LE COMBAT DU 6 AOUT
Nos troupes voulaient poursuivre l'ennemi et l’attaquer, mais M. de Vaudreuil leur rappelait l’ordre de M. de Denonville de se tenir sur la défensive et de ne rien risquer. Le brave de Subercase demanda la permission de faire une sortie avec cent volontaires, ce qui lui fut accordé. Comme on était sur le point de partir, M. de Saint-Jean, plus ancien en grade, dit que c'était à lui à commander, ce que les troupes lui concédèrent, et pendant quelque temps, ce corps de volontaires, retranché derrière les ruines d’une maison incendiée, échangea, sans effet, quelques coups de fusil avec les Iroquois qui étaient embusqués dans un petit bois. (1) “ Comme j'étois “ dans cette action, continue le même officier, j'apperçus un ‘ gros party de François et de Sauvages qui partaient du fort Rémy (2) (à l’église de Lachine), pour nous joindre. J’ad- ‘ vertis Monsieur de St. Jean et luy fit envisager que les ‘“ennemys pourroient les couper et les tailler en pièces et lui montray qu’à la faveur de l'écart de la rivière nous pour- “ rions nous joindre sans beaucoup risquer. Il me dit qu'il ‘“ n'avait point ordre d'aller plus loing.”
Ce détachement était de cinquante soldats et trente sauvages, nos alliés du sault Saint-Louis et de la Montagne, commandés par le sieur de la Rabeyre et Charles Le Moyne, son second, et de quelques autres officiers, les sieurs Saint- Pierre, Denis, Villedonné et Laplante, que le marquis de Denonville avait envoyés au secours de M. de Vaudreuil. Ils furent
() Les Iroquois avaient des armes à feu qui leur étaient fournies par les Anglais et les Flamands.
(2) M. de lu Chassaigne qui commandait au fort Rémy était malade et absent. Registre de Lachine, 1er août 1689. En l'automne de cette année, le chevalier Guillaume de Lorimier, capitaine, prit le commandement du fort Rémy qu'il garda pendant plusieufs années. In 1705, il commandait au fort Rolland.
attaqués par les [roquois, qui avaient eu le temps de se dégriser, et ils furent presque tous tués et brûlés, “IT n'y eut “ que nos sauvages,” continue le même témoin oculaire, “ qui “ presque tous se firent tuez ; le baron de Longueuil (1) y eut “le bras cassé, quatre de nos sauvages l’emportèrent au fort “ Rémy où quelques-uns de nos meilleurs coureurs se sau- “ vèrent, tout le reste fut pris prisonnier et ensuite plus de la
moitié de bruslez, il y eut environ 20 de nos sauvages à qui “les Troquois levèrent la chevelure.” Ils amenèrent à leurs villages le sieur de la Rabeyre et ses compagnons d'armes, les sieurs Saint-Pierre, Denis, Villedonné et Laplante, qui s’échap- \ ° \ , ° .
pèrent tous de leurs mains, à l'exception du sieur de la Rabeyre, qui, dès leur arrivée au pays des [roquois, fut donné en spectacle et brûlé à petit feu.