‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 140 sur 367 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LES MEMES , SOUS le parapluie , et près d'un gros chêne , en face du château , OUllSICOFF , TOUB.TEMBEG , Chasseurs et Piqueurs.

' (Ils entrent sur Vair de Robin-des-Bois.)

OURSICOFF.

Parbleu, je ne pensais pas être si près de mon château. C'est unique, j^ai fait ces douze lieues sans m'en apercevoir.

NIGODING, à part»

Je crois bien.

OURSICOFE.

OÙ est mon économe Tourtembec?

TOURTEMBEC , s'avancant»

Monseigneur. . .

OURSICOFF.

Combien de pièces de gibier?

TOURTEIVIBEC:

Trois cent quinze.

OURSICOFF.

C^est Lien , Toiutembec , tu en prendras ta part, parce que tu me plais, mon garçon; j^aimeton nom, Tourtembec, il re'sonne merveilleusement à mon oreille. Tourte en bec, on en a pleinla bouche. Ah! ça, tu vasf occuper du dîner ? Qu'il soitsplendide et solide; ça pourrait bien être un repas de noce. Donne-nous de la pâtisserie, Tourtembec, et pas de brioches , mon ami.

TOURTEMBEC.

De'cidément, Monseigneur va se marier?

OURSICOFF.

Que veux-tu, mon cher ; j^ai fait tant de fredaines dans mon pays, j'ai séduit tant de beautés par l'influence d'un physique , j'ose dire , assez heureux : qu'une assemblée de famille, présidée par le fameux Robin-des-Bois , mon oncle maternel, a décidé que, si je n'étais marié au premier quartier de la lune de mai, je perdrais ma science, mon pouvoir et tous mes biens ; aussi je n'hésite plus à prendre une femme.

NIGODING , à part.

C'est déjà fait; il a pris la mienne.

OURSICOFF.

C'est pour cela que je suis venu m'étabïir en Bohême , où ils sont assez bonnes gens; les maris surtout y sont d'une pâte excellente.

NIGODING , bas, ^

Merci.

OURSICOFF.

Témoin ce petit Nigoding, une espèce d'imbécile.

GODICHMANN, bas.

Oh! le malhonnête, entendez-vous?

NIGODING, bas.

Qu'est-ce que ça me fait , je suis invisible.

OURSICOFF.

Je ne sais pas comment la ch^irmante Babiole regrette un pareil niais !

TOURTEMBEC.

Elle ne peut résister long-temps aux scductidiis dont vous l'entourez.

OURSICOFF'

Je le pense. { J sa suite. ) Vous serez tous de la noce , Messieurs, et je vais vous présenter à la mariée, suivez-moi. ( // se retourne et aperçoit une ardoise attachée à un ruban (/ni descend d'une fenêtre du château,) Que vois-je? cette ardoise qui descend lentement. . .

NIGODING-, bas.

Une ardoise? ô ciel! c'est la réponse à ma tuile.

( L'ardoise tombe , et se brise.)

TOURTEMBEG,

Est-ce que l'on répare les combles du château? OURSICOFF , ramassant les morceaux de V ardoise.

Elle est brisée en mille morceaux; mais n'importe, je soupçonne. . . Que vois-je? quelques mots tracés ! c'est de Babiole. Malheureuse! « Toujours... votre fidèle amie. » Mort et furie I je suis trahi! Mais je me vengerai! Qu^elle le veuille ou non, maintenant, elle sera ma femme! Et dès ce soir. . .

Ouf!

OURSICOFF, sévèrement.

Qu'est-ce que tu dis , Tourtembec ?

TOURTEMBEG.

Rien, Monseigneur,

OURSICOFF.

Tu as dît : ouf ! . . .

tourtembec:

Moi?

OURSICOFF, en colère.

Tu as dit ouf! je ne te demande pas ton avis , garde tes opinions. ( Aux chasseurs, ) Ptentrons vite, et pour annoncer mon arrivée , une décharge générale sur cet arbre qui nous sert ordinairement de but.

( // montre V arbre sous lequel Nigoding et Godichmann sont

assis. )

GODICHMANN , bas,

îis vont tirer sur nous.

NIGODING , bas.

Qu'est-ce que ça fait, nous sommes invisibles,

GODICHMANN, bas.

C'est égal, mettons-nous toujours de côté.

OURSICOrF 5 aujc chasseurs.

Arrêtez , je fais une réflexion. Si mon rival e'tait auprès de la perfide 5 l'explosion l'avertirait de mon retour, et il pourrait m^échapper , rentrons plutôt sans bruit; marchons à pas de loup , et qu^il ne reconnaisse le lion qu'en tombant sous ses griffes !

GODICHMANN.

Ah ! nous Féchappons belle.

l Oursicqff rentre à la tête des chasseurs , en marquant le pas très-fort^ sur une musique de marche, )

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