‹ Le vieux Cordelier;Chapitre 8 sur 10 · A SOS PEUR · texte numérisé non relu

A SOS PEUR

Eo <i>t« (lu II decrtubrc 1790, (ur ton manag*.

Aujourd'hui, 11 décembre, je me yots enfin au comble de mes vœux. Le bonheur pour moi s'est fait long-temps attendre, mais enfin 11 est arrivé, et je suis heureux autant qu'on peut l'être sur la terre. Cette charmante Lucile , dont je vous ai tant parlé, que j'aime depuis huit ans , enfin ses parens me la donnent et elle ne me refuse pas. Tout-àl'hcure sa mère vient de m'apprendre cette nouvelle en pleurant «le joie. L'inégalité dcfortunpjM. Duplessis ayantvingt mille livres de rente, avait jusqu'ici ret.irdé mon bonheur; le père était ébloui par les offres qu'on lui fesait. Il a congédié un prétendant qui venait stcc cent mille francs; Lucile, qui avait déjà refusé vingt-cinq millolivres de rente, n'a pas eu de peine à lui donner son congé. Vous allez la connaître par ce seul trait. Quand sa mère me l'a eu donnée il n'y a qu'un moment, elle m'a conduit dans sa chambre; je me jette nux genoux de Lu«:ile; surpris de l'onlondre rire , je lève les yeux , les siens n'étaient pas en meilleur étal que les miens, elle était toute en larmes , elle pleurait même abond.immcnt et cependant elle riait encore. Jamais je n'ai vu de i^pectacle aussi ravissant , et je n'aurais pas imaginé que la nature et la sensibilité pussent réunir à re point ces deux contrastes. .Son père m'a dit qu'il ne différait plus de nous marier que parce qu'il voulait me il'nner auparavant les cent mille francs qu'il a promis a sa (illc rt que je pouvais venir avec lui chez le notaire quand je voudrais. Je lui ai répondu : Vous êtes un capitaliste, vous avez remué de l'espèce pendant toute votre vie, je ne me mêle point du contrat et tant d'argent m'embarrasserait; vousaimex trop votre fille pour que je stipule pour elle. V.oui ne m*" d^^mandez rien , .linsi dressez le contrat comme

— 2UH —

vous voudrez (i). 11 uic donne eu outre la moitié de sa vaisselle d'argent, qui monte à dix mille francs. De grâce, n'allez pas faire sonner tout cela trop haut. Soyons modestes dans la prospérité. Envoyez-moi poste ])our poste votre consentement et celui de ma mère; faites diligence à Laon pour les dispenses et qu'il n'y ait qu'une seule publication de bans à Guise comme à Paris. IVous pourrons bien nous marier dans huit jours. Il tarde à ma chère Lucile autant qu'à moi qu'on ne puisse plus nous séparer. N'attirez pas la haine de nos envieux par ces nouvelles , et comme moi renfermez votre joie dans votre cœur, ou épanchez-là tout au plus dans le sein de ma chère mère, de mes frères et sœurs. Je suis maintenant en état de venir à votre secours, et c'est là une grande partie de ma joie: ma maîtresse, ma femme, voire fille et toute sa famille vous embrassent.

Camille-Desmoclins.

(i) Camille était jicu furluué et iif vivait eu grauùc partie que ilii [iroduit de «es ouvrages ^ mais il po.s.séilait la furtuue la plus belle anx yeux de la raison, la iiioius dépeudaule des évéïieinens et la plus honorable . un talent distingué. C'est à son mérite personnel qu'il dut la

mnin de Liicile Duplessis.

Page 1