LE VIKLX II A R CU
ici chez moi, dans un petit coin très bien pensant, très vertueux, très honnête.
giroux. — Mais il y a des femmes dans ton petit coin?
labosse. — La plupart mûres, laides, et dévotes.
giroux. — 11 ya bien quelques jolies filles, voyons ?
labosse. — Pas à ma connaissance. VA crois que s'il y en avait, je le saurais.
giroux. — Alors, on se brosse?
labosse. — Ça m'en a l'air. Ou bien on se roule dans les épines, comme faisaient les grands anachorètes pour mater la chair, ou bien ou va passer l'après-midi à la ville voisine, à Orléans. Je ne te le conseille pas. Il y a de la troupe, de l'artillerie.
giroux. — N'en parlons plus. Pour a ça me prive ! C'était uniquement pour parler, tu comprends! En prévision. Ah ! mon bon vieux, va, je lai me bien.
labosse. — Moi rois-le.
. — Dis donc, j'ai fait m ce malin, <in me promenant tout Beul, pondant que tu étais allé rendre visite à ton mai
CET EXCELLENT G IROUX- J OD ART 1G3
labosse. — Qu'as-tu découvert, bon ami?
giroux. — Une femme, une femme pas banale du tout.
LABOSSE. — Ici?
giroux. — Mais oui.
labosse. — Que tu m'étonnes ! Voilà que tu reviens à ton thème...
giroux. — Favori. C'est l'institutrice laïque, mademoiselle Falampin.
labosse. — Tu la connais? Tu sais déjà son nom?
giroux. — Oui. Ça t'ennuie?
labosse. — Moi? Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ?
giroux. — Je croyais. Elle est très gentille.
labosse. — Peuh! Bien ordinaire.
giroux. — J'en ferais le mien.
labosse, sévère. — Giroux !
giroux. — Surtout ici, aux champs. Je préfère encore ça aux orties ou au voyage à Orléans.
labosse. — Tu ne l'a pas regardée?
giroux. — En face. Très bien faite.
labosse. — Trop grande.
giroux. — Pas pour moi. J'adore les perches.
labosse. — Et puis, un pince-nez! C'est ridicule. Est-ce qu'on peut caresser sans rire une femme qui porte un pince-nez?
giroux. — On lui dit de l'ùler pour un instant.
la bosse. — Non. Tais-toi. Tu me fais souffrir. Il ne m'est même pas venu à l'idée de te parler de cette Falampin, parce que j'étais à cent mille lieues de supposer qu'elle pût te plaire.
giroux. — Que veux-tu ! Avec les années, je suis devenu moins difficile.
labosse. — Je sais ce qu'il te faut, à toi. Je le connais ton type de femme. Il est sur tous les frontons de palais de justice. C'est la Loi, ton type. Une grande et forte fille, toute nue, avec un glaive d'une main et des balances de l'autre.
giroux. — A la grande rigueur, je me se du sabre et des balances.
labosse. — Mademoiselle Falampin est tout l'opposé de <;a.
giroux. — Justement, ça mechan iossb. — Alors, toutde bon Tu as des \ lies sur elle?
CET EXCELLENT GIRO UX- JO D ART 165
giroux. — Peut-être. Montaigne dirait :
« Que sais-je?»
labosse. — Ah!
giroux . — Ça te contrecarre ?
labosse. — Non, mon ami, non. Moi je n'en suis pas encore là, à ces détournements de fonctionnaire ! Seulement, je ne te dis qu'une chose : prends g£ /de, prends bien garde ; j'ai idée que tu t'embarques dans une très sale affaire.
giroux. — Explique-toi mieux.
labosse. — Cette fille est très protégée, très influente, très rouée. Tu auras des ennuis. Tu sais que Paul Furet, le ministre, s'arrête aux Tourniquets la semaine prochaine ?
giroux. — Huit minutes, en gare, elle me Fa dit.
labosse, surpris. — Ah! Elle... Vous avez donc causé?
giroux. — Longuement.
labosse. — Ce matin?
giroux. — Ce matin, pendant sa classe.
labosse. — Très bien. Tu n'as pas perdu de temps! Tu as questionné les enfants?
giroux. — Oui. Elle m'a raconté ses pro-
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jets pour la réception du ministre : la Marseillaise, le bouquet...
labosse. — Et... c'est tout ce qu'elle t'a dit?
giroux. — Non. Elle ne s'est pas caché elle-même d'être protégée. Quand je lui ai eu décliné mon nom, ma qualité, en ajoutant que j'étais un de tes amis, elle m'a dit d'abord que tu étais très considéré dans le pays, et de fil en aiguille elle m'a confié qu'elle avait un protecteur, un protecteur très haut plai Elle ne me l'a pas nommé. (Avec brusquwic). Bien sûr, ça n'est pas toi?
labosse, enmtyé. — Moi? Mais non, imbécile. Tu n'as pas deviné?
giroux. — Non.
labosse. — C'est le ministre. Elle est la maîtresse du ministre! (A part.) Attrape!
giroux. — Oh! Une liaison aux Tourniquets. . . Si loin! Qu'est-ce qu'il en ferait, le m
labosse. — C'est peut-être m Et puis, elle va à Paris deux ou ti an.
giroux. — Eh bien, voilà tout, elle trompera le minisliv.
CET EXCELLENT GI ROUX-JODART 167
labosse. — Il le saura, et il te fera compromettre par la police secrète dans un complot anarchiste. Toute une carrière d'honneur et de droiture brisée pour un caprice charnel ! Comme tu es léger, Edmond !
g i roux. — Laissons ça, veux- tu? Ne parlons plus de cette personne.
labosse. — Soit.
giroux. — As-tu des livres chez toi?
labosse. — Des livres de droit?
giroux. — Non.
labosse. — Je crois que j'ai un vieux Code, un Tripier de mon enfance.
giroux. — Je te parle de livres amusants.
labosse. — Des romans?
giroux. — Oui.
labosse. — Dame, j'ai l'Amour, de Michelet, la Femme de feu. . .
giroux. — Je connais tout ça.
labosse. — Et puis, un Traité d'Apiculture.
giroux. — Tu n'as pas autre chose? Et tous les bouquins saisis et condamnés que je t'envoie au fur et à mesure depuis dix ans? Qu'est-ce que tu en fais donc?
labosse. — Il y en a quelques-uns à
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Paris, mais bien peu. Les femmes me les ont tous chipés.
giroux. — C'est agréable! Moi qui t'avais prié de me les garder. Ah! on a bien raison de dire qu'on ne devrait jamais prêter ses livres! ses instruments de travail ! Alors, tu n'as rien comme passe-temps intellectuel ?
labosse. — Ma foi non.
giroux, cherchant. — Pas de dessins...
quelques photographies... un peu... Non?
labosse, choqué. — Continue. Tu vas bien?
giroux. — Oh!., artistiques, ça va de soi! J'aime les choses légères, mais à condition que
ça reste artistique De jolis group
musée de Naples. Donc, ni littérature ni art ; Ni bouquins ni albums dans ton ermitage?
labosse. — Moi tout seul, rien que l'ermite.
giroux. — C'est maigrelet.
labosse. — Moi, je te t'ai <lit, je rangé, je suis retiré de la circulation; je n donc plus besoin de tout* listracti
apéritives.
(.moux, vivement. — Mais je ne le a comme apéritil d'insol
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labosse. — Pardon. Je croyais.
giroux. — Ça suffît. Seulement, soit dit sans reproche, je constate que tu ne te foules pas la rate à tâcher de me retenir ici. Je sens déjà que je vais reprendre le train avant quarante-huit heures. Ah! mais oui!
labosse, à 'part, — Enfin! (Haut.) Edmond, tu ne me feras pas ça? Il faut rester ici trois semaines, un mois!
giroux. — A quoi fiche?
labosse. — Mais marcher, rêver... jouir de la nature... Tu verras, le soir, les beaux soleils couchants sur la rivière!
giroux. — J'entends! Et s'il pleut, comme hier, sans discontinuer?
labosse. — Nous causerons, derrière la vitre.
giroux. — Grand merci!
labosse. — Je te mettrai au courant des questions agricoles... je t'ouvrirai des horizons sur la betterave, sur le blé...
giroux. — Tu m'ennuies. Assez.
labosse, très doux. — C'est bon. Je me tais. Moi qui croyais que tu aimais la campagne! Oh! Je me trompais bien.