‹ Le vieux Lachine et le massacre du 5 aout 1689Chapitre 21 sur 31 · M. DE BELMON I' SUR LACHINE · texte numérisé non relu

M. DE BELMON I' SUR LACHINE

11 wr me reste plus qu'un moi à dire au sujet «lu jugement sévère porl ■ par M. de Bel m ont sur la paroisse de Lachine. Cet historien, ordinairement si exact, affirme en t<>ut es lettres que Dieu s'est servi «les [roquois pour 1rs Hus de sa justice,

• parceque cette paroisse de Lachine avait été le théâtre le

• plus fameux de l'ivrognerie des Sauvages."

Disons d'abord que M. de Belmonl est le seul contemporain

qui ait porté une accusation aussi grave. Que Lachine ait

été le théâtre le plus fameux de l'ivrognerie des sauvages,

possible. Sa position commerciale <"( géographique s'y

prêtait. Les sauvages non-seulement habitaient l'autre coté

• lu fleuve en plus grand nombre que de nos jours, mais depuis un temps lmmémorial,même avant que Lachine eût une mission, depuis 1689 au moins, les nombreuses tribus alliées qui habitaient les pays d'en haut, s'y donnaient tous les ans le rendezvous pour la traite de leurs pelleteries. Souvent, on les y gardait pendant des mois pour se protéger contre les surprises fréquentes des I roquois. Il fallait les fêter, et il n'est pas surprenant (pie. dans ces circonstances, Lachine ait été témoin de bien des désordres. Comme le fer des sauvages a également frappé la population de toute l'île et même au dehors, à la Chenaye par exemple, il semble plus raisonnable de supposer que le châtiment de Lachine était celui de toute la colonie, pour la punir de l'infâme trahison du marquis de Denonville.

l'incapacité des autorités la CAUSE Dr MASSACRE.

Les témoins du temps nous disent que les Français perdirent

entièrement la tête dans cette occasion. On lit dans l'histoire de YEa/u de vie en C<iï,<i<I<< «pie ■• pendant cette terrible exé- ■ cution, Dieu sembla avoir ôté l'esprit de force et de conseil aux Français, qui furent partout honteusement vaincus, " insultés ei moqués par l»-s sauvages."

Le même témoin oculaire dont nous avons si souvent invoqué !<• témoignage, dit : On ne connaissait rien à leurs des-

" seins, puisqu'ils n'attaquent jamais des forts, et je crois qu'ils- " n'en avaient point d'autres que pour nous braver, de quoi la " pluspart de nos troupes gémissaient, puisque dans d'autres " temps quatre cents hommes les auraient mis tous en fuite, " Il n'y avait même qu'à les couper, lorsqu'ils furent divisés, " et aller rompre leurs canots, puisque pour lors nous étions " 500 hommes dans le fort (1), et qu'il n'y avait pas cent " hommes à garder les canots ; cela nous prouve que la main " de Dieu s'était appesantie sur nous." (2)

La même autorité cite plusieurs exemples de défense individuelle qui démontrent que, si les Français eussent fait preuve de leur intelligence ordinaire, le massacre aurait été considérablement, sinon entièrement, arrêté. C'est ainsi qu'il raconte qu'un seul habitant de Lachine avait réussi à défendre sa maison, et qu'une femme ayant un fusil qui n'était point chargé, en le couchant en joue de temps en temps, fît peur à l'ennemi et protégea sa mère et elle-même jusqu'au fort Rémy.

Il est incontestable que le massacre de Lachine est une des pages les plus humiliantes de l'histoire du gouvernement français à Montréal, et c'est ce qui peut-être explique pourquoi nos ancêtres, plus familiers avec les faits que nous, n'ont jamais songé d'en faire un jour de fête nationale.

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