PREMIERE LETTRE DE CAMILLE
A SON ÉPOÏ'SE, Datée de U prison du Lusembourf}.
Ma chère Lucile , inn vesta , mon ange ,
Ma destinée ramène dans ma prison mes yeux sur ce jardin ou je passai huit années de ma vie à te voir. Un coin de vue sur le Luxembourg me rappelle une foule de souvenirs de nos amours. Je suis au secret , mais jamais je n'ai été par la pensée, par l'imagination, presque par le toucher plus près de toi, de fa mère, de mon petit Horace. Je ne t'écris ce premier billet que pour te demander les choses de première nécessité. Mais je vais passer tout le temps de ma prison à t'écrire; car je n'ai pas besoin de prendre ma plume pour autre chose et pour ma défense. Bfa justiHration est toute entière dans mes huit volumes républicains. C'est un bon oreiller sur lequel ma conscience s'endort dans l'attente du tribunal et de la postérité. O ma bonne Lolotte, parlons d'autre chose. Je me jette à genoux , j'étends les bras pour t'embrasser , je ne trouve plus mon pauvre Loulou [ici l'on remarque la trace d'une larme) ^ et cette pauvre Daronnc (i).
Envoie- moi un pot à I'cju, le verre où il y a un C. et un D., nos deux noms, une paire de draps, un livre in-ia que j'ai acheté il y a quehpies jours à Charpentier et dans lequel il y a des pages en blanr mises exprès pour recevoir des notes; ce livre roule sur l'inimort.-ilité de l'âme. J'ai besoin de me persuader qu'il y a un Dieu plus juste que les hommes et que je ne j)iiis manquer de te revoir. Ne t'affecte pas trop de me» idées, ma chère amie , je ne désespère pas encore des hommes et de mon él.irgissement ; oui, ma bien aimée, no»js pouiTons nous revoir encore dans lcj.irdin du Luxembourg! Mais envoie-moi ce livre. Adieu Lurile! adieu Daronne! adieu Horace! Je ne puis pas vous embrasser, mais aux larmes que je verse, il me semble que je vous tien» encore contre mon sein. {Ici se trouve la frncr H'iini' >.rrnnrlr Irirmr).
Ton Camille.
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a.ia:il DEUXIÈME LETTRE ]WarH^
Ma chère Lololte,
Le chagrin de notre séparation m'a allumé le sang. Je n'ai point de chambre à feu , il faut que tu m'envoies un fourneau, de la braise, un soufflet, une caffelière. Il me faudrait aussi une cuvette et une cruche d'eau. A.dieu Lucile, adieu Horace, adieu Baronne, adieu mon vieux père. Ecris-lui une lettre de consolation. Je suis malade , je n'ai mangé que la soupe depuis hier. Le ciel a eu pitié de mon innocence, il m'a envoyé dans le sommeil un songe ou je vous ai vus tous ; envoie-moi de tes cheveux et ton portrait, oh! je t'en prie, car je pense uniquement à loi et jamais à l'affaire qui m'a amené ici et que je ne puis deviner.