‹ Le vieux Honfleur et ses marins [microforme]Chapitre 3 sur 8 · AU PEUPLE DE DIEU PAR JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

AU PEUPLE DE DIEU PAR JEAN-BAPTISTE

De la nouvelle Jérusalem (Honfleur), venant de J. C. mon Dieu, et imprimée au Havre de Grüce en 1802, envoyée au Sénat-Conservateur de l'Empire Français en novembre 1805, offerte à l’Institut impérial de France en décembre 1814, el remise à la main droite du roi Louis XVIII en janvier 1815.

Nous avons sous la main cet opuscule que le lieutenant Baussard distribuait à ses amis au commencement de cha-

que année en guise d’étrennes, « comme l'expression de sa «reconnaissance pour la bonne volonté qu'ils avaient « montrés dans le début de la Manifestation d’Elie. » Peut-être ne sera-t-il pas hors de propos de dire en quoi consistait la Manifestation d’Elie, mise au jour par Baussard, au lieu même de son domicile, rue Haute, à Honfleur.

L'après-diner d’un dimanche de lan 1817, Baussard convoqua ses concitoyens à une véritable représentation où devait se faire entendre le premier son de la trompette évangélique. Sous prétexte d'annoncer la cérémonie, il avait fait choix de quatre musiciens appartenant aux rangs de la garde nationale, institution où ne manquaient ni les gais compagnons ni les partisans des joyeux passetemps. Après leur avoir offert un breuvage récolté sur les côteaux de Vasouy, et qu’il nommait le « vin de sa vigne », Baussard installa sur le belvédère construit au haut de son logis les gardes nationaux en les plaçant deux vers l'Orient et deux vers l'Occident. Les trompettes sonnèrent. Le public ne tarda pas à accourir.

Vêtu d’un costume blanc, d’autres disent d’habits ecclésiastiques, l’ancien lieutenant de vaisseau commençait ses prédications où le ton des Sibylles s’alliait aux métaphores de l’Apocalypse : « C’est le Jour du Seioneur, s’écriait-il, le roi des Rois s’est plu à m'éclairer. Il m’a fait connaître la mesure du règne de la Constitution actuelle et la mesure du dernier des siècles. Dieu m'a choisi pour sauver la France qui, le 14 juillet 1789, a donné à la Bête à sept têtes et à dix cornes sa force et sa grande puissance. Dieu va bientôt remettre l’Empire

de 2801 à ceux qu’il a fait Rois pour régner une heure après la Bête. La joie et la paix ne peuvent venir que de la Côte-de-Grâce de la ville de Honfleur. du haut de laquelle Jean-Baptiste 1899 dit : que cette montagne, dont la verticale à trois-cent-dix-huit pieds d’élévation au-dessus de la mer, est la figure de la Nouvelle-Jérusalem, et que la Chapelle qui est sur le sommet sera désormais appelée la chapelle des Trois-Grâces. »

En voilà assez pour faire connaître les imaginations de notre héros ; nous laissons la tâche de raconter la fin du spectacle à ceux qui s’en voudront occuper.

Pendant que le lieutenant Baussard poursuivait à Honfleur la conversion des Juifs et des Gentils, il continuait de solliciter à Paris une grâce qu’il présumait due à ses services : l'obtention de la croix de Saint-Louis. Dès 1791, à cet effet, il avait présenté un placet où il invoquait en sa faveur ses campagnes et ses travaux nautiques. Le ministre avait répondu qu’il n’avait pas « le temps nécessaire ». Cependant Baussard comptait vingt ans de services et quatre combats. Désolé, mais non découragé, il laissa s’écouler les années de l’Empire sans renouveler sa demande. Mais, en 1814, il s’adressa au comte Ferrand, ministre d'Etat, dans l’espoir de participer aux récompenses royales. Sa première épitre resta sans réponse. Alors, voyant que le seul moyen d’être décoré était de se décorer de sa propre main, il institua un ordre moitié militaire, moitié religieux, dont il fut à la fois le fondateur, le grand-chancelier et lunique chevalier. L’insigne était une médaille de forme oblongue dort le centre, entouré de rayons offrait la figure d’un cœur

embrasé. Sur le portrait de Baussard que nous conservons, cette décoration est représentée au côté gauche d'un uniforme de lieutenant de vaisseau. La lettre qui suit fait allusion à l’idée bizarre que nous rappelons :

« À son Excellence le comte de Blancas, ministre du Roy, les lundis 1° août et mercredi 2 novembre 1814 (1).

« Trois mois se sont écoulés depuis que jai eu l'honneur d'écrire la lettre qui suit :

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