoir une rixe avec un juré du tribunal révolulioiinaire , dénonciation pour dénonciation. En janvier dernier , j'ai encore vu M. Nicolas diner avec une pomme cuite, et ceci n'est pas un reproche. ^ Plût à Dieu que dans une cabane, et ignoré au fond de quelque département , je fisse avec ma femme de semblables repas 1 ) Voici ce qu'était alors lo citoyen Nicolas. Dans les premières années de la révolution , comme Hobespierre courait plus de dangers qu'aucun de nous, à cause que son talent et sa popularité étaient plus dangereux aux contre-révolutionnaires, les patriotes ne le laissaient pas sortir seul ; c'était Nicolas qui l'accompagnait toute l'année , et qui grand et fort , armé d'un simple bâton , valait à lui seul une compagnie de muscadins. Comme tous les patriotes aiment Robespierre , comme, dans le fond, Nicolas est un patriote, et qu'd n'y a que la séduction du pouvoir et l'éblouissante nouveauté d'une si grande puissance entre ses mains , que celle de vie et de mort , qui peut lui avoir tourné la tête, nous l'avons nommé juré du tribunal révolutionnaire dont il est en même temps imprimeur. Or , et c'est par oîj je voulais conclure , sans me permet-

tre aucune réflexion , croirait-on qu'à ce sansculotte , qui vivait si sobrement en janvier, il est dû , en nivôse , plus de i5o mille francs , pour impressions, par le tribunal révolutionaire, tandis que moi , qu'il accuse , je n'ai pas accru mon pécule d'un denier. C'est ainsi que moi je suis un aristocrate qui frise la guillotine , et que Nicolas est un sans-culotte qui frise la fortune.

Défiez-vous, monsieur Nicolas, de l'intérêt personnel qni se glisse même dans les meilleures intentions. Parce que vous êtes l'imprimeur de Bouchotte , est-ce une raison pour que je ne puisse l'appeler Georges sans friser la guillotine ? J'ai bien appelé Louis XVI mon gros benêt de roi , en 1787 , sans être embastillé pour cela. Bouchotte serait-il un plus grand seigneur? Vous, Nicolas, qui avez aux Jacobins l'influence d'un compagnon, d'un ami de Robespierre ; vous qui savez que mes intentions ne sont pas contre-révolutionnaires , comment avez-vous cru les propos qu'on tient dans certains bureaux ? comment les avez-vous crus plutôt que les discours de Robespierre , qui m'a suivi pres({iie depuis l'enfance , et qui , quelques jours auparavant , m'avait rendu ce témoignage que j'oppose à la calomnie : quil ne connaissait pas un meilleur républicain

que moi ; que jç C étais par insdiicl , par senliment plutôt que par choix , et qu 'il m 'était même impossible d'être autre chose. Citez-ino queiqn'un donL on nil fnit un plus bel cloj^e ?

CepcnHanl les tape-durs ont cru Nicolas plutôt que RobcspieiTc; et tléjà , clans les groupes, on m'appelle un conspirateur. Cela est vrai , citoyens^ voilà cinq ans que je conspire pour ren- «Ire la France républicaine^ beureuse et florissante.

J'ai conspiré pour votre liberté bien avant le \x juillet, llobespierre vous a parlé tle cette tirade énergique de vers, avant-coureurs de la révolution.'Je conspirais le i a juillet, quand , le pistolet à la main, j'appelais In nation aux armes et à la liberté, et que j'ai pris, le premier, cette cocarde nationale que vous ne pouvez pas attacber à votre cbapeau sans vous souvenir de ntoi. Mes ennemis, ou plutôt les ennemis de la liberté, car je ne puis en avoir d'autres, me permettent-ils de lire cette pièce justificative?

w Alors parut Camillc-Desmoulins; il faut l'écouter lui-mi'me ; — Il était deux bciues et demie; je venais sonder le peuple. Ma colère contre les despoteii était tournée en désespoir. Je ne \03rais pa» les groupes, quoique vivement émus

ou conslernés , assez disposés n» soulèvement. Trois jeunes gens me parurent agités d'un plus véhément courage; ils se tenaient par la main. Je vis qu'ils étaient venus au Palais-Royal dans le même dessein que moi ; quelques citoyens passifs les suivaient : — Messieurs, leur dis-je, voici un comn>encement d'attroupement civique ; il faut qu'un de nous se dévoue, et monte sur une table pour haranguer le peuple. — Montez-y. — J'y consens. — Aussitôt je fus plutôt porté sur lar table que je n'y montai. A peine y étais-je, que je me vis entouré d'une foule immense. Voici ma courte harangue que je n'oublierai jamais r

« Citoyens! il n'y a pas un moment à perdre. J'arrive de Versailles ; M. Necker est renvoyé : ce renvoi est le tocsin d'une Saint-Barthélémy de patriotes : ce soir tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ-de-Mars pour nous égorger. Il ne nous reste qu'une ressource, c'est de courir aux armes et de prendre des cocardes pour nous reconnaître,

« J'avais \e» larmes aux yeux, et je parlais avec une action que je ne pourrais ni retrouver, ni peindre. Ma motion fut reçue avec des applaudissemons infinis. Je continuai ; — Quelles couleurs voulez-vous? - Quelqu'un s'écria : Choisissez,

— Vonlez-vous le veii , couleur de l'espérance, ou ic bien de Ciueinu.ilus, couleur de la liberté d'Amérique el de la démocratie? — Des voix s'élevèrent : Le vert couleur de l'espérance ! — Alors je m'écrini : Amis! le signal est donné: voici tes espions et les satellites de la police qui me regardent en face. Je ne tomberai pas du moins vivant entre leurs mains. Puis, tirant deux pistolets de ma pocbe, je dis : Que. tous les citoyens m'imitent ! Je descendis éloufté d'cmbrassemens ; les uns me sériaient contre leurs cœurs; d'autres me baignaient de leurs larmes: un citoyen de Toulouse, craignant pour mes jours, ne voulut jamais ni'abandonner. Cependant on m'avait apporté uu ruban vert; j'en mis le premier à mon cbapeau, cl j'en distribuai à ceux qui m'environnaient. »

Depuis, je n'ai cessé de conspirer, avec Dan- Ion cl Robespierre , contre les tyrans. J'ai con- Rpiré dans la France libre , dans le discours de la Lanterne aux Parisiens^ dans les ïlévolutions tle France et de lirabant , dans la Tribune des A'a/r/o^e.r. Mes buit volumes in-8**. attestent toutes mes conspirations contre les aristocrates de toute espèce, les Royalistes, lesFeuillans, les Brissolins, les Fédéralistes. Qu'on mette les scellés

chez moi , et on verra quelle multitude de suffrages, les plus honorables qu'un homme puisse recevoir, m'est venue des quatre parties du monde.

Qu'on parcourre mes écrits, mes opinions, mes appels nominaux , je défie qu'on me cite une seule phrase dans ces huit volumes où j'aie varié dans les principes républicains, et dévié de la ligne de la Déclaration des droits. Depuis Necker et le système des deux chambres , jusqu'à Brissot et au fédéralisme, qu'on me cite un seul conspirateur dont je n'aie levé le masque bien avant qu'il ne fût tombé. J'ai toujours eu six mois , et même dix-huit mois d'avance sur l'opinion publique. Je les ai encore ces six mois d'avance; et j'ajourne à un temps moins éloigné votre changement d'opinion sur mon compte. Où avez-vous pris vos actes d'accusation contre Bailly,Lafayelte, Malouet, Mirabeau, les Lamelh, Pétion, d'Orléans, Sillery , Brissot , Dumouriez , sinon dans ce que j'avais conjecturé long-temps auparavant dans mes écrits , que le temps a confirmés depuis ? Et je vous l'ai déjà dit , ce à quoi personne ne fait attention en ce moment , mais qui, bien plus que mes ouvrages , m'honorera auprès des républicains dans la postérité, c'est que j'tivais été lié

— «9 — avec la plupart de ces hommes que j ai dénoncés el que je n'ai cessé de poursuivre du moment qu'ils ont changé de parti; c'est que j'ai élé plus fidèle à la patrie qu'à l'amitié : c'est que l'amour i\c la république n triomphe de mes affections personnelles; et il a fallu qu'ils fussent condamnés pour que je leur tendisse la m.iin , comme à Barnave.

Il est bien facile aux patriotes du lo août, aux patriotes de la troisième ou quatrième , je ne dis pas réquisition, mais perquisition, aujourd'hui que l'argent et les place*; éminentcs sont presque une cahunité, de se parer de leur incorruptibilité d'un jour. Necker, à l'apogée de sa gloire, cl après son deuxième rappel , a-t-il cherché à les séduire, comme moi, dans l'affaire des boulangers? Lafayclle, dans les plus beaux jours de sa fortune, les a-t-il fait applaudir par ses aides-de-camp , quand ils sortaient de chez lui, cl traversaient son antichambre? Ont-ils été environnés, à Bellecbaise, de pièges glissans et presque inévitables? A-t-on tenlé leurs yeux par les charmes les plus séduisans , leurs mains par l'appât d'une riche dot, leur ambition par la perspective du minislèie« leur paresKc par celle d'une maison délirieuse dans les Pvrénérs? Les al-on nus à une

épreuve plus difficile, celle de renoncer à i'jtinrlié de Barnave et des Latnetli , et de s arraciier à eelle de Mirabeau que j'aimais à l'idolâtrie et comme une maîtresse? A tous ces avantages ontils préféré la fuite et les ttécrets de prise de corps ? Ont-ils été obligés de condamner tant de leurs amis avec qui ils avaient commencé la révolution.

O peuple! apprends à connaître tes vieux amis, et demande aux nouveaux qui m'accusent s'il se trouve un seul parmi eux qui puisse produire tant de titres à la confiance ?

Mon véritable crime , je n'en doute pas, c'est qu^on sait que j'ai dit, qu'avant dix numéros, j'aurais démasqué encore une fois tous les traîtres, les nouveaux conspirateurs, et la cabale de Pilt qui craint les révélations de mon journal. On n'ose se mesurer avec le vieux Cordelier , qui a repris sa plume j)olémique signalée par tant de victoires sur tous les conspirateurs passés , et on a pris le parti le plus court de me faire des querelles d'allemand , et de reproduire des dénonciations usées , et que Robespierre vous a fait mettre sous les pieds. Mais voyons quels sont les prétextes de cet acbarnemenl contre moi.

Des hommes, mes ennemis à découvert , et en secret ceux de la républi(|U(' , ne savent que me

reprocher ëterncileincnt , liepiiis cinq mois, d'avoir défendu Dilioii. Mais si Dilloii était si coupnblef que ne le faisiez-vous donc juger? Pourquoi ne veut- on voir qu'un général que j'ai défendu, et ne regarde t-on pas cette foule de généraux que j'ai accusés ? Si c'était un traître que j'eusse voulu défendre , pourquoi aurais-je accusé ses complices ?

Si l'on veut que je sois criminel pour avoir défendu Dillon , il n'y a pas de raison pour que Robespierre ne soit pas criminel aussi pour avoir pris la défense de Camille- Desmoulins qui avait pris la défense de Dillon. Depuis quand est-ce un crime d'avoir défendu quelqu'un ? Depuis quand l'iiomme est-il infaillible et exempt d'erreurs ?

CoUot-d'Herbois lui-même qui, sans me nommer, est tombé sur moi avec une si lourde rai' dour, à la dernière séance des Jacobins , et qui , à propos du suicide de Gaillard, s'est mis en scène, et a fait une vraie tragédie pour exciter contre moi les passions des tribunes, où Ton avait payé , ce jour-là, des places jusqu'à 25 livres, tant M. Pitt mettait d'importance à l'expulsion de la société des quatre men»bres dénoncés, Fabrr d'Kgianline , Bourdon de l'Oise, Phdippeaux ol

moi; Collot-crHerbois ne s'étatt-il pas Irompé \mmème sur un général qui a livré Toulon ? sur Brunet. N'a-t-il pas défendu /Vo/;^? Si je vouLiis user de représailles contre Collot , je n'aurais qu'à laisser courir ma plume, armée de faits plus forts que sa dénonciation. Mais j'immole à la. patrie mes ressentimens de la violente sortie de Collot contre moi : nous ne sommes pas trop forts , tous les vrais patriotes ensemble, et serrés les uns contre les autres , pour faire tête à Tarislocratie , canonnant et livrant des batailles autour des frontières , et au faux patriotisme ou plutôt à la même aristocratie, plus lâche, cabalant et intiigaillant dans l'intérieur. J'ai eu le tort , et on m'a fait le reproche juste, d'avoir trop écouté Tamourpropre blessé, et d'avoir pincé trop au vif un excellent patriote , notre cher Legendre : je veux montrer que je ne suis pas incorrigible, en renonçant aujourd'hui à des représailles bien légitimes. J'avertis seulement Collot d'être en garde contre les louanges /;<'//7J^.y et exclusives ^ et de rejeter avec mépris, comme a fait Robespierre^ celles de ce Père Uuchesne, des lèvres de qui tout Paris a remarqué qu'il ne découlait que du sucreet du miel, qui n'avait cpie dos joies ^ dont les juremens même étaient llùlés et doucereux , depuis le

rdiour de Danton , et qui tout à coup, à l'aiTivée de Collot-d'Herhois, reprend ses moustaches, .ç^i colères , et ses grandes dénonciations contre les vieux Gordeliers,et ne craint pas de s'écrier indiscrètement : Le géant est arrivé, il va terrasser les pygmécs. La publicité de co mot, qui ne pourrait point dépopuiariser, mais seulement ridiculiser celui qui en est Tobjet, s'il n'avait pas <lësavoué cette flagornerie d'Hébert , qui cherche à se retirer sous le canon de Collol ; cette publicité sera la seule petite piqûre d'amour-propre à amour-j)ropre que je me permettrai de faire à mon collègue. Je saurai toujours distinguer eutre le Père Duchesne et le bon père Gérard , entre Coliot-Chàleauvieux et Hébert Contre-marqne.

Voilà à propos de Dillon une bien longue parenthèse, tandis qne , pour ma justification, j'avais seulement à observer que les meilleurs patriotes n'étaient pas exempts de prévention; que Collot- d'Herbois lui-même avait défendu des gens plus suspects que Dillon; bien plus , je pose en fait qu'il n'est pas un député à la montagne à qui on ne puisse reprocher quelque erreur et son Dilloi».

Plwrdon , mes chers souscripteurs, mais croiriez-vous que je ne suis pas encore bien convaincu

— 9/i que ce général, qu'on ne cesse de me jeter nux jambes, soit un traitre?

Voilà six mois que je m'abstiens de parler de lui ni en bien , ni en mal. Je me suis contenté de communiquer à Robespierre, il y a trois mois^ la note qu'il m'avait fait passer sur Carteaux. Eh bien! la trahison de Carteaux vient de justifier cette noie.

Ici remarquez, qu'il y a quatre semaines, Hébert a présenté aux Jacobins un soldat qui est venu faire le plus pompeux éloge de Carteaux, et décrier nos deux Cordeliers , Lapoype et ce Fréron, qui est venu pourtant à bout de prendre Toulon , en dépit de l'envie et malgré les calomnies; car Hébert appelait Fréron comme il m'appelle, v\i\ ci-devant palriote ^ un muscadin^ un Sardanapale^ un vîédasse. Remarquez, citoyens, que depuis deux mois le patriote Hébert n'a cessé de diffamer Barras et Fréron, de demander leur rappel au comité de salut public et de prôner Carteaux , sans qui Lapoype aurait peut-être repris Toulon , il y a six semaines, lorsque ce général s'était déjà emparé du fort Pharon. Remarquez que c'est lorsque Hébert a vu qu'il ne pouvait venir à bout d'en imposera Robespierre sur le compte de Fréron, parce que Robespierre connaît les vieux

Cordcliers, parce (|u*il connaît Frcron, comme il me connaît; remarque/ que c'est alors qu'est venue au comité de salut public, on ne sait doii, celte fausse lettre signée //r/io/i et Barras; celte lellre qui ressemble si fort à colle qu'on a fait parvenir, il y a deux jours, à la section des Quinze- Vingts, par laquelle il semblait que d'Églantine, Bourbon de l'Oise, Pbilippcaux et moi voulions soulever les sections. Oh! mon cher Fréron, c'est par ces artifices grossiers que les patriotes du lo août minent les piliers de ^ancien district des ('ordcliers. Tu écrivais, il y a dix jours, à ma femme : n Je ne rêve qu'à Toidon , ou j'y périrai « ou je le rendrai à la république; je pars. Ln canon- « iiade commencera aussitôt mon arrivée; nous al- « lonsgagnerun laurier ou un saule: préparez-moi «« l'un ou l'aulre. » Oh! mon brave Fréron, nous avons pleuré de joie tous les deux en apprenant ce matin la victoire de la rtipublique, et que c'était avec des lauriers que nous irions au-devant de toi, et non pas avec des saules au-devant de la cendre. C'est en montant le premier à l'assaut avec Salicetti cl le digne frère de Robespierre, que tu as répondu aux calomnies d'Hébert. C'est donc à Paris comme à Marseille! Je vais citer tes paroles, parce que celles d'un lrionii)l)ntrur auront plus

de poids que les miennes: Tu nous écris dans cette même lettre : « Je ne sais pas si Camille voit comme « moi, mais il me semble qu'on veut pousser la « société populaire au-delà du but , et leur faire « faire, sans s'en douter, la contre-révolution par « des mesures ultra-révolutionnaires. La discorde » secoue ses torches parmi les patriotes. Des « hommes ambitieux, qui veulent s'emparer du « gouvernement, font tous leurs efforts pour noir- « cir les hommes les plus purs, les hommes à « moyens et à caractère, les patriotes de la pre- « mière fournée : ce qui vient de se passer à Mar- <' seille en est une preuve. » Eh quoi! mon pauvre Mîirlin, tu étais donc poursuivi à la fois par les Pères Duchesnes de Paris et des Bouches -du- Rhône? Et sans le savoir, par cet instinct qui n'égare jamais les vrais républicains, à deux cents lieues l'un de l'autre, moi avec mon écritoire, toi avec ta voix sonore , nous faisions la guerre aux mêmes ennemis! Mais il faut rompre avec toi ce colloque, et revenir à ma justification.

Il faut que je le répète pour la centième fois, puisqu'on m'en a absous inutilement quatre-vingtdix-neuf; il n'est pas vrai de dire que j'ai défendu Dillon; j'ai demandé qu'on le jiigeAt; et n'esl-il pas évident que si on pouvait accuser quelqu'un

(le le défendre, ce serait plutôt ceux qui n'ont pav demnndé, comme moi , qu'il fût juge. Ainsi tomlx; (l'abord réternellc dénonciation contre Camille- Desmoulins. Quel doit être, dans le sac de mon adversaire, le déficit des pièces contre moi, puisqu'ils sont réduits à me reprocher éternellement fl'avoir défendu un général U qui on ne peut contester de grands services à la côte de Biesme! '1 (La plus courte justification ennuie. Pour soutenir l'attention, je ihcUe de mêler la mienne âe traits de satire, qui ne fassent qu'effleurer le patriote, et percent de part en part le conlre-révolulionnairi* déguisé sous le rouge Itonnet qtte ma main jette à bas. Au sortir de la Convention je retourne au Fietix Cordelier; et , selon que je suis afi'eclé de la séance, une teinte de gaîlé ou de tristesse se répand sur In page que j'écris et sur ma correspondance avec mes abonnés. Barère aujourd'hui a rembruni mes idées, et mon travail de ce soir sç sentira de inn mélancolie.

F'Sl-il donc possible qu'on ait dirigé contre moi tin rapport dont le décret présentait absolument im» conclusions? C'était tellement mes conclusions, que Robespierre a fait passer à l'ordre du jour sur ce projet de décret, comme ressemblant trop à mon comité de clémence. Convenez, mes

cliêrs collègues, que j'ai ai du uioins if courag».' d'ouvrirlà une discussion grande, et (|ue TlioiuKur de l'assemblée nationale demandait qu'elle abordai. J'aurai eu le uH'rile.d'avoir fait luire le premier Vin rayon d'espoir aux patriotes détenus. Les maisons de suspieion ne ressem])leront plus, jusqu'à la paix , à l'enfer de Dante, où // n'y a point d'esj)érance. N'eussé-je fait que ce bien, je méritais de Barère plus de ménngemens, et qu'il ne frappât point si fort. Au demeurant, le plus grand lionneur (ju'on piit faire à mon journal était assurément cette censure du comité de salut public , et le décret qui en ordonne l'insertion au bullelin. C'est donner à ma plume une grande imporlance. Un jour la postérité jugera entre les suspects de Baière et les suspects de Tacite. Provisoirement Us patriotes vont être contens de moi; car, après celte ceiisure solennelle du comité de snlut public, j'ai fait comme Fénélon , montant en cliairc pour publier le bref du |)ape, qui condamnait les Maximes des Saints,, et les lacérant lui-même, je suis j)rét à brûler mon numéro 3; et déjà j'ai défendu à Desenne de le réimprimer, au moins sans le cartonner.

(^omme le comité de salut public n'a pas dédaigné de réfuter nion numéro 4» pour éclairer tout

à fait SA religion , jt* lui dois le ivlnblissciiiL'iil d'un fail, sur lequel son rapporlcur a aUéré Thucydide .-j'en demande pardon à Barère.

Mais assurément Athènes ne jouissait \):\sd'uric pai.i fftofomîe ^ (juniid Thiasybule fil jirononccr dans l'assendilée ^cné^ale du peuple que persoiuie ne serait inquiète ni poursuivi , hors les trente Ivrans. Ces trente tyrans étaient à peu près à la population d'Athènes, qui ne se composait guère que de vingt mille citoyens, comme nos aristocrates prononcés sont à noire population de vingtcinq millions d'hommes. L'histoiic dit positivement que ce sage décret mit du aux dissensions civiles, réunit tous Ics esprit?, cl valut à Tlnasybule le surnom de ivstaurfileur de la paix.

Au reste, Barère a terminé une criti<|ue amère de l'ouvrage par un hommage j)uhlic nu patriotisme de railleur. Mais dans sa noineiulalure des gens suspects, et à Poccasion de sa icmarcpie judicieuse , que ceux-là Tétaient véritablement qui, au lîcii dft ressentir de la joie de la prise de Toulon , présentaient une mine allongée, Barère pouvait me rendre un autre témoignage. Il aurait pu dire que ce joui-l?» même, me trouvant à dîner avec lui, je lui avais dit : « Voilà les hommes vrainienl << suspects; voilà ct'UX à l'arrestation desquels j«

« serais U premier à applaudir, ceux cjue ceJle « conquête de Toulon a attristés ou seulement « laissés tout de glace, et noji pas, comme je l'ai (' lu dans une certaine dénonciation, MAel, parce (.<■ qu 'il est logé luxurieusement . »

Que pensera le lecteur impartial de voir Barèrc, je ne dis pas s'emparer de mon idée, et s'en faire honneur à la tribune de la Convention mais à ce plagiat joindre la petite malice de publier à la tribune que je n'admettais point de gens suspects. Si Barère m'avait cité, si au moins il avait dit que je partageais son opinion , les républicains les |)lus soupçonneux auraient vu que moi aussi je voulais des maisons de suspicion, et que je ne différais d'opinion (jue sur le signalement des suspects. Mais je le vois, Barère a craint la grande colère du Père Duchesne, et la dénonciation itérative de M . de Fieux-Soc, et dans son rapport , il a ouvert la main toute entière pour la satire, et le petit doigt seulement pour l'iloge.

Où les diviseurs de la montagne veulent -ils nous mener par les calomnies qu'ils cliuc])olenl aux oreilles des patriotes? Quelle est celle perfidie de s'accrocher à une phrase de mon numéro 4i de la flélacher de l'amendenjenl et de la note qui y (Si joinlr? Y a l-il une in;iuvr»is(î foi plus cou-

pable? Dojii un lur >e reconnaît plii> à la montagne. Si (-'était un vicnx Cordelicr connue moi , un patriote rcc/i/ignCy !îillauH - Varetnies , par exemple, qui mVûl gourmande si (Knementj susfinitisscrn utiqiic , j'anrais dit ; C'est le souniel du bouillant saint Paul au bon saint Pierre qui avait péché! Mais loi, mon cher Barère! toi, l'heureux tuteur de Pamé/a! loi \e président des Feuillansl qui as proposé le comité des douze, loi qui , le a yV/zV/, mettait en délibération dans le comité de salut public, si Von n'arrêterait pas Danton! toi, dont je pourrais relever bien d'autres fautes, si je voulais fouiller le f^ieux-sac^ que lu deviennes tout -a- coup un passe- Robespierre ^ et que je sois par toi colaphisé si sec! J'avoue que co soufflet m'a fait voir trente-six chandelles, et que )e me frotte encore les yeux. Quoi! c'est toi (jui m'accuse de inodérantisme! ((uoi! c'est toi, camarade montagnard du 3 juin, qui donne a Camdle- Desmoulins un brevet de civisme! sans ce certificat, j'allais passer pour un modéré. Que vois-je? Je parle de moi, et «h'jà dans les groupes, c'est '^ Hobespierre même qu'on ose soupçonner de mo-'" ilérantisme. Oh! la belle chose que de n'avoir |)oini?' de principes, que de savoir prendre le vent , et qu'on est heureux tl'être une girouette!

Citoyens, remarquez bien tous ceux qui m'accusent de peccadilles, et je gnge que, dans leur vie, vous trouverez de semblables erreurs, de ces erreurs lourdes que je ne leur ai pourtant jamais reprochées, par amour de la concorde et de l'imion, moi qu'on accuse de noircir les patriotes. Je vous rends aussi justice, Barère; j'aime votre talent, vos services, et je proclame aussi votre patriotisme^ quant à vos torts, Robespierre vous en a donné l'absolution, et je ne suis point appelant, comme M. Nicolas, du jugement de Robespierre, Mais quel est le reptile si rampant, qui , lorsqu'on lui marche dessus, ne se relève et ne morde? Et la république ne peut exiger de moi de tendre l'autre joue.

Tout cela n'est qu'une querelle de ménage avec mes amis les patriotes Collot et Barère; mais je

vais être à mon tour b en colère contre le

Père Duchesnc qui m'appelle « un misérable in- Irigailleur, un viédase à mènera la guillotine, un conspirateur qui veut qu'on ouvre toutes les prisons pour en faire utje nouvelle Vendée; un endormcur payé par Pitt, un bourriquet à longues oreilles.» Jtlcnds-inoi , Héberl } je suis à loi dans un moment. Ici ce n'est pas avec des injures grossières cl des mots que je vais l'attaquer;

t^Vs» nvct' lies fails. Je vais W iléinaMjiifi «omiiif j'ai domas<nic Brissof . cl fnitf la sociiMo iiii;«' cuire loi ol moi.

l.v rayon crt-spérancc que j'ai fait liiiio au fond «les prisons aux patriotes détenus, l'image du hou lieiir à venir de la république française, que j'ai présenté à l'avanee et par anlieipation à mes lecteurs . el le seul nom de comifc de vlcniciicc que j'ai prononcé, à tort si Ton veut , pour le moment , ee mot seul, a-l-il fait sur toi, Hébert, l'effet du fouet des furies? n'as-tii doue pu supporter l'idée^ (|uc la nation fut un jour lieureusc et un peuple) «le frères? l'uisqu'à ce mol de clémence, (piè'* )'avais pourtant si fort amendé, en ajoutaut : y^r-' rièrc la ffenséc iVune atmiistic , arrière liHi-* verture des prisons , te voilà à le nians;cr le sang, à entrer dans unecolère de bouftre^ à lomber en syncope, el à en perdre la raison au point de me dénoncer si ridiculement aux Jacobins, pour n\'oir épousé^ dis -lu, une Jemnu' riche.

Je lie dirai qu'un mot de ma femme. J'avais toujours cru à l'imniortalilé de l'âme. Après tant ^e ' sacnOccs d'intérêts personnels que j'avais faits à la liberté ol au bonlieui du peuple, je me disais, au fort de la persécution : Il faut que les récom penses attendent la vertu ailleurs. Mais mon ma-

ringc est si heureux , mon bonheur (1otnesti(]ue si grand, que j'ai craint d'avoir reçu ma récompense sur la terre , et j'avais perdu ma démonstration de l'immortalité. Maintenant tes persécutions, ton déchaînement contre moi , et tes lâches calomnies^ me rendent toute mou espérance.

Quant à la fortune de ma femme, elle m'a apporté quatre mille livres de rentes, ce qui est tout ce que je possède. Dans cette révolution où, je puis le dire, j'ai joué un assez grand rôle, où j'ai été un écrivain polémique, recherché tour-à-tour par tous les partis (jui m'ont trouvé incorruptible, où, quelque temps avant le lo août^ on a marchandé jusqu'à mon silence, et fort chèrement; eh bien ! dans celte révolution où depuis j'ai élo successsivement secrétaire - général du déparlement de la justice, et repré.sentant du peuple à la Convention, ma fortune ne sV'st pas accrue d'un sou. Hébert pourrait-il en dire autant?

Est-ce toi qui oses parler de ma fortune, toi que tout Paris a vu, il y a deux ans, receveur des contre-marques, à la porte des Variétés dont lu as été rayé'^ pour cause dont tu ne peux pas avoir perdu le souvenir? Est-ce loi qui oses parler do mes quatre mille livres de renies , toi (|ui , sansruiolle, et sous une méchante pciruquc de crin?

ilnns 1.1 retiillo iiypocnlc , dans la maison loge aussi luxttrù'uscment quiin homme suspect , reçois cent vingt uiille là'/vs de traitcmeiU du ministre Boncholle, pour soutenir les motions des Clools, des Prolv, de ton journal ofïicielleincnt contre-révolutionnaire, comme je le prouverai.

Cent-vingt mille livres à ce pauvre sans -culotte Hébert, pour calomnier Danton, Lindet, Cambon, Tburiot, Lacroix, Philippeaux, llouidon de l'Oise, Barras, d'Eglantine, Fréron, Legendre, Camille-Desmoulins, et presque tous les commissaires de la Convention ! pour inonder la France de ses écrits, si propres h former l'esprit et le cœur! cent vingt mille francs!., de Boucliolte!.. S'élonnei'a-l-on , après cela , de cette exclamation (iliale d'Hébert , à la séance des Jacobins : « Oser alta(|uer Boucliolte ! (oser l'appeler Georges!) Boucliotte à (pii on ne peut reproclier la plus légère faute! Boucliolte ({ui a mis à la tête des armées des généraux sans-culotte, Boucliotte le patriote le plus pur! » Je suis surpris (|ue dans le transport de sa reconnaissance, le Père Duehesne ne se soit |)ns écrié : Boucliotte qui ni a donné i eut vin^l mille livres depuis le mois de juin !

(^uel sera le niépris «les eil;>vens pour ceTim pudeni Père Duehesne, (|uand,à l.i fin de ce \\n-

Swc.i'o 5 , ils ap])rcMi(ltonl |);ii' une iiolc, levée sur les regisircs de la liésoierie, que le cafard qui me reproche de distribuer gratis un journal que tout Paris couil acliettM', a reçu, en un seul jour d'oc tobre dernier, soixante mille francs de Mecenas Boucliotte pour six cent mille numéros, et que ^ par une addition facile, le lecteur verra que le fripon d'Hébert a volé^ ce jour-là seul, quarante mille francs à la nation.

Déjà quelle a tlu être l'indignation de tout patriole qui a un peu de mémoire, et qui réfléchit , quand parce que j'ai, dans mon journal , réclamé la liberté de la presse |)Our les écrivains, la liberlé des opinions |)our les députés, c'est-à-dire les premiers principes de la Déclaration des droits^ il a vu Hébert jeter les hauts cris contre moi, lui , cet effronté ambitieux qui , au moment où un enchaînement de victoires ne ralentissait pas le mouvoMjent révolutionnaire, au moment où la nécessité des mesures lévoiutionnaires était sentie de tous les patriotes, il y a deux mois, a osé, dans sa \c\\\\\o^ réclamer la coiislitulion , et demander qiion organisai le conseil exécutif, aux termes de V acte constitutionnel , parce qu'il lui semblait qu'il ne pouvait rnainjui r que d'eln; iw» des vinglqualre mend)ics!

Que tu aies reçu Je Boucliotte en un seul jour, au uiois(rociobro,soixcinlc mille francs |)oui- crier <lans la feuille aux (juatic coins tie la Franco : Psaphon est un Dieu , cl pour calomnier Danton , c'est la moindre tle les infamies. Tes numéros et les contradiclions à la niain , je suis prêt à |)rouvcr que lu es un avilisseur du peuple français et de la Cons'ention ^ et un scélérat^ déjà aux yeux de» patriotes et des clairvoyans non u)oins ïlémasqué que Brissot , dont les agcns de Pilt t'avaient fait le cojilinnaleur, et entrepreneur de contre-révolution par un antre extrême, Iors(|ue Pitt, Galonné et Lucliésini., voyant les Girondins usés, ont voulu essayer s'ils ne pourraient pas fiire, par la sottise et l'ignorance, cette contrerévolution qu'ils n'avaient pu faire avec tant de gens d'esprit, depuis Malouet jusqu'à Gensonnc.

Je n ai pas besoin de me jeter dans ces rcclierclics. Toi qui me parles de mes sociétés, croistu que j'ignore que tes sociétés c'est une femuit- Hoche cho ua rt ^ agent e des émigi es, c'est le banquier Kocke, chez qui loi et la Jacqueline vous passez à la canqiagne les beaux jours de l'été? Penses-tu que j'ignore «pic c'est avec l'intime <\\: Oumouriez, le banquier hollandais Kocke, que le grand patriote Hébert, après a\on calomnié

dans sa feuille les hommes les plus purs de la républi([(ie, nll.'iit dans sa grande joie , lui el: sa Jacqueline, boire le vin tie Pitl et porter des toasts à la ruine des lépulations des fondateurs de la liberté? Crois- lu que je n'aie pas remarqué qu'en effet tu n'as jamais sonné le mot de tel député, lorsque lu tombais à bras raccourcis sur Chabot et Basire? Crois-tu que je n'aie pas deviné que tu n'as jeté les hauts cris contre ces deux députés que parce (jue , après avoii- été attirés, sans s'en douter peut-être, dans la conspiration de tes ultra -révolutionnaires, bientôt, à la vue des maux qui allaient décliirer la pairie, ayant reculé d'horreur, ayant paru chanceler, ayant combattu même quehpies projets de décrets, qui n'étaient pourtant que les précurseurs éloignés des motions liber ticides que lu préparais toi et les complices, tu t'es empressé de prévenir Basire et Ciiabol, et de les perdre avant que tu ne fusses perdu par eux? Crois-tu qu'on ne m'a pas raconté qu'en \'j(jo et 1791 tu as pcrsécitté Murât. Tu as écrit pour les aristocrates; lu ne le pourras nier, lu serais confondu par les témoins? (à'ois-tu enfin (|uc je ne sache pas positivement que lu as tr«')(i(|ué de la liberté (Kîs citoyens, et (jiic je ne me souvienne pas de ce (pTun de mes

— iU9 — culU'^Ui's a liil à moi ri à plus de vingt députés, que tu avais reçu une forte somme pour l'elargis- .Nonicut , je ne sais pas bien si c'était d'un émigré ou d'un prisonnier, et que depuis, une personne, témoin de ta vénalité , t'avait menacé de la révéler &i tu t'avisais de niallraiter encore Ciiabot dans les feuilles , fait que le représentant du peuple Ciiaiulrun Rousseau nous a même assuré qu'il allai) déposer au comité de surveillance? Ce sont là (les faits autrement graves (pie ceux (juc lu m'imputes.

Regarde (n vie, depuis le temps où tu étais un r(îspectal)le fraterà qui un médecin de notre connaissance faisait faire des saignées pour douze sous,jus({uu ce moment où, devenu notre méde. cin politi(|uc, et le docteur Sangrado du peuple fran^Mis, lu lui ordonnes des saignées si copieusc>s, moyennant lao mille livres de traitement que te <lonne Rouchottc : regarde la vie entière, et ose «lire à quel titre tu te friis ainsi rarhitre des réputations aux Jacobins '

Est-ce h titre de tes anciens services? Mais quand Danton, d'Kglanlinc et Paré, nos trois anciens présidens permnncns des (>ordeliers(r/w (lis^ tricl s'enleiul), soutenaient un siège pour Marat; qii.ind Tlmrinl assiégeait la Rasiille; (|u.'m(l Fré-

ion faisait XOiatt'iir du Peuple ; (juaiid moi, sans ciaiiuiro les assassins i\q Lonslalol et les sentences de Talon , j'osais, ii y a trois ans, défendre presque seul Va/ni chù peuple et le proclamer le divin Marat; quand tous ces vétérans que lu calomnies aujourd'hui, se signalaient pour la cause [)opulaire, où étais-tu alors, Hébert? Tu distribuais tes contre-marques, et on m'assure que les directeurs se plaignaient de la recette (i). On m'assure que tu l'étais même opposé, aux Cordeliers , à l'insurrection du lo août. On m'assure...., ce qui est certain, ce que lu ne pourras nier, car il y a des témoins, c'est qu'en 1790 et 1791 tn dénigrais^ Xw poursuii^nis Marat\([\\e tu as prétendu, après sa mort, qu'il t'avait laissé son manteau, dont lu t'es fait lou-là-coup le disciple Elisée, et le légataire univejsel. Ce qui est certain, c'est

(i) On di.sail un jour a un des acteurs du lliéàtro de 1.) Rô- ])ul)lique, que le père Ducliesne était j>r6s d'entrer en colore rontre eux : • J'ai |)<ine .i le croire, réjjondit celui-ci : nom oyons lu prem-c Huns nos rcf^istrcs ijti'il nous a voles avant qu'il fût procureur de la commune. 11 faut faire supijriiner ces reyisue.s , père Ducliesni' : il faut faire la cour au ihéâlre «le la République, et je ne nt'étonne plus de la grande colère conlre la IMonlansicr, daii!i ni) de les derniers numéros, et que tu nous aies fait un éloge si pompeux , si exclusif du lliéi^ire oii tn as lail les premières nr'iM s.

t|u';iv.iiil (le ('clTurcei' lie volfr «linsi ia succession (le popularité de MnrnI , lu avais (léi-ob(^ une aiilre sucression , eoile iriiii Vire Dnclicsne qui n'olait pas lleberl;car ce n'esl pas loi qui Taisais, il va lieux nui, le Vive Dncliesne; jo ne dis |)as /d TfompctU' (lu Père Duchesne ^ mais le véritable Père l)uchcsiu\ le mémento iMattry. Celait un autre que toi, dont lu as pris les noms, armes et juremens, et ilonl tu lY-s emparé de toute la gloire, selon ta coutume. Ce qui est certain, c'esl que lu n'étais pas avec nou-^, en I78(), dans le cheval de liois; c'est qu'on ne t'a point vu parmi les guerriers des premières campagnes de la révolution; c'est (pie, comme les goujats, tu ne t*es fait remarquer qu'après la victoire, où tu t'es signalé en dénigrant les vaincjueurs, comme Tliersitc, en emportant la plus forte part du butin, et en faisant chauffer ta cuisine et tes fournuux d(> calomnies avec les cent vingt mille francs et la braise de Bouchot te (i ).

(i; • On me calumnie , • di&ail l'nuiiL- juin Uuucholtc au co< (ni(é de mIuI |>uI>1(c. — - Du /mo//i«, lui répondit Diiiituii, ce ii'rsl pa* la république qui p.iie iio mille franrs depuis le moi* de jain pour vous ralomnier; du moins ce n'ebl pas le mitiisièrc qui s'ctl fait le co'.poiteur des calomnirs «onlre Boul'IioUe. I a rcpailic ^Inil «ans ic|>li(|ur. Crut vingt mille finiirs a Hébert pour louer Bouchoite! Pat »i Geurge», M. Buurliotle! Il n'est ma foi pas ti Ororget !

Sriait-cc à titre cVéciivain et de bel esprit que lu prétends, Hébert, peser dans ta balance nos réputations? Kst-ce à titre de joiuna'.iste que tu prétendrais être le dictateur de l'opinion aux Jacobins? Mais y a-t il rien de plus dégoûtant , de plus ordurier que la plupart de tes feuilles? Ne saistu donc pas, Hébert, (jue quand les tyrans d'Europe veulent avilir la république, quand ils veulent faire croire à leurs esclaves que la France est couverte des ténèbres de la barbarie, (jue Paris, cette ville si vantée par son alticisme et son goût , est peuplée de Vandales; ne sais-tu pas, malbeureux , que ce sont des lambeaux de tes feuilles qu'ils insèrent dans leurs gazettes, comme si le peuple était aussi bête, aussi ignorant que tu voudrais le faire croire à M. Pjtt; comme si on no pouvait lui parler qu'un langage aussi grossier; comme si c'était là le langage de la Convention pi du comité âfi saint public; comme si tes saletés étaient celles do la nation ; comme si un égoût de Paris était la Seine.

Enfin, serait-ce h titre de sage, de grand politique, d'bomme à qui il est donné de gouverner les emj)ires, que tu t'arroges de nous asservir h tes ultra - révolutionnaires y sans {jue inême les rc'Jjréscnlqnsi du peuple aient le droit d'énoncer l(Mn- opinion, h peine d'être chassés de la société?

Mais, pour n« ciler qu'un seul exemple , ne sonl* ce pas le» trois on quatre numéros qu'Héhert a publiés k la suite de la mascaratle de la (lépr«*lri-;ation de Gohel, qui sont, par leur impoiitique stupide, la cause principale de tant de séditions religieuses et de meurtres, h Amiens, h Coulomini«rs, dans le Morbihan, l'Aisne, nile-et- Vilaine? N'est-ce pas le Père Duchesne^ ce politique profond qui, par ses derniers écrits, est la cause évidente que dans la Vendée, où les notifications ofllîcielles du 21 septembre annonçaient qu'il n'y avait plus que huit à dix mille brigands à exterminer, il a déjà fallu tuer plus de cent mille imbécilles de nouvelles recrues qu'Hébert a faites à Charrette et aux royalistes?

Et c'est ce vil flagorneur, aux gages de 1 20,000 livres, qui me reprochera les /|,ooo livres de rente <le ma femme! C'est cet ami intime des Kocke, des Rochechouurt, et d'une multitude d'escrocs, qui me reproche mes sociétés! Ce politique sans vue, et le plus insensé des patriotes, s'il n'est pas le plus rusé des aristocrates, me reprochera mes écrits arhtocratiqucs ^ dit-il, lui dont je déniontrerai que les feuilles sont les délices d« r/^l^lenlz et le seul espoir de Pitt !

Ce patriote nouve*» **•'•'> '« diiïameur éternel

— lU —

des vétér.ins ! Cet homme, rayé fie la liste des garçons de théâtre pour vols , fera rayer de la liste des Jacobins, pour leur opinion, des députés, fondateurs immortels de la république! Cet écrivain des charniers sera le législateur de l'opinion, le mentor du peuple français ! Un représentant du -peuple ne pourra être d'un autre sentiment que ce grand personnage sans être traité de viédase €t de conspirateur payé par Pitt ! O temps ! 6 mœurs! ô liberté de la presse, le dernier retranchement de la liberté des peuples, qu'êtes-vous devenus? 6 •liberté des opinions, sans laquelle il n'existerait plus de Convention, plus de représentation natio nale, qu'allez-vous devenir?

La société est maintenant en étal de juger entre moi et mes dénonciateurs. Mes amis savent que je suis toujours le même qu'en 1789; que je n'ai pas eu depuis une pensée qui ne fût pour l'affermissement de la liberté , pour la prospérité , le bonheur du peuple français , le maintien de la république une et indivisible. Eh! de quel autre intérêt pourrais-je être animé dans le journal que j'ai entrepris , que du zèle du bien public? pourquoi aurais-je attiré contre moi tant de haines toutes-puissante çi appelé sur ma lête des ressenlimens implacables? i^u^'ont fait à moi Hébert

et tous ceux contre qui j*;«i écrit ? Ai-je reçu aussi I 2u,ooo francs du trésor national pour calomnier? on pcnse-t-on que je veuille ranimer les cendres de l'aristocratie? «I>es modérés, les aristocrates, dit Karère, ne se rencontrent plus sans se demander : « Avez-vous lu le Vieux Cordelier ? » Moi , le patron des aristocrates! des modérés! Que le vaisseau de la république , qui court entre les deux écucils dont j'ai parlé, s'approdie trop de celui du modérantisme , on verra si j'aiderai la manœuvre; on verra si je suis un modéré ! J'ai été révolutionnaire avant vous tous. J'ai été plus; j'étais un brigand, et je m'en fais gloire, lorsque, dans la nuit du I a au 1 3 juillet 1 789, moi et le général Danican nous faisions ouvrir les boutiques d'arquebusiers, pour armer les premiers bataillons des sans-culottes. Alors, j'avais l'audace de la révolution. Aujourd'liui, député à l'Assemblée nationale, l'audace qui me convient est celle de la raison , celle de dire mon opinion avec francbise. Je la conserverai jusqu'.î la mort cette audace républicaine contre tous les despotes; et quoique je n'ignore pas la maxime de Machiavel , qu'il ny a point de tyrannie plus effrénée que celte des petits tyrans. Qu'on désespère de m'inlimider par les terreurs et les bruits de mon arrestation qu'on sème au-

— IIG — lour de moi ! IN^ous savons que des scélérals méditent un 3i mai contre les liomnies les plus énergiques de la montagne. Déjà Robespierre en a témoigné ses pressentimens aux Jacobins; mais, comme il l'a observe, on verrait quelle différence il V a entre lesBrissotinset la mojitagne. Les acclamations que la Convention a recueillies partout sur son passage le jour de la fête des Victoires, montrent l'opinion du peuple, et qu'il ne s'en prend point à ses représentans des taches que des étrangers se sont efforcés d'imprimer à la nation. C'est dans la Convention, dans le comité de salut public, et non dans Georges et les Géorgiens, que le peuple français espère. Mais toutes les fois que dans une république un citoyenaura, comme Bouchotte, 3oo millions par mois, cinquante mille places à sa disposition, tous les intrigans, tous les oiseaux de proie s'assembleront nécessairement autour de lui. C'est là le siège du mal , et on sent bien qu€ la peste elle-même , avec une liste civile si forte, se ferait mettre au Panthéon. C'est à la Convention h ne pas souffrir qu'on élève autel contre autel. Mais, o mes collègues! je vous dirai comme Brutusà Cicéron : «Nous craignons trop la mort et l'exil, et la pauvreté. » ISimiùm timemus mortem et cxilium el pan-

perlaWin. Celle vie iiiérile-l-elle donc (ju nii ic- |)résentaiil la prolonge aux dépens de l'honneur.* il u'esl aucun de nous (jui ne soit parvenu au ^oniniet de la nionlagne de la vie. Il ne nous reste plus qu'a la descendre à travers mille précipices inévitables, même pour riiomme le plus obscur. Celle descente ne nous ouvrira aucuns paysages, aucuns sites qui ne se soient offerts mille fois plus délicieux à ce Salonion qui disait , aumilieude ses sept cents femmes, et en foulant tout ce mobilier de bonheur : « J'ai trouvé que les morts sont plus heureux que les vivans, et que le plus heureux est celui qui n'est jamais né. »

Eh quoi! lorsque tous les jours les douze cents mille soldats du peuple français affrontent les redoutes hérissées des batteries les plus meurinères , el volent de victoires en victoires, nous , députés à la Convention ; nous , qui ne pouvons jamais tomber, comme le soldat, dans l'obscurité de la nuit, fusillé dans les ténèbres, et sans témoins de sa valeur; nous, dont la mort soufferte pour la liberté, ne peut être que glorieuse, solennelle, et en présence de la nation entière, de rFurope et de la postérité, serions -nous plus lâches que nos soldats ? craindrons-nous de iioui^ exposer , de regarder Bouchottc en face ? n'oserons-nous braver la grande colère du Père

Duchesne, pour remporter aussi la victoire que le peuple français attend de nous ; la victoire sur les ultra-révolutionnaires comme sur les contrerévolutionnaires; la victoire sur tous les intrigans, tous les fripons, tous les ambitieux, tous les ennemis du bien public?

Malgré les diviseurs, que la montagne reste une et indivisible comme la république ! ne laissons point avilir, dans sa troisième session, la représentation nationale. La liberté des opinions ou la mort! Occupons- nous , mes collègues , non pas à défendre notre vie comme des malades , mais à défendre la liberté et les principes, comme des républicains! Et quand même, ce qui est impossible , la calomnie et le crime pourraient avoir sur la vertu un moment de triomphe, croiton qne , même sur l'échafaud, soutenu de ce sentiment intime que j'ai aimé avec passion ma patrie et la république , soutenu de ce témoignage éternel des siècles, environné de l'estime et des regrets de tous les vrais républicains, je voulusse changer mon supplice contre la fortune de ce misér.ible Hébert, qui, dans sa feuille, pousse au désespoir vingt classes de citoyens , et plus de trois millions de Français , auxquels il dit anathème, et qu'il enveloppe en masse dans une proscription commune; qui, pour s'étourdir sur

i«?* leinoi'ds et ses en loin nies, a l>€soiu de se procurer une ivresse plus forte que celle du vin, et «le lécher sans cesse le sang au pied de la guillo- Inic? Qu'est-ce donc que l'échafaud pour un patriote, sinon le piédestal des Sidney et des Jean de Wilt? Qu'est-ce, dans un moment de guerre où j ai eu mes deux frères mutilés et hachés pour la liberté, qu'est-ce que la guillotine, sinon un coup de sabre, et le plus glorieux de tous, pour un député victime de son courage et de son ivpubiicanisme ?

y M accepté, j'ai souhaité même la députation, parce que je me disais : Est-il une plus favorable occasion de gloire que la régénération d'un étal prêt à périr par la corruption et les vices qui v régnent? Quoi de plus glorieux que d'y introduire de sages institutions, d'y faire régner la vertu et la justice; de conserver l'honneur des magistrats, aussi bien qne la liberté, la vie et la propriété des citoyens, et de rendre sa patrie florissante? Quoi de plus heureux que de rendre tant d'hommes heureux? Maintenant, je le demande aux vrais patriotes, aux patriotes éclairés étions-nous aussi heureux que nous pouvons l'être, même en révolution?

J'ai pu me tromper ; mais quand même je serais dans relieur, est-ce une raison pour qu'Hé-

bert se permette d'appeler un représentant du peuple un conspirateur à guillotiner pour son opinion. J'ai vu Danton et les meilleurs esprits de la Convention , indignés de ce numéro d'Hébert s'écrier : « Ce n'est pas toi qui es «« attaqué ici, c'est la représentation nationale, « c'est la liberté d'opinion! et je ne me serais « pas embarrassé de prouver que, sur ce seul « numéro, Hébert a mérité la mort. Car, enfin, « quand tu te serais trompé, tu n'as pas formé « ti toi seul une conspiration ; et les Brissotins « n'ont point péri pour une opinion; ils ont été « condamnés pour une conspiration. »

La passion ne me fera point dévier des principes, et je ne saurais être de cet avis qu'Hébert a mérité le décret d'accusation sur un numéro. Je persiste dans mon sentiment, que non-seulement la liberté des opinions doit être indéfinie pour le député, mais, même la liberté de la presse pour le journaliste. Permis à Hébert d'être le Zoïle de tous les vieux patriotes et un calomniateur à gages! Mais, au lieu de blaspbémer contre la liberté de la presse, qu'il rende giûce ;i cette liberté indéfinie, à laquelle seule il doit de ne point aller au tribunal révolutionnaire, et de n'être mené qu'à la guillotine de l'opinion.

Pour moi, je ne puis/zwe/' celte guiJloline-là,

iiièine :iu ju^einenl des républioaiiis éclairés. Sans doute j'ai ))U me tromper :

Eh! quel aat«ur, grand Dieu! ne va jamais Ira]» loin!

il y a plus; dès que ic comité de salut public a iinprouvé mon numéro 3, je ne serai point un ambitieux hérésiarque, et je me soiunets à sa décision, comme Fénélon à celle de l'Eglise. Mais i'avouerai-je , mes cliers collègues? je relis le chapitre IX de Sénèque, les paroles mémorables d'Auguste, et cette réflexion du philosophe que je ne veux pas traduire, pour n'être pas encore une fois une pierre d'achoppement aux faibles; et à ce fait sans réplique : « posl hœc iiullis insidiis al) ullo petitus; » à ce fait , malgré le ra[)port de liarère, je sens m'échapper toute u»a persuasion que mon idée d'un comité de clémence fût mauvaise. Car remarque/ bien que je n'ai jamais parlé de la clémence du inodérantismc, de la clémence pour les chefs; mais do cette clfmcncc politi(|ue, de celte clémence révolutiojinaire qui dislingue ceux qui n'ont été (ju'égarcs. À ce fait ^ disaih-je, sans réplique y j'ai toutes Ifs peines du monde à souscrire à la censure kV-

Baière, el à ne pas m'écrier comme Galilée, <lamné par le sacré-collége : » Je sens pourtant qu'elle tourne! »

Certes, le procureur-générar de la Lanterne, en 1 '789, est aussi révolutionnaire qu'Hébert, qui, à cette époque, ouvrait des loges aux ci-devant, avec des salutations jusqu'à terre. Mais dès-lors, quand j'ai vu l'assassinat ultra-révolutionnaire du boulanger François, fidèle à mon caractère, ne me suis-je pas écrié, que c'était la cour ellemême , Lafayette, et les Hébert de ce temps-là, les patriotiquenient aristocrates qui avaient fait ce meurtre, pour rendre la Lanterne odieuse?' Celui-là encore aujourd'hui est révolutionnaire qui a dit avant Barère : qu'il fallait arrêter comme suspects tous ceux qui ne se réjouissaient pas de la prise de Toulon. Celui-là est un révolutionnaire qui a dit, comme llobespierre, et en termes non moins forts : S'il fallait clioisir « entre l'exagération du patriotisme et le ma- « rasme du modérantisme, il n'y aurait pas à u balancer. » Celui - là est un révolutionnaire qui a avancé comme une des premières maximes de la politique, que, « dans le maniement des grandes affaires, il élait triste, mais inévitable de s'écailerdes règles austères de la morale.» N°. J.

Celui - là est révolutionnaire qui est allé aussi loin que Marnt en révolution, mais qui a dil : « qu'au-delà de ses motions et des bornes qu'il « a posées il fallait écrire, comme les géographes « de l'antiquité, à l'extrémité de leurs cartes: Au- M delà, il n'y a plus de cités, plus d'habitation; il « n'y a que des déserts ou des sauvages, des glaces « ou des volcans. » N*. a. Celui-là est révolutionnaire qui a dit que « le comité de salut public « avait eu besoin de se servir , pour un moment, « de la jurisprudence des despotes, et de jeter « sur la Déclaration des Droits un voile de gaze, « il est vrai, et transparent. «Celui-là est révolutionnaire, enfin, qui a écrit les premières et les dernières pages du numéro 3; mais il est fâcheux que les journalistes, parmi lesquels j'ai reconnu pourtant de la bienveillance dans quelques-uns, n'aient cité aucun de ces passages. Quand /a plupart auraient pris le mot d'ordre du L'ère Duchesne de n'extraire de mes numéros que ce qui prêtait aux commentaires, à la malignité et à la sottise, ils ne se seraient' pas interdit plus scrupuleusement toute citation qui tendit à me justifier dans l'esprit des patriotes; et c'est vraiment un miracle (|ue , sur le rapport d'Ilélierl , et sur des citations si mfidèles et si malignes de plusieurs

(le mes eliers eonfrères en journaux, les Jaeobins restés à la soeiélé , à dix heures du soir, ne se soient pas écriés, comme le vice- président Brocliet : « Quel besoin avons-nous d'autres témoins/' » et que le juré d'opinion n'ait pas déclaré qu'il était suffisamment instruit , et que, dans son ame et conscience^ j'étais convaincu de modérantisme, de leuillantisme et de brissotisme.

Et cependant quel tort avais je , sinon d'être las d'en avoir eu , d'être las d'avoir été poltron , et d'avoir manqué du courage de dire mon opi nion, fjit-elle fausse. Je ne crains pas que la société me blàme d'avoir fait mon devoir. Mais si la cabale étaitplus forte, je le dis avec un sentiment de fierté ([ui me convient; si j'étais rayé, ce serait tant pis pour les Jacobins! Quoi ! vousm'avezconi* mandé de dire à la tribune ce <jue je crois de plus utile pour lesnlut de la république! ce que je n'ai j)as les moyens physiques de tlire à la tribune, je l'ai dit dans mes numéros, et vous m'en feriez un crime ? Pourquoi m'avez-vous arraché à mes livres, à la nature, aux fionlièies où je serais allé me faire tuer comme mes deux , frères (|ui suul morts pour la liberté? pourquoi m'avez-vous nommé votre représentant? pounjuoi ne m'avezvous pas donne des cahiers; Y aurait-il une per-

(idio , une linrbnrir scmbl.ible à telle de in'envovcr à in (jonventioii, âe me (Jpm.indcr .imsi ce (pic je \)emc de la répuhliqtie , de me Forcer de le dire , et de me condamner ensnite , parce que je n'aurais pas pu vous dire des choses aussi agréables que je l'eiisse soidiailé? Si l'on veuf que je dise la vérité , c'est-à-dire la vérité relative, et ce que je pense, quel rcproclie a-ton pu me faire, quand m^me je serais dans l'erreur? Est-ce ma faute si mes yeux sont malades, etsi j'ai vu tojil en noir à travers le crispe que les feuilles du Père Durhesnc avaient mis devant mon imagination."

Suis-jc si coupable de n'avoir pas cru que Tacite, qui avail passé jusqu'alors pour le plus patriote des écrivains, le plus sage cl le plus grand politique des historiens, fût un aristocrate et un radoteur? Que dis -je, Tacite? ce Brutus m^me dont vous avez l'image, il faut qu'Hébert le fasse chasser comme tnoi de la société , car si j'.ii été un songe creux, un vieux rêveur, je l'ai été non-seulement avec Tacite et Machiavel,' mais avac îx^ustalot et Marat, avec Thrasybule el Brutus.

Est-ce ma faute s'il m'a semblé que, lorsque le département »le Seine-et-Marne , si tranquille jusqu'il ce jour, /tni» si dangereusement agité

depuis qu'on n'y messait plus; lorsque des pères et mères, dans la simplicité de l'ignorance, versaient des larmes, parce qu'il venait de leur naître un enfant qu'ils ne pouvaient pas faire baptiser; bientôt les catholiques allaient comme les calvinistes, du temps de Henri II, se renfermer pour dire des psaumes, et s'allumer le cerveau par la prière; qu'on dirait la messe dans des caves, quand on ne pourrait plus la dire sur les toits; de là des attroupemens et des Saint-Barihélemi; et que nous allions avoir l'obligation , principalement aux feuilles b... patriotiques du Père Duchesne^ colportées par Georges Boucholte, d'avoir jeté sur toute la France ces semences si fécondes de séditions et de meurtres? Est-ce ma faute, enfin, s'il m'a sen)blé que des pouvoirs subalternes sortaient de leurs limites et se débordaient; qu'une commune, au lieu de se renfermer dans l'exécution des lois, usurpait la puissance législative en rendant de véritables décrets sur la fermeture des églises, sur les certificats de civisme, etc.? Les Aristocrates, les Feuillans,les Modérés, les Brissolins ont déshonoré un mot de la langue française, par l'usage contrerévolutionnaire qu'ils en ont fait. Il est malaisé aujourd'hui de se servir de ce mot. Cependant,

frèrrs et amis, croyez- vous avoir plus de bon sens que Ions les historiens et tous les politiques, t^tre plus républicains que Caton et Brutus, qui tous se sont servis de ce mot ? Tous ont répété celte maxime : « L'anarchie, en rendant tous les hommes maîtres, les réduit bientôt à n'avoir qu'un seul maître. » C'est ce seul maître que j'ai craint; c'est cet anéantissement de la république ou du moins ce démembrement. Le comité de salut public, ce comité s kv\fvr^ y a porté remède , mais je n'ai pas moins le mérite d'avoir le premier appelé ses regards sur ceux de nos ennemis les plus dangereux , et assez habiles pour avoir pris la seule route possible de la contre-révolulion. Ferez-vous un crime, frères et amis, à un écrivain , à un député de s'être effrayé de ce désordre, de celte confusion, de celte décomposition du corps politique, oîi nous allions avec la rapidité d'un torrent qui nous entraînait nous et les principes déracinés; si, ilans son dernier discours sur le gouvernement révolutionnaire ^ Robespierre, tout en me remettant au pas, n'eut jeté l'ancre lui-même aux maximes fondamentales de notre révolution, et sur lesquelles seules la liberté peut être affermie cl braver les efforts des tyrans et du temps?

Extrait des registres de la Trésorerie nationale ^ du 2 juin.

Donné au Père Duchesnc. . . . i35,ooo liv. Les 2 juin! tandis que tout Paris avait la main à Tépée pour défendre la Convention nationale, à la même heure , Hébert va mettre la main dans le sac.

Plus, du mois d'août, au Père Duchesne io,ooo liv.

Plus, du 4 octobre, an Père Duchesne 6o,ooo liv.

Calculons ce dernier coup de filet.

Calcul de la valeur des 600,000 exemplaires de lajeuille du Père Duchesne , payés par Bouchotte 60,000 livres.

Composition .... 16 fiv.

Tirage 8

Le premier mille. { Papier bien mauvais 20

V Total 44 liv.

f Tirage 8 liv.

Cîhacun des au- j Papier 20

très, 599,000. — —

\ TOTAT 9.8 llV.

En conséquence,

Report .

liv,

Premier mille. 44

.'>9C),ooo, à 9.8

liv. , ci . . . . i6,'77a

Tolal (lu vrni prix cK's (ino inilleexemplai-

rcs, ci i6,8i6

Qui de . . 6o,ooo comptées par Boucliotte à Hébert , le 4 octobre I7C)3, et que celuici y avec une impudence cynique , dans son dernier numéro , appelle /a braise nécessaire pour chauffer son fourneau, 6te. i(),8iG liv resie volé à la nation , le 4 octol)re 1793, 4''i,i8'i liv

sa ^ââi^s @©â2>a,È2aâ.

JOURNAL RÉDI CK

par (!Iamille-JDc$m0ulin6,

niPLTk A LA CONVENTION , ET DOTEN DES JACOBINS ,

VIVRE LIBRE CD MOURIR I

DécnHi lo iiivotc, l'an (( de la lY-pnhliqiir , iiiir rt inrlivisiiiir.

PtrtgriniHiu lit , ammiu rjui in nt^iûAnon linl/UrU. ( ViLim Miiia*').

Caoïille-DctoiouliDi • fait une dr'b'ucbe d'ctprit (<ac la èritiotrala, mai* il r*l loiijoun boo rr|i«ibtic«ia , «t il lui ni inpottible i'tirr aiili* <b»w.

(AlUHa'iun lU CeUul-4f Uirboù tl dt RaUéifntrit , liaiKt dti Jacotiint).

Encore que je n'aie point fait rendre de décret, loin d'en avoir fahrifjué, comme on en acru<^r rntih'iir immortel de J^/ii/int/io [i), «ur l«-

(i) t''ahir d'Kgliiilinf.

quel on me permettra de suspendre mon jugement déênitîf ju»t|u'au r<i|»port; encore que j'aie pensé que le meilleur canot pour se sauver du naufrage était, pour un député, le coffre vide de Bias, ou le coffre vidé de mon beau-père (F. infrà) ; et si la calomnie ^ compulsant mon grand-livre, au sortir de la Convention, et trouvant sur les feuillets zéro, comme le 21 septembre 1792, était forcée de me rendre cette justice :

lean sVn alla, comme il était venu;

toutefois cejourdhui 24 nivôse, considérant que Fabre d'Églantine, l'inventeur du nouveau calendrier, vient d'être envoyé au Luxembourg, avant d'avoir vu le quatrième mois de son annuaire républicain; considérant l'instabilité de l'opinion, et voulant profiter du moment où j'ai encore de l'encre, des plumes et du papier, et les deux pieds sur les chenets, pour mettre ordre \ ma réputation et fermer la bouche à tous les calomniateurs passés, présens et à venir, je vais publier ma profession de foi politique^ et les articles de la religion dans laquelle j'ai vécu et je mourrai, soit d'un boulet, soit d'un stylet, soit dans mon lit.

soit Je la mort des philosop/its ^ comme dit le compère Malliieu.

Ou a prétendu que ma plus douce étude était de charmer les soucis des aristocrates, au coin do leur feu, dans les longues soirées d'hiver, et quo c'était pour verser sur leurs plaies l'huile du Samaritain, que j'avais entrepris ce journal aux frais de Pitt, I^ meilleure réponse, c'est de publier le credo politique du Pieux Cordclier^ el je fais juge tout lecteur hoiméte, si M. Pitt et les aristocrates peuvent s'accommoder de mon credo .^ et si je suis de leur église.

Je crois encore aujourd'iiui, connne je le croyais Ml mois de juillet 1789, comme j'osais alors l'imprimer en toutes lettres dans ma France libre y page S7 : « que le gouvernement populaire et la démocratie est la seule constitution (]ui convienne à la FVanceet à tous ceux qui ne sont pas indignes du nom d'hommes. »

On peut être partagé d'opinion, comme Pétaient Cicéron el Brutiis, sur jes meilleures mesures révolutionnaires et sur le moyen le plus eHicace de sauver la république, sans (pie Cicéron conclût de ce seul dissciilimcnt (pie Brutus recevait des guinées de Pliotin, le premier ministre de Ptolémre. Je pense donc encore comme dans le temps

— 1S6 — où je faisais cette réponse à Marat,aa mois d'avril 1791 , pendant le voyage de Saint-Clond , lorsqu'il m'envoyait l'épreuve de son fameux numéro: ^^«0: armes! ou c'en est fait de nous, avec les apostilles et changomens de sa main, que je conserve, et qu'il me consultait siu- cette épreuve .-«Imprime toujours, mon cher Marat; je défendrai dans ta personne le patriotisme et la liberté de la presse jusqu'à la mort. » Mais je crois que pour établir la liberté il suffirait, si on voulait, de la liberté de la presse et d'une guillotine économique, qui frappât tous les chefs et tranchât les complots sans tomber sur les erreurs.

Je crois qu'un représent.int n'est pas plus infaillible qu'inviolable. Quand même le salut du peuple devrait, dans un moment de révolution, restreindre aux citoyens la liberté de la presse , je crois que jamais on ne peut ôter à un député le droit de nianifester son opinion ; je crois qu'il doit lui être permis de se tror/tper ; que c'est en considération de ses erreurs quckle peuple fiançais a un si grand nombre de représentans, afin que celles des uns puissent être redressées par les autres. Je crois que, sans cette liberté d'opinion indéfinie, il n'existe plus d'assemblées nationales; je crois (|ue le titre de député ne serait plus qu'un cano-

iiii-.it , cl DOS séances des inalincs buii luii^iu*s, si nous nViions obligés de méditer dans le silence du cabinet ce qu'il y a de plus ii(i!e à la répul)li(juc; et, après que notre jugcmenl a pris son parti sur une question , d'avoir le courage do dire notre sentiment à la lribiino,au risque de nous faire une foule d'ennemis. Il est écrit : Que celui gui résiste à l'Église soit pour i'ous comme un païen et un puhlicain. Mais le sans-culotte Jésus n:\ point dit dans son livre: Que celui qui se trompe soit pour vous comme un païen et un publicain. Je crois que l'anathème ne peut commencer de même pour le députe, non lorsqu'il se trompe, mais lorsque son opinion ayant été condamnée par la Convention et le concile il ne laisserait pas d'y persister, et se ferait un hérésiarque. Ainsi , par exemple , dans mon numéro l\ , ipioique la note et la parenthèse ouverte aussitôt montrent que c'est un comité de Justice cjue je voulais dire, lorsque jai dit un comité de clémence , puisque ce mot nouveau a fait le scandale des patriotes; pin'sque, Jacobins, Cordeliers et toute la montagne l'ont censuré, et que mes amis, Fréron et A. Ricord fils, n'ont pu s'empécl;er eux-mêmes de m'écrire de Marseille que j'avais péché; je détiendrais coiijiaMc si je ne nu- hàl.iis de supprimer

moi-intMue mon comité et d'en dire ma eoulpc , ce que je fais avec une contrition parfaite.

D'ailleurs, Fréron et llicord parlent bien h leur aise. On sent que la clémence serait hors de saison au port de la montagne, et dans tel pays d'où j'entendais dénoncer l'autre jour, au comité de sûreté générale, que la nouvelle de la prise de Toulon y avait été reçue comme une calamité, et que, huit jours avant, la plupart avaient déjà mis bas la cocarde. Certes, si là j'avais été envoyé commissaire de la Convention , et moi aussi j'aurais été un André Dûment et un Laplanche. Mais les lois révolutionnaires, comme toutes les lois en général, sont des remèdes nécessairement subordonnés au climat et au tempérament du malade; et les meilleures, administrées hors de saison, peuvent le faire crever. Prends donc garde, Fréron, que je n'écrivais pas mon numéro 4 à Toulon, mais ici, où je t'assure que tout le monde est au pas, et (ju'il n'est pas besoin de l'éperon du Père Ducliesne ^ mais plutôt de la bride du Pieux Cordc- /icr\ et je le vais le prouver sans sorlir de chez moi et par un exemple domestique.

Tu connais mon beau père, le citoyen Du piessis, bon roturier et lils d'un paysan, maréchal ferrand du village, {''h bien! avant-hier , deux

- ÏS9 —

commissaiit's «K* la section de IMiilius Scœvola ( la !»etlion (le Vinrent, ce sera te dire tout) montent chez lui; ils trouvent dans la bibliothèque des livres de droit; et nonobstant le décret qui porte qu'on ne touchera point à Domat, ni à Charles Dumoulin, bien qu'ils traitent des matières féodales, ils font mnin-basse sur la moitié' de la bibliothèque, et chargent deux crocheteurs des livres paternels. Ils trouvent une pendule dont la |)ointe de r.iiguille était, comme la plupart des pointes d'aiguilles, terminée en trèfle; il leur semble que celte pointe a quelque chose d'approchant d'une fleur de lis; et nonobstant le décret qui ordonne de respecter les monutnens des arts, ils confisquent la pendule. Notez bien qu'il y avait à côté une malle sur laquelle était l'adresse fleurdelisée du marchand. Ici il n'y avait pas moyen de nier que ce fût une belle et bonne fleur de lis; mais comme la malle ne valait pas un corset^ les commissaires se contentent de rayer les lis, au lieu que la malheureuse pendide, qui vaut bien lîioo livres , est, malgré son trèfle, emportée par eux-mômes (pii ne se fiaient pas aux crocheteurs d'un poids si précieux; et ce, en veilu du droit que Rarère a appelé si heureusement le droit <le jnéftcn^ion ^ quoiqiir le décret s'opposât , d.uis

l'espèce, à l'.-ipplicalion de ce droit. Enfin, notre diiuni virât scclionuaire, qui se niellait ainsi andessus des décrets, trouve le brevet de pension de mon beau-père, qui , comme tous les brevets de pension , n'étant pas dénature à èlre porté sur le grand-livre de la république, était demeuré dans le portefeuille, et qui, comme tous les brevets de pension possibles, commençait par ce protocole Louis, etc. Ciel! s'écrient les comniissaires le nom du fyranl... Et après avoir retrouvé leur lialeine, suffoquée d'abord jjar l'indignation, ils mettent en poche le brevet de pension , c'est-àdire looo livres de rente; et emportent la marn)ile.x\utre crime. Le citoyen Duplessis, qui était premier commis des finances sous Ciugny, avait conservé, comme c'était l'usage, le cacliet du contrôle général d'alors. Un vieux portefeuille de commis, qui était au rebut, oublié au-dessus d'une armoire dans un las de poussière, et auquel il n'avait pas touché ni même pensé depuis dix ans peut-être, et sur lequel on parvint à découvrir rem|)reinte de quelques fleurs de lis, sous deux doigts de crasse, acheva de compléter la preuve que le citoyen Duplessis était suspect, et le voilà, lui, enfermé jusqu'à la paix, et le scellé nus sur toutes les portrs do celte campagne où lu

te souviens , mon cher Fréroii , que décrclés tous deux (le prise de corps, après le massacre du Champ-de-Mars, nous trouvions un asile que le tyran n'osait violer.

Le plaisant de l'Iusloire , c'est que ce suspect élnil devenu le sexagénaire le plus u/(rà que j'aie encore vu. C'était le père Duchesne de la maison. A l'entendre, on ne coffrait que des conspirateurs, tout <iu moins des aristocrates, et la guillotine chômait encore trop souvent. Je crois que s'il n'avait été un peu plus content de mon numéro 5 il m'aurait fermé la porte du lof^is. Aussi, la première fois que j'allai le voir aux Carmes, la piété filiale fut moins forte en moi que le comique de la situation ; et il me fut impossible de ne pas rire aux éclats de ce compliment qui venait si naturellement , et avec lequel je le saluai : m Eh bien! cher père, trouvez-vous encore qu'il n'y a que les contre-révolutionnaires qjii sifjlenl la linotte? u Celte anecdote répond à tout, et j'espère que Xavier Audoinn ne fera plus, à la séance des Jacobins, cette question : « Hommes lâches , qui prétendez arrêter le torrent de ta révolution, que signifient ces nouvelles dénominations d'extra , d'ultrà-rcvolutionnaires? » Je viens d'en donner, je pense, un échantillon. Car, enfin

il n'est dit nulle part, dans les instructions sur le gouvernement révolutionnaire , que M. Brigandeau^ ci-devant en bonnet carré au Châtelet, maintenant en bonnet rouge à la section, pourra mettre sous son bras une pendule, parce que la pointe de l'aiguille se termine en trèfle, et dans sa pocbe mon brevet de pension, parce que ce brevet commençait , comme tous les brevets de pension des quatre-vingt-six départomens, par co mot , Louis^ roi y qui se trouve aussi dans tous les livres. Et nous n'avons pas fait la révolution seulement pour que M. Brigandeau changeât de bonnet.

Je reviens à mon credo.

Mirabeau nous disait : « Vous ne savez pas que la liberté est une garce qui aime à être couchée (il se servait d'une expression plus énergique) sur des matelatsde cadavres; » mais quand Mirabeau Dous tenait ce propos, au coin de la rue du Mont-Blanc, je soupçonne qu'il ne parlait pas ainsi de la liberté dans le dessein de nous la faire aimer, mais bien pour nous en faire peur; je persiste à croire que noire liberté c'est l'inviolabilité des principes de la Déclaration des Droits; c'est la fraternité, la sainte égalité, le rappel sur la terre, ou du nioins en France, (\v toutes les vertus patriarcbales, c'est la douceur des inaxi-

mes républicMJiies , c'ost a' rt^s sacra miser y ce respect pour le innllieur que conimaiule notre sublime constitution ; je crois que la liberté , en un mol, c'est le bonheur, cl certes, on ne persuadera à aucun patriote, qui rénécliil tant soit peu, que faire dans mes numéros un portrait enchanteur de la liberté ce soit conspirer contre la liberté.

Je crois en même temps, comme je l'ai professé, que, dans un moment de révolution, une politique saine a dû forcer le comité de salut public \ jeter un voile sur la statue de la liberté, à ne pas verser tout à la fois sur nous cette corne d'abondance que la déesse tient dans sa main, mais à suspendre l'émission d'une partie de ses bienfaits, afin de nous assurer plus tard la jouissance de tous. Je crois qu'il a été bon de mettre la terreur à l'ordre du jour, et d'user de la recette de l'esprit saint, que la crainte du seigneur est le commencement de la sagesse; de la recelte du bon sans-culotte Jésus, qui disait : » Moitié gré, moitié force, convertissez-les toiijours, compelle eosintrare, » Personne n'a prouvé la nécessité des mesures révolutionnaires par des argumens plus forts que je n'ai fait , même dans mon l^'ieux Cordelier qu'on n'a pas voulu entendre.

Je crois que la liberté n'est pas la misère ;

— \[iU —

qu'elle ne consiste pas à avoir des habits râpés et percés au coudes, comme je me rappelle d'avoir vu Roland et Guadot affecter d'en porter , ni à marcher avec des sabots; je crois au contraire, qu'une des choses qui distingue le plus les peuples libres des peuples esclaves, c'est qu'il n'y a point de misère, point de haillons là où existe la liberté. Je crois encore, connue je le disais dans les trois dernières lignes de mou Histsire des Orissotins ^ que vous avez tant fêtoyée ; « Qu'il n'y a que la république qui puisse tenir à la France la promesse que la monarchie lui avait faite en vain depuis deux cents ans : la poule ait POT POUR TOUT LE MOKDE. » Loiu de penser que la liberté soit une égalité de disette, je crois au contiaire qu'il n'est rien tel que le gouvernement républicain pour amener la richesse des nations. C'est ce que ne cessent de répéter les publicistes depuis le seizième siècle : «Comparez, écrivait Gordon^ en se moquant de nos grands-pères il y a quarante ans, comparez l'Angleterre avec la France ; les sept Provinces-Unies, sous le gouvernement des Etats, avec le mémo peuple sous la domination de l'Espagne. » Avant Gordon , le chevalier Temple observait que : « Le commerce ne flriuil jamais dans un gouvernement despolique,

parcf que personne n'est assuré île jouii longtemps (le ce qui! possède, tandis que la liberté ne peut manquer d'éveiller l'industrie, et de porter les nations au plus haut degré de prospérité et de fortune publique où leur population leur permet d'atteindre; témoins Tyr, Carthage, Athènes, Syracuse, Rhodes, Londres, Amsterdam. » Va comme la théorie de la liberté, plus parfaite chez nous que chez ces difïérens peuples, présage à Pitt , pour la France , le dernier degré de prospérité nationale, et montre dans l'avenir au fils de Cliatam notre patrie, que son père avait si fort en horreur, faisant par son commerce, ses arts et sa splendeur future le désespoir des autres nations, c est pour celle seule raison, n en doutons pas, que la jalouse Angleterre nous fait cette guerre atroce. Qu'importerait à Pill, en effet, que la France fût libre, si sa liberté ne servait qu'à nous ramener à l'ignorance des vieux Gaulois, à leurs sayes , leurs brayes^ leur gui de chêne el leius maisons qui n'étaient que des échoppes en terre-glaise? lA>in d'en gémir, il me semble que Pitt donnerait bien des guinées pour qu'une telle liberté s'é lablil chez nous. Mais ce (|ui rendrait furieux le gouvernement anglais; c'est si l'on disait de la France ce que disait Dicéarque de l'Alticpie;

— im —

« ïNulle part au monde an ne peut vivre plus agréablement qu'à Athènes, soit qu'on ait de l'nrgént, soit qu'on n'en ait point. Ceux qui se sont mis h l'aise par le commerce ou leur industrie peu'vent s'y procurer tous les agrémens imaginables; et quant à ceux qui cherchent à le devenir, il y a tant d'ateliers où ils gagnent de quoi se divertir VkM\ yéntestheries (i), et mettre encore quelque chose de côté, qu'il n'y a pas moyen de se plaindre de sa pauvreté sans se faire à soimême un reproche de sa paresse, » Je crois donc que la liberté ne consiste point dans une égalité àe privations, et que le plus bel éloge de la Convention serait, si elle poirvait se rendre ce témoignage : « J'ai trouvé la nation sans culottes, et je la laisse culottée, »

Ceux qui, p.ar un reste de bienveillance pour moi , et ce vieil intérêt qu'ils conservent au procureur-général de la Lanterne, expliquent ce qu'ils appellent mon apostasie, en prétendant que j'ai été influencé^ et en mettant les iniquités de mes numéros 3 et [\ sur le dos de Fabre d'Églantine

i) On appelait niiisi Ira tVlr» consncrée!» à Bncchiis , c'éraient l«is Suns-Cu/oaidesd'MUi'nes ; leur infitilution était moiii<> morale, moins l><-ll<>. Kllrn ne duraient que trois jours; savoir, la Wttf ilei Tonneaux, el celles îles Coupes et des Marmites.

- Xkl et Pliili|)|)(viu\ , (|(ii ont l>ioi» ;isse/ de leur responsabilile personnelle, je les remercie de ce que celte excuse a d'obligeant; mais ceux-là montrent bien qu'ils ne connaissent point rindcj>endance indomptée (Je ma plume, qui n'appartient qu'à la république, et peut-être un j?eu à mon imagination et à ses éc^irts , $i l'on veut, mais non à l'ascendant el à ritjfluence de qui que ce soit. Ceux qui condamnent le P'ieux Cordelier^ n'ont donc pas )u les Réuolutions de France et de Brabant. Ils se souviendraient (;^ue ce sont ces mêmes rêves de mçi philçtnthropie^ (\\x on me reproche, qui ont puissamment ser.vi la révolution, dans mes njiméros de 89, 90 et 91 . Ils verraient que je n'ai point varié; que ce sont les patriotes eux-mêmes .qui ont enracine dans ma tête ces erreurs par leurs applaudissemens, et que ce systè^ie de républicanisme dont on veut que je proscrive l'ensemble, n'est point en moi apostasie, mais impénitence finale.

On ne se souvient donc plus de ma grande colère contre Brissol, il y a au moins trois ans, à propos d'un numéro Au Patriote Français^ où il s'avisait ^e me rappeler à l'ordre el de me traiter de républicain muscadin^ précisément h. cau^e ^que j'avais énoncé les mêmes opinion.s que je viens

fie professer tout à l'iieure. « Qu'nppelez-vouSjlui repondis-je quelque part (dans mon second tome, je crois); que voulez-vous dire avec votre brouet noir et votre liberté de Lacédémone? Le beau législateur que ce Lycurgue dont la science n'a consisté qu'à imposer des privations à ses concitoyens; qui les a rendus égaux comjne la tempête rend égaux tous ceux qui ont fait naufrage ;comme Omar rendait tous les Musulmans égaux , et aussi savans les uns que les autres, en brillant toutes les bibliothèques! Ce n'est point là l'égalité que nous envions; ce n'est point là ma république. Jj amour de soi-même , dit J.-J. Rousseau , est le plus puissant et même ^ selon moi, le seul motif qui fasse agir les hommes. Si nous voulons faire aimer la république, il faut donc, M. Brissot de Warville, In peindre telle, que l'aimer ce soit s'aimer soi-même. «

On ne se souvient donc plus de mon discours de la Lanterne? dans lequel, quinze mois auparavant, je jetais une clameur si haute au sujet d'un certain pamphlet intitulé:/*? Triomphe des Parisiens, où l'auteur voulait nous faire croire que, dans peu, Paris deviendrait aussi désert que l'ancienne Ninive; que, dans six mois, Piicrbe cacherait le pavé de la rue Saint- Peins et de la

place Mauberl; tjue nou* aurions dm couchej» û< melons sur la lerrasse des Tuileries, et des carrét d'oignons dans le Palais-Royal.» Adieu, disail-i! , les lailicurs, les tapissiers, les selliers, les épiciers, les doreurs, les enlumineurs, les bijoutiers, les orfèvres , les marchandes de modes et les prôtrcsses de l'Opéra, les théâtres et les restaura^ leurs. » L'auteur arislocrale ne faisait pas grâce aux boulangers , et se j)ersuadait que nous allions brouter l'herbe, cl devenir un peuple de Lazaronis et de philosophes, avec le bâton et la besace. Qu'on lise, dans ma Lanterne aux Falisiens , comme je relançais ce prophète de malhe.n' qui défigurait ma républi([ue , et (juella jMophétie bien dilïérente j'opposai à ce Malhan de l'aristocratie. « Connneut! m'écriais-je, plus de Palais-lloyalî plus dOpéra! plus de Méol! c'cjit là rabominalion de la désolation prédite par le prophète Daniel; c'est une véritable contrerévolution! *<

Et je m'étudiais au contraire à offrir des peintures riantes de la révolution, et à en faire attendre à la l'iance bien d'autres effets dont je me faisaii» presque caution. Et les Jacobins et les Cordclicrs m'applaudissaient. El c'est par ce& tableaux que, missionnaire de la révolution et de la

répuï)1i(^ue, jé in'inisi'6«mis* daWs l'esprit de mes auditeurs, que jé pài-tagedis lés égoïstes, c'es!t-àdiVe tous- les hoiiirriés , d'après la mtiiim'é incoritéstable de J.-J. là'oiisséau qtre j'ai soulignée tout à l'heure, que j'en baptisais un grand nombre, et que je les ramenais au giron de l'église des Jacobins. Non, il rie ^eut y avoir que les trois cents commis de Bdùcfiôtte, qiVi, penSàYit qu'il était de leur hoùneur de venger la petite piqûre que j'avaiis faite a l'rftiiour-p^opre du miriistre de la guerre, au lieu de se récuser, corrthie la délicatesse le demandafît, se soient levés pour m'excommuniet- et me faire riiyer des Jacobins. Quoique cet arrêté HH été rapporté dans la séance, auprès Une oraison de Robespierre qui a duré Une heure et demie, il est impossible que la société, même â l'ouverture de la séanCé, m'eût rayé pour a'iorr professé, dans le Vieux Cordelier^ le mêhie corps de doctrine qu'elle a applaudi tarit de fois dans mes Révolutions de Brabant, él jiôur létfrtël elle m'avait nommé procureur-général delà Larite^ne, quati^e îtrts rtVânt ^Ué riia clidrgé fut jiassée hcr Pérfe DUchesne. f)H i'bit que ce qu'ôn àj!)pëllc atjjotlrd'hiii d.iiis tnes fc^uille^, du riïodé^ rantisnie ^ est riion vietix ày^lème à^ utopie. Ori voit que tdut ihoîi tort est d'être résié à mrt huu-

ttfur (Ht lu juillet 178(^1 ut du 11 iivoir ^Kis gr<u)(K d*iÉik |K>uce non plus (|irA().'ii)) ; tout mon Loit est d avoir conserve les vie»lLeb erreurs de la F/ufAOÇ^

iKMit y de la Tiibwic des Patriotes ^ et de ue ^jon- \OH' re«M>iw€r aas cli»riiics de uKt Uép,ublL([iie de iJocag«be.

J* suij oblige (Le rt-nvoyer à un autre jour ia. siu4e tle ma» credo poiilUjue, ne voulyut plu* sotinVir <{u ou veudii eaeore viugl sous un de lues^ nun)éro6 , cowiu^ il est arrivé de i^n ciu,4uièmc ^ c« qui a doniHÎ lieu aux calomnies. Vous sav^ biea, ciu^yen Deseniie , cjue loiit de vendre uiun journal à la république je ne le vends pas mêiue à ntun libraire, de peur qu'un ue dii»c ()ue je suis un marchand de palriolisute, et (|ue ]e ne dou pas faire sonner si haut me» écrits révoLutiotiir naireSf puisque c*cst uion commerce. Mais à votre tour, citoyen Desenne, je vous prie de saigner la popularité de 1 auteur. Oui, c'est vous qui m'aveï perdu. Le prix exorbitant du numéro 5 est cau»c quaucun sans-culotte n'a pu le lire; et Hébert a eu sur moi un triomphe complet. Ëncure si ia société des Jacobins s'était fait donnei lecture de ce numéro f>,el avait voulu entendre mon défenseur officieux , comme elle en avait pri.s

l'arrêté! L'attention et le silence que les tribunes avaient prêté à mes numéros f\ et 3 (ce qui prouve que les oreilles du peuple ne sont pas si hébertistcs qu'on le dit , et qu'il aime qu'on lui parle un autre langage et qu'on lui fasse l'honneur de croire qu'il entend le français), la défaveur très peu sensible avec laquelle les tribunes avaient écouté ces deux numéros, annonçaient que la lecture du cinquième numéro me vaudrait une absolution générale; mais apparemment les commis de la guerre n'ont jamais voulu consentir à cette lecture , en sorte que si la société n'avait pas rapporté ma radiation, le déni de justice était des plus crians. Et c'est vous, citoyen Desenne, qui êtes cause que ma popularité a perdu contre Hébert cette fameuse bataille de Jemmappes, ou plutôt c'est ma faute d'avoir fait une si longue apologie. Mes numéros seront plus courts désormais, Je veux surtout être lu des sans-culottes, et être jugé par mes pairs; et j'exige de vous, i|uand vous devriez employer un papier bien mauvais, que vous ne vendiez pas mes numéros, dans la rue, plus cher que le Père Duchesne ne vend les siens à Boucholte, c'est-à-dire 2 sous, à raison de liuit })ages , et 1 20 mille francs pour 1 200 mille exemplaires.

l*. S. Miracle! grande conveisioii du Père Duchcsne! i« Je l'ai déjà dit cent fois, écrit-il dans un de ses derniers numéros, cl je le dirai toujours, que l'on imile le sans- culollc^ Jèsusl que l'on suive à la Icltrc son Évan<:;ilc, et tous les hommes vivront en paix. .. Quand inie troupe égarée et furieuse poursuivit la femme adultère, il écrivit sur le sable ces mots : Que celui de vous qui est sans péché lui jette la prentière pierre. Quand Pierre coxxi^A l'oreille de certain P/tilippotin y il ordonna à Pierre de rengainer iOii épée, en lui disant : Quiconque frappe du i^laivc . fhi o^lnivc sera frappé. »

Qu'Hébert parle ainsi , je serai le premier à m'écrierrLa trésorerie nationale ne peut aclieler trop clicr de tel» numéros! Poursuis II(-bert, le divin sans-culotte que tu cites a dit : « Il y aura " plus de joie dans le ciel pom* un Père Duchesne " qui se convertit, que pour quatre-vingt-dix- « neuf vieux Cordeliers qui n'ont pas besoin de V pénitence. » Mais tu devrais te souvenir d'avoir lu dans le môme livre: Tu ne diras point à ton frère, Racttj c'est-à-dire viédase. Tu ne mentiras point. Or , connnent as lu j)U dire à nos frères les sans-culottes, en parlant tk' mon numéro 5 : a Voyez le bout d'oreille aristocratique. Ca-

— Uh — « mille me reproche d'avoU* été un pauvkk frater, « qui faisait des saignées de 12 sous. Vous vovez « comme il méprise la sans-cniotterie. » Cela, est très adroit de ta part, Père Duchesne, pour faire crier /olle sur le P^ieux Cordelier. Mais où est la probité et ta bonne foi? et comment peux-tu tromper ainsi les sans-culottes? Je ne t'ai point dit que tu étais un pauvre frater, mais un bes- VECTABLE frater, ce qui emporte l'idée toute contraire de celle que ta me prêtes. Qui ne voit que, loin de mépriser ta véritable sans - culotterie d'alors, comparée à ta fortune présente, c'est comme si je t'avais dit: « Alors tu étais estimable; alors tu étais respectable, a A^oue^Vère Duchesne, que si Danton ne s'était pas opposé hier au décret contre la calomnie, tu serais ici bien pris sur le fait. Mais je me réjouis que l'heureuse diversion sur les crimes du gouvernement anglais ait terminé tous nos combats; c'est un des plus grands services qu'aura rendue à la patrie celui (|ui a ouvert cette discussion , à laquelle je compte payer aussi mon contingent. Eu attendant, je n'ai pu me défendre de parer ici ton coup de jarnac.

sa "^aai^a ©©asa^^aaa.

l»RÉFACi:

7{\\ muiirVa 7.

Camillc-Desmoulins fui arrêté avant d'avoir (m\voyé à Desenne, son libraire, l'éprciivo corrigée par lui du septième numéro de son VieuxCordelier. ^ous avons conservé celle épreuve. Elle nous sera aujourd'hui bien précieuse pour donner au public ce numéro correct et complet, car il est bien loin de l'être. Dans l'édition de i tc)4 ^^ ^'"^"s celle qui a été faite depuis, on voit des mots, des phrases qui n'ont aucun sens, ou un sens étranger au manuscrit et h l'épreuve que nous possédons. Par exemple, à la paç^o i 33 de l'édition Ac Desenne. on lit ces mots: M an f eau de l'ialon i'crgeté et {le drap d'éclatane. Que signifie ce mot éclatane ? absolument rien. Il est remplacé sur l'épreuve par cet autre mot : Kchatanc. A la huitième ligne de la page suivante on voit ces mots : Saiij invdleur avoir. I.e mot avoir a été mis à la place du mol avis , qui se trouve encore dans l'épreuve. A la page i35 le mot convention a fie mis à la place du mot conversation ;\^ moi

Dand à la place du mot David\ à la page i36 le mot Londres, au lieu de Carlhage\ à la page xZ'i^ses districts au lieu de sa doctrine^ à la page i39 le mot clémence au lieu de clameure , puis plus bas : Je jette au son sans pitié ces six grandes pages, pour je jette au feu; h la première ligne de la page \l^\ le mot moyens au •iieu de /?2^m^, et plus bas le mot bon au lieu de ^^2^e ; à la page 142 ces mots : Ces patriotes tout de fantaisie pour Ces portraits tout de fantaisie. Etc., etc., etc., etc Il sentit trop long

d'énuinérer les nombreuses incorrections (\m se troiuvent dans l'édition originaine et par consévquent dans celiequia été publiée dep,uis; nous les ferons d'ailleurs remarquer au lecteur par des notes placées h chaque, page dans le septième numéro.

Camille avait promis dans son sixième numéro de donner dans son septième la suite à sa profession de , foi politique; il reraitià Desenne le manuscrit qui les contenait; mais, comme dans cet écritj il attaquait ouvertement les comités et le régime de lerreur, Desenne n'osa l'imprimer. Nous sommes possesseurs du manuscrit, nqus le donnerons; il est du plus haut intérêt, (^est un des hc>nux morceaux sortis de la plume ;de Camille.

I)es('nnei'etrnncii.i aussi dans le corps du septième numéro du P œttx C'onIeUet\,\Q\\\ ce qui avait rapport au coMjilé et à Robespierre; nous rétablirons »os passages comme ils se trouvent dans le manuscrit que nous possédons, nous les mettrons entre ces deux signes [ ].

Matton aîné.

LE VIKITX

joi' n \ V I 1. in ici;

|)ar CamiUr-Oc$mDulin$ ,

oàrvrt \ la convbntioîc , et doyen drs jacobins.

»o-o»oco-»o--»^»<

VIVRE LIBRE OU MOURIR

gainlidi pltiviocr, »• décade, l'an II de la république, une et indivisible.

SllTE DE MOIV CREDO POLITIQUE.

^ ^Mt Ci Ce CcnUc,

ou

<o».rr»fl//o.7 <lc firur vieux Cordclics s„r la liherU- de la prvfxr.

" Qui *ullcaipu( <]itod (lOtuiUi non x.Jei, «ut W«M to^u.wr, «ut M, o.i««ut. «Il e.MT.111 a.». ••M. cum e.l , ral.oncm non li>bcl , i» ,i.r|,lii, r»o .'"f:. •'"• op'i-uo.oimouuoi, no»cl lulrrikiiu laipabr.c»- , H,c,| en. m |;.„qMim in IM.loni, .H.lil.r» non l.n^»..,, i„ J,„„,.,i, f,,„ ..„„„,;„„' •

««JiTf. r»R MON rnroo tolitiv» r.

Je rroH q,.e la Hbortc'. .'..t l-, j„siice, .1 (,„7.

ses yeux les fautes sont personnelles. Je crois qu'elle ne poursuit point sur le fils innocent !e crime du père; qu'elle ne demande point, comme le procureur de la commune, le Père Duchesne, dans un certain numéro, qu'on égorge les enfans de Capet; car, si la politique a pu commander quelquefois aux tyrans d'égorger jusqu'au dernier rejeton de la race d'un autre despote, je crois que la politique des peuples libres, des peuples souverains, c'est l'équité; et, en supposant que cette idée, vraie en général, soit fausse en certains cas, et puisse recevoir des exceptions, du moins on m'avouera que, quand la raison d'état commande ces sortes de meurtres, c'est secrètement <ju'elle en a donné l'ordre, et jamais Néron n'a bravé la pudeur jusqu'à faire colporter et crier dans les rues l'arrêt de mort de Brilannicus et un décret d'empoisonnement. Quoi! c'est un crime d'avilir les pouvoirs constitués d'une nation et ce n'en serait pas un d'avilir ainsi la nation ellemême, de diffamer le peuple français en lui faisant mettre ainsi la main dans le sang innocent à la face de l'univers.

Je crois que la liberté c'est l'humanilé; ainsi , je crois que la liberté n'interdit point aux époux, aux mères, aux enfans des détenus ou suspects

— 16S — èc voir leui's pères ou JiMiis iii;«ris, ou icms iili» i:ii prison; je crois i|iic la lilx'itt* ne (oiuiainne 4)oiul in mère de HariLive à frapper en vain poutlnnt liuil jours n la porte de la(>on(-iergeiie \huh parier m son fils, (;l lorsque \:elle icniine niallieuj'cuse a fait x^enl lieues malgré son grand âge, à être obligée, pour ie voir eHCore une fois, à se Irouver sur ie ciicniiu de i'écliafaud. Je crois que la prison <>st inventée non pour punir ïc coupalild, mais pour ie tenir sous la main des juges. Je crois ipie ia idjcrlé ne confond point la femme ou la mèrcdu coupable avec le coupable iiii-méme, car Néron ne mettait point Sénèquc* au secret, il ne le >cparait point de sa chère i^'iuline^ et quand il apprenait que cette femme vertueuse s'était ouycrle les veines avec son mari, il faisait partir en |»oste son médecin pour lui prodiguer les secours de l'art et la rappeler à la vie. Et c'était Néron! Je crois que ia liberté ne défend point aux priliODfiiers de se nourrir avec leur argent comme ils l'entendent, et de dépenser plus de 20 sous par jour; carTilière laissnitnux prisonniers toutes les commodités de la vie, (juihus vita coticcdilur, disait-il, ;/.y vilœ usas concedi dthc't\ cl ceu\ f|ue nous appelons avec raison nos tyrans payaient cependant \i francs et jusqu'à a'") fraxics.. jjar

— lu —

jour, pour nourrir ceux de leurs sujets qu'ils faisaient embastiller comme suspects, et jamais Commode Héliogabale,Caligu!a n'ont imaginé, comme les comités révolutionnaires, d'exiger des citoyens le loyer de leur prison et de leur faire payer, comme a mon beau-père, l'i francs par jour, les six pieds qu'ton lui donne pour lit.

Je crois que la liberté ne requiert point que le cadavre d'un condamné suicidé soit décapité ; car, Tibère disait : « Ceux des condamnés qui au- « ront le courage de se tuer, leur succession ne « sera point confisquée et restera à leur famille, *( sorte de remercîment que je leur fais pour « m'avoir épargné la douleur de les envoyer au « supplice. Et c'était Tibère ! n

Je crois que la liberté est magnanime ; elle n'insulte point au coupable condamné jusqu'aux pieds de l'écbafaud , et après l'exécution, car la mort éteint le crime; car, Marat que les patriotes ont pris pour leur modèle et regardé comme la ligne de modération entre eux et les exagérés, Marat, qui avait tant poursuivi Necker, s'abstint de parler de lui du moment qu'il ne fut plus en place f't dangereux, et il disait: « Ncckcr est mort , laissons en paix sa cendre. » Ce sont les peuples sauvage», le» anlropopbages et les cannibales qui

d.iiis«nt autour du bûcher. 'J'ibèrc et Charles IX allaient bion voir le corps d'un ennenii mort; mais au moins ils ne faisaient pas trophée de son ca dayre.ils ne faisaient point le lendemain ces plaisanteries dégoûtantes d'un magistrat da peuple, d'Hébert : Enfin fai vu le rasoir national séparer la fête pelée de Ciistines de son dos rond. Je ne crois pas plus qu'un autre an républicanisme et à la fidélité de Custines; mais, je l'avoue, il m'est arrivé de douter si l'acharnement extraordinaire et presque féroce avec lequel certaine» personnes l'ont poursuivi n'était pas commandé par Pitt , et ne venait pas , non de ce que Custines avait trahi, mais de ce qu'il n'avait pas assez trahi, de ce que le siège de MayenfiPc avait coûté 3a mille hommes et celui de Valenciennes o»5 mille aux ennemis ; en sorte qu'il eut suffi de §ept à huit trahisons [)areilles pour ensevelir dans leurs tranchées les armées combinées des despotes. Qu'on relise la suite des numéros d'Hébert et on se convaincra qu'il n'a pas tenu à lui de ramoner une nation, aujourd'hui le peuple français, à ce temps où sa populace, ses aieux déferraient à Saint-Eusiache le cadavre de Conci- »y, pOMf s'en disputer les lambeaux, les faire rôtir et les mançfr; il n'a pa< tenu de m«^nic à Hé-

bert , en ce point connne on voit bien diftéreiH do Marat, que le peuple ne se disputât les lambeaux d'une multitude de cadavres. Je crois que les grandes joies du Père Ducbesne en ont causé souvent de bien plus grandes à Pitt et à Galonné, comme, par exemple, lorsqu'il se permit d'écrire de la fermeture des églises et de la déprêtrisation, et de ce que des villageois fanatiquement prosternés, il y a un an, devant un innocent, pendu pour ses opinions, qu'ils appelaient le bon Dieu, aujourd'hui l'arquebusaient et le tir.iient à l'oie comme s'il eût été coupable de leurs adorations. Je crois que plus d'une fois , quand le Père Ducbesne était bougrement en colère, Pitt et Galonné l'étaient bien plus pour le même sujet, comme lorsqu'Hébert se mangeait le sang à la lecture du P'ieux Cordelier, l'ami du bon sen» et des hommes , et qui s'efforçait de faire aimer la république; comme lorsqu'Hébert voulait que l'on traitât Rouen comme Lyon, proscrivait tous les généraux, banquiers , les gens de loi, les riches, les boutiquiers, ne fesait grâce à aucun des six corps et mettait à la fenêtre jusqu'au dernier des Brissotins; comme le député Montant interprétait le soir aux Jacohins ce (pu* le l\''re Ducbesne avait entendu le malin dans sa feuille. Gonnne il déter-

— t67 — minait, par un exemple, la lalilnde de ce mol de Brissolins,en expliquant ce qu'il signifiait par rapport aux députés, lorsqu'il disait en ma présence et devant plus de mille personnes." Il y avait dans ¥ la Convention une grande bande de voleurs, un o ont péri, mois n'v avait-il de coupable que ces « ai ? Parmi ces ai il y avait aussi 5 à 6 imbé- « cilles et ce serait nous condamner nous-mêtnc « que de ne pas piononcer le même jugement « contre les 75^. Que dis-je 75, ceux là sont des u Hi issolins qui ont opiné dans le sens des Brisso- « tins, et d'après les appels nominaux il yen « avait 4 «^ 5.1O. »

Je crois que c'est l'adroite politique de Pitt, .c!çst-à-dire du parli de C.oblentz, du parti de l'étranger, du parti anti-républicain , qu'on est convenu assez généralement de désigner sous le nom de Pilt, je crois fjue c'est l'adroite politique de ce parti qui, se patant d'un beau zèle pour In régénération des mœurs, sous l'écharfJe d'Anaxagoras, fermait les maisons de la débauche en mémo temps que celles de la religion, non par un esprit île pliilosaplue qui, comme Platon, tolère également le piédicaleur et la «-ourlisanc, les niyslère» d'Kleusis cl ceux de la bonne déesse, qui regarde également en j)ilié Aladelaine dans ses

— UifS —

deux états à sa croisée ou dans le confessionnal; mais pour multiplier les ennemis de la révolution , pour remuer la boue de Paris et soulever contre la république les libertins et les dévots.

C'est ainsi qu'une fausse politique ôtait à la fois au gouvernement deux de ses plus grands ressorts, la religion et le relâchement des mœurs»

Le levier du législateur est la religion. Voyez la fameuse ordonnance de Cromwel sur le dimanche ; trois sennons ce jour là, le premiei-, avant le lever du soleil , pour les domestiques. Marchés, cabarets, académies de jeux fermés. Ce jour là, quiconque se promenait pendant le service divin jeté en prison ou condamné à l'amende. Défense de voyager ce jour là. Les festins, la comédie, la chasse, la danse défendus ce jour là à peine de punition corporelle. C'est que dans ce siècle, l'Angleterre était encore toute trempée du déluge des nouvelles opinions religieuses, c'est que le Gohn Bull était presbytérien et janséniste; et si l'art du philosophe est de diriger l'opinion , l'art de l'ambitieux est de la suivre et de se njetlre dans le courant.

L'esprit philosophique au contraire a-t-il lo dessus? I/égoïsme , seul mobile des actions humaines dans tous les systèmes, tournc-t-il toutes

— 161» — M6 spéculations du côte «le ce monde , plutôt (juc vers le sein d'Abraham ? En un mot, la génération se corrompt-elle? Alors la politique, dont le seul but est de gouverner, ne manque pas de prendre le vent, de se faire molinisle, et de donner encore des rames et des voiles à l'opinion.

C'est ainsi que Mazarin et (Charles II, voyant les tètes rondes et la réforme aux cheveux plats passer de mode, làclièrent encore plus celte bride àe la morale, et obtinrent du relâchement des mœurs le même résultat que Cromwel de la religion, pour la tranquillité de leur tyrannie.

Je crois aussi que Pitt dut avoir au moins une aussi grande joie et s\'n donner des piles (i) autant que le père Uuchesne, le jour qu'il apprit que, comme desenfans tombés par terre qui battent le pavé, on nous faisait déployer la vengpncc nationale contre des murailles et décréter l'anéantissement de la ville de Lyon. Chose étrange, tel était l'égarement des meilleurs patriotes , qu'au sujet de cet ordre de ra^er Lyon, mesure qui allait combler de joie l'Angleterre et aussi funeste

(i) On aait que Itii roJpoitrnr* du Père DuchmfM annoii- ^irnt leur journal m riisani : • Il p»t Itougrtment en colore, Ir Père Durlirtae; il c»t en colère à »'<-n Aonnrrdet pUa, •

(Note tie r ÈtfiteurA

au commerce de France que la prise de Toulon , Couthoii qui est pourtant un excellent ciloyen et un homme de sens, commençait ainsi une de ses lettres insérée au Bulletin : « Citoyens collé- « gués, nous vous avions prévenus dans toutes « vos mesures; mais comment se fait«il que la « plus sage nous ait échappée, celle de détruire la « ville jusques dans ses fondemens. »

Quel esprit de vertige s'était donc emparé de nos meilleures têtes, quand Gollot-d'Herhois nous écrivait un mois après : « On a déjà osé j)rovo(juer « l'indulgence pour un individu, on la provo- « quera bientôt pour toute une ville. On n'a pas « encore osé jusqu'ici demander le rapport de « votre décret sur l'anéantissement de la ville de « Lyon, mais on n'a presque rien fait jusqu'ici « pour l'exécuter. Les démolitions sont trop « lentes ; il faut des moyens plus rapides à l'impa- « lience républicaine. A la place du marteau qui « déjnolit pierre à pierre, ne pourrait-on pas cm- « ployer la poudre pour faire sauter les rues en K masse, » Est-ce le l)ou prie Gérard qui parle ainsi, et <piell(^ est cette impatience de Londres et d'Amsterdam, de voir détruire par nos mains une ville rivale, la plus commerçante, la plus ancienne et Wiïcith de nos cités? Que d'efforts fe -

.^-ucnf le*^ plus grands iiiiinstres tlis (iivts pour approrhcr leur ville do rélat llorissaiu de Lyoi>, aujourd'hui :« Les ctranj^ers, dit la loi de Solon , « qui viendronl se fixer ri Alliènes avec toute leur «« famille pour y établir un méfier ou une f;itt brique^ seront dès cet instant élevés à la digni- « té de citoyens. « C'était pour attirer la multitude dans un endroit et y faire naître le commerce que les Grecs instituaieTit des courses de ciif vau\ et de chars, proposaient des couronnes aux alhlt tes, aux musiciens, aux j)oètes,nux peintres, aux acteurs et m^me aux prêtresses de Vénus qu'ils appelaient les coiiservaliices des villes^ lorsqu'elles n'en élaienl pas devenues le plus grand fléau, comme depuis Christophe Colomb, en Eurnj)e, ou on peut dire qu'elles exercent une profession inconnucà l'antiquité, le métier de la peste. De même on vit bien à Rome, les dictateurs confisquer les villes 1rs plus ronsidérabUs d'Italie, ((uils vendaient à l'encan au profit de leurs soldats, comme Sylla, Florence, et Octave, Mantoiie et Crémone, m.iis ils ne les rasaient pas; s'il leur .'urive de réduire Pérouse et Nursie en cendres, du moins la rapidité des flammes otait à leur colère l'odieux d une si longue durée que celb* de Collot (;ontre î.voii. (hi.ind (.)) Ui \o rapport de Banèrr ^ur <<•

projet de déciel oL renthousiasme dont ia beauté de celle mesure avait saisi le rapporteur du comité de salut i)ublic, on croit entendre N. s'écrier, dans Voltaire :

Bâtir fst beau , mais dctniirc fsl siihliino !

C'est encore sur la motion de Barrère que la Convention a rendu contre elle-même ce décret, le plus inconcevable qu'aucun sénat ait jamais rendu, ce décret vraiment suicide, qui permet (j[u'un de ses membres investi de la confiance do 3() mille ciloyens dont il est l'orateur et qu'il représente dans l'assemblée nationale, soit conduit en prison sans avoir été entendu, sur le simple ordre de deu\ comités, et d'apriis celle belle raison qu'on n'avait «joint entendu lesBrissotins. En vain Danton a fait sentir la différence; qu'il s'agissait alors (l'une conspiration manifeste, et dont aujourd'hui on trouve même l'aveu dans les discours des deux partis, à la rentrée du parlement d'Angleterre; qu'il y avait six mois que la Conveiïlion entendait les accusés tous \e& jours, et sur le fond même de la question, que nous étions tous témoins de leur fédéralisme; (ju'on matière do conspiration, c'était îuie nécessité de s'assurer à.

rinsl.inl (le In persotuir des conspiratoius; mnis que sur une acrusation (U» fjuix inntériol et de vénalité il n'était pas besoin de fouler aux pieds les principes et (ju'il n'y avait aucun inconvénient ù entendre d'Kglantine; que les Hrissotins euxmt?njes , dans leur plus violent accès de délire, avaient respecté dans IVInrat le caractère de représentant du peuple, et l'avaient laissé parler deux heures et tant qu'il avait voulu avant de Tenvoyer à TAbbaye. Au milieu de ces raisons décisives, Danton a été hué par ses collègues. Danton prétend qu'il était sur un mauvais terrain^ il n'en est pas moins évident que ce décret est du plus dangereux exeujple; lui seul, il réduirait bientôt l'assem^ïlée nationale à la condition servile d'un parlement dont on embasHIlait les membres qui refusaient d'enregistrer les projets de lois, si les membres des comités étaient ambitieux et matiquaient de républicanisme.

Déjà le comité nomme à toutes les j)laces et jusqu'aux comités de la Convention, jusqu'aux commissaires qu'il envoie dans les départemens et aux armées. Il a dans ses mains un des plus grands ressorts de la politique, l'espérance, par laquelle le gouvernement attire à lui toutes les ambitions, tous 1rs intérêt'^. Que Itii man(jiie t-il

pour inaîlriser ou pkilôt pour anéaiidr la Coiivenlion et exercer la plénitude du déeeinvirat, si ceux des députés qu'il ne peut attirer dans sou antichauibre en fîusant luire à leurs yeux le panache tricolore, récompense de leurs souplesses et de leurs adulations, il peut les contenir parla crainte de les envoyer au Luxembourg, dans le cas ou ils viendraient à déplaire? Y a-t-il beaucoup de députés, v a-t-ii beaucoup d'hommes tout- à-fait inaccessibles à l'espérance et à la crainte? Dans la république même, l'histoire ne compte pas un G<\lon sur plus d'un million d'honnnes. Pota* que Ja liberté pût se maintenir à coté d'un pouvoir si exorbitant , il faudrait que tous les citovens fussent des Gâtons, il faudrait que la vertu fut le seul mobile du gouvernement. Mais si la vertu était le seul ressort du gouvernement, si vous supposez tous les hommes vertueux, la fornie du gouvernement est indifférente et tous sont également bons. Pourquoi donc y a-t-il des gouvernemens détestables et d'autres qui sont bons? Pour(juoi avons nous en horreur la monarchie et chérissons nous la républi(|ue? C'est qu'on suppose av(!C raison ((ue les honunes n'étant pas tous égalenuMit vertueux, il faut qiuî 1,1 ImiiiIc du |.'f>uv( lurmcnt supph'c à la vertu, ci

«jiu* rt'XCfllencc tic la icpiiUliniic coiisislo <n «'ela (irecist'inent, qucilc suppli-e à la vertu.

Je crois encore ce que je disais dans mon miinéru 3, des révolulioiis de Drubant , malheur aux rois qui voudraient asservir un peuple insur<>i>. La France ne fut jamais si redoutable que dans la guerre civile. Que iliuiopc entière se ligue et je m'écrirai avec Isaac : Venez Assyriens, et vous serez vaincus! Venez Mèdes, et vous serez vaincus! Venez tous les peuples , et vous serez vaincus! J'ai loujours compté sur l'énergie nationale et sur l'impétuosité tran<^'aise, doublée par la révolulion , et non sur la tactitpie et l'babilelé des généraux. Parmi les sottises qu'Hébert fait débiter, apparemment pour me mettre au pas, d n'est point de propos plus ridicule que celui qu'il m'a prêté à la tribune des Jacobins, en me faisant dire que si j'étais allé dîner chez Dillon , c'était pour l'empêcher d'être un prince Eugène et de gagner contre nous des batailles de ÎMalpIaquet et de l^amillier. Je n'en persiste pas moins à croire que si nous avions eu à la léte de nos arm(-câ dts généi*aux patriotes qui eussent les connaissances mdilaire:» de Dillon, la bravoure du répid)lirain français guidée par l'habileté des ofliciers, tut déjà pénétré justpi'à Madi i 1 cl jusqu'.iiix r>ou(lics rlu- Rhin.

Je n'en persiste pas moins à croire que j'ai eu raison de pressentir les plus funestes inipérities de la Vendée, lorsque j'entendis il v a dix mois aux Jacobins un tonnerre d'applaudissemens ébranler

la salle à ces mots d'H que nous avions en

France 3 millions de généraux, et que tous les soldats sont également propres a commander à leur tour et par l'ancienneté de médaillon. Comment peut-on méconnaître l\ ce point les avantages de la science militaire et du génie? Je suis obligé d'user de redite et de répéter dans mon credo ce que j'ai dit mainte fois, parce qu'il n'est pas ici question de me faire une réputation d'auteur mais de défendre celle de patriote , d'imposer .1 mes concitoyens et de leur divulguer mes dogmes politiques, et de soumettre au jugement des contemporains et de la postérité la profession de foi du Vieux Cordelier^ afin qu'on soit en état de juger, non ma réputation d'auteur, mais celle de patriote, ou |)lut6t il n'est pas ici question ni de moi, ni de ma réputation, mais d'imposer les dogmes de la saine politique et d'inculquer à mes concitoyens des principes flont un état ne peut s'écarter impunément. l*ar exemple; il est certain <!omme je l'ai dit que In guerre est un art, oit, «'ominr dans tous les anfics, on ne se perfértionn^

— Ml —

qu'à la iongtic, il ne s'e«t encore trouvé que âc.ux généraux, Lucullus et Spinola , qii'un génie extraordinaire ait dispensé de celle règle, et quoique tous les joui's des officiers prennent hardiment le coininandement d'armées de f\o inilJc hommes. Turenne, q«i éltul un si grand capitaine, no concevait pas comment un général noutait se cliarger de conduire plus de 35 mille hommes; et en effet c'est avec une armée toujours inférieure qu'il marchait chaque jour à luie nouvelle victoirew Si l'habrleté est nécessaire dans le médecin qui a entre ses moins la vie d'un seul liominc , et si son art est le premier par l'importance de son objet , cond)ien l'art militaire doit être au-dessus et combien il est absurde de ne compter pour rien l'ignorauce dans un général, qui, par un ordre s^ge ou inconsidéré dispose de la vie de lo mille hommes, qu'il peut perdre ou

sauver. J'ai entendu Merlin de M et Wes-

terman, le Vendéen, et beaucoup d'autres troupiers qu'il n'est pas permis de soupçonner ni de partialité, ni d'incivisme, dire que le grand tort de Philippeaiix, dan> sa fameuse dénonciation, était d'avoir imputé à trahison ce qu'il devait mettre sur le compte de l'impiété et n'attribuer qu'à ce i»yslème accrédité et prêche par les bureaux de

la guerre que tous les païens des commis et les frères des actrices avec qui ils couciiaient étîiient aussi bons que Villard pour couvrir nos frontières. C'était bien là le renversement de toutes les idées presque innées à force d'être anciennes ; car il y a plus de trois mille ans que le vieux Cambyse adressait ces paroles à son fils Cyrus , si on en croit Xénophon, dans la dernière instruction qu'il lui donnait en lui disant adieu, et lorsque le jeune homme avait déjà fait sonner le tocsin pour courir avec la cavalerie au secours de son beau-père Cyaxare. «Mon fils, il n'est pas permis de deman- « der aux dieux le prix de l'art, quand on n'a « jamais manié un art, ni de conduire un vais- « seau dans le port, quand on est ignorant de la « mer, ni de n'être point vaincu quand on n'a « pas pourvu à la défense (i). »

(i) Camilc n'a pas fini sa profession de foi , il se dispoiiait à la continuer dans le huitième numéro du Vieux Confetier août nous n'avons que des fragmcn8,ct dans les numéros suivnns.

COIVVERSATIOI\

CAMILLV.-DliSMOULlNS.

« Si lu ne vois pas, dit Ciccron, ce que les temps exigent; si lu parles inconsidérément; si tu le mets en évidence; si tu ne Ciis aucune altejilion à ceux qui l'environnent, je le refuse le nom de sage. » L'unie vertueuse de Galon répugnait à cette maxime; aussi , en poussant le jansénisme de républicain plus loin que les temps ne le permellaient, ne contribua l-il pas peu à accé- U-rer le renversement de la liberté : comme lorsqu'on réprimant les exactions des clievaliers^ il tourna les espérances de leur cupidité du côté de César; mais Galon avait la mnnie d'opiner plutôt en stoïcien dans la républicjue de Platon, (|u'en sénateur qui avait affaire aux plus fripons des en- Cins de Rumulus.

Que fie r/d.vions présente celle épigraphe!

c'est (jcéioii qui, en ('oniposanl avec les vices de son siècle, croit rolnidor la chul*; de la i éj>ul)li(|ue, et c'est raiistéritc de Caton qui liûtç le retour de la monarchie. Solon avait dit en d'autres termes la niênie chose :« Le législateur qui travaille sur une matière rebelle doit donner à son pays, non pas les meilleures lois en théorie, mais les meilleures dont il puisse supporter l'exécution. » Et J.-J. Rousseau a dit aprè^ ; a Je ne viens point traiter des maladies incurables, » On a beau dire que mon numéro 6 manque d'intérêt, parce qu'il manque de personnalités; que ceux qui ne chercheraient dans ce journal qu'à repaître leur malignité de satire et leur pessimisme de vérités inlempestiveà retirent leurs abonnemens. Je crois avoir bien mérité de la patrie en tirant la plume contre lés idlr.V-révolulionnaiies, dans le Vieux Coi^yfier, malgré ses erreurs. ' '

Quelque ivraie d'erreurs n'étouffe point une moisson de vériféi^. Mhis je reconnais que miesiiiiméros alir.lient été plus utiles si je n'avais pas' mêlé aux choses les noms des personnes. Dès que mon vœu, le vœu de Coligny, le vœu de Mé-» /erai est enfin accompli, et ([Ut la France est devenue une république, il faut s'attendre n des partis, ou plutôt h des coteries et ^ des intrig-ne»

sans cesse rciiaisiiantcs. Lu liberté ne va point sans celte suite de rnbnies, surtout d.ins notro pays oii le génie national et lu caractère indigène ont été, de toute antiquité , factieux et turbuiuns , puisque!. César dit en propres termes, dans ses Commentaires :^( Dans les Gaules on ne trouvequc des factions et dos cabales, non -seulement dans tons les départeniens , districts et cantons, mais même dans les vies ou villages (i). » Il faut doue sullendre a des partis, ou, pour mieux dire, à des. corn pérages «jui baïront plutôt la fortune quô les principes do ceux qui sont dans la coterie ou le j)Hrli contraire, et qui ne manqueront pas d'appeler amour de la liberté et patriotisme l'ambi • lion et les intérêts pei-sonnels qui lus aiiitucnt les iu\A tK)nlrc les nuire». Mais tous ces partis, tous c« pelils cercles, seront toujours contenus dans le grand cercle des bons citoyens qui ne souffiftt font jamais le refour de la tvrannie; et comme c'est dans ce grand rond seul que je veuxienli-er; comme je pense, avec Gordon , qu'il n'y eût jamais de socle 4 de société, d'église, tW club, de loge, d'asHemblée qnelcon«pic , de.pnrti^ en un

(i) Ih Ctilliri fuitionei mut, non wliim in vinniàut t'uUatihut ,

ittfin- pa^lf , f'itrfit>ii\ititc , f cil in fin'., rîr.

mot, tout composé de gens d'une exacte pro-' bité ou entièrement mau^^ais^je crois qu'il faut user d'indulgence pour les uitrà comme pour les citrà , tant qu'ils ne dérangent pas les intrà et le grand ronddesamis de la république, une et indivisible^Onlitdans un discourssurle gouvernement révolutionnaire :« Si l'on admet que des patriotes de bonne foi ont tombé dans le modérantisme sans le savoir, pourquoi n'y aurait-il pas des patriotes, également de bonne foi, qu'un sentiment louable a emporté quelquefois ultra ? » C'est ainsi que parle la raison; et voilà pourquoi j'ai enrayé ma plume qui se précipite sur la pente de la satire. Étranger à tous les partis, je n'en veux servir aucun, mais seulement la république, qu'on ne sert jamais mieux que par des sacriKces d'amour- propre : mon journal sera beaucoup plus utile, si, dans chaque numéro, par exemple, je me borne à traiter en général, et abstraction faite des personnes, quelque question, quelque article de ma profession de foi et de mon testament politique. Parlons aujourd'hui du gouver* nement anglais, le grand ordre du jour.

— iS,"^

I > Mil \ (OIIIU I.II.U [\ .

Qu esl-ce que tout ce verbiage .M)e()uis 1789 jusquà ce moment, depuis Mounicr jus(|u'à Hris sot, (le quoi a-t-il été question > sinon d'élablii en France les deux chambres et le gouvernement anglais? Tout ce que nous avons dil ; tout ce que loi en parlicubor, tu as écrit depuis cinq ans, qu'est-ce autre chose que la critique de la constitution aristocratique de la Grande-Bretagne? Enfîn, la journée du 10 août a terminé ces débats et la plaidoirie, et la démocratie a été proclamée le 21 septembre. Maintenant la démocratie en France, l'aristocratie en Angleterre, fixent en Europe tous les regards tournés vers la politique. Ce ne sont plus des discours, ce sont les laits qui décideront, devant le jury de l'univers pensant , quelle est la meilleure de ces deux constitutions. Maintenant la plus forte, la seule satire à faire du gouvernement anglais, c'est le bon-

(1) Vieux préirc* de l'anci«n ilisliict dos (luidelins, (|iii m- Ut' «liez mui, et virnt voir si je lais parler dignement le cli.i- |iilrrdans mon numéro 7, r« »i je ne fais pas reculer hi b.innièir.

— 18/| — heur du peuple; c eal la gloire, c'est la fortune de la république française. N'allons pas, ridicules athlètes, au lieu de nous exercer et de nous frotter d'huile, panser les plaies de notre antagoniste. C'est nous-mêmes qu'il faut guérir, et pour cela il faut connaître nos maux; il faut avoir le courage de les dire. Sais-tu que tout ce préambule de ton numéro 7, ces circonlocutions, ces précautions oratoires, tout cela est fort peu jacobin? A quoi reconnait-on le vrai républicain, je te prie, le véritable Cordelier? C'est à sa vertueuse indignation contre les traîtres et les coquins, c'est à l'âpreté de sa censure. Ce qui caractérise le républicain, ce n'est point le siècle, le gouvernement dans lequel il vit, c'est la franchise du langage. Monfansier était un républicain dans Toeilde-Bœuf, Molière, dans le Misanthrope, a peint en traits sublimes les caractères du républicain et du royaliste. Alccste est un Jacobin, Philinte wn Feuill.inl achevé, tîe ^ui m'indigne, c'est que, dans la républif(uè, je "tte vois presque pas dé républicains. Est-ce donc le nom qu'on donne au gouvernement qui en constitue la nature? En ce cas, la Hollande, Venise, sont aussi des rêpiibli' ques; l'Angleterre fut aussi une république, pen^ dant tout le protectorat do Cromwel, qui régissait

sa république aussi (lcÀj)uli(|(R'r))cnl (|iie Henri Vlli son i*oyaume. Rome fut aiissi tiue rc'publi({ue sous Auguste, Tibère et Cinude, qui rappciniciit dans leur consulat, comme Cicéron dans le sien , la république romaine. Pounjnoi cependant ne se souvient-on de cet âge du monde que comme celui de l'époque de l'extrême servitude de Tespèce humaine? C'est parce que la franchise était iNinnio de la société et du commerce de la vie; c'est parce que, comme dit Tacite, « on n'osait parler, on n'osait. même entendre. » Ornisso ontni y non solîim loquendi, iniù audiendiy co/nmercio.

Qu'est-ce qui dislingue la république de la monarchie? Une seule chose :1a liberté de parler et d'écrirc.Ayez la liberté de la presse (ijù Moscou, et demain Moscou sera «ne république. C'est ainsi que malgré lui, Louis XVI , et les deux cote* droits, et le gouvernement tout entier, conspirateur et royaliste, la liberté de la presse setde nous

(i) Il V a dans le inanutcrii : • Ayez la llborté dr la |,:i...n. j Cônslantiiiiiplr, et drmafii If faubourg d^ Péra tcra auui'té» |HiMicatn que Ir faaHourg St-Marce*u. Au coiitrairr , délrui- •CI |j lihrric <lc l.i pirtiftp m Finiirc, «t diinnin l,i ii'puliliqu« WM «Ictruilc; «Ile nVsl déjà plut du uiotnrtit où von» pnrlc/ t\u !■•••• ■■ '■• litii-iir H«- |wil(-r n d'cciirr.

— 18G a menés comme par la main , jusquaii loaoùt, et a renversé une monarchie de quinze siècles, presque sans effusion de sang.

Quel est le meilleur retranchement des peuples libres contre les invasions du despotisme? C'est la liberté de la presse. Et ensuite le meilleur? C'est la liberté de la presse. Et après le meilleur? C'est encore la liberté de la presse.

Nous savions tout cela dès le 14 juillet; c'est l'alphabet de l'enfance des républiques; et Bailly lui-même, tout aristocrate qu'il fût, était sur ce point plus républicain que nous. On a retenu sa mxime : La publicité est la sauvegarde du peuple. Cette comparaison devrait nous faire honte. Qui ne voit que la liberté d'écrire est la plus grande terreur des fripons, des ambitieux et des despotes (i),mais qu'elle n'entraîne avec soi aucun inconvénient pour le salut du peuple? Dire que cette liberté est dangereuse à la république, cela est aussi slupide que si on disait que la beauté peut craindre de se mettre devant une glace. On a tort ou on a raison; on est juste, vertueux , patriote en un mot, ou on ne l'est pas. Si on a des torts il faut les redresser, et pour cela il est néces-

(1) Il y a «Inns !«• iiumuscril : Kt <U's petits Ivinns.

— 1»7 — saire qu'un journal vous les montre; mais si vous êtes verlueux, que craignez-vous de numéros contre l'injuslice, les vices et la tyrannie? Ce n'est point là votre miroir.

Avant Bailly, Montesquieu , un président à Mortier avait professé le même principe, qu'il ne peut y avoir de république sans la liberté de parler et d'écrire, « Dès que les décemvirs (i), dit-il , dans les lois qu'ils avaient apportées de la Grèce en eurent glissé une contre la calomnie et ses auteurs, leur projet d'anéantir la liberté et de se perpétuer dans le décemvirat fut à découvert, [car jamais les tyrans n'ont manqué de juges pour faire périr, sous le prétexte de calomnie, quiconque leur déplaisait J (2). C'est le jour qu'Octave, quatre cents ans après, fit revivre celte loi des décemvirs (3) conlre les écrits et les paroles, et en fit un article additionnel à la loi Julia sur les crimes de lèse- majesté, qu'on

(1) Texte du manuscrit: Dec que le* décrmvirii, dans les lois qu'ils étairnt chargés de rédiger, eurent fait passer celle conlre les écrits séditieux et la calomnie, leur projet....

(«) Les passages qui auront été retranchés par Desennc »ans être remplacé.<i par lui , je les mettrai dans le cours de l'ouvrage, entre drux giiillcincit , coniiiu- iU sr froiivriu dan.* !•■ «nanuscrit.

(VII y a dan» le mann»rril : Cette loi d'A|i|Mii.> < ■xilic.

peut dire que la liberlé romaine rendit le dernier soupir. En un mot, l'ânie des républiques, leur pouls, leur respiration, et si l'on peut parler ainsi , le souffle auquel on reconnaît que la liberté vit encore, c'est la franchise du discours; Vois à Rome , quelle écluse d'invectives Gicéron lâche pour noyer dans leur infamie Verres, Catilina , Clodius, Pison et Antoine! Quelle cataracte d'in-*jures tombe sur ces scélérats du haut de la tribune! [Le poète Catulle traînait dans la botre Jules César. Tu as cité toi-même le passage dune lettre de Ciceron au sujet des placards sant^lans que Bibuius ne cessait de lancer contre le dictateur, cette feuille de Bibuius plait tellement au peuple qu'il est impossible de passer dans les ru0s où die efet aftîchée.J

'' [Mieux vaudrait qu'on se trompât , cornnie le père Duchesne dans ses dénonciations qu'il fait à tort et à travers, mais avec cette énergie ({ui caractérise les âmes républicaines, que de voir cetle terreur (jui glace et enchaîne les écrits et la pensée. Marat s'exprimait ainsi: Un républicain, Bourdon de l'Oise, osa dire sa pensée toute en'ière el montrer une âme républicaine.

Uobespierie fit pleuve d'un granti eaiaclère, il V a (juehpics aiinéi's, à la tribune des Jacobins, lu

jour (|ne dnns iiii uioiii^nt de violeiih* (hîfaveuril s« rramponn.T à la Iriixinc. cl s'éciia (ju'il fallait l'y assassiner ou rentemlre ; mais loi tu fus un esclave et lui un despote, le jour que tu souffris qu'ii te coujKï si brusquement In j)nrole dès ton premier mot : /irtUer n'est pas répondre! et que tu ne poursuivi;} pas opiniàtréinonl ta justification. Représentant (lu peuple, oserais tu parler anjourcriiui AU premier commis de la guerre aussi courageusement que tu le faisaiis il y «t 4 ans à St IViest, à xMirabeau, àLafayett€,hCapet lui-m<3inc? Nous n'avons jamais été si esclaves que depuis que iious sommes républicains, si rampans que depuis que nous avons le cliapeau sur la tête. ]

Aujourd'bui, en Angleterre m(?me, où la bbertc est décrépite et gisant in extremis , dans son agonie, et lorscpi'il ne lui reste plus qu'un souffle, vois comme elle s'exprime sur In guerre, et sur les ministres et sur la nation française.

« En Fra:ice, dit Slanhope, dans la cbambro haute, les ministres parlent , écrivent, agissent toujours en présence de la guillotine. Il serait à souhaiter que no« ministres eussent celte crainte salutaire, ils ne notis tromperaient pas si grossie* rement

• On nous ilil , (pic 1rs troupes lr;inr;iiscs sont

sans habits , et ce sont les mieux liabillées de l'Europe.

« On nous dit , que le manque de numéraire empêchera nos ennemis de soutenir la guerre , et on peut hasarder qu'il y a en France plus d'or , d'argent et de billon, provenant des sacristies et de l'emprunt forcé, que dans toutes les contrées d'Europe ensemble.

« A l'égard des assignats, ils ont gagné, depuis six mois, plus de 70 pour cent, et gagneront sans doute encore plus dans six autres mois.

« On nous disait que les troupes françaises ne pourraient tenir devant les troupe» autrichiennes, prussiennes et anglaises, les mieux disciplinées de l'Europe ; le contraire est assez prouvé par un grand nombre de combats. Des généraux autrichiens ont avoué que les Français, par leur discipline et leur bravoure , au milieu du carnage , étaient devenus la terreur des alliés.

« Enfin , on nous disait , que les Français devaient manquer de blé. C'était déjà une idée bien horrible , que celle de vingt - cinq millions d'hommes, dont la presque universalité ne vous avait jamais offensés, éprouvant les horreurs delà famine, parce que laforme de leur gouvernement <léplaisnit h quelques despotes. IVlais ce plan

intemnl n a servi <ju'à produiro clicz ce pciipli' un entliotisinsiiK' (jui a surpass*' loul ce qu'on rapporte des anciennes républiques. »

Slanliope justifie ensuite le peuple français du reproche d'athéisme, il distingue sa constitution des excès inséparables d'une révolution ; il ajoute que la nation a renoncé , par des décrets solennels, à se mêler du gouvernement des autres étals ; il défie tous les philosophes de ne pas sanctionner notre Déclaration des Droits^ et finit par présenter comme la base et la pierre angulaire de notre république , cette maxime sublime : JSe fais pas à autrui ce que tu ne veux pas quon te fasse. T^opposition, dans la chambre des communes, n'y parle pas de nous avec moins de respect et d'éloges,

« Nous sommes vaincus partout, dit M. Courtenai , tandis que les Français déploient une énergie et un courage digne des Grecs et des Romains. A la bouche du canon, ils chantent leurs hymnes républicains. L'empereur et le roi de Prusse, avec tous leurs fameux généraux et leurs troupes si bien aguerries, n'ont pu battre le général Hociie, qui n'était pourtant qu'un simple sergent, peu de tempsavant d'avoir pris le commandement.» îii la louange qui pinil le plus est celle d'un

«nnemi , ces discoms ont de quoi flatter nos oreilles. C'est ainsi que des iiommes, que quelques républicains d'outre-mer font, en plein parlement, la satire de leur nation et l'éloge de ceux qui lui font la guerre; et nous, au fort de la liberté et de la démocratie, nous n'osons censurer dans un numéro ce qui manque à la perfection de notre gouvernement. Nous n'osons louer chez les Anglais ce qu'il y a de moins mauvais, comme la liberté des opinions , Xhabeas corpus , et le proposer pour exemple à nos concitoyens, de peur qu'ils ne deviennent pires.

Nous nous moquons de la liberté de parler de l'Angleterre, et cependant, dans le procès de Cennet, convaincu d'avoir dit publiquement qu'il « souhaitait un plein succès à la république française, et la'destruclion du gouvernement d'Angleterre, « après uue longue délibération, leur jnry vient de prononcer, il y a quinze jours, que liennet n'était j)oinl coupable , et qu(^ bs opioioDS étaient libres.

.(.^"ousnous moquons de la hbcrté d'écrire des Anglais ; cependant il l'iuit convenir que le parti ministériel n'y deniande point la tète de Shéridan ou de Fox , pour avoir parlé des généraux de J^VUnswick, «le Wiii Miser, lloode, Moyra, ef inrinc

(lii Auc d^oirk,avec autant d'inovi ronce, au nioms, que IMiilippcaux et Bourdon de l'Oise ont pnrié dfs généraux Uonsin et Rossignol.

Étrange bizarrerie! En Angleterre, c'est tout ce qu'il y a d'aristocrates, de gens corrompus , d'esclaves, d'àines vénales; c'est Pitt, en un mot , qui demande à grands cris la continuation de la guerre; et c'est tout ce qu'il y a de patrie, tes, de républicains et de révolutionnaires qui votent pour la paix, qui n'espèr-ent que de la paix uu cb.uigement dans leur constitution. En France^ lout au rebours. Ici ce sont les patriotes et les révolutionnaires qui veulent la guerre, et il ij'v a que les Moderantins, les FeuiJIans, si l'on vu croit Baière, il nya que les coutre-révolutiuntiaires et les amis de Pitt qui osent parler de paix. C'est ainsi que les amis de la liberté , dont les intérêts semblent pourtant devoir être communs, veulent la paix à Londres et In guerre à Paris , et (|ue le mr-uie homme se trouve patriote en-dcrà de la Manche , et aristocrate au-delà ; montagnard dans la Convention; ministériel dans le parlement. Mais au moins, dans le parlement d'Angleterre, on n'a jamais fuit l'incroyable motion <pic celui qui ne se déciderait pas d'nbord potii ia guerre, pftr assis et htvé , fût réputé sas/fec/

194 — pour son opitiion , dans une (|ncstion île celte iinporlnncc et si délicate, qu'on ne pouvait être de l'avis de Barère, sans être en même temps de l'avis de Pilt.

Il faut avouer au moins que la tribune de la Convention ne jouit pas de l'inviolabilité d'opinion delà tribune anglaise, et qu'il ne serait pas sûr de parler de nos échecs comme Shéridan parle de leurs défaitesdeNoirmoutiers, deDunkerque , de Toulon. Combien nous sommes plus loin encore de cette apreté de critique, de cette rudesse sauvage des harangues et des mœurs qui existe, encore moins il est vrai, en Angleterre, qui ne convient point aux très humbles et fidèles sujets de Georges, mais h laquelle on reconnaît une ame républicaine dans J. J. Rousseau, comme dans le paysan du Danube ; dans un Scythe , comme dans Marat. On trouvera parmi nous cette effroyable haine d'Alceste,

Ces haines vigoureuses.

Que cîoit donner le vice aux Amos vertueuses.

Hébert dénonce Legendre, dans sa feuille, comme un mauvais citoyen et un mandataire infidèle Legendre dénonce Hébert aux Jacobins, comme

un cilomninicui' à gages; Hébort ost (crrnssé , c\ ne snil que répondre. « Allons, dit Monioro, qui vient au secours de son embarras, embrassezvous tous deux , et toucbez là. » Est-ce In le langage d'un Romain, ou celui de Mascarille dans la comédie:

C'cit un fiipoii, n'iinportr; .Oa tire un /;raud parti des gens tle rotic sorlc.

Oui je le répète, j'aime mieux encore qu'on dénonce à tort el à travers , j'ai presque dit qu'on calomnie, même comme le Père Dnclicsnc, mais avec cette énergie qui caractérise les .Imes forles cl d'une trempe républicaine, que de voir encore, comtne aujourd'bui , cette ])olitesse bourgeoise, celle civilité puérile et lionnête, ces ménagcmens pusillanimes de la monarcbie, celte circonspection, ce visage de caméléon el de l'anticbambre, ce B...i$inc en un mot, pour les plus forts, pour les hommes en crédit ou en place, minisires ou généraux, représcnlans du peuple ou membres influens des Jacobins, tandis (ju'on fond, avec lourde roidcur, sur le pahiolisme en défaveur el disgracié. Ce caractère presque général saulail aux

veux» et RohespicMie en (il lui-même l'objet dii dernier scrutin éjjuratoire de la société.

[Jusqu'aux incindrcs ffetins|

I Au ciire de chacun , étaient de petits saints.

Cl ■'T '

IMieux vaudrait, rintempératice de langue de la démocratie; le pessiniisme de ces détracteurs éternels du présent , dont la bile s'épanche sur tout ce qui les environne, que ce froid poison de la crainte, qui fige la pensée jusqu'au fond de l'âme, et l'empêche de jaillir à la tribune, ou dans des écrits! Mieux vaudrait la misanthropie de Timon , qui ne trouve rien de beau à Athènes, que celte terreur générale, et comme des montagnes de glace, qui, d'un bout de la France à l'autre, couvrent la mer de l'opinion et en obstaclent le flux et reflux. La devise des républiques, ce sont les vents qui soufflent sur les flots de la mer, avec cette légende : Tollant scd attoUunt. Ils les agitent mais ils les élèvent. Autrement, je ne vois plus dans la république que le calme plat du despotisme , et la surface unie des eaux croupissantes d'un marais; je n'y vois qu'une égalité de peur, le nivellement des courages, et les âmes les pliis généreuses aussi basses que les plus vulgaires.

l'oi-iiiêiue, par exetupli:, tuiqiii a;* uu, je le dirai seulement, pour ne pas le (laller en ne le donnant qu'un mérite de ealeui , toi qui as eu le tact et le bon esprit d'être aussi incorruptible, de ne pas plus varier, de ne pas plus déménager que Robespierre ; toi qui, dans la révolution, as eu le bonheur que toutes ses phases n'en ont amené au eune dans ta condition et ta fortune; le bonheur de n'avoir été ni ministre, ni membre decomilé de gouvernement, ni commissaire dans la Belgique ; de n'avoir pas étalé aux yeux de la jalousie, sœui de la calomnie, ni le panache, ni le ruban tricolore, allant de l'épaule au côté , ni les é|)auleltfc}* à Péloile, ni aucun de ces signes du pouvoir , ({Ui surtout semblent vous donner des aîles, comme à la fourmie, pour vous perdre, et vous jette même dans l'envie des dieux; mais qui, députe ho Moraire, et reste journaliste, comme en lyHy, pries tous les jours le ciel de laisser le simple manteau de la philosophie sur tes épaules dégagées de responsabilité; non pas, il est vrai, le manteau sale et déchiré de Diogène, mais le manteaà de Platon, vergeté et de drap d'Ecbalanc(i). [Toi * «jui, ni à Bnilly, ni à Pétion , ni h Pache , a coitfb.illu l'un a|)rès Pndlrc tous les hommes en ptace

• l'iù-laliiiir.

à mesure qu'ils se sont montrés dans un parti autre que celui de la Déclaration des Droits (oi^.] Toi qu'on sait bien n'être pas exempt d'erreurs , mais dont il n'est pas un homme de bonne foi , parmi ceux qui t'ont suivi , qui ne soit persuadé que toutes tes pensées n*ont jamais eu pour objet comme tu l'as répété jusqu'au dégoût, que la liberté politique et individuelle des citoyens; une constitution utopiennc, la république une et indivisible, la splendeur et la prospérité de la patrie, et non une égalité impossible de biens, mais une égalité de droits et de bonheur; toi qui, muni de tous ces certificats authentiques, ayant reçu plaies et bosses pour la cause du peuple, et par toutes ces considérations, au-dessus d'un rapport malévolc, et des propos de table de Barère, devrais montrer moins de poltronnerie et avoir le droit de dire librement ta pensée, sauf meilleur avis (2), oserais-tu tourner en ridicule les bévues politiques de tel ou tel membre du comité de salut public, comme l'opposition (3), toute faible, dégé-

(i) Ancien texte : toi qui , ui à Paul , ni à Céphas , mais à la Déclaration (ici Droit!^, tt étiaiigor à tous les partis, les a tous com})a(tus, tout -à-tour, loi (jn'on sait....

(a) Ancien texte : Avoir.

(3) Ancien texte : Comme r<)|)p<i.silion , lût lu-, toute ilégcnéi^e,

— iî>y —

uéréc cl nulle (ju'cllcest, pcrsillle l<.'>. lappoils de Pill, de Grcen ville et de Dundas ?

CAMILLE-DESMOULINS

J'oseraih s il «i y avait des erieurs (ju il est plus ulile à la patrie de taire que de faire seutir? (i) Comment peux- lu dire que la Convention défend la vérité, quand tout-h-riieure, par un décret notable rendu sur la motion de Danton, elle vient de permettre, du moins de tolérer, le mensonge et le calomniateur. La liberté de la presse est restreinte par le gouvernement révolutionnaire au royaliste et à l'aristocrate; elle est encore (2) entière pour le club des Cordeliers (3). Apprends que Barèrc lui-même, est (4) partisan si déclaré de la liberté d'écrire, qu'il la veut indéfinie constitutionnellement pour tout le monde, révolutionnairement j)Our les citoyens dont on ne peut siispi'tter le patriotisme elles intentions. De-

(1) Ancien texte. Si j'otais... et ]>ourquoi non , si ce «ont lies faits. Comment...

(1) Le mot encore a été oublié cl »e Iiuum' mu l'i'|iu'uvi' idiligcede la mai» de Gimillc.

{^) Ancien texte : Patriote |irononcc.

l^) Ancien texte : En.

puis que Karèrc m'a fait cette profession de foi, je m'en veux presque de la légère égratignure de mon numéro 5; car il est impossible, à mon sens, qu'un homme d'esprit veuille la liberté de la presse, qu'il la veuille illimitée, même contre lui , et qu'il ne soit pas un excellent républicain. Tout à l'heure, ta (i) déclamation finie, j'aurai la parole à mon tour, et je démontrerai la sagesse et la nécessité de sa distinction révolutionnaire, sur le maximum de la liberté de la presse pour les patriotes, et le minimum pour les aristocrates. En ce moment (2) , comme je pardonne à ta colère, en faveur de ce que son piincipe a de républicain, comme elle te suffoquerait, si un torrent de paroles, et comme la fumée de ce feu, ne s'exhalait au dehors dans la conversation (3); comme tu n'es point à la tribune des Cordeliers, ni en présence de D.ivid(4) ou delà Vicomterie, mais en présence de mes Pénates tolérans, et qui ne refusent pas à un vieux patriote la liberté qu'on donnait aux esclaves (5) dans les Saturnales, donne de

(i) Ancien texte : Ln

{i)En ce moment, f,t!\ro\iv*; ««r IVpienve.

(3) Ancien texte : Convention.

(4) Ancien texte : Dand.

(5) Le mot esclaves «c trouve dans IV|)rctjve .1 la plaio di voleurs.

— ÎOl —

i'nir, mon niiii, à ton nine étouffée (i), ouvre un passage à cette fumée dont tu es suffoqué au dedans, et qui le noircit (2) Pimngination , faute d'une cheminée; parle, dissipe cette vapeur mélancolique : en passant, voici ma réponse provisoire, et en un mot, à tous tes('l) griefs : La révolution est si belle en masse , que je dirai toujours d'elle comme Bolingbrocke dit un jour de MalbornuQ^h^ c était un si grand homme ^ que fai oublié ses vices. Maintenant poursuis ta tirade.

Lh Vii.ix coiini.I.II.R.

lit moi, je le pardonne ton amour aveugle el paternel pour la révolution. Tu as eu tant de part à sa naiss<incc! Je ne grondais point ton enfant; je n'étais (4} point en colère; je demande seulement à la république naissante s'il n'est pas permis de lui faire les très humbles remontrances (jue souffrait quelquefois la monarchie. Tu prétends (jut,' Rarèr»' aime la lihtTté indéfiiiio de la presse, on

(1) Anctrn irxir : Coeur rioiiffr

1 trxte: Audi-tior*.

1 irxlc : Lr» grief».

i'i) Anci«*n lexlr : Jr iir •iii».

ne lui en demande pas tant ; qu'il aime seulement la liberté des opinions dans l'assemblée nationale. Mais oserais-tu dire eette vérité qui est pourtant incontestable, que Barèrc, par son fameux rapport sur la destruction de Carthage (i), a véritablement fait le miracle de ressusciter Pitt, que tout le monde jugeait mort depuis la prise de Toulon, et qu'il devait arriver immanquablement, qu'ii son arrivée à Londres, ce beau rapport ferait remonter le njinistre aux nues, et lui ouvrirait toutes les bourses des Carlbaginois. Que Xavier Audouiii et quelques patriotes à vue courte, aient déclamé aux Jacobins, le Delenda Carlha^o^ cela était sans conséquence, et pouvait passer pour l'effet de l'indignation du patriotisme dans ses foyers. Tel jiert qui ne tue pas. Mais (ju'à la tribune de la Convention, un membre du comité de salut public ait dit qu'il fallait aller détruire le gouvernement anglais, et raser Cartilage (2). Qu'un autre membre du comité de salut public, à vue moins courte ({ue lîarère , ait enchéri aux Jacobins sur cette opinion; qu'il ait dit que pour lui c'était la

(1) Ancien texte : Londres.

(j) Ancien texte: ()a'll nit dit |)iii)li(|ucnicnt qu'il fallait ex* teiniiner le |i('ui>le an^jluis de i'Kurope, à niuiiis qu'il ne se déniocrutinât.

guerre , non seulement nu gouvernement y mais au peuple anglais, et une guerre à mort qu'il lui prétendait faire à moins qu'il ne se démocratisât; en vérité, voilà ce qui est inconcevable. Quoi! dans le même temps ([ue Sliéridan s'écriait dans la chambre des communes ; « La conduite des Français manifeste qu'ils n'avaient point a cœur la guerre avec le peuple anglais; ils ont détruit le parti de Brissot qui avait voulu cette guerre : je pense qu'ils seraient disposés à conclure avec nous la paix, dans des termes honorables et avantageux à la républi(jue. J'appuie mon raisonnement sur la foi des décrets de la Convention , qui déclarent que la république a renoncé à la pensée de répandre sa doctrine a«i dehors, et que son seul but est d'établir un gouvernement intérieur, tel (ju'il a clé adopté par le peuple français, (i) [Quoi! c'est dans le même temps que Ro-

(i) Ce pastage a été fntiùreracut tronqué par Dcsciiiie, nuus le réialilistont rn riiiirr daitt le texte comme il se trouve dans le toanuscrit. Voici l'ancien texte que nous avons cru devoir remettre sous les yeux du lecteur :

Quoil c'est dans le même temps que Stanhopt: s'écriait dans \a clumbie baute : « Nulle puisAancc n'a le droit de s'iugrrvr " dans le gouverurmcnt intérieur d'un étal indépriuiant « d'elle ; le peuple français « proclamé ce principe, d'api es le

bespierre par son discours aux jacobins prend sans s'en apercevoir le rôle de Brissot, de nationaliser la guerre! C'est Robespierre qui s'est tant moqué de Clools voulant municipaliser l'Europe,-

« vœu de sa constilutioii , «irt. itSet iiy,el il ne veut point « s'ingérer clans le gouvernement fie notre nation. » Quoi ! c'est dans le même temps que Barère , sans s'en apercevoir, se charge de l'apostolat de Cloots, de municipaliser la Grande- Bretagne, tl d'un lôle de Brissot, de nationaliser la guerre avec le peuple anglais! car enfin , tout peuple en ce cas, et surtout une nation lière comme les Anglais, veut être lo maître chez soi. Et quels que soient les vices de sa constitution, si c'est un peuple rival qui prétend les redresser et les démocratiser de gré ou de force, il dira, comme la femme de Sganarelle à M. Rohert : • De quoi vous mclez-vous ? et moi je veux élre battue. » Pitt a dîi bien rire en voyant Barère qui l'appelle, lui, Pitt.un Imbécille, faire lui-même celte lourde école, d'enraciner Pitt plus que jamais dans le ministère; en voyant Barère le dispenser de réfuter le parti lie l'opposition , et donner ainsi un pied de nez à Shéridan et à Stanhopc, avec leurs beaux discours sur la neutralité constitutiounclle de la république, à l'égard du gouvernement des autres peuples. Qui ne voit que la réception de ce fameux discours de Barère a dû charmer pin plus que la nouvelle d'une viclolre, et que les Anglais n'auraient pas manqué de se dire :« Puisque Londres est Cartilage, ayons le courage des Carthaginois, fesons plutôt connue eux, dc« cordage» et dt?s arcs avec nos cheveux, donnons à J'itt ju«(ju'au dernier •chdling, et levons- nous aussi en masse. .Mais oserais-tu dire ces vérité» à BarèieP Oserais-tu dire «|ne cet Hébert, par exemple, ec Mmuioio

<|tii t>c chnrgc (\c son apnstol.-il el veiil dcmocmtiser lo peuple anglais! («'ir enfin loul peuple clans ee cas et surloul inie notion (îère connue l'angleterre quelques soient les vices de sa conslitulion dit comme la femme deSganarelle h l\ohev{: Et moi SI je veux quil me batte l Et c'est Robespierre qui oubliait ainsi le discours profondément politique, entraînant, irréfutable qu'il prononça au mois de décembre 1791-. lors((ue presque seul avec toi il opinait si fortement contre la guerre: C'est Robespierre qui oublie ce mot énergique qu'il disait alors : Est-ce quand le feu est à notre maison qu'il faut aller C éteindre chez les autres! qui oublie cette grande vérité qu'il proclamait el développait si bien alors, que la guerre fut toujours la ressource du despotisme, qui, par Ka nature n'a de force que dans les armes et ne peut rien gagner qu'à la pointe de l'épée, au lieu que la liberté n'a pas besoin de canons et ne fait jamais plus de conquêtes que par la paix, puisqu'elle ne règne point par la terreur, mais par ses cbnrmes; elle na pas besoin de se caclier derrière des retrancbemens pour prendre des villes; mais dès qu'on peut la voir on en est épris el on court au devant d'elle. Mais oserais-tu bien foire de send)1ables rapprocbemens et parées con-

Iradictions rendre à Robespierre le ridicule qu'il verse sur foi à pleines mains depuis quelque temps. Pitt dût bien rire en voyant que cet bomme qui l'appelait, lui, Pitt, un imbécille et une héte^h la sétince du lo pluviôse, aux Jacobins, est celui-là même, Robespierre, qui s'y prend si bien pour l'affermir dans le ministère et donner un pied de nez à Fox, à Sbéridan et à Stanhope, Qui ne voit qu'à la réception de ce discours et du rapport de Barère, on a du se dire à Londres: Eh bien] puisque nous sommes Carthage , ayons le courage des Carthaginois , fesons plutôt comme eux des cables avec nos cheiteux et levons nous en masse.

Oserais-tu t' exprimer de même avec francbise sur le comité de sûreté générale ? Oserais-tu dire que ce comité qui embastille la tiédeur et fait enfermer les citoyens par milliers, comme suspects de n'avoir pas aimé la république, a pour son président Vadier , celui-là même qui , le 1 6 juillet 1791, et la veille du Cbamp-de-Mars , ajipuyait de loule sa force la motion de Dandré, de mander à la barre les six tribunaux de Paris et de leur commander le procès à loiis les Jacobins; ce même Vadier qui, le 1 G juillet, disait à la tribune de l'assemblée nalionab; .J'adore la monarchie

et j'ai en horreur le gouverncmenl républicain , et faisait celte lionteiise profession de foi consignée dans le Moniteur et dans tons les journnnx du temps, pour laquelle Mnrat, le lendemain-, le traitait comme renégat et le plus infôme des constiluans; et le voilà aujourd'hui le saint Dominique du comité de sûreté générale?

Oserais-tu dire que Vouland, secrétaire du comité de sûreté générale était également un royaliste bien prononcé et membre du fameux club desFeuillans, comme il appert par la liste authentique et oflicielle trouvée dans le secrétariat du club des Feuillans, une des conquêtes importantes du lo août, et imprimée par le comité de surveillance de la commune?

Oserais-tu dire que Jagot, autre frère terrible dn comité, et qui incarcère pour un point d'aiguille, a lui même à sa montre, le vieux patriote, s'il y a bien pris garde, un trèfle qui a quelque ressemblance avec une Peur de lys; que ce même Jagot, la veille du lo août, courut donner sa démission de membre du comité de sûreté générale de l'assemblée législative, de peur que la cour ne gagn.ît la bataille du lendemain, et qu'il ne fut enveloppé dans la proscription inévitable de Merlin , Razire et Chabot, ses collègues au comité; que

o'est ce même Jagot que, dans les quatre premiers mois de la session, toute la Convention a vu siégeant, non seulement au marais, mais aux anti~ podes de la montagne à côté de Brissot, Barbaroux et Duperret?

Qui tiouveras-lu tncure dans ce décemvirat si puissant , car le comité n'est pas composé de plus de dix membres? Qui trouveras-tu parmi ces figurans cuménides?

Est-ce Amar le moins farouclie de tous et dont la musique calme l'orage du métier, maisà qui le sabre ne va pas mieux qu'à ses confrères, contre des citoyens égarés, puisqu'il a été égaré plus que personne? est-ce Amar, dont tout le monde se rappelle encore le calendjourg lors de son vote dans un appel nominal pour le renouvellement du bureau à la fin de 1792 : Lalois ^ Chassé^ Dan" ton?

Est-ce David, perdu d'orgueil, qui fut le plus forcené de tous par sa misérable ambition de lire dans tous lesi journaux : Présidence de David ? Zeuxis se promenait aux jeux Olympiques avec une superbe robe de pourpre sur lacjuelle ou lisait en lettres d'or: Le peintre Zeuxis. David, plus ridiculement vain , n'aurait pas de plus grand plaisir A\KW de se promener avec cet écriteau : « Le

t président David ! Ce n'est pas tout de mon Ho- « rare, de mon Drutiis, dirait-il , qu'on doit par- « 1er, ce n'est point du peintre, c'est du législa- «f teiir, c'est de ma présidence que parlera la pos- « térité. » David a déshonoré son art en oubliant qu'en peinture comme en éloquence le foyer du génie c'était le cœur: il prouve qu'on peut être un grand peintre avec l'iMiie de T^ouis XI, et qu'il n'a entassé tant de monde dans les prisons que pour capter la popularité du moment, parvenir h être quinze jours le sonneur de la Convention et \ asseoir son c. sur un fauteuil de maroquin vert! Ceux qui connaissent le personnage et la vanité dont il est houfii , sont lentes de croire que c'est une nruption d'orgueil qui lui a nus la joue de travers. L'histoire qui voudra faire son portrait ressemblant ne pourra couvrir ce défaut avec ces chaineH d'or que l'antiquité fesait sortir des lèvres de Nestor ou de Jules-César, pour exprimer leur éloquence ou leur bienfaisance; elle ne pourra le cacher qu'avec de l'écume poin* exprimer la rage; et la ressemblance sera parfaite si , connue ce peintre, qui en jetant de dépit son éponge rendit SI bien l'écume d'un cheval, elle jette sur les lèvrci» de David une cponge trempée dans le sanj; ■"P'^t- u{. \ la venté David bc fiit gloire de colla

rage; il prétend (jiie c'est la colère (îe BtaUus contre les Royalistes et les Brissotins; mais c'est /loinmage que l'on sache que ce républicain plus que farouche était le peintre du roi et passait sa vie à peindre Louis XVI avec d'autres couleurs que kis tiennes dans tes vers ; il est fâcheux que cet anti- modéré, cet anti-Brissotin qui ne pouvait pardonner à Cicéron d'avoir pensé que la terreur était le mentor d'un jour; que ce soit le même David qui, il n'y a pas si long-temps, te fesait une grosse querelle et t'aurait battu, s'il en avait eu la hardiesse ou la force, à propos de ton Brissot Démasqué ; il est fâcheux qu'on sache que c'est ce même David, si Brissotin, que naguère encore il fallait que Panis se mit tout en nage au cœur de l'hiver, dans le jardin des Tuileries, pour lui persuader que c'était Robespierre qui était le patriote et qui avait raison contre Brissot.

Voilà les patriotes nouveaux, voilà les hommes tous fameux qui ne peuvent pas croire aux Madeleine et aux saint Augustin politiques et qui te font un crime de ta pitié pour des patriotes , pour des frères qui ont été cent fois moins égarés qu'eux.

Qui trouveras-tu encore dans ce comité et à la tête des mesures les plus violentes? c'est un la-

Vicomlerie connu par son gros livre des Crimes <les rois., où il tonne à chaque page contre les arrestations arbitraires des gens suspects aux rois, et qui a embastillé à lui seul plus de suspects en cinq mois que tous les tyrans dont il parle depuis la fondation de la Bastille.

Mais tu n'y trouverais plus nos deux vieux Cordeliers Bouchcr-Saint-Sauveur et Panis, ces deux membres du comité de sûreté générale , vénérables par leurs services et par cinq années de persécutions de la cour, auxquelles ils ont résisté ; ils n*ont pu tenir à la vue des indignités qui s'y commettaient et ils en sont sortis en secouant la poussière de leurs pieds.

Sans doute le même motif en éloigna le bon Rhul autre patriote éprouvé, qu'on n'y rencontre jamais et sur le point d'en donner sa démission, mais aussi faible que Panis et Boucher, et sans oser en expUqucr les motifs à la tribune de la Convention.

Tu y verras encore, il est vrai, un vieux Cordelier, un patriote à cheveux blancs , l'excellent

Kougiff. Entre chez Guff. il te dira qu'il n'y

reste que pour corriger beaucouj) de mal par un peu de bien. Guff. ... est estimable de tenir ferme

à son poste et c'est Boucher-Saint-Sauveur, Panis et Rhul qu'il faut blâmer de leur désertion.

Oserais-tu dire ce que t'a dit ton collègue P...., que M. Héron , ci-devant corsairede profession et écumeur de mer, aujourd'hui écumeur de pavés et grand entrepreneur d'arrestation et d'élargissement à prix d'argent, sans être attaché par aucun emploi au comité de sûreté générale, et lieutenant, premier commis officieux et volontaire dans la Saint-Hermandad, a gagné peut-être plus d'un million depuis six mois qu'il est le Cicérone du comité et celui qui, dans la rue, désigne et montre au doigt les suspects.

Oserais-tu dire que cet externe, même parmi les commis du comité, y est si puissant, qu'il a osé y prendre au collet un représentant du peuple qui lui reprochait de s'être fait un bois de l'antichambre du comité et d'y faire, avec la terreur, ce que Cartouche fesait sur les grands chemins avec un bon pistolet. Ce M. Héron n'est pas encore assez content d'être débarrassé de la surveillance de Boucher-Saint-Sauveur et deP.'mis,ces (Jeux vénérables patriotes qui ont donné leur démission; il ne. lui suffit pas que le bon Rhul no vienne presque jamais au comité.

()serais-lu dire que lu as appris de Guff.... que la survcillnnce d'un homme de bien lui est si à charge qu'il n preuves en main que cet infâme Héron est allé dans les prisons mendier de faux témoignages et tâcher de suborner des scélérals, pour envoyer ]ui,GufT..., noire cher Rougiffel, cel excellent patriote à cheveiiK blancs, au tribunal révolutionnaire.

Oserais-tu dire que Fabre d'Eglantine quelques jours avant son arrestation a déclaré qu'il prouverait, pièces sur le bureau, que ce Héron, prôné à la tribune de la Convention comme un patriote exquis, ce Le Noir du comité, a chez lui des mandats d'arrêt et des lettres de cachet en blanc, dont-il n'a qu'à remplir les noms, et qu'aujourd'hui , sous le règne des lois et au fort de la démocratie et de l'égalité, il existe un homme inconnu dans la révolution , et (ju'aucun service n'avait recommandé, qui est plus puissant sur les citoyens par la faveur on ne sait de qui , que ne le fut jamais par la faveur de son Louis XV la Dubairy sur les sujets du tyran, quand, prenant deux oranges, elle disait: 5rtW/6' Choiseuil^ saute Praslin^ qui prend non des oranges mais sans doute des poignées d'assignats el dit : En prison un tel: En lihcrtc un tel. Saute 'VÉg/antinc, saute

— ni\ —

Guff.... 3 saute Camille - Desmoulins , M»

Il tient dans sa main des listes de proscriptions,ou livre sans préambule et sans autre explication à la guillotine une douzaine de députés , \ieux montagnards. Combien de citoyens depuis six mois ont été emhdiSÛWés de pat M . Héron.

Oserais-tu dire que ce scélérat qui logeait chez Fallope, membre du conseil-général de la commune, a fait mettre celui-là en prison parce que... Oserais-tu

CAMILLE-DESMOULINS

Oui, si l'oser sauvait la république. Mais quel bien lui en reviendra-t-il quand j'aurai voué à l'infamie tous ces noms obscurs. La clameur Ci) de tous ces amours-propres blessés parviendrait peut-être à me mettre hors d'état de remédier aux maux de la patrie. Aussi trouve-t-on que je jette au feu (2) sans pitié ces six grandes pages de causticités. Je conviens que la satire est extrêmement piquante, elle me vengerait, elle ferait courir tout Paris chez Desenne , moins encore par la vérité

(1) Ancien texte: Clémence.

(3) Ancien texte : Au son.

- SIS — c}ue par la hardiesse et l.i (i) témérité de la cen* «ure, car un (a) bon mot qui expose son auteur a toujours bien plus de vogue. Mais en méditant sur la naissance les progrès et la chute (3) des républiques, je me suis convaincu que les animosités et les querelles d'aniour-propre leur (4) onL4iui autant que le mulet chargé d'or de Philippe. Cicéron blâme Calon d'écouter sa vertu intempestive, qui nuit, dit-il, à la liberté, et lui' même lui nuit cent fois davantage, en écoutant trop son amour-propre et en publiant la seconde l'hilippique. (5) Cicéron oubliait alors ce qu il avait dit lui-même vingt ans auparavant , qu'il y n des coquins, tels que Sylla, dont un patriote doit taire le mal et respecter jusqu'à la mémoire, après leur mort , de peur que si on venait à casser leurs actes, l'état ne soit bouleversé. Le républicain qui ne sait pas sacrifier sa vanité, ses resseutimens,ct même la vérité à l'amour du bien pu-

(i) Ancien lexle : La vérité îles cliote* que pnr \» téntriiié de Irt tlirr.

(a) Ancien texte : Unouviagr.

(3) Ancien texte de la répuMiqiir.

(<{) Avaient plus nui.

{j) Ancien texte : I.a seconde lMiilippi<)ue , <|ui iciid M. An» iuine iriécuuciliiLIr.

blic,est aussi coupable que celui qui ne sait pas lui faire le sacrifice de son intérêt personnel. L'avarice n'a point fait plus de mal à la patrie que d'autres passions dont le nom est moins odieux Par exemple, la jalousie du pouvoir et la rivalité, l'amour de la popularité et des applaudissemens. Le patriote incorruptible est celui qui ne considère que le bien de la patrie , et dont l'oreille est aussi fermée et inaccessible aux applaudissemens des tribunes ou aux éloges des souscripteurs, que (i) ses mains le sont aux guinées de Pitt.

LF'. VIEUX CORDELIER.

Je réponds, en un mot; dans les temps de Sylla et de Marc-Antoine dont tu parles, si toute vérité n'était plus bonne à dire, c'est que déjà il n'y avait plus de république. Les ménagemens, les détours, la politesse, la circonspection, tout cela est de la monarchie. Le caractère de la république, c'est d'appeler les hommes et les choses par leurs noms et d'ignorer l'usage des points et des étoiles dans ses écrits. î,n monarchie fait tout dans le ca-

(l) Ancien texte : Ces njoyons.

hinct, clans des comités et par le seul secret; la ioj)iibli(juc, tout à la tribune, en présence du peuple et par ta publicité, par ce que Marat appelait faire un grand scandale. Dans les monarchies, la base (i) du gouvernement est le mensonge, tromper est tout le secret de l'état; la politique des républiques, c'est la vérité. Tu prétends dans ton journal, faire la guerre aux vices, sans noter les personnes: dès-lors tu n'es plus un républicain à la tribune des Jacobins, mais un prédicateur et un Jésuite dans la chaire de Versailles, qui parle à des oreilles royales, de manière qu'elles ne puissent s'effaroucher, et qu'il soit bien évident que (a) ses portraits sont de fantaisie, et ne ressemblent à personne. Au lieu de supprimer chrétiennement dans ton (3) numéro 7 ces six grandes pages de faits, si lu en publiais seulement une ou deux en véritable républicain, c'est alors que le public retirerait quelque fruit de la lecture du yieux Cofdelicr. Après lui avoir mis sous les yeux deux ou trois exemples, tu lui dirais: Peuple fait ton profil de la leoon;jcne veux point faire

(1) Ancien tes le ; Le bon.

(*) Ancien |rx»c : Cfs |ialrii)lci>

(V' Anricn Uxli- : Journal.

le procès à lant de monde, je veux ouvrir une porte au repentir, je veux ménager les patriotes, et même ceux qui en font le semblant (i); mais apprends par-là que tous ces grands tapageurs des sociétés populaires qui, comme ceux que je viens de nommer, n'ont à la bouche que le mot de guillotine, qui t'appellent chaque jour à leur aide, font de toi l'instrument de leurs passions, et pour venger leur amour-propre de la plus légère piqûre, crient sans cesse : Que le peuple soit debout] de même que les Dominicains, quand ils font brûler en Espagne un malheureux hérétique, ne manquent jamais de ch^in^errExuryatDeus^ « Que Dieu le père soit debout ! » Prends y garde, et tu verras que tous ces tartuffes de patriotisme, tous ces Pharisiens, tous ces crucifiges (a), tous ces gens qui disent: Il n'y a que nous de purs , nous ne resterons pas vingt montagnards à la Convention^ si on les épurait, non pas dans le club, mais dans mon journal véridique, parmi ces républicains (3) qui ne pardonneraient pas une petite larme , il ne s'en trouverait pas un seul qui ne fût un novice du lo août, pas un qui n'eût

(i) Ancien texte : Malliciir.

(a) Ancien texte Crncifiigi's.

(3) Ancien trxtc ; Si fei veni.

été naguère, ou ^^i) Fayétisle ou Urissoliii , ou même un Royaliste.

Conviens que tu n'oserais citer un seul de ces (u) individus: crois-moi, conserve au moins (3) ta réputation de franchise ; avoue que tu n'as pas n^sez de courage, ou plutôt ce ne serait point avouer ta pollronnerie. Le courage ji'est point la démence, et il y aurait de la démence à ne point suivrele conseil de Pollion: «Je n'écris point contre qui peut proscrire. » Ce serait avouer [seulement] que nous ne sommes pas républicains (4) , je le vois, mais tu ne peux te résoudre à faire cet aveu.

[Et pourtant] , comment se faire illusion à ce point? Je ne conçois pas comment on peut reconnaître une république là où la liberté de la presse n'existe point. Sais-tu ce que c'est qu'un peuple républicain , un peuple démocrate ? Je n'en connais qu'un parmi les anciens. Ce n'est point les ilomains; à Home, le peuple ne parlait

(1) Ancien texte: On Brittolin, ou Feaillantin . ou même un rojalUte.

(») Ancien texte : Exemples.

(3) Ancien texte. En main.

(4) Ancien texte: El.

(5) Ancien texte: Ce n'était.

guères avec libellé que par insurrcclion, dans la clialeur (les factions, au milieu des coups de poings, de chaises et de bâtons, qui tombaient comme grêle autour de la tribune (i); mais de véritables républicains, des démocrates permanens, par principes et par instinct, c'étaient les Athéniens

Railleur et malin, non seulement le peuple d'Athènes permettait de parler et d'écrire, mais on voit (2) par ce qui nous reste de son théâtre, qu'il n'avait pas de plus grand divertissement que de voir jouer sur la scène ses généraux, ses ministres, ses philosophes, ses comités; et ce qui est bien plus fort, de s'y voir jouer lui-même. Lis Aristophane, qui fesail des comédies, il y a trois mille ans , et lu seras étonné de l'étrange ressemblance d'Athènes et de la France démocrates. Tu y trouveras un Pèie Duchesne, comme à Paris, les bonnets rouges, les ci-devant, les orateurs , les magistrats, des motions et des séances absolument comme les nôtres; lu y trouveras les principaux personnages du jour; en un mot, une antiquité de treize mille (3) ans dont nous sommes cpu-

(1) Ancien tcxlc : De» liibunes.

(4) Aiiciiti texte : Je ne vois pas.

(3) Aniitn texte: Mille.

— îîl —

tcnipornins. La seule ressemhlnncc qui innnquc , cVsl que, quand ses poètes le représentaient ainsi, à son Opéra et à sa barbe, tantôt sous le costume (Vun vieillard , et tantôt sous celui d'un jeune homme, dont l'auteur ne prenait pas même la peine de déguiser le nom, et qu'il appelait le peuple ; le peuple d'Athènes, loin do se fâcher, proclamait Aristophane le vainqueur des jeux , et encourageait par tant de bravos et de couronnes à faire rire à ses dépens, f\ue l'histoire atteste, qu'à l'approche des Bacchanales , les juges des pièces de théâtre et le jury des arts étaient plus occupés que tout le sénat et l'aréopage ensemble, à cause du grand nombre de comédies qui étaient envoyées au concours. Notez que ces comédies étaient si caustiques, contre les ultra-révolutionnaires et les tenans de la tribune de ce temps -1.^, qu'il en est telle, jouée tous l'archonte Stratocles, quatre cent trente ans avant J.-C. (i), laquelle si elle était traduite mettrait debout les. Cordeliers, car Hébert soutiendrait que la pièce ne peut être que d'hier, de l'invention infernale de Fabre d'Églantine, contre lui et le Pèic Du-

(i) Ancien iratc: Qnc tî on Iradoicait .-iiijonixt'lini ce qii'Hëliert «oaliendrail ans Cordelirr*.

chesne , et que c'est le traducteur qui est la cause de la disette des subsistances (i};et il(2)jurerait de le poursuivre jusqu à la guillotine. Les Athéniens étaient plus indulgens et non moins chansonniers que les Français : loin d'envoyer à Sainte- Pélagie, encore moins à la place de la révolution , l'auteur qui , d'un bout de la pièce à l'autre, décochait les traits les plus sanglans contre Périclès, Cléon (3), Lamarchus, i\Icibiade , contre les comités et présidens des sections, et contre les sections en masse, les sans-culottes applaudissaient à tout rompre, et il n'y avait personne de mort par suife de la représentation que ceux des spectateurs qui crevaient à force de rire d'euxmêmes.

Qu'on ne dise pas que cette liberté de la presse et du théâtre coûta la vie à un grand homme, et que Socrate but la ciguë. Il n'y a rien de commun entre les Nuées d'Aristophane et la mort de Socrate, qui arriva vingt-trois ans après la première

(3) A une des séances des Coidcliers, Hél)ert ne vient-il pas de dire qnc Plilllippeaux , d'Égliuitinc et moi, nuns étions d'intclligenrc avec la disette , et la musc qu'il no venait point du Iictnrc au marché?

(a) Ancien texte : Jugerait.

(4) Ancien lexl<' : I^iinor...

— as.i — irprésciilalion, et plus de vingt ans après la dernière. Les poêles et les philosophes étaient depuis long-temps en guerre; Aristophane mit Socralc sur la scène, comme Socrate l'avait mis dans ses sermons ; le théàlre se vengea de l'école. C'est ainsi que Saint-Just et lîarère te mettent dans leurs rapports du comité de salut public, parce que tu les a mis dans ton journal; mais ce qui a fait périr Socrate, ce ne sont point les plaisanteries d'Aristophane, qui ne tuaient personne, ce sont les calomnies d'Anitus et de Mélitus qui soutenaient que Socrate était l'auteur de la disette, parce qu'ayant parlé des dieux avec irrévérence dans ses dialogues, Minerve et Cérès ne fesaient plus venir de beurre et d'œufs au marché, N'imputons donc pas le crime de deux prêtres, de deux hypocrites, et de deux faux témoins à la liberté de la presse, qui ne peut jamais nuire et qui est bonne à tout. Charmante démocratie que celle [des sans-culotles] d'Athènes! Solon n'y passa point pour un muscadin; il n'en fut pas moins regardé comme le modèle des législateurs, et proclamé par l'oracle le premier des sept sages, quoiqu'il ne fil aucune difficullé de confesser son penchant pour le vin , les femmes et la musique; cl il a une possession de sagesse si bien établie, qu'au-

jourdhui encore on ne prononce son nom dans la Convention et aux Jacobins, que comme celui (lu plus grand législateur. Combien ont parmi nous une réputation d'aristocrates et de Sardanapales,qui n'ont pas publié une semblable profession de foi !

Et ce divin Socrate, un jour, rencontrant Alcibiadc sombre et rêveur, apparemment parce qu'il était piqué d'une lettre d'Aspasie : « Qu'avezvous, lui dit le plus grave des Mentors? auriezvous perdu votre bouclier à la bataille? avez-vous été vaincu dans le camp à la course, ou à la salle d'armes? quelqu'un a-t-il mieux clianté ou mieux joué de la lyre que vous à la table du général Nicias. » Ce trait peint les mœurs. Quels républicains aimables!

Pour ne parler que de leur liberté de la presse, la grande renommée des écoles d'Atbènes ne vint que de leur liberté de parler et d'écrire, de l'indépendance du lycée (i), des administrateurs de police. On lit dans l'bistoire qtie Sophocle ayant voulu soumettre les jardins ou les écoles de j)Jnlosophie à l'inspection du sénat , les professeurs fermèrent la classe; il n'y eut plus ni ( i) maîtres

(j) Ancien texte: De lu jiiiidiLliuii.

(i) Âiicifii tt'Xlf; de

ni écoliers, et les Athéniens condamnèrent Toraleur Sophocle à nne amende de 24,000 drachmes, ponr sa motion inconsidérée. On ignorait dans tes écoles jusqu'au nom de l'archonte. C'/est celle indépendance qui valut à Técole d'Athènes sa supériorité sur celle de Uliodes, de Milet, de Marseille, de Pergame el d' Alexandrie. O temps de la démo cratic! ô mœurs répuhiicaines ! où êtcs-vous?

Toi-même, aujourd'hui que lu as pourtant l'honneur dètre représenlanl du peuple, et uu peu plus qu'un honorahie membre du parlement d'Angleterre, encore qu'il soit évident que jamais ni toi,iii personne, n'eût accepté les fonctions de député, à la charge d'être infaillible et d)e »e jamais le tromper dans tes opinions, t'est- il permis de te tromper, même dans une seule expression; et si un mot vient à t'échapper pour un autre , le tuot de clémence pour celui de justice, quoiqu'au fond tu n'aies demandé autre chose, que S^int- Just, justice pour les patriotes détenus, que la Convention vient de décréter, ne voilà-t-il pas qu'aussitôt d'un coup de baguette, Hébert transforme ce mot de clémence en l'orinannne diuie nouvelle faction, plus puissante, plus dangereuse. 1 1 dont lu es le porte-étendard !

Il «ommcnl oserai<;-tn écrire el rire auteur,

quand la plupart n'osent être lecteurs ; que leS Irois quarts de les abonnés , à la nouvelle fausse que tu étais rayé des Jacobins, et au moindre bruit, courent comme des lièvres, et éperdus , chez Desenne effacer leurs noms , de peur d'être suspects d'avoir lu,

Aujourhui que tu es membre de la Convention nationale, sois de bonne foi : oserais-tu apostropher aujourd'hui tel adjoint du ministre de la guerre, le grand personnage Vincent par exemple, aussi courageusement que tu fesais, il y a quatre ans, INecker et Bailly, Mirabeau, les Lamelh et Lafayette, quand tu n'étais que simple citoyen!

Passe encore que , suivant le conseil de Pollion, tu n écrives point contre qui peut proscrire; niais oserais-tu seulement parler de quiconque est en crédit aux Cordeliers! et, pour n'en prendre qu'un exemple, oserais-tu dire que ce Momoro, qui se donne pour un patriote sans tache , et avant le déluge, ce hardi président qui, partout oîi il occupa le fauteuil, au club et à sa section, jette d'ime main téméraire un voile sur les droits de l'homme, et met les citoyens debout pour jeter par terre la Convention et la république; comme quoi ce même Momoro, le libraire, en 1789, à qui tu t'es adressé pour ta France libre , retarda

tant (|u'il put lemissiuri de ceL écrit, qui! avait sans doute communiqué à !a police, ayant bien prévu la prodigieuse influence qu'il allait avoir; comme quoi Momoro, qui s'intitule l*remier Imprimeur de la Liberté y s'obstinait à retenir prisonnier dans sa boutique, comme suspect, cet écrit révolutionnaire dont l'impression était achevée dès le mois d'août; comme quoi la Bastille prise, Momoro refusait encore de le publier; comme quoi le \[\ juillet, à onze heures du soir, tu fus obligé de faire charivari à la porte de ce grand patriote, et de le menacer de la lanterne le lendemain s'il ne te rendait ton ouvrage que la police avait consigné chez lui ; comme quoi Momoro brava ta grande dénonciation , à Touverture des districts et des sociétés, et que pour ravoir ton ouvrage, il te fallut un laissez-passer par écrit de Lafayette qui venait d'être nommé commandant-général, et dont cet ordre fut un des premiers actes d'autorité ! Cet enfouisscur d'écrits patriotiques est aujourd'hui un des plus ultra patriotes, et l'arbitre de nos destinées aux Cordeliers d'où il te fait chasser, toi et Diir<nirn\ , aux acclamations.

Encore si la loi était commune et égale pour tout le monde ; si la liberté de la presse avait les

mêmes Bornes pour tous les citoyens ! Toi , quand lu as dit qu'Hébert avait reçu 120 mille livres de Bonchotfe , tu as produit ses quittances. Mais à Heberl , non-seulement il est permis de dire que tu es vendu à Pitt et à Cobourg ; que tii es d'intelligence avec la disette, et que c'est toi qui es la cause qu'il ne vient point de bœufs de la Vendée ; niais il lui est même permis, à lui, à Vincent, à Momoro , de demander ouvertement et à la tribune une insurrection , et de crier aux armescontre la Convention. Certes, si Pbilippeaux, Bourdon de l'Oise , ou toi , aviez demandé une irisurrection contre Bouchotte ou Vincent , vous eussiez été guillotinés dans les vingt - quatre heures. Oîi est donc ce niveau de la loi qui, dans une république , se promène également sur toutes les têtes ?

CAMILLE-DESMOULINS

Je conviens que ceux qui crient si haut contre la clémence doivent se trouver fort lieureux que , dans celte occasion , la Convention ail usé de clémence h leur égard. Beaucoup sont morts, entre les Tuileries et les Champs-Élisées , qui n'avaient pas parlé si audacieuseujent que eer-

tailles personucsà cette dernière sé.ince du club des Lordeliers,qui fera épot|ucdan.s les niiiiales deTa* uarcliicYa-l-il rien de criminel et d'attentatoire ît la liberté comme ce drap mortuaire que Moinoro, sous sa double (i) présidence à la seclioii et aux Cordcliers, fait jeter sur la Déclaration des droits; ce voile noir, le drapeau rouge du club contre la Convention, et le signal du tocsin ? Ou plutôt , quand c'est sur les dénonciations extravagantes d'Hébert que Paré est un second Roland ; que moi , je suis vendu à Pitt et à Cobourg ; que Uobespierre est un homme égaré , ou que Pbilippeaux est cause qu'il ne vient point de poulardes du Mans; quand c'est sur un pareil rapport que ce voile noir est descendu religieusement sur la statue de la liberté par les mains pures des Momoro , des Hébert , des Ronsin , des Brochet , tirichet , Ducroquct , ces vestales en révolution ? Y a-t-il rien de si ridicule , et les médecins sont - ils aussi comiques avec leurs seringues dans la scène de Molière , que les Cordeliers avec leurs crêpes dans la dernière séance ?

Mais pout iioiis iLMilirnui dan:* la r|ue.shun

(0 Aacîco Uxic : Danst*-

de la libelle de la presse , sans doule elle doit être illimitée ; sans doute les républiques ont pour base et fondement la liberté de la presse, non pas celte autre base que leur a donnée Montesquieu. Je penserai toujours , et je ne me Insse point de répéter, comme Loustalot, que si la liberté de la presse existait dans un pays où le despotisme le plus absolu aurait mis dans la même main tous les pouvoirs , elle seule suffirait pour faire contre-poids ; je suis même persuadé que , chez un peuple lecteur , la liberté illimitée d'écrire , dans aucun cas , même en temps de révolution, ne pourrait être funeste; par cette seule sentinelle, la république serait suffisamment gardée contre tous les vices , toutes les friponneries , toutes les intrigues , toutes les ambitions ; en un mot, je suis si fort de ton sentiment sur les bienfaits de cette liberté , que j'adopte tous tes principes en celte matière, comme la suile de ma profession de foi.

Mais le peuple français en masse n'est pas encore assez grand lecteur de journaux , surtout «ssez éclairé et instruit par les écoles primaires qui ne sont encore décrétées qu'en principe , pour discerner juste au premier coup-d'œil entre Brissol et Robespierre. Ensuile, je ne sais si la

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nature humaine comporte celle perfection (juc supposerait la liberté indéfinie de parler et d'écrire. Je doute qu'en aucun pays, dans les républiques, aussi bien que dans les monarchies, ceux qui gouvernent aient jamais pu supporter (i) cette liberté indéfinie. Aristophane a mis sur la scène Cléon et Alcihiade , mais je soupçonne que c'cbt dans le temps qu'Aicibiade était dépopularisé, et qu'il avait fait un 3i mai contre Cléon , et cela ne prouve pas plus la supériorité de la démocratie grecque , et la liberté indéfinie du théâtre d'Athènes , que celle de notre théâtre serait prouvée aujourd'hui , par une comédie contre les constituans ou contre la municipalité de Bailly. Les Archontes d'Athènes étaient pétris de la même pâte que nos magistrats el nos administrateurs de police , et n'étaient pas plus d'humeur à souffrir la comédie d'Aristophane , qu'aujourd'hui celh* de Fabre d'Eglantine. Ln loi d'Antimachus à Athènes, contre les personnalités, de mC-me que la loi des décemvirs contre les écrits , prouve que ceux qui ont eu Tautorilé à Rome ou à Athènes, n'étaient pas plus endurans que le Père Ducliesnc et Ronsin , et qu'on

(t Ail- ioi) irxic ; Siippotrr.

n'entend pas plus raillerie clans les nionarchies que dans les républiques. Je sais que les commenlateurs ont dit qu'Aristophane, dans la guerre du Péloponèse , joua un principal rôle dans la république, par ses comédies ; qu'il était moins regardé comme un auteur propre à amuser la nation , que comme le censeur du gouvernement ; et le citoyen Dacier l'appelle l'arbitre de la patrie. Mais ce beau temps des auteurs dura peu. L'écrivaiileur Antimachus , aux dépens de qui Aristophane avait fait rire toute la ville d'Athènes, profitant de la peur qu'avaient les trente tyrans d'une censure si libre et si mordante , réussit enfin à faire passer, sous eux, la loi contre les plaisanteries à laquelle Périclès s'était constamment opposé , quoiqu'Aristophane ne l'eût pas épargné lui-même. Il parvint même à donnner à sa loi un effet rétroactif, et noire vieux et goutteux auteur fût très-heureux d'en être quitte pour une amende. Les triumvirs eussent pu permettre à Cicéron , sexagénaire , de composer des traités de philosophie à Tusculum , et comme quelques sénateurs, amis de la république, plutôt que ré|)ul)li(:ains , et qui n'avaient pas le courage de se percer de lem- épée, comme ('alon cl Hrulus, de rcgrellcr la liberté, de chercher des osscniens

— ÎSJ — lies vieux Romains, cl de faire grnver sur son cachet un chien sur la proue d'un vaisseau , cherchant son maître ; mais encore Antoine ne put lui pardonner sa fameuse Philippiquc et son numéro II du Vieux Cordelier. Tant ils étaient rares , même à Rome et à Athènes , les hommes qui, comme Périclès, assaillis d'injures, ausortir de la section, et reconduit chez lui par un Père Duchesne qui ne cessait de lui crier, que c'était un viédase, un homme vendu aux Lacédémoniens, soient assez maîtres d'eux-mêmes et assez tranquilles pour dire froidement <i ses domestiques : « Prenez un flambeau et reconduisez le citoyen jusque chez lui. »

Quand la liberté indéfinie de la presse ne trouverait pas des bornes presque insurmontables dans la vanité des gens en place ou en crédit , la saine politique seule commanderait au bon citoyen qui veut, non satisfaire ses ressentimens , mais sauver la pairie, de se limiter à lui-même celte liberté d'écrire, cl de ne point faire de trop larges piqûres à l'amour-propre, ce ballon gonfle de vent, dit Voltaire, dont sont sorties la plupart des tempêtes qui ont bouleversé les empires et changé la forme des gouvernemens. (.icVion , qui reproche à Caton d'avoir fait tani {\c mai à la

ik

république par sa probité intempestive , lui en fit bien davantage par son éloquence encore plus à contre-temps , et par sa divine Philippique. On voit, par les historiens, que dans la corruption générale et dans le deuil de Rome, qui avait perdu, dans les guerres civiles, presque tout ce qui lui était resté d'hommes vertueux, si l'on eût ménagé Marc-Antoine, plutôt altéré de volupté que de puissance , la république pouvait prolonger quelques années son existence, et traîner encore bien loin la maladie de sa décrépitude. Antoine avait aboli le nom de dictateur, après la mort de César ; il avait fait la paix avec les tyrannicides. Tandis que le lâche Octave, qui s'était caché derrière les charrois de l'armée pendant tout le temps de la bataille , vainqueur par le courage sublime d'Antoine, insultait lâchement au cadavre de Brutus qui s'était percé de son épée, Antoine répandait des larmes sur le dernier des Romains, et le couvrait de son armure : aussi les prisonniers, en abordant Antoine, le saluaient du nom A^imperator , au lieu qu'ils n'avaient que des injures et du mépris pour ce lâche et cruel Octave. Mais le vieillard Cicéron avait fait d'Antoine, par sa iiarangne, un ennemi irréconciliabh' de la république et (\\\\\ gouvcrnomcnl

qui , par sa nature , était une si vive peinture àc ses vices et de cette liberté illimitée d'écrire. Cicéron, sentant bien qu'il avait aliéné Antoine sans retour, et comme tous les hommes, excepté les Caton, si rares dans l'espèce !iun)aine, qu'il avait sacrifié tout sans politique à son salut, plutôt qu'îi celui de la patrie, se vit obligé de caresser Octave , pour Topposer à Antoine , de se faire ainsi un bouclier pire que l'épée. La popularité et l'éloquence de Cicéron furent le pont sur lequel Octave passa au commandement des armées, et, y étant arrivé, il rompit le pont. C'est ainsi que l'intempérance de la langue de Cicéron et la liberté de la presse ruina les affaires de la république autant que la vertu de Caton. A la vérité, mon Fieux Cordelier , et pour finir par un mot qui nous réconcilie un peu ensemble, et qui te prouve que si lues un pessimiste, je ne suis pas un optimiste, j'avoue que , quand la vertu et la liberté de la presse deviennent intempestives, funestes à la liberté, la république, gardée par des vices, est comme une jeune fille dont l'honneur n'est défendu que pnr l'ambition cl l'intrigue, on a bientôt corrompu la sentinelle.

Non, mon vieux profès, je n'ai point changé de principes ; je 'pense encore comme je l'écrivais

— 2â6 — dans un de mes premiers numéros ; le grand remède de la licence de la presse est dans la liberté de la presse ; c'est cette lance d'Acliille qui guérit les plaies qu'elle a faites. La liberté politique n'a point de meilleur arsenal que la presse. Il y a cette différence à l'avantage de cette espèce d'artillerie, que les mortiers de d'Alton vomissent la mort aussi bien que ceux de Vandermersch. Il n'en est pas de même dans la guerre de l'écritoire ; il n'y a que l'artillerie de la bonne cause qui renverse tout ce qui se présente devant elle. Soudoyez (chèrement tous les meilleurs artilleurs pour soutenir la mauvaise cause; promettez l'hermine et la fourrure de sénateur à Mounier, à Lally, à Uergasse; donnez huit cents fermes à J.-F. Maury ; faites Rivarol capitaine des gardes ; opposez-leur le plus mince écrivain, avec le bon droit, l'homme de bien en fera plus que le plus grand vaurien. On a inondé la France de brochures contre la révolution, contre tous ceux qui la soutiennent; le manjuis de Favras colportait dans les casernes les j)amphlcts loyalistes ; qu'est-ce que tout cela a produit? au contraire, Marat se vante d'avoir fait marcher les Parisiens à Versailles, et je crois bien qu'il a eu grande part à celle célèbre journée. Ne nous lassons point de le répéter, à l'honneur

de ritnprimeriu , ce ne sont point lus meilleurs génér.iiix , mais l<i meilleure c.itise qui triomphe dans les batailles qu'on livre aux ennemis de la liberté et de la patrie. Mais, qnolqueincontcstablesquesoient ces principes, la liberté de parler et d'écrire n'est pas un article de la Déclaration des Droits plus sacré que les autres qui , tous , sont subordonnés à la plus impérieuse , la première des lois , le salut du peuple ; la liberté d'aller et de venir est aussi un des articles de cette Déclaration des Droits \ dira-t-on que les émigrés ont le droit d'aller et de venir , de sortir de la république et d'y rentrer? La Déclaration des Droits dit aussi que tous les hommes naissent et meurent égaux ; en conclurat-on que la république ne doit point reconnaître de ci-devant , ot ne les pas traiter de «uspects; que tous les citoyens sont égaux devant les.comités de sûreté générale ? cela serait absurde; le serait également, si le gouvernement révolutionnaire n'avait pas le droit de restreindre la liberté des bTens, de l'opinion et de la presse, la liberté de crier : vive le mi ou aux armes , et l'insurrection contre la Convention et la république. J'ai surtout douté de la théorie de mon numéro IV sur la liberté indéfinie de la presse, m«}ine dnns un temps de révolution , ({uand

— nn —

j'ai vu Plalon , celle lêle si bien organisée, si pleine de politique, de législation et de connaissances des mesures, exiger pour première condition (en son traité des lois, livre 4) que dans la ville pour laquelle i! se propose de faire des lois , il y ait un tyran (ce qui est bien autre chose qu'un comité de salut public et de sûreté générale), et qu'il Jciut aux citoyens un gouvernement préliminaire pour parvenir à les rendre heureux et libres.

Mais, quand même le gouvernement révolutionnaire, par sa nature, ne circonscrirait pas aux citoyens la liberté de la presse , la saine politique suffirait pour déterminer un patriote à se limiter à lui-même cette liberté. Je n'avais pas besoin de chercher si loin l'exeniple de Cicéron, que je citais il n'y a qu'un moment. Quelle preuve plus forte de la nécessité de s'interdire quelquefois la vérité et d'ajourner la liberté de la presse , que celle qu'offre en ce moment notre situation politique!

Il y a tantôt trois mois que Robespierre a dit ({u'il y avait des hommes palriotiquemont contrerévolutionnaires, de même tous nos vétérans jacobins, vénérables par leurs médaillons et leurs cicatrices, tous les meilleurs citoyens, Boucher, Sauveur, Raffron, Rbull , Julien de la llrôme. Jean

Bon Saint- André, Robert Lin(let,Charlier, Bréard, Danton, Lcgendre, Thuriot, Guffroy, Duquesnoy, Milhnud , Bourdon de l'Oise , Fréron , Drouet Dubois-Crancé,Simon, Le Cointre de Versailles, Merlin de Tliionville , Ysabeau , Tallien , Poullelier , Rovère, Perrin, Calés, Musset, les deux Lacroix, et même Billaud-Varrennes , Barère, Jciy de Sainlc-Foix, Saint-Just, C. Duval , Collot d'Herbois, quoique ceux-ci aient été les derniers à en convenir ; j'aurais à nommer presque toute la sainte montagne, si je voulais faire un appel général : tous, et cela me serait facile à montrer, les journaux à la main, tous ont dit, soit aux Jacobins, soit à la Convention , la même chose en d'autres termes que Maure, il y a trois mois, quil s* était élevé des sociélès populaires de patriotes crus comme des champignons , dont le système ultra - révolutionnaire était très propre à faire reculer la révolution.

Charmé de voir tant de mes collègues recommandables rencontrer l'idée qui s'était fourrée dans ma tête depuis plus d'un an , que si l'espoir de la contre-révolution n'était pas une chimère et une manie, ce ne serait que par l'exagération que Pitt et Cobourg pourraient faire ce qu'ils avaient si vainement tenté depuis quatre ans par

le mo(lérantisme,àla première levée des boucliers, il y a trois mois. En voyant quelques-uns de mes collègues que j'estime le plus, des patriotes illustres se remettre en bataille contre l'armée royale du dedans, et aller au-devant de sa seconde ligne des iiltrày qui venait au secours de la première ligue des Feuillans ou des modérés, comme j Avais toujours été sur le même plan , et de toutes les parties, je voulus elre encore d'une si belle expédition.

Je voyais que cette révolution que Pitt n'avait pu faire depuis quatre ans, avec tant de gens d'esprit , il l'entreprenait aujourd'bui par l'ignorance , avec les Bouchotte, les Vincent et les Hébert.

Je voyais un système suivi de diffamation contre tous les vieux patriotes, tous les républicains les plus éprouvés ; pas un commissaire de la Convention , presque pas un montagnard qui ne fût calomnié dans les feuilk;!^ du Père Duchesne^ l'imagination des nouveaux conspirateurs ne s'était pas mise en frais pour inventer un plan de contrerévolution; au premier jour Ronsin serait venu à la Convention, comme Cronnvell au parlement, à la lôte d'une poignée de ses fiers rouges; et répélanl les propos du Père Duche.mc , nous au-

— ni —

rait débité absolument le même discours que le protecleur : « Vous êtes des j....f..... , des viédases, des gourgandines, des Sardnnflpnles , des fripons, qui buvez le sang du pauvre peuple, qui avez des gens h gages pendant que le pauvre peuple est afFamé , elc. , elr. »

i< Je vovai<î que les Hébertistes étaient évideinnient en coalition, au moins indirecte avec Pitt, puisque Pitt tirait sa principale force des feuilles du journal d'Hébert , et n'avait besoin que de faire faire certaines motions insensées, et de réimprimer les feuilles du Père Duchesne , pour terrasser le parti de l'opposition, et former le peuple à tous ceux qui , dans les trois royaumes , faisaient des vœux pour une révolution, en montrant le délire de ces feuilles, en répétant ce discours aux Anglais : « Seriez-vous maintenant jaloux de cette liberté des Français; ainieriez-vous cette déesse altérée de sang , dont le grand-prôtre Hébert, Momoro et leurs pareils, osent demander que le temple se construise, comme celui du Mexique , des ossemens de trois millions de citoyens , et disent sans cesse aux Jacobins , à la

commune, aux Cordeliers, ce que disaient les prêtres espagnols à Montésumc ? Les dieux ont soif l .... »

FIN DU VIBCX COBOSIIE*.

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