DU NI MÉRO VIII DU VIEUX CORDELIER
itr'^je p«r Cainille-Dr«n>oalint , dant »a prison du Luxrnihoiirg, et non publié alun.
Vous soiivient-ii , citoyens et frères , que les tyrans de la réodalitti personnifiaient le peuj)Ie aujourd'hui souverain sous le nom de Jacques Bonhomme? Eh bien! s'il m'clait {irrrois d'user de cette d»^nomination presqu'insultanle, je V us dirais aujourd'hui: Jacques Bonhomme, s.iis-tu ou tu >a», ce que tu fais , pour qui tu travailles? Es-tu sûr que ceux sur qui maintenant tu tiens les yeux ouverts ont rôellrmenl l'intention d'achever, de compltiter l'œuvre de la liberté? et cette licence que je me donnerais ne serait
^ >.ins exemple dans la république, car le sans-culotte V: : >''>phaiie parlait ainsi jadis au peuple d'Athènes , il lui <!i».iit la vérité et le laissait faire. Le sénat, les Jacobins et les Cordeliers lui en savaient gré. Avons-nous encore de vrais Cordeliers , des sans-culottes et désintéressés? n'avons-nous pas plus de masques que de visages a l'orde du jour? et si je les arrachais, ces masques tromj)eurs, peuple, que dirnls-tu? me défendrais-tu? j'ignore si tu le ferais, mais je sais qu'il en serait besoin , cl cette seule circonstance devrait te montrer le danger et t'en faire connaître l'étendue; j'ai c immencé par parler d'Athènes , j'y reviens encore, I^ renommée de Solon est en honneur : (c fut lui «|ui donna des lois à cette république fl<iriss.inte, ce ne fut pis lui qui les exécuta, on eut même tort d'en charger son jiarent, celte seule circonstance donna trop de crédit à son nom; la confiance des sans-culottes alla jusqu'à fournir à Pisistrate le |>ouvoir de les asservir en maître : ce fut un crime de Icze-m.tjcslé que d'avoir conspiré contre sa >ic , et dès-lors il fut tout-à-fait un tyran; il en sera ainsi toutes les fois que conspirer contre' un homme ce sera CMri^i.i.n r,.,.f.,. h n-pnbliquc; toutes les fois que le peu-
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pie sera reprt-senlé par des citoyens connaissant assez peu leur mission pour s'aitacber aux doctrines, à la réputation d'un seul individu, quelque bon sans-culotte qu'il leur paraisse
Libres! vous voulez l'être; soyez-le donc toul-à-fait ; ne vous conteniez pas d'une liberté d'un moment . cherchez aussi quelle sera votre liberté dans l'avenir. Vous avez chassé voire ïarquin , vous avez fait plus , son supplice a effrayé tous les rois, ces prétendus maîtres du monde qui n'en sont que le^- tyrans et les Sjjoliateurs. Mais pourquoi le pouvoir de Brulus liure-t-il plus d'une année? Pourquoi pendant trois jours entiers, un homme, deux hommes, trois hommes , ])cuvent-ils distribuer des grades , des faveurs et des grâces? Pourquoi est-ce à eux qu'on en doit la conservation et non à la république.
Home voulut dix législateurs; ils peusaieat n'être élus que pour un temps, ils restèrent bons sans-culottes; une première proIonf;ation leur donna l'espoir d'une souveraineté durable, ils devinrent tyrans.
Camille exilé |)ar la voix publique ne se voyant aucuns partisans, fait en partant dos vœux ])our une ingrate pairie; Coriolan y laisse des amis qui ont osé le défendre. On a souffert qu'un parti dans l'élat s'élevât en sa faveur et il amène contre Rome les ennemis de su gloire naissante. '
La puissance d'un dictateur était bornée à six mois. Quiconque après avoir rempli sa mission auiait exercé un jour de plus cette autorité suprême eut été accusé par tous les bons Jacobins de Rome. Après avoir été six fois consul , un aristocrate est élevé à ce rang suprême ; il croit pouvoir le conserver suivant la loi, mais contre l'usage; de ce prejuicr empiétement au titre de dictateur perpétuel il n'y a qu'un pas, et s'il dédaigna de se maintenir tyran luimême, le dictateur perpétuel rendit la roule facile aux ancêtres des Caligiila et des Néron.
Que devait faire la Convention! finir l'affaire; donner une constitution à la l'rancc! tout cela n'est-il j)as déjà fait ? Que l'on proclame donc cette constitution et que tout le monde s'y soumelte. Si c'est la majorité de l'assemblée qui veut retenir les pouvoirs , fesons encore une révolution contre la majorité de l'assemblée.
LETTRE DE LUGILE
A ROBESPIERRK.
Kst-ce bien loi qui oses nous accuser de projets contreivvolutionnaireà, de tmbison envers la patrie? Toi qui as déjà tant proûté des efforts que nous avons faits uniquement pour elle. Camille a vu naître ton orgueil , il a pressenti la uinrchc que tu vonlais suivre; mais il s'est rappelé votre ancienne amitié , et , aussi loin de Tinsensibitité de Ion Sain:-Just que de ses basses jalousies, il a reculé devant l'iilée d'accuser un ami de collège, un compagnon de sfs travaux. Celte main qui a pressé la tienne a quitte la plume «vaut le temps, lorsqu'elle ne pouvait plus la tenir pour tracer ton éloge. Et toi tu l'envoies à la mort. Tu as donc compris son silence? il doit t'en remercier; la patrie le lui aurait reproché peut-être; mais grâce à toi , elle n'ignorera fias que Camille- Desmoulins fut contre tous le soutien, le défenseur de la république.
Mais, Robcspi«Mre, pourras- tu bien accom|)lir les funestes pnijets que t'ont inspirés .«ans doute les ànies viles qui t'entourent? As-tu oublié ces liaisons que Camille ne se rappelle jamais sans attendriiScmenf.Toi qui fis des voeiix pour notre union , qui joignis nos mains dans les tiermes , foi qui as souri à mon fils et que ses miins enfantines ont caressé tant de fois, pourra«-tu donc rejeter ma prière , mépriser me» lanneii , foider aux pieds la justice. Car, tu le .<ais toi-même , nous ne méritons pas le sort qu'on nous prépare ; et tu peux le changer. S'il nous frappe , c'est que tu l'auras ordonné! Mais quel est donc le crime de mon Camille'..
Je n'ai pas sa plume pour le défendre ; mais la voix des bons citoyens et ton cœur, s'il est sensible et juste, seront pour moi. Crois-tu que l'on prendra confiance en toi en te voyant immoler les amis? Oois-tu que l'on bénira celui qui ne se soucie ni des larmes de la veuve, ni de la mort de l'orphelin ? Si j'éliiii la femme de .Saint-Just , je lui dirais : I.a c;)usc de ('amille cM la tienne, c'est celle de tous les amii
de Robespierre ! Le pauvre Camille, dans la simplesse de son cœur, qu'il était loin de se douter du sort qui l'attend aujourd'hui! II croyait travailler à ta gloire en te signalant ce qui manque encore à notre république! on l'a sans doute calomnié près de toi, Robespierre, car tu ne saurais le croire coupable; songe qu'il ne t'a jamais demandé la mort de personne, qu'il n'a jamais voulu niiire par ta puissance et que tu étais son plus ancien ami , son meilleur ami. Lors même qu'il n'eût pas autant aimé la patrie, qu'il n'eût jjas été autant attaclié à la république , je pense que son attachement poiir toi lui eût tenu lieu de patriotisme, et tu
croirais que pour cela nous méritons la mort car
le frapper lui, c'est ,
IV. B. Cette lettre resta inachevée et ne fut point portée Robespierre.